‹ Le livre mystiqueChapitre 4 sur 13 · T. II, Ç · texte numérisé non relu

T. II, Ç

elle y et suis obligé de me faire Tioleace aujourd'hui pour vous en parler. J'ai commencé par regretter bien vivement de voir mon voyage interrompu par l'hiver , et d'être forcé de demeurer ici ; mais depuis ces deux derniers mois chaque jour les chaînes qui m'attachent à Jarvis se sont plus fortement rivées ; et j'ai peur d'y finir mes jours. Vous savez comment j'ai rencontré Séraphita , quelle impression me fit son regard et sa voix , enfin comment je fus admis chez elle qui ne veut recevoir personne. Dès le premier jour , je revins ici pour vous demander des renseignemens sur cette créature mystérieuse. Là commença pour moi cette série d'enchantemens. . .

— D'enchantemens ! s'écria le pasteur en secouant les cendres de sa pipe dans un plat grossier plein de sable qui lui servait de crachoir. Existe-t-il des enchantemens?

— Certes , vous qui lisez en ce moment si consciencieusement le livre des Incantations de Jean Wier, vous comprendrez l'explication que je puis vous donner de mes sensations , reprit aussitôt Wilfrid. Si l'on étudie attentivement la nature dans ses grandes révolutions comme dans ses plus petites œuvres , il est impossible de ne

pas reconnaître l'impossibilité d'un enchante-

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ment^ en donnant à ce mot sa véritable signification . L'homme ne crée pas de forces y il emploie la seule qui existe , et qui les résume toutes ^ le mouvement^ souffle incompréhensible du souverain fabricateur des mondes. Les espèces sont trop bien séparées pour que la main humaine puisse les confondre ; et le seul miracle dont elle était capable s'est accompli dans la combinaison de deux substances ennemies.

Encore la poudre est-elle germaine de la foudre ! Quant à faire surgir une création soudaine ? toute création exige le temps, et le temps n'avance ni ne recule sous le doigt. Ainsi , en dehors de nous , la nature plastique obéit à des lois dont aucune main d'homme n'intervertira ni l'ordre ni l'exercice. Mais , après avoir ainsi fait la part de la Matière y il serait déraisonnable de ne pas reconnaître en nous l'existence d'un monstrueux pouvoir dont les effets sont tellement incommensurables que les générations connues ne les ont pas encore parfaitement classés. Je ne vous parle pas de la faculté de tout abstraire et de contraindre la nature à se renfermer dans le Verbe, acte gigantesque auquel le vulgaire ne réfléchit pas plus qu'il ne songe au mouvement ; mais qui a conduit les théosophes indiens à expliquer la création par un

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verbe auquel ils ont donné la puissance inverse. La plus petite portion de leur nourriture , un grain de riz d'où sort une création, et dans lequel cette création se résume alternativement , leur o£Frait une si pure image du verbe créateur et du verbe abstracfeur, qu'il était bien simple d'appliquer ce système à la production des mondes. La plupart des bommes devaient se contenter du grain de riz semé dans le premier verset de toutes les Genèses. Saint Jean , disant que le Verbe était en Dieu, n'a fait que compliquer la difficulté. Mais la granification , la germination et la floraison de nos idées est peu de chose, si nous comparons cette propriété, partagée entre beaucoup d'hommes, à la faculté tout anormale de communiquer à cette propriété des forces plus ou moins actives par je ne sais quelle concentration , de la porter à une troisième , a une neuvième , à une vingt-septième puissance , de la faire mordre ainsi sur des masses , et d'obtenir des résultats magiques en condensant les effets de la nature. Or je nomme des enchantemens , ces exorbitantes actions jouées entre deux membranes sur la toile de notre cerveau. Il se rencontre, dans la nature inexplorée et nommée le Monde Spirituel, des êtres humains qui sont armés de ces

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facultés înoaîes , comparables à la terrible puissance que possèdent les gaz ^ les acides ou les sels dans le monde physique , et qui se combinent avec d'autres êtres ^ les pénètrent comme cause active , produisent en eux des sortilèges contre lesquels ces pauvres ilotes sont sans défense. Il les enchantent; les dominent ^ les réduisent à un horrible vasselage^ et font peser sur eux les magnificences et le sceptre d'une nature supérieure^ en agissant tantôt à la manière de la torpille qai électrise et engourdit le pêcheur ^ tantôt comme une dose de phosphore qui exalte la vie , en accélère la projection \ tantôt comme l'opium qui endort la nature corporelle^ dégage l'esprit de ses liens, le laisse voltiger sur le monde , le lui montre à travers un prisme , et lui en extrait la pâture qui lui plait le plus ; tantôt enfin comme la catalepsie qui annule toutes les facultés au profit d'une seule vision. Les miracles ; les enchantemens , les incantations , les sortilèges^ enfin les actes , improprement appelés surnaturels , ne sont possibles et ne peuvent s'expliquer que par le despotisme avec lequel un Esprit nous contraint à subir les effets d'une optique mystérieuse qui grandit ^ rapetisse y exalte la création , la fait mouvoir en nous à son gré , nous la défigure ou uous^ VetcA^^^^. >

nous ravit au ciel ou nous plonge en enfer , les deux termes par lesquels s'expriment l'extrême plaisir et l'extrême douleur. Ces phénomènes sont en nous et non au dehors. L'être que nous nommons Séraphîta me semble un de ces rares et terribles démons auxquels il est donné d'étreindre les hommes , de presser la nature et d'entrer en partage avec l'occulte pouvoir de Dieu. Le cours de ses enchantemens a commencé chez moi par le silence qui m'était imposé. Chaque fois que j'osais vouloir vous interroger sur elle, il me semblait que j'allais révéler un secret dont je devais être l'incorruptible gardien; chaque fois que j'ai voulu vous questionner , un sceau brûlant s'est posé sur mes lèvres , et j'étais le ministre involontaire de cette mystérieuse défense. Vous me voyez ici , pour la centième fois , abattu ,^ brisé , pour avoir été jouer avec le monde hallucinateur que porte en elle cette jeune fille douce et frêle pour vous deux , mais pour moi la magicienne la plus dure. Oui, elle est pour moi comme une sorcière qui , dans sa main droite , porte un appareil invisible pour agiter le globe , et dans sa main gauche la foudre pour tout dissoudre à son gré. Enfin je ne sais plus regarder son front ^ il est d'une insupportable clarté. Je côtoie trop inhabilemeni depuis quelques jours les abymes

