X.XXV
seue de tote la ville ; e puis tantost après ce fet, il par sa force e par la force de ses amis purchaça que autres mères (') fu fet à sa volonté sanz ce que nulz i fust«de par le roi ne que nuls congé en fust requis si cum droiz est e costume. »
Le nouveau maire — il s'appelait Bernard de Maisonnave — força les frères et les amis de la victime à faire la paix et à promettre qu'ils ne porteraient pas plainte. Mais la pauvre veuve maintint la sienne au péril de sa vie. <' Le conte assembla les preudes hommes de la vile et deu païs entour, e devant l'arcevesque d'Aux e Tevesque de la vile e la cort tote plenière de chevaliers et de borjois fu la vérité trovée einsi cum la preude femme s*estoit plainte. » Les coupables prirent peur et se soumirent à l'amende que le comte exigerait, mais pour mieux s'assurer du paiement le comte les retint en otage; il « commanda sur leur serement à celui qui le clerc fist ocierre e a celui que il e ses amis avoient* fet mère (») par leur autorité que il alassent après lui tresquatant qu'il leur deist sa volenté, ne autre force le conte ne leur fist; e il allèrent après lui tresquatant qu'il vint à Bourdeaus : là leur donna le conte congé, à Bernard de Maisonneve de râler à Aycs sanz entrer en la vile dedenz les murs, e que Bernard du François demorast à Burdeaus jusques a tant qu'il peust entendre a pardelivrer ces te chose, quar en nule manière le conte ne vont ceste chose délivrer a haste sanz ce qu'il n'eust grant conseil pur le fet qui estoit si ledz, ne autre chose n'en a esté fet tresque au jor d'ui » (3).
Quel que puisse être en soi le mérite de ces explications, elles contiennent de curieux détails sur l'existence intérieure de ce petit monde qui s'appelait la commune; elles nous le montrent à peu près tel qu'il était partout ailleurs, tantôt uni par le patriotisme contre les attaques du dehors, tantôt comprimé dans ses murs comme dans une arène étroite où le déchaînement des passions locales atteignait les dernières limites de la violence.
La loi organisatrice des pouvoirs publics est forcément chancelante sur un sol aussi tourmenté; c'est pourquoi, contrairement aux statuts communaux récemment souscrits et promulgués, nous avons vu un maire, Bernard du frances, prendre sur lui de désigner pour son successeur un homme de sa faction, Bernard de Maisonnave, » sanz ce que nulz i fust de par le roi, ne que nuls congé en fust requis si cum droiz est e costume, »
(*) autre maire.
(') maire.
(3) Bibl. nat., loc. cit.
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c'est-à-dire sans la forinalité essentielle de la présentation au souverain, ou à son sénéchal.
Simon de Montfort fut rappelé de son commandement en juin 1362. Aussitôt Henri III conGrma la donation de la Gascogne et de l'île d'Oléron qu'il avait Taite précédemment à Edouard, son fils aine, à condition qu'il les transmettrait à ses héritiers. Par Lettres patentes, datées le 8 juin de Westminster, il signifia cette donation au maire de Dax et à la communauté, en spécifiant que la substitution perpétuelle dont elle était grevée avait pour but d'empêcher qu'ils fussent jamais séparés de la couronne d'Angleterre : ila quod vos nec heredes vestri ullo modo separemini a corona noslra Anglie in perpeluum(^).
Mais le nouveau maître n'était guère en état de défendre son apanage toujours menacé. Il était à peine âgé de quatorze ans. Son père dut venir repousser en personne les attaques d'Alfonse X de Castille, dont les prétentions au duché de Gascogne s'étaient réveillées à l'instigation de Gaston de Béarn et de quelques châtelains influents des rives de la Garonne (^). Débarqué à Bordeaux peu après la mi-août i253, le roi anglais fit face au danger avec une énergie qui ne lui était pas ordinaire : il institua un sénéchal particulier pour Bayonne, Dax, Saint-Sever et Sault(3); nomma provisoirement un maire et un héraut ou crieur public — preco{^) — à Saint-Sever, en dépit des protestations que l'abbé, seigneur de la ville, adressa au pape (^); fit taire les partis qui divisaient
(') Mathieu Paris, p. 887. — Marca, Hist. de Bécwn, p. 69^ et suiv. — Bôles gascons, n* 2474.
