‹ Le livre mystiqueChapitre 5 sur 13 · T, II · texte numérisé non relu

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sont ici -bas les hommes qui ne savent rien d'nne science , et se moquent des yërités de cette science. Savoir les Correspondances de la Parole avec les cieux, savoir les Correspondances qui existent entre les choses visibles et pondérables du monde terrestre et les choses invisibles et impondérables du monde spirituel , c'est avoir les deux dam son entendement. Tous les objets des diverses créations , étant émanés de Dieu, comportent nécessairement un sens caché, comme le disent nés grandes paroles d'Isaîe : La terre est uu vêtement ( Isaïe, 5,6). Ce lien mystérieux entre les moindres parcelles de la matière et les cieux constitue ce que Swedenborg appelle un Arcanb Célbstb.

Aussi son traité des Arcanes Célestes ^ où sont expliquées les Correspondances ou signiiiances du Naturel an Spirituel , devant donner y suivant l'expression de Jacob Boehm , la signature de toute chose y u'a-t-il pas moins de seize volumes et de treize mille propositions. « Cette connais- « sauce merveilleuse des Correspondances, que « la bonté de Dieu permit à Swedenborg d'a- « voir , dit un de ses disciples , est le secret de «{ l'intérêt qu'inspirent ses ouvrages. Selon ce « commentateur , là tout dérive du ciel , tout «r rappelle au ciel ; les écrits du prophète sont

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(( sublimes et clairs ; il parle dans les cieux et se « fait entendre sur la terre ; sur une de ses <( phrases on ferait un volume. » Et le disciple cite celle-ci entre mille autres : Le royaume du ciel y dit Swedenborg ( arcan. ctLSS. ) , est le royaume des motifs, Z' action se produit dans le del y de là dans le monde , et par degrés dans les infiniment petits de la terre; les effets terrestres étant liés à leurs causes célestes font que tout y est GOBRESPORDANT 6^ siGifif lAifT. Vhomme cst Ismoyeu d^union entre le Naturel et le Spirituel, Les Esprits Angéliques connaissent donc essentiellement les Correspondances qui relient au ciel chaque chose de la terre ^ et savent le sens intime des paroles prophétiques qui en dénoncent les révolutions. Ainsi , pour ces Esprits tout icibas a sa signifiance. La moindre fleur est une pensée, une vie qui correspond à quelque linéament du Grand-Tout dont ils ont une constante intuition. Pour eux , L'ADULTÈRE et les débauches dont parlent les Écritures et les Prophètes, souvent estropiés par de soi-disant savans ^ signifient l'état des âmes qui , dans ce monde , persistent à s'infecter d'afiFections terrestres , et continuent ainsi leur divorce avec le ciel. Les nuées signifient les voiles dont s'enveloppe Dieu. Les flambeaux , les paias dA^^^v^

position^ les chevaux et lescavaliers, lesprostituées ^ les pierreries ^ tout dans l'ÉGRITURE a pour eux un sens exquis et révèle l'avenir des faits terrestres dans leurs rapports avec le ciel. Tous peuvent pénétrer la vérité des ëroncés de saint Jean , que la science humaine démontre et prouve matériellement plus tard y tels que celui-ci : « gros , dit Swedenborg y de plusieurs sciences humaines. » Je vis un nouveau ciel et une nouvelle terre , car le premier ciel et la première terre étaient passés, ( Ap. , xxi , 1 ) : Ils connaissent les festins où l'on mange la chair des *rois y des hommes libres et des esclaves y et auxquels convie un ange debout dans le soleil (Apo- CAL. XIX ^ H à 18). Ils voient la femme ailée, revêtue du soleil y et l'homme toujours armé (Apo- CAL. ) Le cheval de l'Apocalypse est , dit Swedenborg, l'image visible de l'intelligçnce humaine montée par la mort , car elle porte en elle son principe de destruction. Enfin , ils reconnaissent les peuples cachés sous des formes qui semblent fantastiques aux ignorans. Quand un homme est disposé à recevoir l'insufflation prophétique des Correspondances y elle réveille en lui l'esprit de la Parole ; il comprend alors que les créations ne sont que des transformaijonsj elle vivifie son intelligence , et lui donne