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de la folie y pour ne pas parler. Je saisis donc le moment où j'ai le courage derésister à ce monstre qui m'entraine après lui, sans me demander si je puis suivre son vol. Qui est- elle? L'avez- vous vue jeune? Est-elle née jamais, a-t-elle eu des parens ? Est-elle enfantée par la conjonction de la glace et du soleil? Elle glace et brûle ! elle se montre et se retire comme une vérité jalouse ! elle m'attire et me repousse ! elle me donne tour à tour la vie et la mort , je l'aime et je la hais. Je ne puis plus vivre ainsi, je veux être tout-àfait ou dans le ciel ou dans l'enfer.

Gardant d'une main sa pipe toute chargée, et de l'autre le couvercle sans le remettre, M. Becker écoutait Wilfrid d'un air mystérieux , en regardant par instans sa fille qui paraissait comprendre ce langage, en harmonie avec Télre qui l'inspirait. Wilfrid était beau comme Hamlet résistant à l'ombre de son père , et avec laquelle il converse en la voyant se dresser pour lui seul^ au milieu des vivans.

— Ceci ressemble fort au discours d'un homme amoureux , dit naïvement le bon pasteur.

— Amoureux ! reprit Wilfrid , oui , selon les idées vulgaires.Mais, moucher monsieur Becker, aucun mot ne peut exprimer la frénésie a\^c,

74 LE LITRK MYSTIQUE.

laquelle je me précipite vers cette sauvag^e créature.

— Vous l'aimez donc? dit Minna d'un ton de reproche.

— Mademoiselle y j'éprouTC des tremblement si singuliers quand je la Tois y et de si profondes tristesses quand je ne la Tois plus ^ que ^ chez tout homme y de telles émotions annonceraient l'amour \ mais ce sentiment rapproche ardem<ment les êtres ^ tandis que^ toujours entre elle et moi y s'ouvre je ne sais quel ahyme dont je sens le froid quand je suis en sa présence y et dont je n'ai plus la conscience quand je suis loin d'elle. Je la quitte toujours plus désolé y je re- Tiens toujours avec plus d'ardeur; comme les sayans qui cherchent un secret, et que la nature repousse; comme le peintre qui veut mettre la yie sur une toile , et se brise ayec toutes les res* sources de l'art dans cette vaine tentative.

— Monsieur, répondit naïvement la jeune fille, tout cela me parait bien juste.

— Gomment pouvez-vous le savoir, Minna?

demanda le vieillard.

— Ah ! mon père , si vous aviez été ce matin avec nous sur les sommets du Falberg, et que vous l'eussiez vu priant, vous ne me feriez pas

cette question! Vous diriez, comme M. Wilfrid,

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quand il l'aperçut pour la première fois dans noire temple : C'est le Génie de la Prière.

Ces derniers mots furent suivis d'un moment de silenee.

— Ah! certes, reprit Wilfrid , elle n'a rien de commun avec les créatures qui s'agitent dans les trous de ce globe.

— Sur le Falberg ! s'écria le yieux pasteur.

Gomment avez-Tous fait pour y parrenir ?

— Je n'en sais rien, répondit Minna. Ma course est maintenant pour moi comme un rêve dont on se souvient ! Je n'y croirais peut-être point sans ce témoignage matériel.

Elle tira la fleur de son corsage et la montra. Tous trois restèrent les yeux attachés sur la jolie saxifrage encore fraîche , qui , bien éclairée par les lampes, brilla dans le nuage de fumée comme une autre lumière.

— Voilà qui est surnaturel, dit le vieillard en voyant une fleur éclose en hiver.

— Un aby me, fit Wilfrid exalté par le parfum .

— Cette fleur me donne le vertige! s'écria Minna. Je crois encore entendre sa parole qui est la musique de la pensée, comme je vois encore la lumière de son regard qui est l'amour.

— De grâce , mon cher monsieur Becker , dites-moi la vie de Séraphita , énigmaticyiie €Lfô^\

humaine dont cette touffe mystérieuse semble être l'image.

— Mon cher hôte ^ répondit le vieillard en lâchant une bouffée de tabac, pour vous expliquer la naissance de cette créature, il est nécessaire de vous débrouiller les nuages de la plus obscure de toutes les doctrines chrétiennes^ mais il n'est pas facile d'être clair en parlant de la plus incompréhensible des révélations , dernier éclat de la foi qui ait , dit -on , rayonné sur notre tas de boue. Connaissez-vous Swedenborg?

— De nom seulement ; mais de lui, de ses livres, de sa religion, je ne sais rien.

— Hé bien ! je vais vous raconter Swedenborg en entier.

SÉRAPHÎTA— SÉRAPHÎTÙS.

Après une pause pendant laquelle le pasteur parut recueillir ses souvenirs^ il reprit en ces termes :

— Emmanuel de Swedenborg est né à Upsal , en Suède, dans le mois de janvier 1688, suivant quelques auteurs ^ en 1689 ,■ saivant son épitaphe; son père était évêque de Skara^ il vécut quatre-vingt-cinq années , sa mort étant arrivée à Londres le 29 mars 1772. Je me sers de cette expression pour exprimer un simple changement d'état. Selon ses disciçles ^ Syï^^

denborg aurait été vu à Jarvis et à Paris postérieurement à dette date.