(3) Rôles gascons, n® 3^36. Pro Amalvino de Vareys. De senescalcia Vasconie,
(4) Le preco était Tannonciateur el Texécuteur des ordres de l'abbé qui avait seul droit de le nommer. Ce fonctionnaire, dont du Gange définit mal les attributions, était-il propre aux villes abbatiales? On le dirait. L*abbéde Saint- Jean-d'Angely, au xi* siècle, avait aussi un preco: a Habct otiam praeconem in villa, et nullus alius ibi habet nec habere potest pracconcm. » (Carlulaire de Tabbaye, cité par M. Giry, Etahl. de Rouen, 1, p. 390, note 5.) Vers Tan laoo, les bourgeois de Saint- Scver, secouant le joug de Tabbé, condamnèrent son praeco au silence et en instituèrent un autre à sa place: « abbatis praeconem obmutesccre facientes, alium, qui quotidie praeconaretur authoritate consulum et populi, creaverunt. » {HisL mon. S. Severi, 1. 1, p. 218.) Dans un concile provincial tenu h Saint-Sever même, en 1308, Navarre d'Acqs, légat du pape Innocent III, restitua à Tabbé son droit de nomination : « Praeconem villao, abbas eligat et instituât » (Hist. mon. S. Severi, 1. 1, p. S35). On comprend que l'abbé devait tenir essenliellement à .la collation d'un emploi qui était, comme le dit M. Giry, caractéristique de la suzeraineté.
(5) Rôles gascons, n» 2468. — N* 3661 . « De majore et precone de Sancto-Severo. Mandalum est majori et universitati procerum Sancti Severi per lilteras Régis patentes quod, non obstante appellacione quam abbas de Sanclo-Severo fecit ad dorainum papam, habeant in eadem villa majorem et preconem ad exequenda mandata Régis quamdiu gucrra Régis duraverit. Et Rex conservabit eos versus ipsum abbalem et quoscumque alios, indempnes, et eciam promisit servare jus ipsius abbatis in hoc facto, si volucrit. Teste apud Millanum V die Mail. »
Innocent IV, d'ailleurs dévoué aux intérêts d'Henri III, avait délégué deux commissaires, Tévéque de Bath et le doyen de Saint-André de Bordeaux pour admonester et au besoin excommunier les envahisseurs des terres du roi anglais. La sentence d'excommunication avait été solennellement portée contre Gaston de Béarn cl autres, dans les diocèses de Bordeaux et de Bazas; le doyen de Saint-André
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Bayonne, en donnant directement la mairie ainsi que le château et la prévôté à un chevalier du Bordelais, Bertrand de Podenzac(i); plaça sous le commandement d'un capitaine nommé Jean le Parker les honimes du plat pays depuis Belin jusqu'à Labenne (3); s'assura le concours des hauts barons et des évêques(3), et, après plusieurs actions victorieuses, termina la guerre, vers le milieu de Tannée i254, par un traité qui eut pour épilogue le mariage d'Edouard avec la sœur d'Alfonse, son royal adversaire, et la renonciation définitive de ce dernier à la Gascogne (^).
