‹ Le livre noir drame en cinq actes et six tableauxChapitre 64 sur 67 · FERNAND, CAMILLE · texte numérisé non relu

FERNAND, CAMILLE

FERNAND

Tout est fini, a-t-elle dit... Eh bien oui, tout sera fini en effet. [Il jette péle-méle tous les papiers dans le carton.)

CAMILLE

Fernand.

FERNAND

Mu cousine, je suis le plus malheureux des hommes, par votre faute.

CAMILLE

C’est vrai...

FERNAND

Mais je vous pardonne... adieu, (fl remonte.)

CAMILLE

Où allez-vous?

Je vais me jeter du haut des tours de Notre-Dame, et je tâcherai de tomber devant la porte do madame de Furieux. Camille, d part.

Je dois réparorle mal que j’ai fait... (flaul.) Fernand.

FERNAND

* Pardon, ma cousine, mais je suis pressé... on ne monte plus aux tours passé quatre heures.

CAMILLE

Écoutez-moi, je veux... Aht.. J’cntendi mon mari... allez au jardin, dans dix minutes, je vous y rejoindrai.

FERNAND

Mais...

CAMILLE

Espérez... Angèle vous aime.

FERNAND

Ciel!.. e6t-il possible?

CAMILLE

Je vous le jure, mais sortez vite... je vons en dirai davantage 1 tout à l’heure.

FERNAND

Elle m’aime! ah ! ma cousine !.. merci t merci ! vons me rendez la vie. (/Nui baise la mainet se sauve par ta gauche. Afarcelly, le chapeau enfoncé sur la yeux, entre par la droite au moment où Fmuind disparaît ; Marcelly fa eu; il regarde sa femme, puis se promène un instant sans parler.)

SIEXE XVIII.

MARCELLY, CAMILLB.

marcei.lv, à part.

Jn suis décidé à faire un coup d’État... je vais faire un coup d’Étal... Ne dites rien.

Camille, à part.

N’oublions pas les recommandations d’Angèle.:.

marcelly, s'arrêtant devant Camille , tr es. haut.

Madame.

CAMILLE

• Mon ami...

marco.lt, d part.

Tiens... (Haut.) Je vous préviens que j’ai brisé ma chaîne et qu’A partir de ce jour, je veux marcher dans ma force et dans

MIDI A QUATORZE HEURES

ma liberté... comme Spartacus.

CAMILLE

Oui mon ami...

marcelly, à part.

Tiens... (Haut.) A partir d’aujourd'hui j'aurai des dicotes jeunes...

Camille, après un petit mouvement.

Oui mon ami.

MARCELLY.

Jolies.

Camille, même jeu.

Oui mon ami...

■ARCELLT, à part.

C est bien drôle... (Haut.) Je ferai de la toilette tous les jours... Je serai tout de noir habillé comme le page de M. de Maimorough.

CAMILLE

Oui mon ami.

MARCELLY.

J’aurai une lorgnette.

CAMILLE

Oui mon ami.

MAI1CELLY.

Dans le monde, je serai galant, je danserai ! Jo ferai des compliments aux femmes, je leur ferai des impromptus... s'il m’en vient.

| Ah 1 ça, madame....

CAMILLE'

i Tu préférés rester?... reste... Tu désires être seul, peut-être.

MABCELLY.

Mais non.

CAMILLE

Je te laisse mon ami... adieu... adieu... (A pari.) Oh! que c’est dillicile de jouer la comédie... Courons rejoindre Fernand.

(Elle sort par le fond, «1 gauche, tout en fat Ht ni un signe d'adieu à Alurcclly qui la regarde avec stupéfaction.)

St’FAE AI\.

MARCELLY, seul, puis G RÉGORET.

• narcelly, rêvant.

Ça n’est pas naturel... il y a quelque chose là-dessous... on ma changé ma femme... ccito résignation... Cette soumission... et puis... ces éternels : oui mon ami... oui mon.... qui est-ce qui m’a pris la femme que i’avaisce matin ?.. Du reste, qu’il la garde... J’aime mieux celle-ci... quoique cependant.. Ali! c’est bien drôle!.. Je ne sais pas, mais... {Se touchant le front.) J'ai quelque chose là... (FftwmerU.) Ce n’est encore

qu'une inquiétude... une inquiétude vague, mais c’est égal

ça me gène... (Rêvant.) Oui mon ami... Oui mon ami... grégohlt, entrant .

Ali ! le voilà?... Eh bien, tu es raccommodé avec la femme? marcelly,' de même.

Oui mon ami... Hein?... ah ! oui.

Camille, un peu émue.

Dui mon ami.

narcelly.

Jo leur lcrai même la cour pour me donner uneconlcnance.

Camille, de plue en plus émue.

Oui mon ami...

maiicelly, à part.

Qu’est-ce qu’elle a donc ma femme? (Haut.) Je leur baiserai la main si l’occasion s’en présente.

Camille, retenant ses larmes.

Oui mon ami.

narcelly.

Et enfin je...

camille, laissant échopper un mouvement de vivacité. Hein?

maiicelly, à port, croyant avoir réussi à rémouvoir.

Alt!... je savais bien...

Camille, se levant et jouant le calme.

Oui mon ami.

maiicelly, avec inquiétude.

Est-ce que lu es malade?

CAMILLE

Mais non, pourquoi?

NARCELLY.

Pour rien... Ainsi, c’est bien convenu... liberté toute entière.