— Permettez , mon cher monsieur Wilfrid , dit M. Becker en faisant un geste pour prévenir toute interruption , je raconte des fails sans les affirmer, sans les nier. Ecoulez , et après, vous penserez de tout ceci ce que vous voudrez. Je vous préviendrai lorsque je jugerai, critiquerai, discuterai les doctrines , afin de constater ma neutralité intelligentielle entre la raison et lui !

La vie d'Emmanuel Swedenborg fut scindée en deux parts, reprit le pasteur. De 1688 à 1745, le baron Emmanuel de Swedenborg apparut dans le monde comme un homme du plus vaste savoir , estimé , chéri pour ses vertus, toujours irréprochable , constamment utile.

Tout en remplissant de hautes fonctions en Suède, il a publié de 1709 à 1740 , sur la miné* ralogie , la physique , les mathématiques et l'astronomie , des livres nombreux et solides qui ont éclairé le monde savant. Il a inventé la méthode de bâtir des bassins propres à recevoir les vaisseaux ; il a écrit sur les questions les plus importantes, depuis la hauteur des marées jusqu'à la position de la terre ; il a trouvé tout à la fois les moyens de construire de meilleures éclasea pour les canaux , et des procédés plus

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shnples pour l'extraction des métaux ; enfin , il ne s'est pas occupé d'une science sans lui faire faire un progrès. U étudia pendant sa jeunesse les langues hébraïque , grecque y latine , et les langues orientales dont la connaissance lui de- TÎnt si familière , que plusieurs professeurs célèbres l'ont consulté souvent^ et qu'il put reconnaître dans la Tartarie les yestiges du plus ancien liyre de la Parole y nommé lbs guerres de JBHOYAH ; et LES ÉNONCÉS dout il est parlé par Moïse dans les kosbres ( xxi, 14 , 15^ 27 — 80) ; par Josué, par Jérémie et par Samuel. Les guerres DE JEHOTAH scraicut la partie historique , et les ÉNONCÉS la partie prophétique de ce livre antérieur à la Gbnése. Swedenborg a même affirmé que le jaschar , ou le livre du juste, mentionné par Jostté; existait dans la Tartarie- Orientale> avec le culte des Correspondances. Un Français a, dit-on , récemment justifié les prévisions de Swedenborg, en annonçant avoir trouvé à Bagdad plusieurs parties de la Bible inconnues en Europe. Lors de la discussion presque européenne que souleva le magné* tisme animal a Paris, et à laquelle preque tous les savans prirent une part active, en 1^85, M. le marquis de Thomé vengea la mémoire de Swedenborg en relevant des assertions écbd.?^

LE LIYEE MTSTI^VB, T. II, T

no LE LIVRE MYSTIQUE.

pëes aux commissaires nommés par le roi de France pour examiner le magnétisme. Ces messieurs prétendaient qu'il n'existait aucune théorie de l'aimant , tandis que Swedenborg s'en était occupé dès l'an 1720. M. de Thomé saisit cette occasion pour démontrer les causes de l'oubli dans lequel les hommes les plus célèbres laissaient le savant Suédois afin de pou- Toir fouiller ses trésors et s'en aider pour leurs travaux. « Quelques uns des plus illustres , dit M. de Thomé en faisant allusion à la Théorie oe LA TERRE par Buffou , ont la faiblesse de se parer des plumes du paon sans lui en faire hommage.» Enfin y il prouva par des citations yictorienses , tirées des œuvres encyclopédiques de Swedenborg , que ce grand prophète avait devancé de plusieurs siècles la marche lente des sciences humaines* Il suffit , en e£Pet , de lire ses œuvres philosophiques et minéralogiques , pour en être convaincu. Dans tel passage , il se fait le précurseur de la chimie actuelle^ en annonçant que les productions de la nature organisée sont toutes décomposables , et que l'eau ^ l'air^ le feu , ne sont pas des élémens; dans tel autre ^ il va par quelques mots au fond des mystères ma» gnétiques dont il ravit ainsi la première connaissaoce à Mesmer. — - Enfin , voici de lui , dit

SÉRAPHITA. Al

M. Becker en raontrant une longue planché attachée entre le poêle et la croisée ^ sur laquelle étaient des livres de toutes grandeurs^ voici dix-sept ouvrages differens^ dont un seul, ses OËnvres Philosophiques et Minéralogiques, puhliées en 1734 , ont trois volumes in-folio. Ces productions, qai attestent les connaissances positives de Swedenborg, ju'ont été données par M. Séraphitûs , son cousin , père de Seraphita.

£n 1740, Swedenborg tomba dans un silence absolu , d'où il ne sortit que pour quitter ses occupations temporelles , et penser exclusivement an monde spirituel. Il reçut les premiers ordres du ciel en 1745. Voici comment il a raconté sa vocation : Un soir, à Londres, après avoir diné de grand appétit, un brouillard épais se répandit dans sa chambre. Quand les ténèbres se dissipèrent , une créature qui avait pris la forme humaine se leva du coin de sa chambre et lui dit d'une voix terrible : Ne mange pas tant ! Il fit une diète absolue. La nuit suivante le même homme vint , rayonnant de lumière , et lui dit : Je suis envoyé par Dieu qui t^a choisi pour expliquer aux hommes le sens de sa parole et de ses créations. Je te dicterai ce que tu dois écrire, La vision dura peu de momens. L£ SElGNEdBL