Cependant, des ferments de sédition couvaient encore dans le pays. Il est probable que la création d'un maire contre la volonté de l'abbé avait fait des mécontents a Saint-Sever. Lorsque Edouard passa par cette ville en revenant d'Espagne après son mariage, des bourgeois mutinés tombèrent sur ses gens et sur ses bagages (&). Au sein de chaque petite république communale, deux factions rivales se disputaient les charges de l'hôtel de ville et fomentaient en permanence l'indiscipline et la révolte. Le pouvoir ducal voyait d'un œil inquiet ces luttes dissolvantes, Bayonne et Bordeaux y perdirent Içur autonomie. Dépossédées du droit de présentation à la mairie, ces deux villes durent se résoudre à accepter des maires directement choisis par le prince et le plus souvent étrangers (<»). Dax fut traité avec moins de rigueur. La discorde qui y régnait en 1255 entre les Bilambytz(7) et les du Frances, n'était probablement
enjoignit à l*évèque d*Aire de Texécuter dans son diocèse sou:» peiné de suspense : « unde cadem auctoritate vobis mandavimus, firmiter injungendo, quatenus omnes predictos excomrounicetis el cxcommunicatos denuncietis per totum Episcopatum vestrum singulis diebus domi nicis et festivis, candelis acoensis et pulsatis campanis. » (V. Marca, Hisl. de Béarn, p. 694 et SgS.)
(') Rôles gasconSj n«* 8755 et 3767. — Balasque, Et. hist. sur la ville de Bayonne, II, p. i4i- — La seigneurie de Podensac appartenait à Tanciennc famille bourgeoise des Calhau de Bordeaux. V. Brissaud, Les Anglais en Guyenne^ p. 136.
(') Bâles gascons, t. I, n* aaig.
(3) Ibid., n" aao/i, aaio, aaia, a466, 3/^67, a539, 3556. 3558, 3569, 36i/î, 3577.
(4) Ihid.,suppl. n* /|3/ii. Marca, Hist. de Béarn, p. 601. Sur toute cette campagne, voir la belle Introduction de Charles Bémont dans son supplément au tome I des Baies gascons.
(5) Bôles gascons, 1. 1, suppl. n" 4/188 et 45oo.
(6) Les Bayonnals déjà privés en i353 du droit de mairie, mais à titre transitoire, le furent par voie de réforme constitutionnelle à partir de i354 (Arch. mun. de Bayonne. Livre des Établissements^ p. 36. Rymer, t. I, pars I, p. 189), et les Bordelais à partir de ia6i (Arch. mun. de Bordeaux, Livre des Bouillons, p. 378). Les uns et les autres ne le recouvrèrent dans la suite que par intervalles et à travers mille vicissitudes. (Voir Arch. mun. de Bordeaux, Livre des CoutumeSy p. 4o5. Balasquc. Éludes histor. sur la ville de Bayonne, etGiry, Établ. de Rouen, chap. vu, passim.)
(7) Les Bilambytz ou Balembitz flgurent dans le compromis de ia43 entre Tévèque et la commune et sont nommés plusieurs fois dans les Rôles. Ils jouissaient d'une fortune considérable acquise probablement dans le commerce, comme celle de tous les grands bourgeois de Bordeaux et de Bayonne. Lorsque Henri III eut besoin d'argent pour solder les frais de la campagne do ia54 et les dépenses du mariage de son fils, il envoya à Dax Simon de Montfort, Pierre de Savoie et Guilhem de Canteloup pour solliciter un emprunt du maire et des jurais, ou de toute autre personne, h défaut d*eux. (/?. G., n* 3337). Un membre de la famille des Bilambytz, André, leur ouvrit sa bourse. Il prêta au roi cent marcs vingt-neuf sous onre deniers sterling». (Patentes facte in Wasconla de
que la continuation de celle qui avait occasionné quelques années auparavant le meurtre reproché à Bernard du Frances, et provoqué la sévère intervention de Simon de Montfort. Edouard envoya, pour rétablir Tordre, Élienne de Longuépée (>), récemment nommé sénéchal de Gascogne, et Pierre de Bordeaux; il écrivit en même temps aux maire et jurats de les aider de tout leur pouvoir (»).