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pour les Tërités une soif ardente qui ne peut s'étancher que dans le ciel. II conçoit , suivant le plus ou le moins de perfection de son intérieur^ la puissance des Esprits Angéliques , et marche , conduit par le Désir , l'état le moins imparfait de l'homme non régénéré , yers l'Espérance qui lui ouvre le monde des Esprits^ puis il arrive à la Prière qui lui donne la clef des Gieux. Quelle créature ne désirerait se rendre digne d'entrer dans la sphère des intelligences qui vivent secrètement par l'Amour ou par la Sagesse? Ici-bas , pendant leur vie^ ces Esprits restent purs ; ils ne voient y fie pensent et ne parlent point comme les autres hommes.

Il existe deux perceptions : l'une interne^ l'autre externe , l'Homme est tout externe^ l'Esprit Angélique est tout interne. L'Esprit va au fond des Nombres^ dont il possède la totalité, dont il connaît les signifiances, et il dispose du mouvement. Il s'associe à tout par l'ubiquité : Un ange, selon le Prophète suédois est présent à un autre quand il h désire (sap. ang. di div. ak.) -, car il a le don de se séparer de son corps , et voit les cieux comme les prophètes les ont vus, et comme Swedenborg les voyait lui-même, u Dans cet état^ dit-il (vbaie religion ^ 1^6); l'esprit de l'homme est transporté d'un lieu à un autre , le

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corps restant où il est, état dans lequel j'ai demeuré pendant vingt-six années. » Nous devons entendre ainsi toutes les paroles bibliques où il est dit : L'esprit m'emporta. La Sagesse angelique est à la Sagesse humaine ce que les innombrables forces de la nature son ta son action^ qui est une. Tout revit, se meut, existe en l'Esprit, car il est en Dieu, ce qu'expriment ces paroles de saint Paul : «c In deo sumus y movemus , et vivi-* mus y » nous vivons, nous agissons, nous sommes en Dieu. La Terre ne lui offre aucun obstacle , comme la Parole ne lui offre aucune obscurité. Sa divinité prochaine lui permet de voir la pensée de Dieu voilée par le Verbe , de même que, vivant par l'esprit , il communique avec le sens intime caché sous toutes les choses de ce monde. La Science est le langage du monde Temporel, l'Amour est celui du monde Spirituel. Aussi l'homme décrit -il plus qu'il n'explique , tandis que l'Esprit Angélique voit et comprend.

La Science attriste l'homme , l'Amour exalte l'ange; la Science cherche encore, l'Amour a trouvé. L'Homme juge la nature dans ses rapports avec elle, l'Esprit Angélique la juge dans ses rapports avec le ciel. Enfin tout parle aux Esprits; ils sont dans le secret de l'harmonie des créations entre elles. Us s'entendent avec l'es-

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prit des sons y avec l'esprit des couleurs ^ ayec l'esprit des végétaux. Us peuvent interroger le minéral , et le ;aiinéral répond à leurs pensées. Que sont pour eux les sciences et les trésors de la terre^ quand ils les étreignent à tout moment par leur vue^ et que les mondes^ dont les hommes s'occupent tant; ne sont pour eux que la derdière marche d'où ils vont s'élancer à Dieu?

L'Amour du ciel ou la Sagesse du ciel s'annoncent en eux par un cercle de lumière qui les en-> toure et que voient les élus. Leur innocence ^ dont celle des enfans est la forme extérieure , a la connaissance des choses que n'ont point les enfans ; ils sont innocens et savans. — «(Et ; dit «Swedenborg; rinnocence des cieux fait u une telle impression sur l'ame ; que ceux « qu'elle afiFecte en gardent un ravissement qui « dure toute leur vie , comme je l'ai moi-même <( éprouvé. Il suffît peut-être ^ dit-il encore , «( d'en avoir une minime perception pour être «( à jamais changé^ pour vouloir aller aux cieux u et entrer ainsi dans la sphère de l'Espérance. » Sa doctrine sur les mariages peut se réduire à ce peu de mots : <c Le Seigneur a pris la heauté , l'élégance de la vie de l'homme et l'a transportée dans la femme. Quand l'homme n'est pas réuni à cette beauté ^ à cette élégance de sa