était, disait-il , vêtu de pourpre. Pendant cette nuit, les yeux dé son homme intérieur fuTeni ouverts et disposés pour voir dans le Ciel, dans le monde des Esprits et dans les Enfers ; trois sphères différentes où il rencontra des personnes de sa connaissance , dont les unes avaient péri dans leur forme humaine depuis long-temps, les autres depuis peu. Dès ce moment, Swedenborg a constamment vécu de la vie des Esprits , et resta dans ce monde comme Envoyé de Dieu. Si sa mission lui fut contestée par les incrédules , sa conduite fut évidemment celle d'un être supérieur à l'humanité. D'abord, quoique borné par sa fortune au strict nécessaire, il a donné des sommes immenses , et notoire* ment relevé, dans plusieurs villes de commerce, de grandes maisons tombées ou qui allaient faillir. Aucun de ceux qui firent un appel à sa générosité ne s'en alla sans être aussitôt satisfait. Un Anglais incrédule s'est mis à sa poursuite, l'a rencontré dans Paris et a raconté que chez lui les portes restaient constamment ouvertes. Un jour , son domestique s'étant plaint de cette négligence, qui l'exposait à être soupçonné des vols dont il serait immanquablement victime : — Qu'il soit tranquille, dit Sweden- Iforgr en souriant, je luipardonne sa défiance,

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il ne voit pas le gardien qui veille à ma porte. £n effet , jamais^ en quelque pays qu'il habitât^ il ne ferma ses portes ^ et rien ne fut perdu ches lui. A Gothembourg^ ville située à soixante millesde Stockholm, il annonça trois jours af ant l'arrivée du courrier l'heure précise de l'incendie qui ravageait Stockholm , en faisan t observer que sa maison n'était pas brûlée^ ce qui était vrai. La reine de Suède dit à Berlin au roi son frère y qu'une de ses dames étant assignée pour payer une somme qu'elle savait avoir été rendue par son mari avant qu'il mourût^ mais n'en trouvant pas la quittance^ alla chez Swedenborg et le pria de demander à son mari où pouvait être la preuve du paiement. Le lendemain^ Swedenborg lui indiqua l'endroit où était la quittance; mais comme , suivant le désir de cette dame^ il avait prié le défunt de lui apparaître, celle-ci vit en songe son mari vêtu de la robe de chambre qu'il portait avant de mourir y il lui montra la quittance dans l'endroit désigné par Swedenborg y et où elle était effectivement cachée. Un jour y en s'embarquant à Londres dans le navire du capitaine Dixon , il entendit une dame qui demandait si l'on avait fait beaucoup de provisions : — Il n'en faut pas tant, tépondit-il -y dans huit jours , à deux heure.^ ^

nous serons dans le port de Stockholm. Ce qui arriva. L'état de vision dans lequel Swedenborg se mettait à son gré , relativement aux choses de la terre ^ et qui étonna tous ceux qu^ l'approchèrent par des effets merveilleux , n'était qu'une faible application de sa faculté de voir les cieux. Parmi ces visions , celles où il raconte ses voyages dans les teares ASTRALES , uc sout pas Ics moins curieuses , •et ses descriptions doivent nécessairement surprendre par la naïveté des détails. Un homme dont l'immense portée scientifique est incontestable y qui réunissait en lui la conception^ la volonté , l'imagination, aurait certes inventé mieux, s'il eût inventé. La littérature fantastique des Orientaux n'offre rien qui puisse donner une idée de cette œuvre étourdissante et pleine de poésies en germe , s'il est permis de comparer une œuvre de croyance aux œuvres de la fantaisie arabe. L'enlèvement de Swedenborg par l'ange qui lui servit de guide dans son premier voyage est d'une sublimité qui dépasse, de toute la distance que Dieu a mise entre la terre et le soleil , celle des épopées de Klopstock , de Milton , du Tasse et de Dante. Cette partie , qui sert de début à son ouvrage sur les TfMMEs ASTRALES; u 'a jamais été publiée;

elle appartient aux traditions orales laissées par Swedenborg anx trois disciples qui étaient au plus près de son cœur. M. SilTerichra la possède écrite. M. Séraphitûs a voulu m'en parler quelquefois ; mais le souvenir de la parole de son cousin était si brûlant , qu'il s'arrêtait aux premiers mots et tombait dans une rêverie d'où rien ne le pouvait tirer. Le discours par lequel l'Ange prouve à Swedenborg que ces corps ne sont pas faits pour être errans et déserts^ écrase ^ me disait le baron , toutes les sciences humaines ^ sous le grandiose d'une logique divine. Selon lui , les habitans de Jupiter ne cultivent point les sciences qu'ils nomment des ombres ^ ceux de Mercure détestent l'expression des idées par la parole qui leur semble trop matérielle , ils ont un langage oculaire ; ceux de Saturne sont continuellement tentés par de mauvais esprits \ ceux de la Lune sont petits comme des enfans de six ans , leur voix part de l'abdomen y et ils rampent ^ ceux de Vénus sont d'une taille gigantesque , mais stupides , et vivent de brigandages \ néanmoins une partie de cette planète a des habitans d'une grande douceur qui vivent dans l'amour du bien. Enfin , Swedenborg décrit les mœurs des peuples attachés à ces globes , et traduit le sens général de

leur existence par rapporta l'univers^ en des termes si précis ; il donne des explications qui concordent si bien anx effets de leurs révolutions apparentes dans le système général du monde/ que, peut-être un jour, les savans yiendront-ils s'abreuver à ces sources lumineuses. Voici , dit M. Becker après avoir pris un livre en l'ouvrant à l'endroit marqué par le signet , voici par quelles paroles il a terminé cette œuvre : u Si l'on doute que j'aie été « transporté dans un grand nombre de terres <( astrales, qu'on se rappelle mes observations <( sur les distances dans l'autre vie ; elles n'existe tent que relativement à l'état externe de u l'homme; or, ayant été disposé intérieure- (c ment comme les Esprits Angéliques de ces « terres , j'ai pu les connaître. »

Les circonstances auxquelles nous avons dû de posséder dans ce canton le baron SérapMtûs, cousin bien-aimé de Swedenborg, ne m'ont laissé étranger à aucun événement de cette vie extraordinaire. Ilfut accusé dernièrement d'imposture dans quelques papiers publics de l'Europe, qui rapportèrent le fait suivant, d'après une lettre du chevalier Beylon. Swedenborg, disait-on, instruit par des sénateurs de la corres' jjondance secrète de la feue reine de Suède avec le

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primée de Prusêe y son frère , en révéla les mystè' res à cette princesse y et la laissa croire qu'il en avait été instrtiitpar des moyens surnaturels. Un homme digne de foi , M. Gharles-Léonhard de Stahlhammer, capitaine dans la garde royale^ et chcTalier del'Épée, a répondu par une lettre à cette calomnie^

Le pasteur chercha dans le tiroir de sa table parmi quelques papiers^ finit par y trouver une gazette y et la tendit à Wilfrid qui lut à haute voix la lettre suivante :

« Stockholm, i3 mai 1788.

