ÉTUDES SUR LES LIVRES A CLEF
ce récit satirique des aventures de la cour de Louis XIV contient principalement celles d'un comte de Monrevel, du chevalier de Lorraine et de la princesse de Monaco. — A-t-il une clef?
Théâtre d'histoires, où, avec les grandes prouesses et adventures étranges du noble et vertueux chevalier Polimantes, prince d'Arfine, se représentent au vray plusieurs occurrences fort rares et merveilleuses, tant de paix que de guerre, arriuées de son tems, es plus célèbres et renommés païs et roïaumes du monde. Bruxelles, Rutger Velpins, 16 10 (il y a aussi des exemplaires portant la date de 161 3), — in-4», de viii-588 pages et 2 feuillets, ouvrage divisé en 17 chapitres; en tête de chacun est une vignette en tailledouce qui occupe la moitié de la page.
Ce livre, composé par Philippe de Belleville, écrivain très peu connu et dont ne parle pas la Biographie universelle^ a fait l'objet d'une intéressante notice, insérée dans le Bulletin du bibliophile (année 1840, p. 268]. — « Les critiques, dit le rédacteur, ont presque tous passé ce roman sous silence, afin sans doute de se dispenser de le lire. En effet, ce n'est pas chose amusante.: Polimantes, fils d'Olinthe, roi de Clarce, arrache des mains d'une bande de pirates la princesse Galarande ; il court le monde ; il devient amoureux de la princesse Florisenne, nièce de la reine de Méoce, assiste à une foule de tournois et de fêtes, reçoit une blessure grave dans un combat naval, et finit, en épousant Florisenne, par monter sur le trône, tandis que Galarande, forcée, bien malgré elle, d'entrer dans un couvent, en est délivrée par le chevalier Esclarides. »
Le fond de ce lourd roman est une allusion continuelle aux événements politiques de la seconde moitié du xvi« siècle. Voici la clef (bien incomplète toutefois, si certains personnages ne sont imaginaires) que nous donne, d'après les notes mises par une main contemporaine sur les marges de son exemplaire, le rédacteur du Bulletin :
César Carlipente, — Charles-Quint;
Régimond son fils, — Philippe II ;
Leduc de Mornice, — le connétable de Montmorency;
Le duc d'Aurore^ — le duc d'Albe;
Le roi Arcigerion, — Henri II;
Paludine^ — Bruxelles ;
Le pays de Cisrhene, -— les Pays-Bas ;
La Pleumosie^ — la Flandre ;
Le combat de Veromande, — la bataille de Saint-Quentin.
Ajoutons que ce livre peu réjouissant n'est pas commun ; un exemplaire, relié en maroquin ancien, mais un peu taché, s'est vendu 40 francs, il y a une quarantaine d'années; un autre exemplaire a atteint le prix de 53 francs à la vente Bergeret.
(A suivre.) Fernand Drujon.
RENSEIGNEMENTS ET MISCELLANEES
LIVRES AUX ENCHÈRES. — La vente la plus importante du mois de novembre a été, sans contredit, cetle de M. Paulin Paris. Elle a eu lieu à la salle Sylvestre du 7 au 16 novembre.
Le catalogue, rédigé par M. Léon Techener, que des liens d'amitié unissaient à M. P. Paris, l'un des rédacteurs les plus assidus du Bulletin du bibliophile, ne comprenait pas moins de 3,344 numéros.
En tête de ce catalogue se trouve une intéressante notice de M. Gaston Paris dont nous extrayons les passages suivants :
La biblîothéqile de mon père, dont le présent catalogue fai[ connaître la plus grande partie, était la plus complète image de sa longue vie de travailleur.
