‹ Le livre mystique (volume 2)Chapitre 3 sur 20 · X.B UVAB XT8TIQUB. T. I · texte numérisé non relu

X.B UVAB XT8TIQUB. T. I

42 ÉTDDBS PHllOSOPHI^ITES.

pupitre , il passait les heures d'étude à regarder dans la cour le feuillage des arbres, ou les nuages du ciel. U semblait étudier ses leçons; mais en voyant sa plume immobile dans sa main , oa sa page toute blanche y le Régent lui criait :

— Vous ne faites rien , Lambert !

Ce — P^otM ne faites rien / C'était un coup d'épingle qui le blessait au cœur. Puis, il ne connut pas le loisir des récréations. Il eut àea pensum à écrire. Le pensum, punition dont le genre Tarie selon les coutumes de cha<iue collège^ consistait à Vendôme en un certain nombre de lignes copiées pendant les heures de récréation. Mous fûmes , Lambert et moi , si accablés de pensum , que nous n'avons pas eu six joun de liberté durant nos deux années d'amitié. Sans les livres que nous tirions de la bibliothèque, et qui entretenaient la vie dans notre cerveau^ ce système d'existence nous eût menés à on abrutissement complet. Le défaut d'exercice est fatal aux enfans. L'habitude de la représentation, prise dès le jeune âge, altère, dit-on, sensiblement la constitution des personnes royales quand elles ne corrigent pas les vices de leur destinée par les mœurs du champ de bataille, ou par les travaux de la chasse. Or, si les lois de l'étiquette et des cours influent sur la moelle

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épinière au point de féminiser le bassin des rois y d'en amollir le fibres cérébrales, et d'en abâtardir ainsi la raee , quelles lésions profondes , soit au physique y soit au moral , une priyation continuelle d'air , de mouyement , de gaité y ne doit-elle pas produire chez les écoliers? Aussi le régime pénitentiaire observé dans les collèges exigeât-il l'attention des autorités dé l'enseignement public , lorsqu'il s'y rencontrera des penseurs qui ne penseront pas exclusiyement à eux.

Noos nous attirions le pensum de mille manières. Notre mémoire était si belle , que nous n'apprenions jamais nos leçons. Il nous suffisait d'entendre réciter à nos camarades les morceaux de français, de latin ou de grammaire , pour les répéter à notre tour^ mais si , par malheur, le maître s'avisait d'intervertir les rangs et de nous interroger les premiers, souvent nous ignorions même en quoi consistait la leçon. Alors lo pensum arrivait malgré nos plus habiles excuses. Enfin, nous attendions toujours au dernier moment pour faire nos devoirs. Avions-nous un livre à finir, étions-nous plongés dans une rêverie, le devoir était oublié. Nouvelle source de pensum ! Combien de fois nos versions furent écrites pendant le temps que le premier chargé

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de les recueillir en entrant en classe^ mettait à demander à chacnn la sienne ï ■ Mais aux difficultés morales que Lambert éprouvait à s'acclimater dans le collège^ se joi-gnit encore un apprentissage non moins rude , et par lequel nous avions passé tous , celui des douleurs corporelles qui , pour nous^ variaient à l'infini. Chez les enfans^ la délicatesse de l'épiderme exige des soins minutieux surtout en hiver^ où^ constamment emportés par mille causes , ils quittent l'atmosphère glaciale d'une cour boueuse , pour la chaude température des classes. Aussi^ faute des attentions maternelles dont les r^ouveaux se trouvaient tout à coup privés , les Petits et les Minimes étaient-ils dévorés d'engelures et de crevasses si douloureuses que ces maux nécessitaient y pendant le déjeuner, un pansement particulier^ mais très im~ parfait à cause du grand nombre de mains , de pieds ^ de talons endoloris. D'ailleurs^ beaucoup d'enfans étaient obligés de préférer le mal au remède. Ne leur fallait-il pas souvent choisir entre leurs devoirs à terminer^ les plaisirs de la glissoire^ et le lever d'un appareil insonciamment mis , plus insouciamment gardé? Puis 9 les mœurs dii collège avaient amené la mode de se moquer des pauvres chétifs qui al-