Depuis le départ de son père pour l'Angleterre, le jeune prince avait pris à cœur les affaires de l'Aquitaine. Il y passa toute l'année i255 en déplacements presque continuels (3), déployant déjà les qualités de gouvernement qui devaient plus tard illustrer son règne. La confirmation des coutumes de Gosse, de Seignanx, de Labenne, de Maremne, de Laluque, de Marensin, de Mimizan(^), l'organisation en communautés ou paroisses des châtellenies de Bouricos(5), de Saint-Geours-d'Auribat et de Pouillon(6), sont autant d'actes dus à son initiative pendant cette période.
Il revint à Dax en 1261 et accorda aux habitants des Leltres de rémission (7). La teneur des Lettres ne dit pas pour quel motif. On doit supposer qu'il s'agissait de simples infractions d'ordre intérieur, car elles ne donnèrent lieu à aucune mesure contre les libertés municipales. Deux ans plus tard, au contraire, la reine Alîénor, en restituant à la commune un de ses privilèges les plus importants, rendait hommage à sa fidélité traditionnelle.
L'ingérence gouvernementale de l'épouse d'Henri III, la poétique Aliénor de Provence, fut amenée par la crise redoutable que la dynastie anglo-normande traversait à cette heure de l'autre côté de la Manche. Un parti violent y avait usurpé l'autorité souveraine, sous le prétexte, assez fondé d'ailleurs, de la soustraire à l'ascendant des favoris étrangers et principalement des parents de la reine qui monopolisaient les plus importantes charges de l'État. Le roi, contraint de revendiquer son droit par les armes, venait de tomber au pouvoir des factieux dans la sanglante bataille de Lewes (^). Le prince Edouard s'était offert généreusement en
annoSgo régis Henrici III, octobre-décembre laô/i, n« i4, B. G. Introd. au supplément, p. lxxiu). Le môme emprunt est mentionné n<* 2823.
Vers le môme temps, Geoffroy et André de Bilambytz (le texte porte Bolembit) avaient prôté à Edouard i,5oo livres morlaas(fî. G., n* 4325).
(') H était de la famille des Salisbury. Il fut fait sénéchal le 3o septembre t355 (i?. G., 1. 1, n» 4558).
C) Râles gasconSt t. l, suppL n« 4565.
(3) Voir son itinéraire tracé par M. Bémont, Bôles gascons, t. 1, suppl. Introd., p. xxx.
(4) Rôles gascons, n»» 4393, 4394, 4895, 4896, 4897.
(5) Jbid,, n' 4475.
(8) Sur les causes et péripéties de la bataille de Lewes, voir le mémoire intitulé : The BattU of Lewes, par le Rév.W. R. W. Slephens, Rector of Wolbeding. (ArchœologicalJournal, vol. XLl,p. 189.
otage pour la délivrance de son père qui n'en demeurait pas moins captif de la révolution victorieuse ("). Quelque temps avant la bataille de Lewes, Aliénor elle-même, grossièrement outragée et menacée par la populace, un jour qu'elle se disposait à remonter la Tamise pour gagner Windsor, avait pris le parti de chercher refuge auprès de sa sœur la reine de France (a). A la nouvelle de la captivité de son mari et de son fils, elle saisit le gouvernement de l'Aquitaine, et c'est ainsi qu'elle intervint dans les affaires de Dax.
Henri de Cusance, naguère et peut-être alors encore sénéchal de Gascogne, avait, de concert avec deux autres officiers du roi, Erard de Valéry et Jean de Gray, interdit aux jurats de continuer à juger les appels de toute la province. La commune expédia deux citoyens, nommés Pierre de Tosse et Bonet de Casalis, pour obtenir le redressement de cette décision. Mais comme, à raison des événements qui viennent d'être résumés, les émissaires n'osèrent tenter de traverser la mer — et iidem propter iurbationem regni Anglie, ad memoratum Edduardum transfrelare non passent — ils supplièrent la reine de rapporter l'interdiction au nom de son fils, ce qu'elle fit par lettres -patentes datées de Paris le 3 juin 1264 (^). Amanieu d'Albret, Guilhem de Montgauger connétable de Bordeaux, et Arnaud Guilhem Aymeric vice-gérant du sénéchal, furent chargés d'en assurer l'exécution. D'où il résulte le fait, jusqu'ici peu mis en lumière, que ces trois hauts personnages formaient une délégation, chargée du gouvernement de l'Aquitaine, sous la régence de la reine (^).