Camille, se contenant.

Oui mon ami.. J’ai reconnu mes torts... un bomme doit être libre... je ne te gênerai plus... Tu pourras aller et venir à ton gré... sortir quand tu voudras... As-tu quelque affaire?., quelque course?... quelque référé?...

NARCELLY.

Non...

CAMILLE

Eh bien! Que je ne te retienne pas... va, va...

MABCELLY, èlontlé.

Mais...

CAMILLE

Tu désires peut-être faire un lourde promenade?...

MARCKLLY.

Mais pas du tout.

CAMILLE

Va... Ne t’inquiète pas de moi, je broderai en t’attendant... Va le promener mon ami.

marcelly, à part.

Elle m’envoie promener.

CAMILLE, h: poussant.

Va... va...

MARCELLY .

iiHibunirr.

Tant mieux... entre nous, tu avais tort... tu te plains que la mariée est trop belle... ta femme est jalouse, parce qu’elle t’aime d’uliord, et ensuite parce qu’elle est sage...

marcelly .

Oui, je sais bien.

CMkCORET.

Elle ne te pardonne rien, parce qu’clle n’a rien à se faire pardonner c est clair...

MARCELLY, U.’l peu troublé .

Ah !... oui... oomœeccla si elle avait quelque chose à se faire pardonner?

oaiwur.

Oh ! mon cher elle ne serait plus du tout la même, plus du tout.

marcelly, inquiet.

Ça sc peut bien.

GRKCORr.r.

Moi, je me méfie des femmes trop indulgentes... Elles oui quelque chose à se reprocher généralement . Il y a des exceptions...

marcelly, vivement.

11 y en a.

OliCZRET.

Moi, je n’en connais pas.

MARCELLY

Tu n’en connais pas?

GnÛiORET.

J’aime une femme qui parle haut, qui épluche la conduite »1c son mari... Cela prouve qu’elle ne craint pas qu'on épluche la sienue.

marcelly, se grattant r oreille.

Ah !... tu crois que quand elle épluche...

CKffltMIT.

Si jo me*marie, ce sera pour moi lo thermomètre de l’amour... Si ma femme devient douce, confiante, d'un agréable commerce, enfin, cracl je la renvoie à sa famille...

MARCELLY.

Ah ! tu me dis des bêtises...

GliLGORET.

Mais, moncher, j’ai cent exemples à te donner... Tiens, justement, Beauregueil, l’huissier, sa femme était comme la tienne, jalouse, emportée cl fidèle, bien coteudu... pour moi, c’est une conséquence.

marcelly. frij-tnçuirt.

Tu m'ennuies.,.

GRÉCORET.

Beauregueil s’est lâche ; il a déclaré qu’il ne voulait plus d'opposition à ses volontés, qu’il entendait que sa leuimu fut toujours do son avis.

MARCELLY.

Eli bien?

CXéCORET.

A partir de ce moment, elle répondait toujours... maiicelly, frappe u'une idée.

Oui, mon ami?

*!IDl A QUATORZE HEURES.

CftÉCORET.

Précisément.

m abcelly, marchant avec apt'fafien.

Oui, mon ami.

C&éGORET.

Et c'est ce qui a perdu Beaurcgueil.

Air de Voltaire chez Aï non.

Pour prouver sa soumission,

À tout ce qu’il exigeait d’elle,

Sa femme en toute occasion,

# Suivait la formule nouvelle,

Afin de plaire à son mari,

Elle s’en faisait une élude.

Bref, elle a dit si souvent : oui, •

Qu’elle en a garde l’habitude.

„ « ... MAacn.LT, d part, tris-inquiet:

Et Camille qui, tout à lïicure...

„ , . dénouer, le suivant.

Eh bien... et DubiefP

MARCELLV.

Tu m ennuies avec tes histoires.

„ . déconBT.

Du bief...

, .. MARCELLT.

Je te dis que tu m'ennuies...

. . , GnédORBT.

Uubien... c est absolument la mémo chose : sa femme l'eml^mener ’ ° St ràch,S ’ el S. UnTOlf m

marcellt, sautant, d part.

Comme ma femme, tout à l’heure...

.. crécoret, riant.

Et il y va.

.. . . . , marcellt, tragiquement.

Mais moi je n y vais pas.

CRÉGORET.

Lt pendant ce temps... madame Dubief... Ah! ah ! ah!...

Ail îaR T * 9U * M lT0UVe P r « * la fenêtre , poussant un cri.

„ CRÉCORET.

Quoi donc P...

marcellt, d part.

h ^mWe... Fernand et ma femme... Il a quittait tout A 1 heure... et il semblait joyeux.

„ , CRÉCOBET, effrayé.

Marcelly I " y

marcellt, gesticulant.

Tois , ,out '• io comprends tout... la résiliation de Ca- .Ttiile... et scs soupçons... c’était pour détourner les miens. cnécoaiiT, d part.

Est-ce qu'il devient fout

•rncELcr, de mtme.

Quel horrible complot!... quel machiavélisme!... Fernand aime ma femmo.qui dit à Angèle do feindre d'aimor Fernand... et Camille m accuse d’aimer Angèle, afin de cacher son amour pour Fernand, qui me prie de parler à Angèle, pour que je ne me doute pas que lui, Fernand, aime Camille... c'est clair!... c est horriblement clair !.... (Il tombe sur un siège.)

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