laient an pansement. C'était à qui ferait sauter les guenilles dont l'infirmière leur enveloppait les mains. Dono , en hiver, plusieurs d'entre nous y les doigts et les pieds demi -morts, tout rongés de douleurs*, étaient peu disposés i traTailler parce qu'ils souffraient , et punis parce' qu'ils ne trayaillaient pas. Trop souyent dupe des maladies artificielles , le Père ne tenait aucun compte des maux réels. Moyennant le prix de la pension , les élèves étaient entretenus aux frais du collège dont l'administration avait coutume de passer un marché pour la chaussure et l'habillement; de là , cette inspection hebdomadaire dont j'ai parlé. Mais ce mode excellent pour l'administrateur , a toujours de tristes résultats pour l'administré. Malheur au Petit qui contractait la mauvaise habitude d'éculer , de déchirer ses souliers ou d'en user prématurément les semelles , soit par un vice de marche , soit en les déchiquetant pendant les heures d'étude pour obéir au besoin d'action qu'éprouvent les enfans. Durant tout l'hiver, celui-là n'allait pas en promenade sans de vives souffirances. D'abord , la douleur de ses engelures se réveillait atroce autant qu'un accès de goutte. Puis , les agrafes et les

ficelles destinées à retenir le soulier partaient ,

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OU les talons éculés eiupét^haient la maudite chaussure d'adhérer aux pieds de l'enfant; il était alors forcé de la traîner péniblement dans les chemins glacés où , parfois , il lui fallait la disputer aux terres argileuses du Vendômois. Enfin ^ l'eau y la neige y entraient souyent par une décousure inaperçue , par un béquet mal mis ^ et le pied se gonflait. Sur soixante enfans y il ne s'en rencontrait pas dix qui cheminassent sans quelque torture particulière. Néanmoins y ils suivaient le gros de la troupe entraînés par la marche^ comme les hommes sont poussés dans la yie par la vie. Combien de fois un généreux enfant, pleura de rage ^ tout en trouyant un reste d'énergie pour aller en ayant ou pour reyenir au bercail malgré ses peines^ tant à cet âge y l'ame encore neuye redoute et le rire et la compassion^ deux genres de moquerie. Au collège y ainsi que dans la société^ le fort méprise déjà le faible, sans savoir en quoi consiste la yéritable force. Ce n'était rien encore. Double mal, double chagrin. Point de gants aax mains. Si, par hasard, lesparens, l'infirmière ou le directeur en faisaient donner aux plus délicats d'entre nous, les loustics ou les grands de la classe, mettaient les gants sur le poêle, s'amusaient à les dessécher , à les gripper ; puis.

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s'ils échappaient aux fureteurs, ils seuionillaient^ se recroquevillaient, faute de soin. Bref^ il n'y avait pas de gants possibles. Les gants étaient un privilège , et les enfans veulent être ^fanx. Ces diffiérens genres de douleur assaillirent Louis Lambert. Semblable à tous les hommes méditatifs qui , dans le calme de leurs rêveries ^ contractent l'habitude de quelque rnooTement machinal y il avait la manie déjouer avec ses souliers^ et les détruisait en peu de temps. Puis son teint de femme^ la peau de son visage^ ses lèvres se gerçaient au moindre froid. Ses mains si molles , si blanches devenaient ronges et turgides. Il s'enrhumait constamment. Louis fat donc enveloppé de souffrances jusqu'à ce qu'il eût accoutumé sa vie aux mœurs vendômoises. Instruit à la longue par la cruelle expérience des maux , force lui fut de songer à •es affaires, pour me servir d'une expression toute collégiale. Il lui fallut prendre soin de sa baraque , de son pupitre ^ de ses habits^ de ses touH^rs j ne perdre ni son encre ^ ni ses livres , ni ses cahiers^ ni ses plumes^ enfin^ penser à ees mille détails de notre existence enfantine dont s'occupaient avec une rectitude commerciale ces esprits égoïstes et médiocres auxquels aj^rtenaient infailliblement les prix d'excel-

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lence ou de bonne conduite ; mais dont ne devait pas se soucier un enfant plein d'avenir , qui^ sous le joug d'une imagination brillante^ s'abandonnait avec amour au torrent de ses pensées. Ce n'est pas tout. Il existe une lutte continuelle entre les maîtres et les écoliers^ lutte sans trêve à laquelle rien n'est comparable dans la société^ si ce n'est le combat de l'opposition contre le ministère dans un gouvernement représentatif. Mais les journalistes et les orateurs de l'opposition sont peut-être moins prompts à profiter d'un avantage^ moins durs à reprocber un tort^ moins âpres dans leurs moqueries que ne le sont les enfans envers les gens chargés de les régenter. A ce métier^ la patience échapperait même aux anges. Il n'en faut donc pas trop vouloir à un pauvre préfet d'études, peu payé^ partant peu sagace, d'être parfois injuste ou de s'emporter. Sans cesse épié par une multitude de regards moqueurs, environné de pièges y il se venge quelquefois des torts qu'il sedonne sur des enfans trop prompts à les apercevoir. Sauf les grandes malices dont elle constituait la punition naturelle, la férule était , à Vendôme, VuUima ratio Patrufn» Aux devoirs oubliés , aux leçons mal sues^ aux incartades vulgaires, le pensum suffisait. Hais l'amour-propre ofifensé parlait

