‹ Le Livre noir et les établissements de Dax IntroductionChapitre 5 sur 22 · XX. V · texte numérisé non relu

XX. V

abus et de faire respecter les droits du prince («). L'accord dont il s'agit, approuvé par Edouard à Bonnegarde, en Chalosse, le 2 décembre 1288, nous montre le fonctionnement en Gascogne d'une institution très anciennement pratiquée en Angleterre, et plus récemment rétablie en France par saint Louis (a).

La prise de possession de la Guyenne par Philippe le Bel ne s'eflTectua pas sans résistance. Le suzerain français chercha vainement à s'attirer l'affection des communes, en confirmant un à un leurs privilèges (3). Les bourgeois de Rayonne chassèrent ses officiers et remirent en place ceux du vassal dépossédé (A). La plupart des villes de la Gascogne maritime tentèrent, avec moins de succès, d'imiter cet exemple. Il s'ensuivit une véritable guerre conduite d'abord par le comte de Valois, propre frère de Philippe, puis par le comte d'Artois, son cousin, qui battit et fit prisonnier le sénéchal anglais aux environs ou plutôt sous les remparts mêmes de Dax, déjà au pouvoir des Français.

Le i5 août 1296^ en effet, le comte, maître delà ville, lui octroyait les franchises commerciales les plus étendues, en Aquitaine et en France, pour indemniser les habitants des dépenses qu'ils avaient supportées et des maux de toutes sortes qu'ils avaient soufferts durant un long siège.

Le diplôme débute par des réflexions curieuses sur les effets salutaires de la munificence des princes : Decet principem esse munifficum et suorum subjeciorum obsequiis, condigne retribulionis merilis, provider e, ut hii proplerea ad serpiendam devotius et ferventius animentar, aliique ad id invitentur exempta; hinc enim exaitatar eias dominium, nomen eius et gtoria sublimatur, dam bene meriti regiis ditantur muneribus, et honorantur munifficentia premiorum (5). Ce pompeux exorde renfermait évidemment une leçon à l'adresse des villes réfractaires, telles que Bayonne et Saint-Sever (6). Mais s'inspirant du même esprit, Edouard P' transportait au maire de Bayonne le ressort des bailliages de Gosse, Seignanx et Labenne, qui avait jusquelà appartenu au maire de Dax (7).

Établi arbitre du différend qui troublait si profondément la Gascogne, en même temps que gardien provisoire des terres en litige, Boniface VIII

(') V. Rôles gascons, U, n" i/i38, iSgô, 1714.

(») Guizot, Hist. de la civilis. en France, t. IV, p. i38.

(3) Voir pour Dax, p. 173, 178, 181, 187, 193, a43, a86, 298, 877.

(4) Balasque, Études histor. sur la viUe de Bayonne, U, p. 534 et suiv.

(6) Saint-Sever avait soutenu un siège de trois mois contre les Français: « Anno namque 139S... obsidionem sustinuit trimestrcm nempe a die sexta aprilis ad a5 julii, nec nisi compositione, famé cogente, fecit deditionem ». {Hist. Mon, S. Severi^ t. I, p. 267.)

(7) Bibl. Nat., Coll. Moreau, vol. 64o, fol. a55. — Balasque, Études histor. sur la ville de Bayonne, l. II. p. 549.

XIAI —

envoya un légat qui prit à la lettre son rôle de séquestre, et s'immisça directement dans les affaires du pays. Philippe s'émut. Il écrivit le 1 1 décembre i3oi aux prélats, aux barons, aux communes, une lettre que le maire de Dax, Barthélémy de Maisonnave, reçut comme les autres et dont il requit la transcription en forme publique sur le registre du notaire de la ville. La lettre expose que Philippe a accueilli avec sa » bienveillance accoutumée » Tévêque d'Apolète, légat du Souverain Pontife, et qu'il a répondu de même au rescrit papal comme çux communications portées verbalement à sa connaissance; qu'aussitôt cette réponse reçue, le légat s'est transporté auprès du roi d'Angleterre, puis est venu en France et a demandé un sauf-conduit pour s'en retourner à Rome par le chemin le plus direct, mais qu'au lieu d'observer le sauf-conduit, il s'est rendu en Gascogne où il a provoqué des assemblées séditieuses, à Bordeaux et ailleurs, falsifiant dans ses discours le sens des lettres papales et excitant le peuple en prêtant au roi des intentions attentatoires aux privilèges de la province. Philippe détruit celte imputation en confirmant d'une manière générale les dits privilèges et en déniant, en ce qui les concerne, avoir jamais résigné son autorité entre les mains du pape par un compromis quelconque. Il annonce enfin l'arrivée dans le pays de deux commissaires, Jourdain de l'Isle et Sicard de Baure, munis de ses lettres de créance («).

Dans la formule qui clôture l'acte de transcription de l'instrument royal par Pierre de Saint-Siméon, notaire, à la date du 5 janvier i3oi, Philipe IV est qualifié « roi de France tenant le duché d'Aquitaine » (») ; qualification correcte, a^orétnent, mais curieuse par ce détail piquant, que Philippe avait voulu autrefois l'imposer à Edouard (3).

Frère cadet de ce puissant comte de l'Isle, seigneur de Casaubon, apparenté au pape Jean XXII et célèbre brigand féodal, gracié d'abord, puis repris pour nouveaux crimes, condamné à mort, attaché à la queue des chevaux et pendu à Montfaucon le 21 mai i323, Bertrand Jourdain de l'Isle sut mériter par un plus noble titre la reconnaissance des Dacquois. Sénéchal de Gascogne pour le roi de France le 4 février i3oi, il fit de Dax le centre commercial le plus considérable de la région en décrétant que

(') « Actum Aquis quinta die introUus Januarii, anno Doinini m" ccg* primo. Régnante Ptiilipo rcge Francie, tenante ducatum Aquitanie, Arnaldo cpiscopo Aquensc, Bartholomeo de Domo nova maiore Aquense. »

(3) Lettre de Jean de Grcilli à Edouard !*% du jeudi avant la fôte de Saint-Pierre laSa : « E a la Un, après grant conselh, e grant débat eu sur ce, l'abé Scint Denis, o aucun autre me respondirent que il éloit acordé que la date des chartes fust tclc : Artam fuit itegnante Philippo liège Franeiae, Edwardo Rege Àngliae^ tmen le Ducatum Aquitaniae. » (llymer, t. 1, pars IV, p. 85.)

Page 1