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yie^ il est séyère^ triste et faroache; quand il y est rénni ^ il est joyeux , il est complet. » Les anges sont toujours dans le point le plus parfait de la beauté. Leurs mariages sont célébrés par des cérémonies merveilleuses. Dans cette union , qui ne produit point d'enfans ^ l'homme a donné l'entendement , la femme a donné la VOLONTÉ. Ils deviennent un seul être^ une seule chair ici-bas ^ puis , ils vont aux cieux après avoir revêtu la forme céleste. Ici-bas^ dans l'état naturel^ le penchant mutuel des deux sexes vers les voluptés est un Effet qui entraine et fatigue et dégoût ; mais sous sa forme céleste^ le couple devenu le même Esprit trouve en luimême une CAUSE incessante de voluptés. Swedenborg a vu ce mariage des Esprits^ qui^ selon saint Luc^ n'a point de noces (20^ ^^ )? et qui ne donne que des plaisirs spirituels. Uo ange s'offrit à le rendre témoin d'un mariage et l'entraina sur ses ailes ( les ailes sont un symbole et non une réalité terrestre ). Il le revêtit de sa robe de fête , et quand Swedenborg se vit habillé de lumière , il demanda pourquoi. — Dans cette circonstance^ répondit l'ange^ nos robes s'allument , brillent et se font nuptiales. (delicijb sa^. de ah. conj.^ 19^ 20, 21 ). Il aperçut alors deux anges qui vinrent, l'un du Midi,

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l'autre de l'Onent y l'ange du Midi était dans un char attelé de deux chevaux blancs^ dont les rênes avaient ]a couleur et l'éclat de l'aurore -, mais quandils furent près de lui, dans le ciel , il ne vit plus ni les chars ni les chevaux. L'ange de l'Orient vêtu de pourpre , et l'ange du Midi vêtu d'hyacintheaccournren t comme deux souffles et se confondirent ; l'un était un ange d'Amour , l'autre était un ange de Sagesse. Le guide de Swedenborg lui dit qu'ils avaient été liés sur la terre d'une amitié intérieure et toujours unis, quoique séparés par les espaces. Le consentement , qui est l'essence des bons mariages sur la terre, est l'état habituel des anges dans le ciel. L'amour est la lumière de leur monde. Le ravissement éternel des anges vient de la faculté que Dieu leur communique de lui rendre a lui-même la joie qu'ils en éprouvent. Cette réciprocité d'infini fait leur vie. Dans le ciel, ils deviennent infinis en participant de l'essence de Dieu qui s'engendre par lui-même. L'immensité des cieux où vivent les anges est telle , que si l'homme était doué d'une vue aussi continuellement rapide que l'est la lumière en venant du soleil sur la terre et qu'il regardât pendant l'éternité , ses yeux ne trouveraient pas un horizon où se reposer. La laimèveQiLYVkQ^^

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seule les félicités du ciel. C'est ^ dit-il (sap. ^ AVG. , 7 , 25 ^ 26 ; ^7 ) , une Tapeur de la yerta de Dieu^ une émanation pure de sa clarté^ d'une blancheur auprès de laquelle notre lumière serait l'obscurité. Elle peut tout , renouyelle tout , ne s'absorbe pas ^ environne l'ange et lui faittou-cher Dieu par des jouissances infinies que l'on sent se multiplier infiniment par elles-mêmes. Cette lumière tue tout homme qui n'est pas préparé à la recevoir. Nul ici-bas , ni même dans le ciel , ne peut voir Dieu et vivre. Voilà pourquoi il est dit (jE'ar. XIX , 12,13,21,22, 23): La montagne où Moïse parlait au Seigneur était gardée, de peur que quelqu'un venant à y toucher, ne mourût. Puis encore [Ex, xxxiv , 29 — 35) : Quand Moïse apporta les secondes Tables , sa face brillait tellement, qu'il fut forcé de la voiler pour ne faire mourir personne en parlant au peuple, La transfiguration de Jésus -Christ accuse également la lumière que jette un Messager du ciel et les ineffables jouissances que trouyent les anges à en être continuellement imbus. Sa face, dit Saint Mathieu (xvii, 1-^5), resplendit comme le soleil , ses vêtemens devinrent comme la lumière, et un nuage couvrit ses disciples. Enfin quand le monde n'enferme plus que des hommes qui se refusent au Seigneur , qiie sa parole est

