ACTE V, SCÈNE lU
non datées, — non datées ! autre sottise !... j'appelais Josépha ma Virginie! Vous comprenez?... Paul et Virginie... C'est une fadaise!... mais Bernardin de Saint-Pierre, les cocotiers... les bons nègres m'avaient monté la tête... J'appelais doncJosépha Virginie, quelle imprudence! eh bien! ces lettres a la main, elle prétend qu'elles ont été adressées par moi à une autre femme qu'elle, à une feimne qui répond au nom de Virginie ; et ellem'attaquetout simplement en adultère. Oui, monsieur, ello a tourné l'arme contre moi. J'ai reçu ce matin une assignation. C'est bouffon... J'ai couru, l'indignation aux lèvres, chez M. Landreuil, son dernier amant... (Ici Maurice se lève spontanément et passe au milieu,) avec lequel je devais croire qu'elle était allée aux eaux. Justement, M. de Landreuil arrivait des eaux. Il ne me laisse pas achever, a Mais votre femme, me dit-il, m'a traité comme vous. » — Ah! bah! elle vous aurait trompé?... — Il ajoute : « Elle est en Allemagne avec le major d'Anglemire... » Et de quatre !!! Je reste immobile, figé... Au nom du ciel, lui dis-je alors, mettez un terme à une situation moralequi commence à devenir intolérable; soyez assez bon, pui^îquc je n'ai pas pu vous surprendre ensemble, ma femme et vous, pour me donner sur elle un certificat de mauvaise vie et mœurs, qui me permette de répondre à V6trange accusation qu'elle porte aujourd'huicontremoi. M. de Landreuil se met à rire, ces gens-là rient de tout; et il a la cruauté de me refuser obstinément. Me voilà donc accusé par Josépha dont je paye toujours les mémoires.
MAURICE, depuis quelques instans distrait pa?^ l'attention qu'il porte sur sa femme ; à part»
Que renterment donc ces lettres? Elles semblent piéoccuper vivement Henriette.
POINCELET.
M. Maurice, je n'ai plus que vous... vous seul avez en main la preuve de l'inconduite de Josépha. MAURICE, regardant toujours Henriette.
Moi ?
POINCELET.
Ce feuillet (Ju livre noir... c'est vous qui Pavez pris... il n'y a que vous qui ayez pu Penlever, quoique j'aie fait deux jours de prison pour avoir été soupçonné (1<* l'avoir arraché.
MAURICE, toujours distrait y les regards sur Henriette.
Vous vous trompez, M. Poincelet... (A part,) Ces lettres...
POINCELET.
Je n'ai jamais osé vous en parler ouvertement; mais aujourd'hui qu'une circonstance...
MAURICE. Je vous assure...
POINCELET.
Ce feuillet n'est d'aucun intérêt pour vous, j'ignore du moins... et ce feuillet, c'est ma dernière espérance pour traduire ma femme aux assises.
MAURICE
Henriette parait émue, affligée... {Il va brusquement vers Henriette,) Je veux savoir ce que ces lettres...
HENRIETTE
Lisez...
Elle donne à Maurice une des lettres qu'elle vient de lire. MAURICE, lisant*
« M. de Morlac et sa famille expriment à M. et M™* Maurice le regret de ne pouvoir jouir de leur aimable invitation. M. de Morlac vient de recevoir Tordre du ministre delà justice de se rendre immédiatement près la cour royale de Toulouse pour affaires urgentes... * {A Henriette,) Cet accident n'a rien que de très-naturel, ma chère Henriette... et je ne comprends pas...
POINCELET.
Permettez! Je connais parlai tement M.de Morlac,puisque c'est un avocat général. S'il doit partir immédiatement pour Toulouse, il est bien singulier qu'il soit passé tanlôt tout près de moi dans sa voiture pour se rendre chez M. de Champvilliers qui donne aussi ce soir, vous le savez peut-être, une soirée, une grande soirée, où l'on fête le retour de M. de Landreuil, son futur gendre.