« J'ai lu avec étonnement la lettre qui rapporte l'entretien qu'a eu le fameux Swedenborg arec la reine Louise-Ulrique ; les circonstance^ en sont tout-à-fait fausses , et j'espère que l'auteur me pardonnera si y par un récit fidèle qui peut être attesté par plusieurs personnes de distinction qui étaient présentes , et qui sont encore en vie , je lui montre combien il s'est trompé. £n 1758^ peu de temps après la mort du prince de Prusse ^ Swedenborg vint à la cour : il avait coutume de s'y trouver régulièrement. A peine eut-il été aperçu de la reine , qu'elle lui dit : « A propos , monsieur l'oAoeiSr-

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seur, avex-Tous vu mon frère ? » Swedenborg répondit que non , et la reine lui répliqua : « Si vous le rencontrez, saluez-le de ma part. » En disant cela , elle n'avait d'autre intention que de plaisanter y et ne pensait nullement à lui demander la moindre instruction touchant son frère. Huit jours après , et non pas ving^-quatre jours après, ni dans une audience particulière , Swedenborg vint de nouveau à la cour , mai$ de si bonne heure, que la reine n'av«iit pas encore quitté son appartement, appelé la Chambre- Blanche, où elle causait avec ses dames d'honneur et d'autres femmes de la cour. Swedenborg n'attend point que la reine sorte , il entre directement dans son appartement et lui parle bas à l'oreille. La reine, frappée d'élonnement , se trouva mal, et eut besoin de quelque temps pour se remettre. Revenue à elle-mêm^ , elle dit aux personnes qui l'entouraient : « 11 iti'y a que Dieu et mon frère qui puissent savoir ce qu'il vient de me dire! » Elle avoua qu'il lui avait parlé de sa dernière correspondance avec ce prince, dont le sujet n'était connu que d'eux seuls. Je ne puis expliquer comment Swedenborg eut connaissance de ce secret; mais ce que je puis assurer sur mon honneur , c'est que ni le comte E,,,., comme le dit l'auteur de la

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lettre, ni personne^ n'a intercepté ou lu les lettres de la reine. Le sénat d'alors lui permettait d'écrire à son frère dans la plus grande sécurité^ et regardait cette correspondance comme très indifférente à l'état . Il est évident que l'auteur de la susdite lettre n'a pas du tout connu le caractère du comte H Ce seigneur respectable^ qui a rendu les services les plus importans à sa patrie^ réunit aux talens de l'esprit les qualités du cœur^ et son âge avancé n'affaiblit point en lui ces dons précieux. Il joignit toujours^ pendant toute son administration^ la politique la plus éclairée à la plus scrnpuleuse intégrité^ et se déclara l'ennemi des intrigues secrètes et des menées sourdes , qu'il regardait comme des moyens indignes pour arriver à son but. L'auteur n'a pas mieux connu l'assesseur Swedenborg. La seule Faiblesse de cet homme^ vraiment honnête , était de croire aux apparitions des esprits j mais je l'ai connu pendant très long-temps^ et je puis assurer qu'il était aussi persuadé de parler et de converser avec des esprits ^ que je le suis y moi y dans ce moment^ d'écrire ceci. Gomme citoyen et comme ami^ c'était l'homme le plus intègre^ ayant en horreur l'imposture , et menant une vie exemplaire. L'explication qu'a voulu doifner

go LE LIYKE MYSTIQUE.

de ce fait le cheyalier Beylon est ^ par conséquent, destituée de fondement; et la visite faite pendant la nuit à Swedenborg y par les comtes H... et T..., est entièrement controuvée. Au reste, l'auteur de la lettre peut être assuré que je ne suis rien moins que sectateur de Swedenborg; l'amour seul de la vérité m'a engagé à rendre avec fidélité un fait qu'on a si souvent rapporté avec des détails entièrement faux, et j'affirme ce que je viens d'écrire, en apposant la signature de mon nom. »

— Les témoignages que Swedenborg a donnés de sa mission aux familles de Suède et de Prusse ont sans doute fondé la croyance dans laquelle vivent plusieurs personnages de ces deux cours, reprit M. Becker en remettant la gazette dans son tiroir. — Néanmoins , dit-il en continuant, je ne vous dirai pas tous les faits de sa vie matérielle et visible; ses mœurs s'opposaient à ce qu'ils fussent exactement connus. Il vivait cacbé , sans vouloir s'enricbir ou parvenir à la célébrité. Il se distinguait même par une sorte de répugnance à faire des prosélytes , s'ouvrait à peu de personnes , et ne communiquait ses dons extérieurs qu'à celles en qui éclataient la foi , la sagesse et l'amour. Il savait reconnaître par un seul regard l'état

