‹ Le livre noir drame en cinq actes et six tableaux (volume 2)Chapitre 20 sur 91 · MADAME DE VALPIN, LE MAJOR · texte numérisé non relu

MADAME DE VALPIN, LE MAJOR

le major, en costume militaire de la plus haute fantaisie.

Madame la comtesse daignera-t-elle m'excuser, si, sans autre recommandation que des titres fort incertains, je prends la liberté de me présenter devant elle?

MADAME DB VALPIN.

Je pense, monsieur, quo le motif do votre visito vous absoudra pleinement de celte liberté, à défaut d’aulrcs titres que je suis d’ailleurs toute portée à reconnaître.

LE MAJOn.

Je vous dois cependant, madame, quelques renseignements sommaires sur ma personne Jo suis le major d'Anglemire. Bien jeune encore, j’ai servi comme lieutenant dans la légion étrangère, en Grèce, sous les ordres du fameux lord Byrun, mon ami, mon compagnon d'armes. Jo pris ensuite du service dans b légion étrangère, en Portugal, en qualité de capitaine; do là, jo assai au Brésil ; puis, successivement, dans l’Orégon ou Colomia, la République argentine et la République de l’équateur; j'ai terminé cette première série de mes travaux militaires par la campagne du Caucase, toujours à la tête des légions étrangères. Mais, enfin, pour ne pas faire dire en Franco, où l’esprit règne avec tant do despotisme, qu’à force de servir dans les légions étrangères, je suis resté ctianger à toutes les légions, j'ai résolu do ne plus servir quo ma patrie en qualité de simple général.

MADAME DE VALPIN.

Vos sort ices, monsieur, je le vois, sont très-glorieux; il ne me reste plus qu’à connaître le motif pour loquel vous m'honorez de Totre présence.

le major.

Voici, madame; j’aj l'honneur d’être l'ami intime de M. lo comte de Lindreuil... Votre fils, madame, doit, en ce moment, dix mille francs.

MADAMB DE «ALPIN.

Je puis vous assurer, monsieur, qu’il doit bien davantage.

LE MAJOR

Mais ces dix mille francs veulent être payés les première.

MADAMB DB VALPIN.

Et vous venez chez moi pour les toucher, sans doute?

LE MAJOR

Oui, madame!

MADAME DB VALPDI.

Je regrette, monsieur, que votre visite soit sitôt terminée.

LB MAJOR

Est-ce que vous refuseriez?

MADAME DK VALPIN.

Depuis longtemps jo no paye plus les dettes de mon fils.

LE MAJOR

Madame lo comtesse croit peut-être que je suis quelque fournisseur méconnu, quelque usurier déguisé?.. Ah I je no prête de l’argent à personne.

MADAME DE VALPIN.

Jo ne me perds dans aucune supposition semblable : jo mo borne à vous dire uno seconde fois, monsieur, que, pour des raison* dont je no dois de compte qu’à moi-même, j’ai renoncé à garantir les dépenses de M. le comte de Landreuil.

LB MAJOR

Il est pourtant dos engagements qu'une mère est forcée d’acquitter pour son fils ; les dettes d’honneur sont do ce nombre.

MADAME DK VALPIN.

Monsieur veut sans doute parler dos dettes do jeu?

LB MAJOR

Précisément I

Digiti;

■A tH RB DR VALPIN.

Je ne les appotte pas des dettes d'honneur» et jo ne les paye

LE MAJOR

Madame ne payera donc pas ces dix mille francs?

MADAME DS VALPIN.

En aucune façon.

u MAJOR.

Alors, j’aurai le regret de tous dire, madame, que Totre fils mourra demain.

MADAME DI VALPIN.