chez le maître par sa férule. Parmi les souffrances physiques auxquelles nous étions soumis^ la plus yiye était ^ certes y celle que nous causait cette palette de cuir y épaisse d'environ deux doigts^ appliquée sur nos faibles mains de toute la force^ de toute la colère du régent. Pour recevoir cette correction classique , le coupable se mettait à genoux au milieu de la salle. Il fallait se lever de son banc^ aller s'agenouiller près de la chaire ^ et subir les regards curieux , souvent moqueurs ^ de tous nos camarades. Aux âmes tendres^ ces préparatifs étaient donc un double supplice y presque semblable au trajet du Palais à la Grève que faisait jadis un condamné vers Féchafaud. Selon les caractères^ les uns criaient en pleurant à chaudes larmes , avant ou après la fémle ; les autres en acceptaient la douleur d'un airstoïque; mais, en l'attendant, les plus forts pouvaient à peine réprimer la convulsion de leur visage. Louis Lambert fut accablé de férules, et les dut à l'exercice d'une faculté de sa nature dont il ignorait l'existence. Lorsqu'il était violemment tiré d'une méditation par le — Vimê ne faites rien ! du régent , il lui arrivait souvent^ à son insu d'abord, de lancer à cet iMMune un regard empreint de je ne sais quel méprifl sauvage , tout chargé de pensée. Cette

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œillade causait^ sans doate^ une commotion électrique^ insupportable au maitre, qui, blessé par cette silencieuse épigramme, voulut désapprendre à l'écolier ce regard rutilant. La premièrefois que le Père se formalisa de ce dédaigneux rayonnement qui l'atteignait comme un éclair, il dit cette phrase dont je me suis suyenu : — Si TOUS me regardez encore ainsi, Lambert, TOUS allez recevoir une férule. A ces mots, tous les nez furent en l'air, tous les yeux épièrent alternativement et le maître et Louis. L'apostrophe était si sotte que l'enfant accabla le Père d'un coup-d'œil foudroyant. De là vint entre le régent et Lambert une querelle qui se vida par une certaine quantité de férules : ainsi lui fut révélé le pouvoir oppresseur de son œil.

Ce pauvre poète si nerveusement constitué , souvent vaporeux autant qu'unefemme, dominé par une mélancolie chronique , tout malade de son génie comme une jeune fille l'est de cet i^our qu'elle appelle et qu'elle ignore ; cet enfant , si fort et si faible , déplanté par Corinne de ses belles campagnes pour entrer dans le moule d*un collège auquel chaque intelligence, chaque corps doit, malgré sa portée, malgré son tempérament, s'adapter à la règle, à l'uniforme comme l'or s'arrondit en pièce sous le coup du

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balancier ; Louis Lambert souffirit donc par tons les points où la douleur a prise sur l'ame et sur la chair. Attaché sur un banc à la glèbe de son pupitre ^ frappépar la férule , frappé par la maladie^ affecté dans tous ses sens^ pressé par une ceinture de maux ^ tout le contraignit d'abandonner son enveloppe aux mille tyrannies du collège. Semblable aux martyrs qui souriaient au miliea des supplices , il se réfugia dans les cieox que lui entr'ouvraitsa pensée. Peut-être^ cette vie tout intérieure aida-t-elle à lui faire entrevoir les mystères auxquels il eut tant de foi! Notre indépendance y nos occupations illicites^ notre fainéantise apparente^ l'engourdissement dans lequel nous restions y nos punitions constantes y notre répugnance pour nos devoirs et nos pensum y nous valurent la réputation incontestée d'être des enfans lâches et incorrigibles. Nos maîtres nous méprisèrent y et nous tombâmes également dans le plus af&eux discrédit auprès de nos camarades, auxquels nous cachions nos études de contrebande par crainte de lears moqueries. Cette double mésestime, injnste chez les Pères y était un sentiment naturel ches nos condisciples. Nous ne savions ni jouer à la balle y ni courir y ni monter sur les édbasses. Aux jours d'amnistie > ou quand,

par hasard ^ nous obtenions un instant de liberté^ nous ne partagions aucon de leurs goûts. Étrangers à leurs plaisirs ^ nous restions seuls mélancoliquement assis sous quelque arbre de la cour. Alors ^ le Poète-et-Pythagore étaient une exception , une vie en dehors de la vie commune. L'instinct sipénétrant^ i'amour-propre si délicat des écoliers leur faisait pressentir en nous des esprits situés plus haut on plus bas que ne l'étaient les leurs. De là^ chez les uns^ hainepour liotre muette aristocratie^ et chez les autres, mépris pour notre inutilité. Ces sentimens étaient entre nous , à notre insu, peut-être; et peut-être ne les ai-je devinés qu'aujourd'hui. Nous vivions donc exactement comme deux rats tapis dans le coin de la salle où étaient nos pupitres , également retenus là durant les heures d'étude et pendant ceUes des récréations. Cette situation excentrique dut nous mettre et nous mit en état de guerre avec tout le collège. Presque toujours oubliés , nous demeurions là , tranquilles, heureux à demi , semblables à deux végétations, à deux ornemens qui eussent manqué à l'harmonie de la salle. Mais, parfois, les plus taquins de nos camarades nous insultaient pour manifester abusivement leur force, et nous répondions par un mépris qui , souvent , fai-