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méconnue , que les Esprits Angéliques ont été assemblés des quatre vents ^ Dieu envoie un Ange exterminateur pour changer la masse du monde réfractaire qui n'est ^ pour lai^ dans l'immensité de l'univers , que ce que peut être pour nous un germe infécond. £n approchant du Globe , l'Ange exterminateur porté sur unt^ comète , le fait tourner sur son axe; les continens deviennent le fond des mers ^ les plus hautes montagnes deviennent des iles ^ et les pays , jadis couverts des eaux marines, renaissent parés de leur fraîcheur en obéissant aux lois de la Genèse, et la parole de Dieu reprend sa force sur une terre qui garde en tous lieux les effets de l'eau terrestre et du feu céleste. Alors la lumière, que l'Ange apporte d'£n-Haut , fait pâlir le soleil. Alors , comme dit Isaïe (19-20) : Lies hommes entreront dans des fentes de rochers, se blottiront dans la poussière. Ils crieront [ Apo* calypse , vu , 15-17 ) aua: montagnes : Tombes sur nous J A la mer : prends-nous ! Aux airs ! eaches-^ious de la fureur de P Agneau! L'Agneau est la grande figure des anges méconnus et per-* êécutés ici-bas. Aussi Christ a-t-il dit: Heureux ceux qui souffrent! Heureux les simples! Heureux ceux qui aiment! Tout Swedenborg est là : Sou£Erir^ Croire ^ Aimer. Pour bien «Â\s\«t ^

ne faut -il pas avoir souffert ^ et ne faut-il pas croire ? L'Amour engendre la Force et la Force donne la Sagesse -, de là l'Intelligence , car la Force et la Sagesse comportent la Vo^ lonté. Être intelligent , n'est-ce pas Savoir , Vouloir et Pouvoir, les trois attributs de l'esprit Angélique. Si l'univers a un sens, voilà le plus digne de Dieu, me disait M. Saint- Martin que je vis pendant le voyage qu'il fit en Suède. — Mais, monsieur , reprit M. Bec* ker après une pause , que signifient ces lambeaux pris dans l'étendue d'une œuvre dont on ne peut donner une idée qu'en la comparant à un fleuve de lumière, à des ondées de flammes? Quand un homme s'y plonge, il est emporté par un courant terrible , et le poème de Dante Aligbieri fait à peine l'effet d'un point , à qui veut se plonger dans les innombrables versets à l'aide desquels Swedenborg a rendu palpables les mondes célestes , comme Beethoven a bâti ses palais d'harmonie avec des milliers de notes , comme les architectes ont édifié leurs cathédrales avec des milliers de pierres. Yuus y roulez dans des goufires sans fin , où votre esprit ne vous soutient pas toujours , et il est né^ cessaire d'avoir une puissante intelligence pour en revenir sain et sauf à nos idées sociales.

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— Swedenborg , reprft le pasteur , affec* tionnait particulièrement le baron de Séraphitz, dont , sulyant un vieil usage suédois , le nom avait pris depuis un temps immémorial la terminaison latine ûs. Le baron fat le plus ardent disciple du Prophète suédois qui avait ouvert en lui les yeux de l'Homme Intérieur, et l'avait disposé pour une vie conforme aux ordres d'En-Haut. Il chercha parmi les femmes un Esprit Angélique ; et Swedenborg le lui trouva dans une vision. Sa fiancée fut la fille d'un cordonnier de Londres , en qui , disait Swedenborg , éclatait la vie du ciel , et dont les épreuves antérieures avaient été accomplies. Après la transformation du Prophète , le baron vint à Jarvis pour faire ses noces célestes dans les pratiques de la prière. Quant à moi , monsieur, qui ne suis point un Voyant, je ne me suis aperçu que des œuvres terrestres de ce couple. Leur vie a bien été celle des saints et des saintes dont l'Église romaine exalte les vertus; ils ont adouci la misère des habitans et leur ont donné à tous une fortune qui ne va point sans un peu de travail, mais qui suffit à leurs besoins. Les gens qui vécurent près d'eux ne les ont jamais surpris dans un mouvement de colère ou d'impatience ; ils ont été coustaïa-

