‹ Le Livre noir et les établissements de Dax IntroductionChapitre 7 sur 22 · XL · texte numérisé non relu

XL

avant tout de conserver les bonnes grâces de son « très cher seinhor et oncle ». « Et fêtes bien savoir à tous, écrivait-il, que ceux qui payne metront k la diite bone pays (paix) et obéissance mantenir et garder nous gardonerons (récompenserons) en temps convenable, et ceux qui lo contrari feront nous punirons à noslre poir (pouvoir). »

Les envoyés se présentèrent avec ces instructions devant Dax qui dut leur fermer ses portes, car une sorte de formple exécutoire rédigée par eux en gascon à la suite du texte français, et contenant la demande d'une réponse écrite, mentionne que la signification de la lettre eut lieu devant le pont le 8 juillet. Dade dauant lo pont... lo w//*" iorn de iulh. La lettre elle-même avait été délivrée à Paris, un mois auparavant, le 5 juin i325(>).

En i326 Edouard reprochait à son fils les agissements funestes auxquels il se laissait entraîner (a); il écrivait presqu'en même temps au maire cl aux cent pairs de Bayonne : « Naguère à cause de la grande confiance que nous inspire votre constante fidélité, nous vous avons signifié comment le roi de France retenait malgré nous dans son royaume notre épouse et Edouard notre premier né, que nous avons laissés aller vers lui avec un entier abandon, pour des raisons de paix et d'amitié. 11 les garde encore en son pouvoir ainsi que la plus grande partie de notre terre de Gascogne, contre Dieu, la justice et la bonne foi (^). »

Edouard terminait en conviant les Bayonnais à s'armer pour sa défense, mais un an s'était à peine écoulé, que le malheureux prince mourait assassiné par ses gardiens dans le cachot où l'avait plongé une épouse doublement infidèle à l'honneur de son foyer et aux intérêts de son pays (4).

On reconnaît Tinfluence des légistes aux actes et formalités de procédure qui précédaient d'ordinaire la saisie réelle du domaine inféodé. Un incident analogue à celui de Dax s'était passé à Saint-Macaire (arr. de La Réole) du temps de Philippe le Bel. Des commissaires du roi do France se présentèrent devant le chàtoaiu pour signifier la prise do possession de la Guyenne à John de Saint-John, lieutenant du roi d'Angleterre. Us trouvèrent la porte fermée et on ne leur répondit d'abord qu'à travers le guichet Admis après de longs pourparlers, devant John de Saint-John, celui-ci refusa de reconnattre leurs pouvoirs, et comme l'abbé de Grandselve, principal commissaire du roi de France, allait laisser au représentant du roi d'Angleterre une copie des lettres dont il était porteur, messire Pierre, secrétaire de John de Saint-John, répondit qu'il n'avait cure de recevoir cette copie et que telle était sa réponse définitive, « quod non curabat habere copiam et jam responderat. » (V. Bail. orch. et histor. de la Soc. cuxh, de Tarn-el-Garonne^ t. XI, p. ai 5.)

(^) Ad Filium de Inobedientia saa, et adhaerentia inimicis BegU, (Rymer, t. Il, pars II, p. iSg.)

(3) Ibid., p. 166.

(^) D'après une lettre plus que suspecte attribuée à Manuel de Fieeque, notaire du *pape et confesseur d'Edouard II, ce prince revêtit les habits de son geôlier après lui avoir donné la mort et parvint à s'évader sous ce déguisement. Les chevaliers venus pour le tuer, appréhendant la colère de la reine, mirent en bière le corps du geôlier qu'ils présentèrent comme lo cadavre du roi et qui fiit enseveli sans pompe à Glouoester. Quant au roi fugitif, après plusieurs années de vie errante en

Le fils d'Edouard de Carnarvon et d'Isabelle n'attendit pas sa majorilo pour racheter des erreurs imputables surtout à son extrême jeunesse et à son déplorable entourage. Une foule d'actes à Bordeaux, à Bayonne, à Dax, témoignent de sa vigilante administration en Aquitaine (i). Toutefois, à partir du jour où, non content d'être duc de ce pays, Edouard III, en qualité de petit-fils, par sa mère, de Philippe IV, prétendit à la couronne de France et en usurpa le blason,. il perdit la sympathie qui pouvait s'attacher k la cause des Plantagenets, tant qu'elle restait identifiée à celle des nationalités du continent dont ils étaient les suzerains héréditaires, et pour parler comme Froîssart, les « naturels seigneurs ».

