‹ Le livre mystique (volume 2)Chapitre 6 sur 20 · FRAGMENT · texte numérisé non relu

FRAGMENT

Un attachement si complet est-il un bonheur? Ooi! des années de souiSrance ne paieraient pas une heure d'amour. Hier , ton apparente tristeësea passé dans mon ame avec la rapidité d'une ombre qui se projette. £tais*tH triste ou souffrais-tu? J'ai soufiert. D'où Tenait ce chagrin? Écris-moi vite. Pourquoi ne l'ai-je pas deyiné ? Nous ne sommes donc pas encore complètement unis par la pensée? Je devrais , à deux lieues de toi comme à mille , ressentir tes peines et tes douleurs. Je ne croirai pas t 'aimer ^ tant que ma vie ne sera pas assez intimement liée à la tienne pour que nous ayons la même vie^ le même coeur, la même idée. Je dois être où tu es^ voir ce que tu vois, ressentir ce que tu ressens, et te suivre par la pensée. N'ai -je pas déjà su, le premier , que ta voiture avait versé, que tu étais blessée? Mais aussi ce jour-là, ne t'avais-je pas quittée? Je te voyais. Quand mon oncle m'a demandé pourquoi je pâlissais , je lui ai dit : u Ma-

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demoiselle de Yillenoix vient de tomber ! » Ponrqaoi donc n'ai-je pas lu dans ton ame, hier? Voulais-tu me cacher la cause de ce cha- ^in ? Cependant j'ai cru deviner que tu avais fait en ma faveur quelques efforts malheureux auprès du redoutable M. Salomon , qui me glace. Cet homme n'est pas de notre ciel. Pourquoi veux-tu que notre bonheur , qui ne ressemble en rien à celui des autres ^ se conforme aux lois du monde? Mais j'aime trop tes mille pudeurs, ta religion , tes superstitions , pour ne pas obéir à tes moindres caprices. Ce que tu fais, doit être bien , rien n'est p lus pur que ta pensée , comme rien n'est plus beau que ton visage où se réfléchit ton ame divine. J'attendrai ta lettre avant d'aller par les chemins chercher le doux moment que tu m'accordes. Ah! si tu savais combien l'aspect des tourelles me fait palpiter, quand enfin, je les vois bordées de lueur par la lune, notre amie, notre seule confidente!

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Adieu la gloire, adiea Favenir ^ adiea la vie que je rêvais ! Maintenant , ma tout aimée y ma gloire est d'être à toi ^ digne de toi \ mon avenir est tout entier dans l'espérance de te voir \ et , ma vie ? n'est-ce pas de rester à tes pieds , de me concher sons tes regards y de respirer en plein dans les cienx qne tu m'as créés. Toutes mes forces, toutes mes pensées , doivent t'appartenir y à toi qui m'as dit ces enivrantes paroles : « Je veux tes peines ! » Ne serait-ce pas dérober des joies à l'amour, des momens an bonheur y des sentimens à ton ame divine , que

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de donner des heures à l'étude , des idées au nionde^ des poésies aux poètes ? Non^ non, chère vie à moi, je te veux tout réserver, je veux t'apporter toutes les fleurs de mon ame. Y a-t-il rien d'assez beau^d'assez splendidedans les trésors de la terre et de l'intelligence y pour fêter un cœur aussi riche , un cœur aussi pur que le tien y et auquel j'ose allier le mien, parfois? Oui , parfois, j'ai l'orgueil de croire que je sais aimer autant que tu aimes ! Mais non , tu es un angefemme , et il y aura toujours plus de charme dans l'expression de tes sentimens, plus de parfum dans ton souffle, plus d'harmonie dans ta voix , plus de grâce dans tes sourires, plus de pureté dans tes regards que dans les miens ! Oui , laisse-moi penser que tu es une création d'une sphère plus élevée que ne l'est la mienne. Tu auras l'orgueil d'en être descendue , et moi celui de t'avoir méritée. £ttu ne seras peut-être pas déchue en venant à moi , pauvre et malheureux ! Oui , si le plus bel asile d'une femme est un oœur tout à elle , tu seras toujours souveraine dans le mien. Aucune pensée, aucune action ne ternira jamais ce cœur , riche sanctuaire, tant que tu voudras y résider \ mais n'y demeureras-tu pas sans cesse ? Ne m'as-tu pas dit ce mot délicieux : Maintenant et toujours !