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sait roaer de coups le Poète- et -Pythagore. La nostalgie de Lambert dura plusieurs mois.' Je ne sais rien qui puisse peindre la mélancolie à laquelle il fut en proie. Louis m'a gâté bien des cbefs-d'œuyre. Ayant joué tous deux le rôle du Lépreux de la Vallée d'Aoste , nous avions éproayé les seiitimens exprimés dans le livre de M. de Maistre , avant de les lire traduits par cette éloquente plume. Or^ un ouvrage peut retracer les souvenirs de Tenfance^ mais il ne luttera jamais contre eux avec avantage. Les soupirs de Lambert m'ont appris des bymnes de tristesse bien plus éloquentes que ne le sont les plus belles pages de René, Mais aussi , peut-être n'est-il pas de comparaison entre les soufi&ances ^e cause une passion , réprouvée à tort ou à raison par nos lois^ et les douleurs d'un pauvre enfant aspirant après la splendeur du soleil , la rosée des vallons et la liberté. René n'est l'es< clave que d'un désir^ Louis Lambert était toute une ame esclave. A talent égal^ le sentiment le plus toncbant ou fondé sur les désirs les plus vrais parce qu'ils sont les plus purs^ doit surpasser les lamentations factices du génie. Après être resté long-temps à contempler le feuillage d'un des tilleuls de la cour^ Louis ne me disait qu'un mot^ mais ce mot annonçait une immense rêverie.

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— Heureusement pour moi, s'écria~t-*il un jour, il se rencontre de bons momens pendant lesquels il me semble que les murs de la classe sont tombés, et que je suis ailleurs, dans les cbamps ! Quel plaisir de se laisser aller au cours de sa pensée, comme un oiseau à toute la portée de son toI !

— Pourquoi la couleur yerte est-elle si prodiguée dans la nature? me demandait-il. Pourquoi y existe-t-il si peu de lignes droites? Pourquoi l'homme dans ses œuvres emploie-t-il si rarement les courbes ?

Ces paroles trahissaient une longue course faite à travers les espaces. Certes, il avait revu des paysages entiers , ou respiré le parfum des forêts. 11 était , vivante et sublime Élégie , tonjours silencieux, résigné; toujours soufiPrant sans pouvoir dire : — Je souffi^e ! Il lui fallait le monde pour pâture , et cet aigle se trouvait entre quatre murailles étroites et sales. Aussi , sa vie devint^elle , dans la plus large acception de ce terme , une vie idéale. Plein de mépris pour les études presque inutiles auxquelles nous étions condamnés , il marchait dans sa route aérienne , complètement détaché dea choses qui nous entouraient. Obéissant au besoin d'imitation qui domine les enfans, jo

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tâchai decooformer mon existence à la sienne , et il m'inspira d'autant mieux sa passion pour l'espèce de sommeil dans lequel les contemplations profondes plongent le corps y que j'étais plus jeune et plus impressible. Nous nous habitoâmes, comme deux amans ; à penser ensemr ble, et à nous communiquer toutes nos rèyeries. Déjà y ses sensations intuitives avaient cette acuieêse qui doit appartenir aux perceptions intellectuelles des grands poètes et les faire souvent approcher de la folie.

— Sens-tu , comme moi , me demanda-t-il un jour, s'accomplir en toi, malgré toi, de fantasques souffrances? Si par exemple, je pense vivement à l'effet que produirait la lame de mon canif en entrant dans ma chair, j'y ressens tout à coup une douleur aiguë comme si je m'étais réellement coupé ; il n'y a de moins que le sang. Hais cette sensation arrive et me surprend comme un bruit soudain qui troublerait un profond silence. Une idée causer des souffrances physiques! Hein, qu'en dis-tu?

Quand il exprimait des réflexions si ténues , nous tombions tous deux dans une rêverie naïve, nous mettant à rechercher en nous les inde^riptibles phénomènes relatifs à la génération de la pensée dont il espérait saisir les

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moindres développemens , et pouvoir décrire un jour l'appareil inconnu. Puis; après des discussions^ souvent mêlées d'enfantillage^ un regard jaillissait des yeux flaraboyans de Lambert y il me serrait la main , et il sortait de son ame un mot par lequel il tâchait de se résumer.