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de l'ame de ceux qui l'approchaient , et changeait en Yoyans ceux qu'il Toulait toucher de sa parole intérieure. Ses disciples ne lui ont , depuis l'année 1745 , jamais rien tu faire par aucun motif humain. Une seule personne , un prêtre suédois , nommé Matthésius , l'accusa de folie. Par un hasard extraordinaire , ce Matthésius^ ennemi de Swedenborg et de ses écrits y devint fou peu de temps après , et vivait encore il y a quelques années à Stockholm avec une pension accordée par le roi de Suède. L'éloge de Swedenborg a d'ailleurs été composé avec un soin minutieux^ quant aux événemens de sa vie , et prononcé, dans la grande salle de l'Académie royale des sciences , a Stockholm , par M. de Sandel, conseiller au collège des Mines, eu 1786. Enfin une déclaration reçue par le lordmaire, à Londres, constate les moindres dé^ tails de la dernière maladie et de la mort de Swedenborg , qui fut alors assisté par M. Férélius , ecclésiastique suédois de la plus haute distinction. Les personnes comparues attestent que, loin d'avoir démenti ses écrits , Swedenborg en a constamment attesté la vérité , — u Dans cent ans , dit-il à M. Férélius , ma doctrine régira l'ÉGLISË. » Il a prédit fort exacte-

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ment le jour et l'heure de sa mort. Le jour même^ le dimanche 29 mars 1772^ il demanda l'heure. — Cinq heures^ lui répondit-on.-^ Voilà qui est fini , dit-il , Dieu tous bénisse ! Puis y dix minutes après , il expira de la manière la plus tranquille en poussant un léger soupir. La simplicité y la médiocrité ^ la solitude y furent donc les traits de sa yie. Quand il aTait achevé l'un de ses traités , il s'embarquait pour aller l'imprimer à Londres ou en Hollande y et n'en parlait jamais. Il publia successivement ainsi vingtsept traités différons^ tous écrits^ dit-il^ sous la dictée des anges. Que ce soit ou non , peu d'hommes sont assez forts pour en soutenir les flammes orales. Les voici tous^ dit M. Becker en montrant une seconde planche sur laquelle étaient une soixantaine de volumes. Les sept traités où l'esprit de Dieu jette ses plus vives lueurs^ sont : les délices de l'amovr coirjVGAiy —

LE CIEL ET L'EIffER, — l' APOCALYPSE RÉVÉLÉE , l'eX-

POSITION DU SENS INTERNE^ l' AMOUR DlVIff, — LE VRAI

CHRISTIANISME^ — LA SAGESSE ANGÉLIQUE DE l'oMNIPO- TEKCE^ OMNISCIBNCE, OMNIPRÉSENCE DE CEUX QUI PARTA- GENT l'éTERNITÉ; l'immensité DE DIEU. Sou cxplication de l'Apoca]3^se commence par ces paroles y dit M. Becker en prenant et ouvrant le premier vo- ]ame qmse trouvait près de lui. Ici, je n'ai rien

StRikPHTTA. 93

mis du mien ^ j^ai parlé d'après le Seigneur qui avait dît par le même ange à Jean : Tu ne scelleras PAS LES PAROLES DE CETTE PROPHÉTIE. ( ApOCa-

lypse, 22. 10.)»

— Mon cher monsieur , dit M. Becker en regardant Wilfrid , j'ai souvent tremblé de tous mes membres pendant les nuits d'hiver^ enlisant ces œuvres terribles, où cet homme déclare avec nne parfaite innocence les plus grandes merveilles. « J'ai vu , dit-il , les cieux et les anges. <( L'homme sprirituel voit l'homme spirituel M beaucoup mieux que l'homme terrestre ne voit « l'homme terrestre. En décrivant les merveilles -« des cieux , et au-dessous des cieux , j'obéis à K l'ordre que le Seigneur m'a donné de le faire. a On est le raaitre de ne pas me croire, je ne puis <( mettre les autres dans l'état où Dieu m'a mis ; Il il ne dépend pas de moi de les faire converser « avec les anges , ni d'opérer le miracle de la « disposition expresse de leur entendement. Ils » sont eux-mêmes les seuls instrumens de leur « exaltation angélique. Voici vingt-huit ansque « je suis dans le monde spirituel avec les anges, <{ et sur la terre avec les hommes; car il a plu M au Seigneur de m'ouvrir les yeux de l'Esprit, « comme il les ouvrit à Paul , à Daniel et à et Elisée. )» Néanmoins , certaines personnes oiii

des visions da monde spirituel par le détache* ment coniplet que le somnambulisme opère entre leur forme extérieure et leur homme intérieur. Z>an« cet état, dit Swedenborg en son traité de là sagesse Angélique ( n^ âô7 ) , l'homme peut être élevé jusque dans la lumière céleste , parce que les sens corporels étant abolis, l'influence du ciel agit sans obstacle sur Phomme intérieur. Beaucoup de gens , qui ne doutent point que Swedenborg n'ait eu des révélations célestes , pensent néanmoins que tous ses écrits ne sont pas également empreints de l'inspiration divine. D'autres exigent une adhésion absolue à tout Swedenborg , en admettant qu'il s'y rencontre des obscurités ; mais ils croient que le prophète n'a pu , par suite de l'imperfection du langage terrestre y exprimer ses visions spirituelles , et que ses obscurités disparaissent dans l'entendement de ceux que la foi a régénérés; car^ suivant l'admirable expression de l'un de ses disciples^ la chair est une génération extérieure. Pour les poètes et les écrivains ^ son merveilleux est immense; pour les Yoyans^ tout en est d'une réalité pure. Ses descriptions ont été pour quelques chrétiens des sujets de scandale. Certains critiques ont ridiculisé la sub-* stance céleste de ses temples , de ses palais d'or^

de ses Tillas superbes où s'ébattent les anges ^ d'autres se sont moqués de ses bosquets d'arbres mystérieux^ de ses jardins où les fleurs parlent , où l'air est blanc y où les pierreries mystiques y la sardoine , l'escarboucle y la cbrysolite , la cbrysoprase y la cyanée y la chalcédoine y le béryl y I'urim et le thuhih sont doués de mouvement y expriment des vérités célestes y et qu'on peut interroger^ car elles répondent par des -variations de lumière (vraie iubligion, 219); beaucoup de bons esprits n'admettent pas ses mondes où les couleurs font entendre de déli-cieux concerts , où les paroles flamboient y où le Verbe s'écrit en cornicules (vraie religion^ S7 8). Même dans le Nord y quelques écrivains ont ri de ses portes de perles y des diamans qui tapissent et meublent les maisons de sa Jérusalem où 4es moindres ustensiles sont faits des substances les plus rares sur notre globe, u Mais y disent ses disciples y parce que tous ces objets sont clairsemés dans ce monde y est-ce une raison pour qu'ils ne soient pas abondans en l'autre ? Sur la terre y ils sont d'une substance terrestre y tandis que dans les cieux y ils sont sous les apparences célestes et relatives à l'état d'ange. » Swedenborg a d'ailleurs répété à ce sujet ces grandes paroles de JÉÇUS^CHRIST : Je vous ensei^nA «a