La guerre de Cent ans ne prit pas les Dacquois au dépourvu. Un élément nouveau entrait alors dans l'organisation militaire des communes. Des petits contingents de troupe soldée, nécessités par l'extension du théâtre des hostilités et le perfectionnement de l'art de combattre, commençaient à se juxtaposer aux milices bourgeoises, totyours astreintes u l'intérieur au service du guet et de la garde, à l'extérieur au service de l'ost, mais dans des conditions de temps et de limites territoriales prévues par les chartes ; pour Dax, par exemple, une fois l'an seulement entre Ports et Garonne — semel in anno infra portas et Garoncun {^).

D'après un mandat de paiement de la trésorerie de Bordeaux, la garnison de Dax, commandée en i337 ^^ '^^^ P^^ Bernard de Béarn, dit FAspois — lAspes, — capitaine de la cité, se composait de vingt cavaliers et de quarante sergents de pied, dont la solde s'éleva pour 178 jours de ser-

Irlande et en Angleterre, il aurait tini ses jours en Italie dans Termitage de Cécina, diocèse de Pavie, adonné à la pénitence et à la prière. (Lettre de Manuel de Fiesquc, publiée par M. Germain, Mém. de la Soc. archéol. de Montpellier, t. VII, p. 109.) Ce récit, contredit par les Rôles du parlement a nglai» que cite Thistorien Lingard, parait se rattacher à Tintrigue abominable dont parle le môme historien, intriguepar laquelle, à Taidc de fausses lettres do la cour papale, les amis de Mortimer, l'amanl de la reine, persuadèrent au comte de Kent que son frère vivait encore et lui suggérèrent des projets de restauration, qui, bien que basés sur un fait imaginaire, eurent le résultat odieusement prémédité de le faire condamner à mort comme conspirateur. (V. Lingard, HUt. d'Angl., édit. cit., t. U, p. i36 et 147.)

(*) V. Brissaud, les Anglais en Guyenne, p. 119 et s. — Balasque, Et. hist. sur liayonne. — La règle si naturelle qui oblige la partie qui succombe en justice i supporter les dépens, n'avait pas encore pénétré dans la procédure dacquoise; elle y fut introduite dans les premières années du règne d*Êdouard III, par ordonnance du sénéchal Olivier d*lngham, rendue, il est vrai, à la requête du maire et de» jurais. (P. 233.)

vice chaque année, du 2/1 février au 20 août, ensemble à la somme de trois lOille huit cent cinquante six livres treize sous quatre deniers bordelais, suivant compte arrêté entre Antoine Usmer, lieutenant du connétable, et Jean Destouet, clerc de la cour municipale (i). Le 26 juin i342, ordre d'Edouard de payer, après compte fait, les sommes dues à la commune pour les hommes employés pendant la guerre de Gascogne — in presenli guerra Vascoiiie — tant à la défense de la cité qu'en divers autres lieux du duché d'Aquitaine (3). Tous ces hommes, soldés il est vrai par le roi, étaient fournis par la ville qui n'avait pas laissé elle-même de mettre à grands frais ses fortifications en état de défense. Le maire, les jurats et la communauté demandèrent au roi de les indemniser en les affranchissant du péage appelé la « Grande coutume de Bordeaux », consistant en une taxe perçue sur l'entrée des vins dans cette ville (3). Le roi ordonna une enquête et fit droit à leur réclamation moyennant qu'ils justifiassent des titres qui leur conféraient anciennement ce privilège (^). Il est probable que l'exemption générale de coutume, qui leur avait été accordée en 1 177 par Richard Cœur de Lion, et qu'avaient confirmée après lui, Jean Sans Terre et Henri III, dut leur valoir gain* de cause.

