ACTE V, SCÈNE IV
ris altendent; il suffit d'un retardataire pour que bien d'autres soient en retard.
MàURiCE, agité. Personne !
HENRiKTTE. Volrc impalicnce me fait mal.
MAURtCE, marc/mn^ Toiijoups personne !... Ah! une voiture... {Allant à la fenêtre.) Non ; elle passe !
HENRIETTE. Du Calme, je vous en prie, mon ami.
MAURICE. Les bougies sont aux deux tiers consumées, ces fleurs sont déjà flétries... Quel silence dans la rue et au loin !... Oh ! ce vide, ce silence m'accablent... Que supposer?... (Il s'assied à droite sur le canapé*)
HENRIETTE. H faiit supposer, mon ami, qu'une cause qui nous échappe... qu'un motif que nous ne connaissons pas, que nous connaîtrons...
MAURICE, se levant. V'^ous pleurez!... Ah! vous le connaissez comme moi, ce motif... vous avez compris!... (Henriette va toute en pleurs s'asseoir près de la chminée. Maurice continue avec indignation,) Voilà le monde! voilà la société ' Elle vous crie : Hommes tombés, femmes déchues, réhabilitez- vous, relevez-vous' Et quand vous êtes corrigés, quand vous êtes debout, cette société vient avec uiio joie féroce vous secouer elvousdire : Qu'étiez-vous autrefois? et elle vous renverse et elle vous passe dessus. Elle fait mieux, souvent elle fait comme aujourd'hui pour nous : elle vous étouffe sous le poidsdu silence. (Avec force.) Ah ! venez tous, vousqueje voudrais traîner jusqu'ici. Accourez pour mederiander compte de mon action. Je vous répondrai, jevousdirai pourquoi j'ai épousé celte pauvre femme toute fiéuiissante devant moi... Mais que répondre à ce monstre qu'on n'a jamais vu devant soi, plus bas que la terre, plus haut que le ciel ; que répondre à l'opinion?... U tombe accablé sur le canapé.
HENRIETTE, Venant près de lui. Votre exaltation m'épouvante,
MAURICE. C'est elle, c'est l'opinion qui a écrit sur votre front ce que vous avez été, sur le mien, ce que j'ai osé faire en vous épousant : c'est elle qui a soufflé sur notre fête et l'a empoisonnée.., (Se levant et marchant avec agitation. Il tire frénétiquement sa montre.) y nvnkls cru la société bonne, j'ai menti ; j'avais cru que les pe-
tort LE LIVRE NOIR.
tils valaient mieux que les grands, j'ai encore menti. Les grands sont dédaigneux, les petits sont stupides : voilà la difFérence. Ni les uns ni les autres ne sont venus à ma fête : ces grands citoyens! Etcequiestodîeux à penser, c'est que lorsque j'ai cru qu'une révolution tâchée de mon sang relèverait Thomme, j'ai encore menti : les monarchies tombent, l'opinion reste, l'opinion, celte sanglante reine!
HENRIETTE, allant pi'cs de Maurice qui est sur le devant, à gauche. Pardon ! oli î pardon! ...pour ces douleurs que je vous cause... toJiS vos meaux viennent de moi... Pourquoi m'avoir épousée? Je vous l'avais bien dit... ne vous l'avais-je pas dit? {Elle tombe à ses pieds.)
MAURICE la relève et l'embrasse; puis, comme avec résolution, va à la cheminée, agite un cordon; paraît la femme de chambre par la droite, et le domestique par la gauche. A la femme de chambre. Apportez ici, à madame, ses plus riches parures... Descendez ses écrins de pierreries... elle choisira... Apportezaussi desfleurs... entendez-vous, àcs ûeui s... (La fomme de chambre sort. Au domestique.) Qu'on mette les chevaux à la voiture. f)ites au chasseur de se tenir prêt... Allez !...
Le domestique sort.
HENRIETTE. Quc prétcudcz-vous faire?
MAunicE. Nous allons au bal.
HENRIETTE. Au bul!
MAURICE. Oui...
HENRIETTE. Mon ami...
MAURICE. Chez M. de Champvilliers.
HENRIETTE. Ah I
MAURICE. Toute l'aristocratie du barreau et de la banque y sera : toutes femmes honnêtes.
iiEÎiRiETTE. Mon ami, renoncez!...
MAURICE. Jamais î
HENRiETTii. Au uom du cicl !. ,
MAURICE, la faisant asseoir près du guéridon. Obéissez !... [La femme de chambre a apporté les écrins et les fleurs.) Cette couroiine de violettes dans vos cheveux... (// la pose lui-même.) Ah ! mes invités ne sont pas venus !..• Ces fleurs font à ravir !... Eh bien! j'irai les ciierchcr chez M. de Champvilliers... Encojc ces per-
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