L'heureuse évasion d'Edouard, suivie de la victoire d'Evesham en Worcester, le 4 août 1265, rendit son roi à l'Angleterre et son duc a la Gascogne.
Henri III mourut le 20 novembre 1272, dans la cinquante- septième année de son règne. Edouard se trouvait alors en Sicile, revenant de la Terre-Sainte, après y avoir relevé un instant par ses propres forces l'étendard de la croix, tombé des mains défaillantes de saint Louis u Garthage. Il traversa rapidement l'Italie, franchit le mont Cenis, vint à Paris faire hommage à Philippe III pour ses terres mouvantes de la
(') John Lingard, Hist. (T Angleterre j traduction de Wailly, t. 1, p. 05a. (') Ibid., p. 6/17.
(3) P. aSg.
(4) La formule exécutoire qui suit la lettre de la reine le démontre pertinemment. V. p. 3/10.
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couronne de France, el au lieu de rentrer directement en Angleterre, rebroussa chemin vers la Gascogne, où les passions tumultueuses s*étaienl de nouveau donné carrière en son absence. Dax surtout avait été le théâtre de graves désordres. Les factions, un moment dissoutes par la conciliation ou par la force, s'y reformaient sans cesse. Elles avaient pour chefs, en 1271, un bourgeois nommé Auger Robert et le maire Raimond Arnaud de Maisonnave. Quatre citoyens périrent successive ment, frappés en lutte ouverte ou traîtreusement dans quelque embuscade («).
Bientôt la colère des partis ne connut plus de bornes. Le samedi, vigile de Pâques 1271, Auger Robert et ses amis, au nombre desquels Pierre de ïosse, l'émissaire de 1264, se précipitèrent sur le maire en plein conseil et le criblèrent de coups de dague (2). Une rixe furieuse suivit cette agression sauvage et convertit en arène sanglante la salle des délibérations municipales.
Pour mettre fin à des divisions meurtrières que l'incorrigible Gaston de Béarn attisait secrètement, Roger de Leyburne, sénéchal ou plutôt alors véritable vice-duc (3), s'était servi du moyen appliqué avec succès ù Rayonne et à Bordeaux. Il avait mis la mairie u en main » du prince, c'est-à-dire avait enlevé aux jurats la prérogative de concourir à la nomi
(') M Item. Quia pcr inquisilionem super hoc factam habuiinus, quod propter seductioncm seu discentionem inter dictos Augerium Roberti et complices suos, ex parte una, et Remundum Ameldum de Domonova et suos, ex altéra parte, subortam, per quosdam de societato ejusdem Remundi Arnaldi, Petrus dictus clericus occisus fuit. » — u Pro morte Johannis Monachi qui communi coiigrcssu de nocte hinc inde per utramque partem facto et per socium dicti Augerii Roberti incepto, fuit occisus. » — « Item. Pro morte Arnaldi do Vico qui per aliquos de societate dicti Raymundi, fuit occisus. » — u Item de Garsia Arnaldi qui pro morte Menande de Resse quam fecisse dicitur, est bannitus, quia nobis constat quod idem Menandus eundem Garsiam cum quodam ense vulneravit, et statim idem Garsias eundem Menandum sine intervallo aliquo repercussit. » (Notice du manuscrit de WolfenbuUel, p. 109 et 1 10 note.)