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me servant des paroles terrestres y et vous ne m'en-^ tendes pas; si je parlais le langage du ciel, corn-» ment pourriez-'Vous me comprendre? (Jean^ 3-1 S.) — Monsieur, moi, j'ai lu Swedenborg en entier, reprit Jil. Becker en laissant échapper un geste emphatique. Je le dis avec orgueil , puisque j'ai gardé ma raison. £n le lisant , il faut ou perdre le sens ou devenir un Voyant. Quoique j'aie résisté à ces deux folies , j'ai souvent éprouvé des ravissemens inconnus, des saisissemens profonds , des joies intérieures que donnent seules la plénitude de la vérité , l'évidence de la lumière céleste. Tout ici-bas semble petit quand l'ame parcourt les pages dévorantes de ces Traités. 11 est impossible de ne pas être frappé d'étonnement en songeant que, dans l'espace de trente ans , cet homme a publié sur les vérités du Monde Spirituel vingt-cinq volumes in-quarto , écrits en latin , dont le moindre a cinq cents pages , et qui sont tous im« primés en petits caractères. Il en a laissé, dit-on , vingt autres à Londres , déposés a son neveu, Jl. Silverichm, ancien aumônier du roi de Suède. Certes, l'homme qui^ de vingt à soixante ans , s'était presque épuisé par la publi* cation d'une sorte d'encyclopédie , a dû recevoir des secour» surnaturels pour composer ces pro-

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digieux traités , à l'âge où les forces de l'homme commencent à s'éteindre. Dans ces écrits ^ il se trouve des milliers de propositions nnmérotées, dont aucune ne se contredit. Partout^ l'exactitude^ la méthode^ la présence d'esprit y éclatent et découlent d'un même fait , l'existence des anges. Sa Vraie Religion^où serésume tout son dogme^ œuvre vigoureuse de lumière y a été connue y exécutée à quatre-vingt-trois ans. Enfin y son ubiquité y son omniscience n'est démentie par aucun de ses critiques^ ni par ses ennemis. Néanmoins y quand je me suis abreuvé à ce torrent de lueurs célestes^ Dieu ne m'a pas ouvert les yeux intérieurs et j'ai jugé ces écrits avec la raison d'un homme non régénéré. J'ai donc souvent trouvé que l'inspiRi Swedenborg avait dû parfois mal entendre les anges. J'ai ri de plusieurs visions auxquelles j'aurais dû y suivant les Yoyans^ croire avec admiration. Je n'ai conçu ni l'écriture corniculaire des anges ^ ni leurs ceintures dont l'or est plus ou moins faible. Si^ par exemple^ cette phrase : Il est ses arges solitaires ^ m'a singulièrement attendri d'abord; par réflexion y je n'ai pas accordé cette solitude avec leurs mariages. Je n'ai pas compris pourquoi la Vierge Marie conserve y dans le ciel^ des babillemens de satin blanc. J'ai osé me deman-

der pourquoi les gigantesques démons Ënakim et Héphilim venaieut toujours combattre lesché* rubins dans les champs apocalyptiques d'Armageddon. J'ignore comment les Satans peuvent encore discuter avec les anges. M. le baron Séraphitûs m'objectait que ces détails concernaient les anges qui demeuraient sur la terre sous'forme humaine. Souvent les visions du pro* phète suédois sont barbouillées de figures grotesques. Un de ses Mémorables , nom qu'il leur a donné, commence par ces paroles : — « Je vis des esprits rassemblés^ ils avaient des chapeaux sur leur tète. » Dans un autre Mémorable, il reçoit du ciel un petit papier sur lequel il vit , dit-il y les lettres dont se servaient les peuples primitifs^ et qui étaient composées de lignes courbes , avec de petits anneaux qui se portaient en haut. Pour mieux attester sa communication avec les cieux^ j'aurais voulu qu'il déposât ce petit papier à l'Académie royale des sciences de Suède. Enfin peut-être ai-je tort^ peut-être les absurdités matérielles semées dans ses ouvrages ont-elles des significations spirituelles. Autrement comment admettre la croissante influence de sa religion? Son Église compte aujourd'hui plus de sept cent mille fidèles^ tant aux États-Unis d'Amérique ^ où différentes sectes s'y

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agrègent en masse y qa'en Angleterre , où sept mille Swedenborgistes se trouvent dans la seule Tille de Manchester. Des hommes aussi distingués par leurs connaissances que par leur rang dans le monde, soit en Allemagne, soit en Prusse et dans le Nord , ont publiquement adopté les croyances de Swedenborg , plus consolantes d'ailleurs que ne le sont celles des autres communions chrétiennes. Maintenant je voudrais bien pouvoir vous expliquer en quelques paroles succinctes les points capitaux de la doctrine que Swedenborg a établie pour son Église; mais cet abrégé , fait de mémoire , serait nécessairement fautif. Je ne puis donc me permettre de vous parler que des Arcanes qui concernent la naissance de Séraphita.