— Penser , c'est voir ! me dit-il un jour , emporté par une de mes objections sur le principe de notre organisation. Toute science humaine repose sur la Déduction qui est une vision lente , par laquelle on descend de la cause à l'efiet ^ par laquelle on remonte de l'efifôt à la cause; ou ^ dans ime plus large expression^ toute poésie, comme toute œuvre d'art^ procède d'une rapide vision des choses.

n était spiritualiste. Mais j'osais le contredire en m'armant de ses observations mêmes, et considérer l'intelligence comme un produit tout physique. Ses études sur la substance de la pensée lui faisaient accepter avec une sorte d'orgueil la vie de privations à laquelle nous condamnaient et notre paresse et notre dédain pour nos devoirs. Il avait une certaine conscience de sa valeur qui le soutenait dans ses élucubrations. Avec quelle douceur je sentais son ame réagir sur la mienne ! Que de fois nous sommes restés assis sur notre banc , occupés

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tond deux à lire on livre , nous oubliant réciproqaement sans nous quitter ^ mais nous sachant tous deux là^ plongés dans un océan d'idées comme deux poissons qui nagent dans les mêmes eaux I Notre vie était donc toute yégéta« tive en apparence , mais nous existions par le cœnr et par le cerveau. Les sentimens^ les pensées étaient les seuls événemens de notre vie scolaire^

Lambert exerça sur mon imagination une influence dont je me ressens encore aujourd'hui. J'écoutais avidement ses récits empreints de ce merveilleux qui fait dévorer avec tant de délices ^ aux enf ans comme aux hommes , les contes où le vrai affecte les formes les plus absurdes. Sa passion pour les mystères et la crédulité naturelle au jeune âge nous entraînaient souvent a parler du Ciel et de l'Enfer. Louis tâchait , alors y en m'expli* quant Swedenborg ^ de me faire partager ses croyances relatives aux anges. Dans ses raisonnemens même les plus faux y se rencontraient toujours des observations étonnantes sur la puissance de l'homme , et qui imprimaient à sa parole ces teintes de vérité sans lesquelles rien n'est possible dans aucun art. Puis^ la fin romanesque dont il dotait la destinée humaine était

$8 iTvnis raiLOsoraïQVEs.

dénature àoaresser lepenchant qui porte les iioa* ginations yierges à s'abandonner aux croyances. N'est-ce pas durant leur jeunesse que les peuples enfantent leurs dogmes , leurs idoles ? Et les êtres surnaturels sous lesquels ils tremblent ne sont-ils pas la personnification de leurs sentimens , de leurs besoins agrandis ? Ce qui me reste aujourd'bui dans la mémoire des con- Tcrsations pleines de poésie que nous eûmes y Lambert et moi , sur le Suédois , dont j'ai lu depuis les œuvres par curiosité ^ peut se réduire à ce précis.

Il y aurait en nous deux créatures distinctes. Selon Swedenborg, l'ange serait l'individu chez lequel l'être intérieur réussit à triompher de l'être extérieur. Un homme veut-il obéir à sa vocation d'ange ? Dès que la pensée lui démontre sa double existence^ il doit tendre à nourrir la frêle et exquise nature de l'ange qui est en lui. Si , faute d'avoir une vue translucide de sa destinée , il fait prédominer l'action corporelle au lieu de corroborer sa vie intellectuelle ^ toutes ses forces passent dans le jeu de ses sens extérieurs, et l'ange périt lentement par cette matérialisation des deux natures. Dans le cas contraire , s'il substante son intérieur des essences qui lui sont propres , l'ame l'emporte sur

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lamatièrO; et tâche à s'en séparer. Alors, qaand leur séparation arrive sons cette forme qae nous appelons la Mort, l'ange , assez puissant ponr se dégager de son enyeloppe , demeure, et commence sa Traie vie. Les individualités infinies qui différencient les hommes ne peuvent s'ex*pliqner que par cette douhle existence. Elles la font comprendre et la démontrent. En effet , la distance qui se trouve entre un homme dont l'intelligence inerte le condamne à une apparente stupidité, et celui que l'exercice de sa vue intérieure a doué d'une force quelconque , doit nous faire supposer qu'il peut exister , entre les gens de génie et d'autres êtres , la même distance qui sépare les Aveugles des Voyans. Cette pen8ée,qui étend indéfiniment la création,donne en quelque sorte la clef des cieux. En apparence confondues ici-bas , les créatures y sont , suivanl la perfection de leur être intérieur , partagées en sphères distinctes , dont les mœurs et le langage sont étrangers les uns aux autres. Bans le monde invisible comme dans le monde réel, si quelque habitant des régions inférieures arrive^ sans en être digne, à un cercle supérieur , non seulement il n'en comprend ni les habitudes^ ni les discours , mais encore sa présence Y paralyse et les voix et les cœurs. Dans

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sa Dmoe Comédie , Dante a peot-être eu quelque légère intuition de ces sphères qui commencent dans le monde des douleurs et s'élèvent par un mouvement armillaire , jusques dans les cieux. La doctrine de Swedenborg serait donc l'ouvrage d'un esprit lucide qui aurait enregistré lesinnombrablesphénomènespar lesquels les anges se révèlent au milieu des hommes.