(^) « Et quia per fidc dignos et per papiros civitatis Aquensis invenimus quod, die sabbati in vigilia Pasche, anno Domini millesimo lix' primo, Reymundo Arnaido de Domonova existente in ofBcio majore civitatis Aquensis, vocatis coram ipso quibusdam de civitatc juratis ad tractandum super quibusdam negociis que eisdem emersisse dicuntur, Augerius Roberti in eodem Reymundo Arnaido irruit, percusciendo ipsum in capite cum cultello. » — « Item. Quia Petrus de Tosse eadem die, in eundem Reymundum tune ma\jorem, evaginato gladio, irruit, percusciendo ipsum in manu ot brachio cum cultello. » — « Item. Quod Bernardus Cabet eumdem Reymundum Arnaldum cum cultello quo parvo vulnere percussit in coUo. » — « Item. Quod Garsias Arnaldus de la Luca pcrcussit cum cultello Guillclmum Raymundi de Balerabitz inter humeros plaga aoorrima et péri* culosa. » (Ibid.f p. 108.)
(3) « ... Rogerium de Leyburnu, ordinatorem, reformatorem et factorem solempnem nostrorum iicgotiorum et terrae nostrae Vasconiae et aliunde... cui in omnibus committimus vices nostras, dantes cidom plenam et lit)enim potcstatem ordinandi, faciendi negolia supradicta, justitiâm exhi- Ixîndi, pacem reformandi, statuta statuendi et consuetudines corrigcndi, etc. » (Lettre$-patentc> d*Ëdouard, du aA novembre' 1270. Hist. mon. S. Severi^ t. I, p. î/îe.) Ce mandat illimité s'explique en un moment où Edouard ï^c disposait à partir pour la Palestine et où Henri III était afTaibli par Vêtgc et la maladie.
nation du maire. Cette suspension du droit municipal ne dura pas plus de six ans. Dès le ii janvier 1277, Edouard octroyait à la commune des Lettres de pardon, avec restitution du droit de mairie (■) el il renouvelait cette double concession plus explicitement encore quelques mois après.
Par une charte datée de Gloucester le 8 août, il déclarait abjurer tout sentiment d'indignation ou de rancune envers les citoyens de Dax — necnon indignationem animi seu rancorem si ex aliqua causa contra eos seu aliquem ex eis conceperamas, — il confirmait l'organisation municipale précédemment existante, et ratifiait en termes expressifs la clause résolutoire consentie autrefois par son père : Volumus ulique et concedimns, quod si aliquo tempore contingent, nos vel heredes noslros aujjerre eisdem civibus nostris AquensibuSj potestatem habendi comuniam el XX^^ jaratos ac eligendi maiorem singulis annis ad reglmen populi civitatis ipsius vel partem aul totum, iidem cives Aquenses ad slatum quem habuerunt ante tempos quo dominas rex genilor noster eisdem primo contulil maioricun^ in quo habebanl comuniam, XI'* justiciarios et unum capdellum, cum suis antiquis liber tatibus, absque impedimento nostri vel nostrorum, dum eis placuerit, reverlantur (2).
Cet esprit de retour que nous verrons se manifester encore à la veille du XV* siècle et même au xv* siècle après la conquête française, montre à quel point la population restait attachée à ses premières franchises municipales.
Peu de temps auparavant, Edouard P' avait sanctionné le privilège de ressort déjà reconnu par sa mère, qui confirmait la ville de Dax dans son antique et extraordinaire fonction de métropole judiciaire de tout le pays (3). Nous en reparlerons plus longuement au chapitre de l'organisation judiciaire.