Cependant, en i352, les guerres permanentes et surtout la peste des fatales années i348 et i349 qui épouvanta le monde (^), avaient creusé de tels vides au sein de la population qu'elle n'était plus en état de suffire au service de la place. Une décision royale y pourvut en assujettissant à la garde de la cité les habitants des parties suburbaines de Saint-Vincent et de Saint-Paul. Par la même décision, Edouard fit abandon de sa juridiction sur ces paroisses, pour la transporter à la cour du maire, sauf réserve au prévôt de l'exécution des sentences contre les criminels (6). En relevant par ces multiples avantages, le courage et les forces épuisées de la commune, le roi anglais se ménageait sa fidélité qui lui était très nécessaire dans la grande lutte contre la France.

Un fait, antérieur de quelques années, prouve, au reste, que son administration s'attachait à respecter les prérogatives chères aux bourgeois, dont le patriotisme ne dépassait guère l'étroit horizon de la cité. Le droit exclusif de justice sur leurs concitoyens constituait un attribut

(3) P. ao4.

(5) u L*an McccxLViii fo la grant mort per tôt lo mon. » (Arch. mun. do Bordeaux, Chronique de Guyenne. Lmre des Coutumes, p. 687.)

Jeanne d'Angleterre, la propre fille d*Édouard IH, tomba frappée par le terrible fléau, comme elle traversait la Guyenne pour aller épouser en Espagne le roi de Castille, Alfonse XI. («) P. 386.

essentiel de rautonomie communale, et celui aussi dont ils se montraient le plus jaloux. Or, il était arrivé, en 1344, qu'un bourgeois nommé Menaud de Talanse avait été arrêté à Bordeaux pour homicide commis sur la personne d'un certain Arnaud Guilhem de Sauveterre et pour vol de numéraire à la maison de la monnaie de Dax — et elkan de captione monete seu billonis capli per ipsum^ ut dicebatury de caméra seu domo dicti domini noslri régis et dacis ubi moneta regia Aqais cudebaiur. Sur la protestation des jurats, sans doute, le sénéchal Nicolas de la Bêche leur délivra une lettre de non-préjudice par laquelle il déclarait que l'arrestation abusive de Menaud de Talanse et le procès qui s'en était suivi ne tireraient pas à conséquence, et ne porteraient aucune atteinte dans l'avenir à leurs privilèges, fors, coutumes et libertés (i). Nous aurons à revenir sur cette lettre quand nous traiterons de la compétence de la cour municipale, mais recueillons-y sur-le-champ le témoignage authentique de l'existence de l'atelier monétaire de Dax qu'aucun document d'origine locale n'avait encore révélée (a), bien qu'on connût trois exemplaires de pièces émanées de sa fabrication vers le milieu du règne d'Edouard III. Elles portent à l'avers cette simple exergue : dux AQiTANiE. L'omission de la qualité royale montre que le titre de duc d'Aquitaine impliquait seul la suzeraineté, tandis qu'au revers la personnalité communale s'affirme dans la légende : aq[ue]nsib civitas. Aussi le titre de civis Aquensis, dont nos vieux bourgeois s'honoraient pendant leur vie était souvent le seul qui décorât leur tombe (3).

Une ville qui, sous le protectorat accepté d'une dynastie héréditaire, jouissait de tous les attributs d'un état libre, devait naturellement redouter l'invasion du système unitaire de la France. Par ce qui se passe en Provence, en Languedoc et ailleurs, Dax pressent que le maintien de ses institutions dépend de la continuité de son union séculaire h la monarchie anglaise. Henri III l'a déjà consacrée en i252 par une promesse formelle; Edouard III, quatre-vingt-dix ans après son trisaïeul, prend à son tour l'engagement de ne jamais aliéner ses droits sur la cité il d'autres qu'au futur héritier de la couronne d'Angleterre, et de considérer toi:gours la dite cité comme Chambre royale, c'est-à-dire comme ne pouvant relever que de lui ou de ses successeurs (^). Malgré cela, en i35o,

(^) Voir comment s'en exprimait le regretté Emile Taillobois, dans son intéressante « Note sur le monnayage de Dax » (BuU. de la Soc. de Borda, 1879, p. 65). Voir aussi sur le même sujet une note do M. de Gourgue, dans le Recueil des Actes de l'Académie de Bordeaux, onzième année, p. 3aa.

(3) La pierre tumulaire d'un bourgeois dont le nom figure duns plusieurs chartes du xiii* siècle, a été récemment découverte dans les dépendances de la cathédrale; elle porte pour toute épitaphe :

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