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ment bienfaisans et doax , pleins d'aménité, de grâce et de vraie bonté. Leur mariage a été l'harmonie de deux âmes incessamment unies. Deux eiders volant du même vol , le son dans Técho y la pensée dans la parole , sont peut-être des images imparfaites de leur union. Ici chacun les aimait de cette afiPection dont l'amour de la plante pour le soleil peut seul donner une idée. La femme était simple dans ses manières , belle de formes , belle de visage , et d'une noblesse semblable à celle des personnes les plus augustes. En 178S, dans la vingt-sixième année de son âge, cette femme conçut un enfant. Sa gestation fut une joie grave. Les deux époux faisaient ainsi leurs adieux au monde, car ils me dirent qu'ils seraient sans doute transformés quand leur enfant aurait quitté la robe de chair qui avait besoin de leurs soins jusqu'au moment où la force d'être par elle-même lui serait communiquée. L'enfant naquit et fut cette Seraphi ta qui nous occupe en ce moment. Dès qu'elle fut conçue , son père et sa mère vécurent encore plus solitairement que par le passé, s'exaltant vers le ciel, par la prière. Leur espérance était de voir Swedenborg , et la foi réalisa leur espérance. Le jour de la naissance de Séraphita, Swedenborg se manifesta dans Jarvis, et rem-

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plit de lumière la chambre oii naissait Tenfant. Ses paroles furent , dit~on : — Vamvre est ac^ eompiie y les deux se réjouissent J Les gens de la maison entendirent les sons étranges d'une mélodie qui y disaient-ils , semblait être apportée des quatre points cardinaux parle souffle des yents. L'esprit de Swedenborg emmena le père hors de la maison et le conduisit sur le Fiord y où il le quitta. Quelques hommes de Jar^is s'étant alors approchés de M. Séraphitus, l'entendirent prononçant ees suaves paroles de l'Écriture : — Combien sont beaux sur les montagnes les pieds de l'ange que nous envoie le Seigneur ! Je sortais du presbytère pour aller au château y baptiser l'enfant , le nommer et accomplir les devoirs que m'imposent tes lois^ lorsque je rencontrai le baron. — Votre ministère est superflu y me dit-il' , notre enfant doit être sans nom sur cette terre. Vous ne baptiserez pas avec l'eau de TÉglise terrestre celui qui vient d'être ondoyé par le feu du Ciel ; cet enfant restera fleur^ vous ne le verrez pas vieillir , vous le verrez passer ; vous avez l'exister ^ il a la vie; vous avez des sens extérieurs, il n'en a pas : il est tout intérieur. Ces paroles furent prononcées d'une voix surnaturelle dont je fus affecté plus vivement encore que de l'éclat em-

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preint sur son yisage qui suait la lumière. Son aspect réalisait les fantastiques images que nous conceyons des inspirés , en lisant les prophéties de la Bible , mais de tels effets ne sont pas rares au milieu de nos montagnes^ où le nitre des neiges subsistantes produit dans notre organisation d'étonnans phénomènes. Je lui demandai la cause de son émotion , — Swedenborg est Tenu , je le quitte , j'ai respiré l'air du ciel , me dit-il. — Sous quelle forme tous est-il apparu? repris-je. — Sous son apparence mortelle, Têtu comme il l'était la dernière fois que je le Tisà liondres ^ chez Richard Shearsmith, dans le quartier de Cold-Bath-Field , en juillet 1771. Il portait son habit de ratine à reflets changeans , à grands boutons d'acier , sou gilet fermé, sa craTate blanche, et la même perruque magistrale , à rouleaux poudrés sur les côtés , et dont les cheyeux releyés par devant lui découTraient ce front Taste et lumineux , en harmonie avec sa grande figure carrée^ où tout est puissance et calme. J'ai reconnu ce nez à larges narines pleines de feu ; j'ai revu cette bouche qui a toujours souri, cette bouche angélique d'où sont sortis ces mots pleins de mon bonheur : —A bientôt. £t j'ai senti les resplendissemeoB de l'amour céleste. La couTiction qui