Quand le glas des Vêpres Siciliennes donna le signal d'une guerre à mort entre les miaisons d'Anjou et d'Aragon, les bourgeois de Dax ne se doutaient guère que la solution du débat lointain autour duquel s'agitaient les passions Guelfes et Gibelines, réclamerait à un titre quelconque leur concours personnel. Ce résultat inattendu fut l'œuvre d*Édouard h\ Charles d'Anjou, Philippe le Hardi son protecteur, et don Pèdre, leur commun adversaire, étant morts en 1285, au cours de la lutte dont la Sicile était l'enjeu, Edouard conçut la louable pensée de rétablir la paix
entre leurs successeurs. Il y consacra les années 1286, 1287 et 1288, qu'il passa sur le continent. La première condition du traité dont il arrêta les bases à Oloron (») avec Alfonse, héritier de don Pèdre, devait être la mise en liberté du prince de Salerne, fils de Charles d*Anjou, fait prisonnier par Tamiral Roger de Loria, dans un combat naval devant Naples, et interné depuis plus de deux ans à Barcelone. Alfonse y consentit dans une seconde entrevue qui eut lieu à Camfranc, petite ville de la frontière espagnole, mais en exigeant de nombreux otages qui furent pris dans la plus haute noblesse de Gascogne, et parmi les notables bourgeois de Bordeaux, de Bayonne, de Dax, de Lectoure, de Condom, de Bazas^ de Marmande et de La Réole. Le choix du maire, des jurats et du conseil commun de Dax, assemblés dans le cloître de la cathédrale le dimanche avant la fête de saint André 1288, s'arrêta sur Guillaume Raymond du Frances, Jean de la Baste, Bernard de Pouillon et Jean de Cabanes (>). Un de ces bourgeois fut suppléé par un cinquième nommé Bernard Dantes. Edouard donna plus tard en reconnaissance à ce Bernard Dantes et à Raymond du Frances, des terrains avec faculté de construire un moulin sur le ruisseau d'écoulement de la Fontaine-Chaude (3), dite la Nèhe, nom d'origine préceltique que la tradition populaire avait conservé et qu'elle conserve encore aujourd'hui (^).
A la même année 1288 se rapporte un acte digne de remarque par lequel le maire et les jurats de Dax arrêtent, de concert avec les « enquêteurs » d'Edouard 1" deçà Garonne, les termes d'un règlement relatif aux saisies de bétail étranger dans les propriétés appartenant aux habitants de la ville (5).
Les enquêteurs — inquisilores — étaient des fonctionnaires chargés, comme les missi dominici, d'inspecter l'état de la province, de corriger les
(') Marca, Hist. de Béam, p. G6G et suiv. •
(^) Rymer, t. I, pars I, p. 89. — Les Rôles gascons , t. 11, n^s 1673 et 1576, nous apprennent que \ug(^r Robert et Raymond Arnaud de Maysonnave se donnèrent aussi en otages.
(3) Rôles gasconSf t. 11, n" 1 178, 1209, 1578. Il se peut, comme Tafllrme DompnierdeSauviac,quc la charte de dona lion ait autrefois existé à l'Hôtel de Ville de Dax; nous Ty avons, quant à nous, infructueusement recherchée.
(4) Voir c Sur le nom de Nèhe que porte la Fontaine-Chaude de Dax » le mémoire d'Emile Tailtobois, Bull, de la Soe. de Borda, 1887, p. i53, et les savantes observations de M. JuUian dans sa «( Note sur la topographie de Dax gallo-romain ». {Revue des Éludes anciennes, juill.- sept. i9oi,p. ai 1.) « Ce nom, dit M. Jullian, est, j'en suis convaincu, d'origine ancienne et primitive, ibérique ou ligure, comme on voudra; et il faut le rapprocher de noms semblables de sources etdedivinilés que les inscriptions nous font connaître, de dea Nehalennia, par exemple, en Germanie. Ce mot de Nèhe appartient sans doute à la langue que les plus antiques habitants de la Gaule ont parlée; il est un vestige de la première toponymie de notre sol et il a dû désigner partout, près de l'Adour et près du Rhin, la même chose : l'eau bienfaisante et divine, cette eau qui, comme le dit Pline (et la chose n'est nulle part plus vraie qu'à Dax), <c crée des dieux et fonde des villes. »