Ici M. Becker fit une pause pendant laquelle il parut se recueillir pour rassembler ses idées , et reprit ainsi : — Après avoir mathématiquement établi que l'homme vit éternellement en des sphères , soit inférieures , soit supérieures , Swedenborg appelle Esprits Angéliques les êtres qui, dans ce monde, sont préparés pour le ciel , où ils se font anges. Selon lui , Dieu n'a pas créé d'anges spécialement , il n'en existe point qui n'ait été homme sur la terre ; la terre est ainsi la pépinière du ciel. Les aiv^^e.'Sk w^^^ysiX.

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donc pas anges par eux-mêmes (sao. auq. 57) ; ils lé deyiennent par ane conjonction intime avec Dieu , à laquelle Dieu ne se refuse jamais : l'essence de Dieu n'étant jamais négative , mais incessamment active. Ces Esprits Angéliques passent par trois natures d'amour , car l'homme ne peut être régénéré que successivement (vbai& BEI. ) . D'abord r AMOUR de soi : la suprême expression de cet amour est le génie humain dont nous admirons les œuvres. Puis I'amour du monde ^ qui produit les prophètes ^ les grands hommes que la Terre prend pour guides et salue du nom de divins. Enfin I'amour du ciel^ qui fait les Esprits Angéliques. Ces Esprits sont , pour ainsi dire , les fleurs de l'humanité qui s'y résume et travaille à s'y résumer. Ils doivent avoir ou l'Amour du ciel ou la Sagesse du ciel ; mais ils sont toujours dans FAmour avant d'être dans la Sagesse. Ainsi la première transformation de l'homme est I'amour. Pour arriver à ce premier degré , ses existers antérieurs ont dû passer par l'Espérance et la Charité qui l'engendrent pour la Foi et la Prière. Les idées acquises par l'exercice de ces vertus se transmettent a chaque nouvelle enveloppe humaine sous laquelle se cachent les métamorphoses de I'Êtrs Irtérieur ; car rien ne se sépare, iovX est nécessaire : l'Espérance ne

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Ta pas sans la Charité , la Foi ne va pas sans la Prière ; les quatre faces de ce carré sont solidaires. « Faute d'une vertu , dit-il , l'Esprit Angélique estcomoieune perle brisée. » Chacun deces existers est donc un cercle dans lequel s'enroulent les richesses célestes de l'état antérieur. La grande perfection des Esprits Angéliques vient de cette mystérieuse progression par laquelle rien ne se perd des qualités successivement acquises pour arriver à leur glorieuse incarnation; car à chaque transformation ils se dépouiUent insensiblement de la chair et de ses erreurs. Quand il vit dans l'Amour^ l'homme a quitté toutes ses passions mauvaises. L'Espérance^ la Charité^ la Foi, la Prière, ont vanné, suivant le mot d'Isaïe, son intérieur qui ne doit plus être pollué par aucune des affections terrestres. De là cette grande parole de saint Luc : Faites-vous un trésor qui ne pé^ risse pas dans les deux. £t celle de Jésus-Christ : Laisse» ce monde aux hommes, il est à eus^faiteS'VOus purs , et venes chez mon père, La seconde transformation est la Sagesse. La Sagesse est la compréhension des choses célestes auxquelles l'Esprit arrive par l'Amour. L'Esprit d^ Amour a conquis la force , résultat de toutes les passions terrestres vaincues-, il »\tql^ ^n^m-

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glément Dien. Mais l'Esprit de Sagesse a l'intel < ligence et sait pourquoi il aime. Les ailes de l'un sont déployées et l'emportent vers Dieu^ les ailes de l'autre sont repliées par la terreur que lui doivne la Science : il connaît Dieu ; l'un désire incessamment le voir et s'élance vers lui, l'autre y touche et tremble. L'union qui se fait d'un Esprit d'Amour et d'un Esprit de Sagesse met la créature à l'état divin , pendant lequel son a me est femme ^ et son corps est homme, dernière expression humaine où l'Esprit l'emporte sur la Forme , où la Forme se débat encore contre l'Esprit divin^ car la forme, la chair ignore , se révolte, et veut rester grossière. Cette épreuve suprême engendre des souffrances inouïes dont les cieux sont seuls témoins, et que Christ a connues dans le jardin des Oliviers. Après la mort, le premier ciel s'ouvre à cette double nature humaine purifiée. Aussi les hommes meurent-ils dans le désespoir, tandis que l'Esr prit meurt dans le ravissement. Ainsi lehatdrel, état dans lequel sont les êtres non régénérés; LE SPIRITUEL, état dans lequel sont les Esprits Angéliques; et le divin, état dans lequel demeure l'ange avant de briser son enveloppe , sont les trois degrés de l'exister par lesquels rhomine psiVYÏGïii au ciel. Une pensée de Sf^e-

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denborg tous expliquera merveilleusement la différence qui existe entre le ratvrel et le spiRiTVEL : — Pour les hommes , dit*il , le Naturel passe dans le Spirituel y ils considèrent le monde sous ses formes visibles et le perçoivent dans une réalité propre à leurs sens, Mais pour l'Esprit Angélique , le Spirituel passe dans le Naturel , il considère le monde dans son esprit intime , et non dans sa forme. Ainsi ^ nos sciences humaines ne sont que l'analyse des formes. Le savant selon le monde est purement extérieur comme son savoir, son intérieur ne lui sert qu'à conserversonaptitudearintelligence.de la vérité. L'Esprit Angéliqueva bien au-delà, son sa^ voir est la pensée dont la science humaine n'est quela parole ; il puise la connaissance des choses dans le Verbe , en apprenant les gorrespordarcbs par lesquelles les mondes concordent avec les cieux. La PAROLEde Dieu fut entièrement écrite par pures Correspondances , elle couvre un sens interne ou spirituel qui , sans la science des Correspondances, ne peut être compris. Il existe, dit Swedenborg (doctrine céleste, 26), des Arcanes innombrables dans le sens interne des Correspondances. Aussi les hommes qui se sont moqués des livres où les prophètes ont recueilli la Parole^ étaient-ils dans l'état d'i^ivoT^vi^^ ^^^

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