Cette doctrine que je m'efiEbrce aujourd'hui de résumer en lui donnant un sens logique^ m'était présentée par Lambert avec toutes les séductions du mystère, enveloppée dans les langes de la phraséologie particulière aux mystagogues ; diction obscure, pleine d'abstractions et si active sur le cerveau , qu'il est certains livres de Jacob Bœhm , de Swedenborg ou de madame Guyon , dont la lecture pénétrante fait surgir des fantaisies mentales , aussi multiformes que peuvent l'être les rêves de l'opium. Lambert me racontait des faits mystiques tellement étranges et en frappait si vivement mon imagination qu'il me causait des vertiges. J'aimais néanmoins à me plonger dans ce monde mystérieux , invisible aux sens , où chacun se plait à vivre , soit qu'il se le représente sous la forme indéfinie de l'Avenir , soit qu'il le revête des images indécises de la Fable. Ces réactions

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Tiolentes del'ame sur elle-même m'instniisaieiit à mon insa de sa force , et m'accoutumaient aux trayaux de la pensée.

QAnt à Lambert , il expliquait tout par son système sur les anges. Pour lui , l'amour pur, l'amour comme on le rêve au jeune âge , était la collision de deux natures angéliques. Aussi rien n'égalait-il l'ardeur avec laquelle il désirait rencontrer un ange-femme. Hé I qui plus que lui devait inspirer y ressentir l'amour ? Si quelque chose pouvait donner l'idée d'une exquise sensibilité , n'était-ce pas le naturel aimable et bon , empreint dans ses sentimens , dans ses paroles , dans ses actions et ses moindres gestes, enfin dans la conjugalité qui nous liait l'un à l'autre^ et que nous exprimions en nous disant Faisans? Il n'y avait aucune distinction entre les choses qui venaient de lui ou de moi. Nous contrefaisions mutuellement nos deux écritures, afin que l'un pût faire, à lui seul , les devoirs de tous les deux. Alors , quand l'un de nous avait à finir un livre qu'il était nécessaire de rendre au maitre de mathématiques , nous pouvions lire sans interruption , l'un brochant la tâche et les pensum de l'autre. Nous nous acquittions de nos devoirs comme d'un impôt frappé sornotre tranquillité. Souvent ils étaient.

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si ma mémoire n'est pas infidèle ^ d'une sapériorite remarquable lorsque Lambert les composait. Mais réputés , l'un et l'autre , pour deux idiots , le professeur analysait toujours nos devoirs sous l'empire d'un préjugé fatal , et les réservait même pour en amuser nos camarades.

Je me souviens qu'un soir , en terminant la classe qui avait lieu de deux à quatre heures , le maître prit une version de Lambert. Le texte commençait par : Caiuê Gracchus , vir nohilis* Louis avait traduit ces mots par Caius Gracchus était un noble C(Bur,

— Où voyez-vous du cœur dans nohiîU ? dit brusquement le professeur.

Et tout le monde de rire pendant que Larabert regardait le professeur d'un air hébété.

— Que dirait madame la baronne de Staël en apprenant que vous traduisez par un contre-sens le mot qui signifie de race noble ^ d'origine patricienne ?

— Elle dirait que vous êtes une bête ! m'écriai-je à voix basse.

— Monsieur le Poète^ vous allez vous rendre en prison pour huit jours y répliqua le professeur qui malheureusement m'entendit.

Lambert reprit doucement en me jetant na

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regard d'une inexprimable tendresse : *— F^ir

• Madame de Staël causait^ en partie ^ le meilleur de Lambert. A tout propos , maîtres et disciples lui jetaient ce nom à la tête ^ soit comme une ironie , soit comme un reproche.