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brillait dans le visage da JiaroB m'inliwdisait toute disoussioa : je l'écoatais en silenoe; sa YCMX avait une chaleur contagieuse qui m'échauflEait les entrailles; son fanatisme agitait mon cœur^ comme la colère d'autrui nous fait vibrer les nerfs. Je le suivis en silence et vins dans sa maison , où j'aperçus l'enfant sans nom , couché sur sa mère , qui l'enveloppait mystérieusement. Séraphita m'entendit venir et leva la télé vers moi ^ ses yeux n'étaient pas ceux d'an enfant ordinaire ; pour exprimer l'impresr sîoii que j'en reçus^il faudrait dire qu'ils voyaient et pensaient déjà. L'enfance de cette créature prédestinée fui accompagnée de circonstfmces extraordinaires dans notre climat. Pendant neuf années , nos hivers ont été plus doux et nos étés plus longs que de coutume. Ce phénomène causa plusieurs discussions entre les savans; mais si leurs explications parurent suffisantes aux académiciens elles firent sourire le baron quand je les lui communiquai. Jamais Séraphita n'a été vue dans sa nudité, comme le sont quelquefois les enfans. Jamais elle n'a été touchée ni par un homme ni par une femme. £Ue a vécu vierge sur le sein de sa mère ^ et n'a jamais crié. Le vieux David vous confirmera ces faits ^ si vous le questionnez sur sa maiire&«&

poor laquelle il a d'ailleurs une adoratîoa Bemblable à celle qu'avait pour l'arche sainte le roi dont il porte le nom. Dès l'âge de neuf ans , elle a commencé à se mettre en état de prière. La prière est sa vie. Vous l'ayez vue dans notre temple , à Noël , seul jour où elle y vienne -, elle y est séparée des autres chrétiens par un espace considérable. Si cet espace n'existe pas entre elle et les hommes^ elle souffre^ aussi reste-t-elle la plupart du temps au château. Les événemens de sa yie sont d'ailleurs inconnus^ elle ne se montre pas; ses facultés, ses sensations, tout est intérieur; elle demeure la plus grande partie du temps dans l'état de contemplation mystique, habituel, disent les écrivains papistes , aux premiers chrétiens soUtaires en qui demeurait la tradition de la parole du Christ. Son entendement, son ame, son corps, tout en elle est vierge comme la neige de nos montagnes. A dix ans elle était telle que vous la voyez maintenant. Quand elle eut neuf ans, son père, et sa mère expirèrent ensemble, sans douleur, sans maladie visible, après avoir dit l'heure à laquelle ils cesseraient d'être. Debout , à leurs pieds , elle les regardait d'un œil calme , sans témoigner ni tristesse ni douleur, ni joie, ni curiosité ; son père et sa mère lui sou-

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riaient. Qaand nous yinmes prendre les deux corps y elle dit : — Emportez ! — Séraphita , lui dis-je, car nous l'ayons appelée ainsi ^ n'êtes-YOus donc pas affectée de la mort de votre père et de votre mère ? ils tous aiùdaient tant ! — Morts ? dit-elle. Non ^ ih sont en moi pour toujours. Ceci n'est rien ^ ajouta- t-elle en montrant sans aucune émotion les corps que l'on enlevait. Je la voyais pour la troisième fois depuis sa naissance. An temple^ il est difficile de l'apercevoir, elle est debout près de la colonne à laquelle tient la chaire , dans une obscurité qui ne permet pas de saisir ses traits. Des serviteurs de cette maison , il ne restait^ lors de cet événement , que le vieux David , qui^ malgré ses quatre-vingt-deux ans, suffit à servir sa mai tresse. Quelqnes gens de Jarvis ont raconté des choses merveilleuses sur cette fille , Leurs contes ayant pris nne certaine consistance dans un pays essentiellement ami des mystères , je me suis mis à étudier le traité des Incantations de Jean Wier^ et les ouvrages relatifs à la démonologie où sont consignés les effets prétendus surnaturels en l'homme , afin d'y chercher des^aits analogues à ceux qui lui sont attribués.