Dés iSiï, quand il vint à Paris pour étudier le droit il acheta des livres
dont la plupart sont restés jusqu'au bout sur ses rayons, portant l'inscription bien justifiée ; P. Paris et amicorum, avec la date de leur acquisition. Ces premiers volumes se rapportent pour la plupart k l'histoire et à la littérature
de l'ancienne France... L'étudiant de la Restauration consacrait ses minces ressources à achetsr des livres peu communs; des dou^uitu souvent, oii il espérait trouver quelque renseignement nouveau. . . Le xvi' siècle «t le nvi:* l'intéressaient particulièrement. . . Après udb excursion passionnée, mais passagère dans le domaine de la littérature anglaise, un de ces heureux hasards qui décident des vocations le mit, à la Bibliothèque royale, en contact avec lei manuscrits qui ont conservé le dépôt de la littérature française du moyen ftge. Il fut un des premiers à les lire.. . Dès lors, sans renoncer à ses redierches antérieures, il donna à l'étude du moyen âge la plus grande partie de son application, et il commença à réunir tons les livres qui s'y rapportaient. Il a formé ainsi une collection presque complète, au moins en ce qui tonche la littérature et tm des meilleurs instruments de travail qu'un sarant ait possédés. Dans ces trois directions, moyen âge français, histoire de France des xvi* et xvii* siècles, littérature française depuis la Renaissance, il a constamment accru ses richesses. Il y a joint un assez grand nombre de livres relatifs aux littératures étrangères, notamment à celle de l'Italie, et une collection de romans et de contes du xvi' au
xviii» siècle, qui formait la partie légère de sa bibliothèque... Tel fut le fonds de sa bibliothèque. Il faut y joindre quelques grands ouvrages de science, acquis dans les derniers temps, les publications de l'Institut auquel il appartint pendant quarante-quatre années et les nombreux livres qui lui furent offerts en don. , . (De ces livres). J'en ai réservé pour moi une partie, non la moins intéressante, et je dois le signaler, pour qu'on ne s'étonne pas des lacunes qu'offre ce catalogue. J'ai gardé d'abord, à très peu de chose près, tout ce qui concerne le moyen âge et l'histoire de la langue française, objets de mes travaux les plus habituels ; j'ai réservé en outre la plupart des recueils de contes et nouvelles qui ont aussi pour mes études un intérêt particulier. . . »
Voici, avec le titre des volumes, l'indication des prix atteints dans cette vente: Recherches sur Je culte^ les symboles, les attributs et les monuments de Vénus en Orient et en Occident, in-4, 1848 : 3i fr. ; — La grande pronostication nouvelle avec portenteuse prédiction pour Van MDLVII^ Paris, Kerver, jS5j: i35 fr. ; — une collection de i3 Almanachs remontant aux années iSSy, i56o, i56i, i562, 1567, 1570, 1578, 1587, i588, 161 1, 1612 : 35o fr. ; — les Monuments de la géographie ou recueil d'anciennes cartes européennes et orientales, par Jomard, in-folio : i85 fr.;— le Temple de Jérusalem par Melchior de VogUé, Paris, 1 864 : 45 fr. ; — Voyage d'Espagne fait en l'année 1 655, dédié à S, A. R. Mademoiselle, Paris, i655, in-4*: 3ofr.; — Évangéliaire slave, Paris, Dîdron-Techener, i852, in-folio : 5o fr. ; — les Églises de la Terre-Sainte par M. de Vogtié, Paris, Dîdron, 1860, în-4, planches : 60 fr.; — Essai sur Vhistoire des Arabes, par Caussin de Perceval, 3 vol. in-8, Paris, Didot, 1847 ; i3i fr. ; — Histoire des comtes de Foix, Béarn et Navarre, par Olhagaray, Paris, 1628, in-4 -51 fr. ; — Histoire du Languedoc, Béziers, 1648 : 5o fr. ; — VÉtat et le nobiliaire de la Provence par l'abbé R. D. B, 3 vol. in- 12, Paris, 1696 : 5i fr. ;
— Souvenirs du vieux Paris^ Paris, i833, in-folio, 3i pi. : 5o fr.; — Recueil de 1 3 pièces sur les mœurs parisiennes, 80 fr. ; — Statistique monumentale de Paris, 100 fr. ; — Ma^arinades, collection de plus de 900 pièces en 1 1 vol, in-4 • 241 fr. ; — Mémoires secrets pour servir à Vhistoire de la république des lettres en France^ 18 vol. in-12 : 66 fr. ; — Numismatique dt^ moyen âge par J. Lelewell, Paris, i835 : 3o fr.; — Œuvres complètes du roi René par de Quatre-Barbes, Angers, i835, 4 vol. : 40 fr. ; — les Anciennes tapisseries historiées par Ach. Jubinal : 70 fr.;— Daphnis et Chloé, Paris, Didot, i863, édition de M. Ch. Giraud : 22 fr.;— les Épopées françaises^ par Léon Gautier, Paris, Palmé, ï865* 18G8, 3 vol. in-8, exemplaires sur Hollande: 3ofr.; — Société des anciens textes français, 10 vol. în-8 : 53 fr.'^ — le Cabinet satyrique, imprimé au Montparnasse, 1697, 2 vol. in-12, reliure de Derôme, 89 fr. ; — Contes et nouvelles en vers pM Im Fontaine, Paris, Didot, 1795, figures avant la lettre, papier vélin : 120 fr.;
— Recueil de comédies et de quelques chansons gaillardes, imprimé pour le monde, 1775, in-12 : 3o fr.; — les Romans de la Table ronde^ Paris, Techener, 5 vol. in-12, papier de Hollande : 40 fr.; Notices et extraits des manuscrits de la bibliothèque du roi et autres bibliothèques^ publiés par V Institut de France, Paris, împ. royale et nationale, 1838-79, 23 vol. in-4 : 99 fr.; Journal des savants, 1819-1880 : 345 fr.
La bibliothèque de M. Paulin Paris contenait un grand nombre de recueils factices dont la plupart renfermaient des pièces curieuses; nous n'avons pas noté
j3 LE LIVRE
les prix atteints par ces recueils dont quelques-uns étaient composés de plus de 20 documents; citer toutes les pièces d'un seul volume nous eût été impossible, et en n'insérant ici, avec le prix payé pour le volume entier, que les pièces principales qui s'y trouvaient reliées, nos lecteurs n'auraient pu se rendre compte si l'ouvrage avait été adjugé à sa véritable valeur.