- Louis ne tarda pas à se faire mettre en prison pour me tenir compagnie. lÂ, plus libres que partout ailleurs , nous pouyions parler pendant des journées entières , dans le silence des dortoirs où chaque élève possédait une niche de six pieds carrés dont les cloisons étaient garnies de barreaux par le haut , et dont la porte à claire- Toie se fermait tous les soirs et s'ouvrait tous les matins sous les yeux du Père , chargé d'assister à notre lever et à notre coucher. Le cric-crac de œs portes y manœuvrées avec une singulière promptitude par les garçons de dortoirs , était encore une des particularités de ce collège. Ces alcèves ainsi bâties nous servaient de prison y et nous y restions quelquefois enfermés pendant des mois entiers. Les écoliers mis en cage tombaient sous l'œil sévère du préfet^ espèce de censeur qoi venait ^ à ses heures ou à l'improviste , d'un pas léger^ pour savoir si nous causions au lien de faire nos pensum. Mais les coquilles de noix semées dans les escaliers , ou la délicatesse

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de notre ouïe nous permettaient presque toujours de prévoir son arrivée ^ et nous pouyions nous livrer, sans trouble , à nos études chéries. Cependant , la lecture nous étant interdite , les heures de prison appartenaient ordinairement à des discussions métaphysiques, ou au récit de quelques accidens curieux relatifs aux phénomènes de la pensée.

Un des faits les plus extraordinaires est , certes , celui que je vais raconter ^ non seulement parce qu'il concerne Lambert , mais encore parce qu'il en décida peut-être la destinée scientifique. Le dimanche et le jeudi étaient , selon la jurisprudence des collèges , nos jours de congé. Mais les offices , auxquels nous assistions très exactement, employaient si bien le dimanche , que nous considérions le jeudi comme notre seul jour de fête. En effet , la messe ime fois entendue , nous avions assez de loisir pour rester long-temps en promenade dans les campagnes situées aux environs de Vendôme. Le manoir de Rochambeau était l'objet de la plus célèbre de nos excursions , peut-être à cause de son éloignement. Rarement les Petits faisaient une course aussi fatigante ; néanmoins , une fois ou deux par an , les régens leur proposaient la partie de Rochambeau comme une récom-

pense. £n 1812 ^ vers la fin da printemps y nous daines y aller pour la première fois. Le désir de Toir le fameux château de Rochambeau dont le propriétaire donnait quelquefois du laitage aux âèves , les rendit tous sages. Rien n'empêcha donc la partie. Ni moi^ ni Lambert ne connaissions la jolie Tallée du Loir , où cette habitation a été construite. Aussi ^ son imagination et la mienne furent-elles très préoccupées laTcillede cette promenade qui causait dans le collège une joie traditionnelle. Nous en parlâmes pendant tonte la soirée , en nous promettant d'employer en fruits ou en laitage l'argent que nous possédions contrairement aux lois yendômoises. Le lendemain ^ après le dîner , nous partîmes , à midi et demi , tous munis d'un cubique morceau de pain que l'on nous distribuait d'ayance pour notre goûter. Puis, alertes comme des hirondelles y nous marchâmes en troupe vers le célèbre castel avec une ardeur qui ne nous permettait pas de sentir , tout d'abord , la fatigue. Quand nous fûmes arrivés sur la colline d'où nous pouTÎons contempler et le château assis à mi-côte ^ et la Tallée tortueuse où brille la rivière en serpentant dans une prairie gracieusement échancrée ; admirable paysage , un de ceux auxquels les vives sensations du jeune âge ou celles

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de l'amour ont imprimé tant de charme^ que, plus tard, il ne faut jamais les aller revoir, Louis Lambert me dit : -^ Mais, j'ai yu cela, oette nuit , en rêve !

Il reconnut et le bouquet d'arbres sous lequel nous étions , et la disposition des feuillages , la couleur des eaux , les tourelles du château, les accidens , les lointains , enfin tous les détails du site qu'il*iEiperceyait pour la première fois. Nous étions bien .enfans l'un et l'autre, moi, du moins , qui n'avais que treize ans, car , à quinze ans , Lonis pouvait avoir la profondeur d'un homme de génie; mais à cette époque nous étions tous deux incapables de mensonge dans les moindres phases de notre vie d'amitié. D'ailleurs , si Lambert pressentait , par la toute* puissance de sa pensée, l'importance des faits, il était loin d'en deviner d'abord l'entière portée. Aussi commença-t-il par être étonné de celui-ci. Je lui demandai s'il n'était pas vena à Rochambeau pendant son enfance. Ma ques* tion le frappa. Mais , après avoir consulté ses souvenirs , il me répondit négativement. Cet événement , dont beaucoup d'hommes peuvent retrouver l'analogue dans les phénomènes de leur sommeil, fera comprendre la portée de Lambert. En effet , il sut en déduire tout un