— Vous ne croyez donc pas en elle? ditWilCtvi-

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— Si fait, dit avec bpabomie le pasteur; je Toi9 en eUe une fijle extrêmement capricieuse , gâtée par ses pareus qui lui ont tourné la tê^e aTec les idées religieuses dont je viens de vous donner un léger aperçu.

Mînna laissa échapper un signe de tête qui exprima doucement une négation. •

—Pauvre fille! disait le docteur en cpntiDuant . Ses parens lui ont légué l'exaltation fuiieste qui égare les mystiques ^t les rend plus ou maios fous. £Ue se spumel; à des dictes qui désalent le pauvre Itayid . Ce )>on vieillard rassemble à une plante chétive qui s'agite au moindre vent y qui s'épanouit au moindre raypn de soleiU Sa maîtresse^ dont il a pris le langage incompi^ensiblc; est son vent et sou soleil; ellp a pour lui des pieds de diamant ^ son front est parsemé d'étoiles ^ elle marche environnée d'une lumineuse et blanche atmosphère^ sa yoiit est afocompagoée de musique ^ elle a le don de se rendre in viable. Demandez à la voir y il vous répondra qu'elle voyage dans les Terres Astr^ales. U est difficile dp croire à de telles fables. Vous le savez ^ tout miracle ressemble plus ou moins à Tbistoire de la Dent d'or. Nous avons une dent d'or à Jarvis, voilà tout. Ainsi; Duncjifar ^e pécheur a^m& l'avoir vue, tantôt se pion-

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géant dans le Fiord y d'où elle ressort sous la forme d'un eider , tantôt marchant snr les flots pendant la tempête. Ferons , qui mène les troupeaux dans les sœler, dit avoir yu^ dans les temps pluvieux , le ciel toujours elair andessus du château suédois, et toujours bien au-dessus de la tête de Séraphita quand elle sort. Plusieurs femmes entendent les sons d'un orgue immense quand Séraphita vient dans le temple, et demandent sérieusement à leurs voisines si elles ne les entendent pas aussi. Mais ma fille, que, depuis deux ans Séraphita prend en a^Bection, n'a point entendu de musique, et n'a point senti les parfums du ciel qui, dit-on, embaument les airs quand elle se promène. Minna est souvent rentrée en m'exprimant une naive admiration dejennefillepour les beautés denotre printemps , elle revenait enivrée des odeurs que jettent les premières pousses des mélèzes , des pins ou des fleurs qu'elle avait été respirer avec elle ; mais après un si long hirer , rien n'est plus naturel qpe cet excessif plaisir. La compagnie de ce démon n'a rien de bien extraordinaire, dis, mon enfant?

*- Ses secrets ne sont pas les miens, répondit Sinna. Près de lui , je sais tout ; loin de lui , je ne sais plus rien. Près de lui, je ne suift^loA \a<sv\

124 LE LIYKE MYSTIQUE.

loin de loi y j'ai toot oublié de cette yie déU* cieuse. Le voir est un rêve dont je n'ai souvenance que suivant sa volonté. J'ai pu entendre près de lui^ sans m'en souvenir loin de lui, les musiques dont parlent la femme de Banker et celle d'Érikson ; j'ai pu près de lui sentir des parfums célestes ^ contempler des merveilles, et ne plus en avoir idée.

— Ce qui m'a ici surpris le plus, depuis que je la connais, ce fut de la voir vous souffrir près d'elle, reprit le pasteur en s'adressant à Wilfrid.

— Près d'elle ! dit l'étranger, elle ne m'a jamais laissé ni lui baiser, ni même lui toucher la main. Quand elle me vit pour la première fois, son regard m'intimida. Elle me dit : — Soyez le bien-venu ici , car vous deviez venir. Il me sembla qu'elle me connaissait. J'ai tremblé. La terreur me fait croire en elle.

— Et moi l'amour, dit Minna sans rougir.

— Ne vous moquez -vous' pas de moi? dit M. Becker en riant avec bonhomie , toi , ma fille j en te disant un Esprit d'Amour, et vous , monsieur, en vous faisant un Esprit de Sagesse?

Il but un verre de bière, et ne s'aperçut pas du singulier regard que Wilfrid jeta sur Blinna.