— Le duc de Marlborough vend en ce moment, à Londres, la première partie de sa magnifique bibliothèque du château de Bleinheim, dans le comté d'Oxford. Cette bibliothèque célèbre, généralement connue sous le nom de bibliothèque Sunderland, parce qu'elle a été formée par Charles Spencer, comte de Sunderland, mort en 1722, occupe une immense salle construite tout exprès dans l'aile gauche du vaste palais que le parlement offrit en témoignage de la reconnaissance publique à John Churchill après sa victoire sur les troupes franco-bava« roises, près de Blcnheim, en Bavière. Elle renferme des ouvrages de la plus grande valeur et est une des plus considérables qui existent.
Pendant les premières adjudications qui viennent de durer dix jours, plusieurs milliers de volumes ont été vendus et ont réalisé des prix fabuleux, entre autres les suivants : le Roman du roi Artus et des compagnons de la Table ronde, manuscrit sur vélin, 12,750 fr.; le Décaméron^ de Boccace, portant la date de 1471, première édition avec date, 14,625 fr. ; De la Ruine des nobles hommes et femmes, i3,ooo fr.; une copie d'Augustin, De Civitate Dei, 1475, imprimé sur vélin et enluminé, 25,ooo fr.; une Bible latine en deux volumes, la première Bible imprimée avec date et enluminée, 40,000 fr.
Le British Muséum a fait l'acquisition d'un certain nombre des raretés que vient de disperser le marteau du commissaire-priseur. Le Times cite des éditions d'Ésope : r Estât de r Église et de la colonie françoise dans la Nouvelle- France, par Jean, évêque de Québec, 1688; des Giordano Bruno; l'édition milanaise de 1478 des Commentaires de César.
La vente de la première partie de la bibliothèque Sunderland a produit 484,425 francs.
La seconde partie doit être vendue au mois d'avril.
— La célèbre bibliothèque de Sunderland vient d'être vendue à Londres. Un exemplaire sur vélin de V Amoureux transi sans espoir, de Jehan Bouchet, imprimé en i5o3 par Antoine Vérard, de Paris, y a été adjugé pour la somme de 16,000 francs.
Cet exemplaire, relié en vieux maroquin rouge, est très bien conservé. Il est imprimé en caractères gothiques sur 90 pages de texte, encadrées par des marges dorées. Il y a vingt miniatures. C'est un Anglais qui est l'acquéreur de cette rareté bibliographique.
Un amateur parisien en avait offert i5,ooo francs.
Nota. — Une indisposition de notre collaborateur Joannis Guigard vient interrompre — pour peu de temps, nous l'espérons — la suite de ses remarquables études sur la Reliure illustrée, —Nous reprendrons cette publication aussitôt que M. Guigard sera à même de la continuer.
dans un écrin de velours rouge, est le petit volume dont nous donnons un fac-similé. Ce manuscrit (n" i36 du catalogue Le Ber) est accompagné, dans son étui, de la notice suivante, inscrite par son possesseur lui-même sous ce titre : Article de mon catalogue.
1 Heures {mss. du xiv» siècle) exécutées en lettres d'or et d'argent sur papier de coton noir, et présumées avoir appartenu au roi de France Charles V. Petit in-8« carré, reliure du temps en cuir jadis rouge, où l'on aperçoit encore des traces de fleurs de lis; fermoir de vermeil orné d'une petite Notre-Dame en relief; étui en forme de livre, à double fond, couven de maroquin bleu, doublé de velours cramoisi.
<t Cette indication nous est fournie, continue M. Le Ber, quant à la substance et à Torigine du manuscrit, par une notice sur peau de vélin, dont l'auteur est M. Monteil.
Voici cette notice, intitulée Mémoire sur les Heures qt^ on présume avoir été à tusage du roi Charles V.
a Ce tout petit manuscrit doit, si l'on peut s'exprimer ainsi, sa longévité k l'épais fermoir en vermeil qui a retenu ses feuillets de la matière la plus délicate et la plus fragile.
11 est écrit sur papier-coton, et l'écrivain a fait avec beaucoup de goût couler de sa plume, sur un fond noir, l'argent pour le courant de l'écriture et l'or pour les lettres initiales.
u La lettre initiale du premier psaume — .Domine, labia — offre, dans l'intérieur de son pourtour, l'écusson des trois fleurs de lis.
« La couverture est de maroquin fleurdelisé, qui était rouge il y a . environ cinq cents ans.
Le mot parve sans ce, comme on l'orthographiait au moyen âge, écrit au haut du dos sur une plaque de restauration, couvrait la déchirure du nerf, et le mot ^rec^s, écrit au bas du dos sur une autre plaque de