On le tuerait I

LE MAJOR

Oh! non, madame; mais les dettes d’honneur, quoi que tous en pensiez, sont des dettes qui s'acquittent, dans les quarantehuit heures, arec de l’or ou avec du sang. Votre fils se tuera, je le connais, s’il n’a pas demain ces dix mille francs à donner à celui qui les lui a gagnés au baccara... hier soir, h l’ambassade d’Autriche. Oh ! oui, il se tuera ! j’en ferais autant à sa place !..

MADAME DE VALPIN, à DOrf.

11 m’épouvante!

Elle hésite l

le major, à part .

MADAME DE VAtntl.

Eh t bien, monsieur, je verrai mon fils aujourd’hui... il sait pourtant que mes revenus de cette anneo sont totalement épuises... comment a-t-il pu vous envoyer chez moi?

LE MAJOR

Ce n’est pas lui, madame, qui m’envoie; je viens à son insu, de mon propre mouvement, pour le sauver... Dans une conversation amicale, dans une confidence intime, il m’a dit seulement que vous aviez beaucoup de diamants...

madame DE v ALPIN, tournant le» yeux ver» le petit meuble.

Des diamants...

le major, à part, même jeu.

11 sont là !

N"* DI VALPtN.

J’en avais dans le temps... mais ils ont été démontés... vendus.. Si mon fils songe encore h ceux de sa tante dont il s'obstine à me croire en possession, il a tort... d’ailleurs, il n’y aurait maintenant aucun droit parce que... Mais il est inutile d’entrer avec vous, qui devez y rester étranger, dans le détail de ces affaires de : famille : pourvu que mon fils ait ces dix mille francs.

LB MAJOR

C’eet tout ce qu’il demando... Je cours lui porter la bonne nouvelle do mon heureuse intervention.

DE VALPIN.

Je n’affirme pas que je lui donnerai ces dix mille francs... mais je verrai, je ferai tous mes efforts...

LE MAJOR

Je me retire, madame ; vous êtes prévenue, vous agirez avec votre tendresse de mère et la promptitude qu’exigo ln gravité des circonstances... Quoiqu’il advienne madame la comtesse... Le major d’Anglemire, a l’honneur de prendre congé de vous, et de vous présenter ses plus profonds respect. {Il salue et te re- Ivre)

M** DE VALPIN.

Je voua salue, monsieur t

Mcnèor* vx.

m** DR VALPIN, seule.

Quels que soient mes justes motifs de colère contre mon fils U faut que je le voie; les paroles de cot hommo m’ont profondément troublée. {Elle sonne , un domestique se présente.) Allez Chez monsieur le comte, et dites lui que je l'attends. {Le dôme» tique te retire.) Où trouver tout de suito ces dix mille francs? Avec ces diamants, sans doute je pourrais... mais ma sœur, ma bonne sœur, qui m’a fait jurer à sa dernière heure do ne jamais les vendre , de les conserver religieusement pour les donner à la femme de mon fila lo jour où il so marierai Oh! non, jo ne m en «parerai jamais... les vendre, ce serait une impiété... remprunterai cas dix mille francs, et pour ne pas céder h la pensée ! do me défaire do mes diamants, je ne veux plus lus avoir chez ! moi. (Elle » assied devant le guéridon.) Comme jo suis agitée !... 1 ma main tremble d’émotion... mou fils... un suicide !... Je ne puis pas former une seule lettre... (A Henriette qui paraît.)

semés vxx

HENRIETTE, M” DEVALPIN.

.. “T" D * lAtrm, à Hmriette çu. entre par la droite,

A»! Meprfelte; tous renc! ii propos... Vous sUei écrira * monsieur de Wallery, mon notaire, de prendre la peine de pas- •K cbei moi le plus UH possible. J’si un dopOl s lui ooulkr : des diamants que je liens de ma soeur, et que jo compte donner un

jour à mon fils...

lb domestique, annonçant.

Monsieur le comte du Lamireuill Henriette, qui est assise se lève virement et veut sortir.

Ciel I...

M 1 ** DE VALPIN.

Restez! vous n’êtes plus une étrangère pour moi... Ecrive*.

Page 1