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système, «'emparant , comme fit Gavier dans un autre ordre de choses , d'un fragment de pensée pour reconstruire toute une création. En ce moment , nous nous assîmes tous deux sous une vieille truisse de chêne. Puis , après quelques inomens de réflexion , Louis me dit : — Si le paysage n'est pas venu vers moi , ce qu'il serait absurde de penser^ je suis donc venu vers lui i Si j*étais ici pendant que je dormais dans mon alcôve , ce fait neconstitue-t-il pas une séparation complète entre mon corps et mon être intërîeor? N'atteste-t-il pas dans celui-ci une faculté locomotive ou des effets qui équivalent à ceux de la locomotion? Or, s'ils ont pu se <]Qitter pendant le sommeil , pourquoi ne les £erais-je pas également divorcer ainsi pendant la veille? — N'y aurait-il pas toute une science dans ce phénomène ? ajouta-t-il en se frappant fortement le front. S'il n'est pas le principe d'une science , il trahit certainement en l'homme un singulier pouvoir. Il accuse au moins la désunion fréquente de nos deux natures ^ fait autour duquel je tourne depuis si long-temps. J'ai donc enfin trouvé un témoignage de la supériorité qui distingue nos sens latens de nos sens apparensi — Mais^ peut-être^ reprit-il apirès une pause et en laissant échapper un geste

de doute y n'y a-t-il pas en nous deux natures ? Peut-être sommes-nous tout simplement doués de qualités intimes et perfectibles dont l'exercice^ dont les développemens produisent en nous des phénomènes d'activité^ de pénétration , de vision , encore inobservés. Dans notre amour du merveilleux ^ passion engendrée par notre orgueil , nous aurons transformé ces effets en créations poétiques parce que nous ne les comprenions pas. Il est si commode de déifier l'incompréhensible ! Ah I j'avoue que je pleurerai la perte de mes iUusions. J'avais besoin de croire à une double nature et aux anges de Swedenborg ! Cette nouvelle science les tue y car n'y a-t-il pas une science tout entière dans l'examen de nos propriétés inconnues ?

U demeura pensif^ triste à demi. Peut-être voyait-il ses rêves de jeunesse comme des langes qu'il lui faudrait bientôt quitter.

— La vue et l'ouïe, dit-il en riant de son expression, sont sans doute les gaines d'un outil merveilleux !

Pendant tous les instans où il m'entretenait du ciel et de l'enfer, il avait coutume de regarder la nature en maitre^ mais en proférant ces dernières paroles grosses de science, il plana plus audacieusement que jamais sur le paysage,

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et Bon front me pamt prêt à crever sous l'effort du génie. Ses forces qu'il faut nommer morales jusqu'à nouvel ordre^ semblaient jaillir par tous les organes destinés à les projeter. Ses yeux dardaient la pensée ; sa main levée^ ses lèvres tremblantes^ son regard brûlant parlaient et rayonnaient^ enfin^ sa tête^ comme trop lourde^ on fatiguée par un élan trop violent^ retomba snr sa poitrine. Cet enfant^ ce géant se voûta^ me prit la main, la serra dans la sienne qui était moite, tant il était enfiévré par la rechercbe de la vérité ; puis, après une pause, il me dit : — Je serai célèbre! — Mais toi aussi, ajouta-t-il vivement. Nous serons tous deux les alchimistes du cerveau.

Cœur exquis ! Je reconnaissais sa supériorité; mais lui se gardait bien de jamais me la faire sentir. Il partageait avec moi les trésors de sa pensée, me comptait pour quelque chose dans ses découvertes , et me laissait en propre mes infirmes réflexions. Toujours gracieux comme une femme qui aime, il avait toutes les pudeurs de sentiment, toutes les délicatesses d'ame qui rendent la vie et si bonne et si douce à porter.

U commença le lendemain même un ouvrage

qu'il intitula : TVat^écfe /a /^oion/é. Ses réflexions

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en modifièrent «ouveiit le plan et la méthode ; mais Péyénement de cette journée solennelle en fat certes le germe , comme la sensation électrique toujours ressentie par Mesmer à l'approche d'un yalet , fut l'origine da magnétisme y science jadis cachée au fond des mystères de Delphes et d'Isis) et retrouvée par cet homme prodigieux à deux pas de Layater, le précurseur deGalI. Éclairées par cette soudaine clarté y les idées de Lambert prirent des proportions plus étendues y il démêla dans ses acquisitiens des Tentés éparses y et les rassembla. Puis, comme un fondeur, il coula son groupe. Après six mois d'une application soutenue, les travaux de Lambert excitèrent la curiosité de nos camarades et furent l'objet de quelques plaisanteries cmelles qui deraient avoir une funeste issue. Un jour, l'un de nos persécuteurs voulut absolument voir nos manuscrits , il ameuta tous ses partisans et vint s'emparer violemment dSine cassette où était déposé ce trésor que Lambert et moi défendîmes avec un courage inouï. La boite était fermée, il fut impossible à nos agresseurs de l'ouvrir; mais ils essayèrent de la briser dans le combat. Cette noire méchanceté nous fit jeter les hauts cris. Quelques camarades, animés d'un esprit de justice ou frappés de

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