‹ Le livre noir, drame en cinq actes et six tableauxChapitre 66 sur 80 · ACTE V, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE III

MAunicE. Vous VOUS serez trompé, M. Poincelet.

poiNCELET. Je le veux bien... cependant... moi ne pas reconnaître un magistrat!

wmvRiCEprend une autre lettre qu'Henriette lui remet, « M. de Saint-Martin n'aura pas iMionneur d'assister à la réunion de M. Maurice; sa mère vient d'être saisie lout-à-coup d'une grave indisposition. Mille excuses et raille regrets. «

poiNCELET. Pour cclui-ci, il vous trompe; je sors de chez lui; c'est un desjurés de la quinzaine. Je fréquente aussi les jurés. Eh bien ! sa mère et lui étaient déjà allés à la soirée de M. de Champvilliers quand je me suis présenté ce soir chez eux pour leur offrir un mémoire contre ma femme. Si bien que je vais de ce pas chez M. de Champvilliers porter ce mémoire, — le voici, — à M. de Saint-Martin, que je suis sûr d'y trouver.

MAURICE. Celte absence est fâcheuse, ma bonne Henriette, mais enfin... (Même jeu.) « Mon cher confrère, mes sœurs et moi nous sommes désolés de ne pouvoir nous trouver ce soir à votre charmante fête. La perle récente d'un oncle chéri nous oblige, vous le comprenez, à rester chez nous. »

POINCELET. Celui-là, je ne le connais pas.

MAURICE, passant de l'autre côté delà table. Je le connais, moi... Il était hier à l'Opéra avec ses sœurs. Voyons encore... (// prend vivement une troisième, une quatrième^ une cinquième, une sixième lettre,) Différentes excuses, même refus. Mais que veut dire?... (A Henriette,) Votre contrariété m'est expliquée... nous n'aurons pas autant de monde que nous l'espérions.

HENRIETTE. Oui... Uue aulrc fois nous serons plus heureux.

MAURiCF, après avoir lu plusieurs lettres. Allons ! loujours des impossibilités, des accidens imprévus, des migraines, des départs subits... (A part.) Ah ! je devine! (A Henriette.) Notre pauvre soirée est bien malade, ma bonne Henriette.

POINCELET. La soirée de M. de Champvilliers aura meilleure chance que la vôtre.

MAURICE. Oui... oui... {Il prend en tremblant une autre lettre et court à la signature.) De mon meilleur ami, de

98 LR LIVRE NOm.

Ferdinand d'Elvimare : « Mon cher etexcellenl Maurice, nous avons reçu deux invitations ; la tienne et celle de M. de Champvilliers; moi, je voulais donner la préférence à la tienne, mais ma femme, qui est liée avec Bllïo Clotildc, m'entraîne chez les Champvilliers. » — Il ment! sa femme n'est pas liée avec M. do Champvilliers, elle ne connaît pas M"« Clolilde! Il ment!... (Pa»- $ant près de Poincekt.) Pardon, M. Poinc let, pardon pour cet emportement... Mais une soiréemanquée contrarie parfois beaucoup... C'est une puérilité sans doute... mais on y est sensible... on s'irrite... Vous m'avei dit tantôt, M. Poincelet, que vous aviez le projet de porter ce soir un mémoire...

POINCELET. Ah! oui... vous m'en faites souvenir; je cours chez M. de Champvilliers, où je dois rencontrer infailliblement M. Saint-Martin, mon incorruptible juré. A revoir, mes bons amis. {Il salue Maurice et Henriette. Apart, en s'en allant,) La lune de miel n'est pas claire. Il n'y a pas de lune de miel, c'est un mensonge astronomique... (// sort.)

SCENS IV.

HENRIETrt), MAURICE.

MAURICE, tombant accablé sur le canapé. A part. Ferdinand d'Elvimare, mon compagnon d'enfanceetd'éludc, mon meilleur amiî

KENniETTE, sc Icvant et allant à Maurice. Vous souffrez, mon ami, de ceconlri^^-tomps.,.j'eu souffre autant que vous... mais ne manquons-nous pas un peu de patience ?

MAORicE, se levant, montrant la glace transparente. Voyez, nos salons sont déserts.

HENRIETTE. Il TCStc cucore du monde à venir : tous nos invités ne se sont pas fait excuser.

MAURICE. Maisce monde ?iendra-t-il? (Il lire sa montre.)

HENRIETTE. On s'cst trompé sur riicure... on ne va quelquefois en soirée qu'après l'Opéra.

MAURICE, Regardez... une heure et demie... Il y a longtemps que l'Opéra est fini.

HENRIETTE. Lcs fcmmcs apportent àc% soin* exagérés, minutieux, infinis à leurs toilettes de soirée. Los ma-

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