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Et h vrc Kt suPKi ! J'ai gravé soos ton portrait ces paroles da Rituel ^ dignes de toi ^ comme elles sont dignes de Dieu. Il est, ef tnaintenani a towfours, iiommesem mon amour ! Non y non , je n'épuiserai jamais ce ipii est immense , infini , sans bornes : tel est le sentiment que je sens en moi pour toi. J'en ai deviné l'incommensurable étendue, comme nous devinons l'espace, par la mesure d'une de ses parties ! Ainsi , j'ai en des jouissances inefiGeibles , des heures entiè* fes pleines de méditations chatouilleuses en me nppelantunseulde tes gestes , ou l'accent d'une phrase. H y aura donc des souvenirs sous le pmds desquels il faudra succomber, si déjà la souvenance d'une heure douce et familière me fait pleurer de joie , attendrit , pénètre mon ame, etdevientune intarissable source de bonheor. Aimer , c'est la vie de l'ange ! Il me semble qjae je n'épuiserai jamais le plaisir que j'éprouve a te voir. Ce plaisir , le plus modeste de tous, mais auquel le temps manque toujours, m'a fait comprendre les éternelles contemplations dans lesquelles restent les Séraphins et les Esprits devant Dieu : rien n'est plus naturel , s'il émane de son essence une lumière aussi fertile en sentimens nouveaux que l'est celle de tes yeux , de ton front imposant , de ta belle physio-

lea iTCDSs vHaosonnQUEs.

nomie , céleste image de ton ame , l'ame , cet autre nous-mêmes dont la forme pure ne périssant jamais rend alors notre amour immortel. Je voudrais qu'il existât un langage autre que celui dont jemesers^ pour t'exprimer les renaissantes délices de mon amour ; il y en a bien un y il n'est qu'à nous. Nos regards ne sont-ils pas de vivantes paroles ; mais ne faut-il pas aussi nous voir pour entendre par les yeux ces interrogations et ces réponses du cœur si vives , si pénétrantes que tu m'as dit un soir : — « Taisezvous ! » quand je ne pariais pas. T'en souviens-tu, ma chère vie ? De loin , quand je suis dans les ténèbres de l'absence^e sub forcé d'employer des roots humains pour rendre des sensations divines. Les mots accusent au moins les sillons qu'elles tracent dans mon ame , comme Bien résume imparfaitement les idées que nous avons de ce mystérieux principe. Encore , malgré la science du langage, n'ai-je jamais rien trouvé dans l'infini de ses expressions qui put te peindre la délicieuse étreinte par laquelle ma vie se fond dans la tienne quand je pense à toi. Puis, par quel mot finir , lorsque je cesse de t'écrire sans pour cela te quitter ? Que signifie adieu , à moins de mourir ? Mais la mort serait-elle un adieu ? Alors mon ame ne se réunirait-elle pas

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pins intimement à la tienne ? 0 mon étemelle pensée ! naguère , je t'ofiBris à genoux mon cœur et ma vie ; maintenant , quelles nouvelles fleurs de sentiment trouverai-je donc en mon ame , que je ne t'aie données ? Ne serait-ce pas t'en- Toyer une parcelle du bien que tu possèdes ? N'e»-tu pas mon avenir ? Combien je regrette le passé ! Ces années qui ne nous appartiennent plus f je voudrais te les rendre toutes , et t'y faire régner comme tu règnes sur ma vie. Mais qu'est-ce que le temps de mou existence où je ne te connaissais pas ? Ce serait le néant ^ si je n'avais pas été si malheureux.

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