— Plaisanterie à part , reprit le ministre, j'ai été fort surpris d'apprendre qu'aujourd'hui ,

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pour la première fois , ces deux folles seraient allées sur le sommet du Falbeiç ; mais n'est-ce pas une exagération de jeunes filles qui seront montées sur quelque colline? il est impossible d'atteindre à la cime du Falberg.

— Mon père ^ dit Minna d'une voix émue^ j'ai donc été sous le pouvoir du démon ^ car j'ai gravi le Falberg avec lui.

— Voilà qui devient sérieux , dit M. Becker^ Minna n'a jamais menti.

— Monsieur Becker, reprit Wilfrid , je vous affirme que Sérapbîta exerce sur moi des pouvoirs si ' extraordinaires ; que je ne sais aucune expression qui puisse en donner une idée. Elle m'a révélédes choses dont moi seul suis instruit.

— Somnambulisme! dit le vieillard. D'ailleurs plusieurs effets de ce genre sont rapportés par Jean Wier comme des phénomènes fort explicables et jadis observés en Egypte.

' — Confiez-moi les œuvres théosopbiques de Swededborg , dit Wilfrid , je veux me plonger dans ces gouffres de lumière dont vous m'avez donné soif.

M. Becker tendit un volume à Wilfrid qui se mit a le lire aussitôt. Il était environ neuf heures du soir. La servante vint servir le souper. Minna fit le thé. Le repas fini,chac\iivd'e\3a.T'esXac

silencieusement occupé^ le pasteur à lirele traité desIncantationS; Wilfrid à saisir l'esprit de Swedenborg , la jeune fille à coudre en s'abymant dans ses souvenirs. Ce fut une veillée de Norwége^ une soirée paisible, studieuse, pleine de pensées , des fleurs sous de la neige. £n dévorant les pages du Prophète , Wilfrid n'existait plus que par ses sens intérieurs. Parfois, lepas* teur le montrait d'un air moitié sérieux, moitié railleur à Minna , qui souriait avec une sorte de tristesse. Pour Hinna , la tête de Sérapbitûs lui souriait en planant sur le nuage de fumée qui les enveloppait tous trois. Minuit sonna. La porte extérieure fut violemment ouverte. Bes pas pesans et précipités , les pas d'un vieillard effrayé se firent entendre dans l'espèce d'antichambre étroite qui se trouvait entre les deux portes. Puis , tout à coup David se montra dans le parloir.

— Violence! violence! s'écria-t-il. Venex!

venez tous ! Les Satans sont déchaînés ! ils ont des mitres de feu. Ce sont des Adonis, des Vertumnes, des Sirènes ! ils le tentent comme Jésus fut tenté sur la montagne. Venez les chasser.

— Reconnaissez-vous le langage de Swedenborg? le voilà pur, dit en riant le pasteur.

Mais Wilfrid et Minna Teçaxdaient avec ter-

tent le vieax Dayid qui, ses cheveux blancs épars^ les yeux égarés^ les jambes tremblantes et coarertes de neige , car il était venu sans patins, restait agité comme si quelque Tent tumultueux le tourmentait.

— Qu'est-il arrivé? lui dit Minna.

— Eh bien ! les Satans espèrent et veulent le reconquérir.

Ces mots firent palpiter Wilfrid.

— Voici près de cinq heures qu'elle est debout f les yeux levés au ciel , les bras étendus^ elle sou£Ere, elle crie à Dieu. Je ne puis franchir les limites, l'enfer a posé des Yertumnes en sentinelle. Us ont élevé des murailles de fer entre elle et son vieux David. 8i elle a besoin de moi, comment ferai-je? Secourez-moi ! venez prier !

Le (^sespoir de ce pauvre vieillard était effrayant à voir. •

— La clarté de Dieu la défend, mais si elle allait céder à la violence.

-^Silence! David, n'extravaguez pas! Ceci est un fait à vérifier. Nous allons vous accompagner, dit le pasteur, et vous verrez qu'il ne se trouve chez vous ni Vertumnes, ni Satans, ni Sirènes. ^

— Votre père est aveugle, dit tout bas David à Hkina*

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