HENRI RÎT
Dans votre indulgence k m’écouter.
MAURICE
Je crois avoir entendu dire h madame de Valpin que vous ôtes née aux colonies ?
HENRIETTE
À Saint-Pierre- .Martinique.
MAURICE
D'une famille crcolo?
HENRIETTE
Oui, établie aux lies Françaises d'Amérique depuis deux siècles. Mon grand-père gouverna Kiint-Dorniuguc, et mon père était le frère d’armes du vertueux Lally.
MAURICE
Voua platt-fl de poursuivre ?
ULXU1E1ÏE.
Mon éducation fut simple et incomplète comme celle que ro-
r tivcnl toutes les jeunes Allés de l'Amériquo française. Scmbiablo celle terre brillante et féconde, leur esprit n’a pas besoin de culture pour fleurir.
MAURICE
J’ai un grand charme k vous écouter.
HENRIETTE
Devenue orpheline k quinze ans, un vieux parent me conduisit en France.
MAURICE
Ensuite ?
HENRIETTE
Laissez- moi vous parler encore do mon enfance, de la liberté de no? colonies où la vie est si égale et si douce. Tout a une âme sous ce beau ciel. La nature est une Mie; quand on naît, on s’éveille ; quaDd on meurt, on s’endort ; on existe entre deux i sommeils.
MAURICE
une fois k Paris, ce vieux parent...
HENRIETTE
Mourut.
Il mourut, et vous restâtes seule l
HENRIETTE
Seule, et sans protecteur, j’avais seize ans l
EACMCE.
San* asile... et personne?
HENRIETTE
Je patientai ; la Seine est rapide, me disais-je, et j’ajoutais ' comme nos sauvages : « la mort est pour tout le monde. »
Maurice.
Mais vous uo mourûtes pas! {Remarquant for grande émotion d Henriette, il lui approche un siège ; elle t'amied.
HENRIETTE
La faim est une terrible chose, ol les nuits d’hiver do Paris, ' pour une pauvre créole, sont bien longues, bien froides, bien lorncs. Marcher sur la glace, n’avoir que son haleine pour feu, cl sa main pour oreillor! Trois jouis, trou nuits, je supportai
1 cette affreuse situation.
MAURICE
Et le quatrième jour?
HENRIETTE
Le quatrième jour... (On entend la voix de Poineelêt quidü :) Je ne veux pas attendre à demain ! je ne le connais pas, mais je brûle de l'embrasser. (Il entre.)