LES BIBLIOTHÈQUES DR FRANCE
restauration , sont les seuls changements qu^ait éprouvés ce manuscrit, à la dernière feuille duquel celui à qui il a appartenu, vers la fin du XV* siècle, a collé une image de saint Antoine, dont la gravure en or avoisine les premiers essais après Tinvention de Tart.
« Mais qu'est-ce donc qui fait présumer que ces Heures ont été à Pusage du roi Charles V ?
« Il faut remarquer d'abord qu'elles sont écrites en lettres d'argent et en lettres d'or, genre d'écriture dans tous les temps très rare, très dispendieux, et employé ordinairement pour les livres des rois, comme le rapporte V Histoire de la paléographie, et comme le Cathalogue (sic) des livres du roi Charles V, nouvellement publié dans la Bibliothèque protypograpbique ou librairie des fils du roi Jean^, le prouve, car il n'y en a qu'un seul écrit en lettres d'or sur parchemin noir.
(c Mais passons à des marques plus certaines.
« La couverture, formée de deux petits ais recouverts de cuir rouge ou vermeil, ainsi qu'on nommait alors* le maroquin, est incontestablemement du xiv« siècle; or on ne peut douter qu'alors une couverture fleurdelisée devait nécessairement être maniée par des mains royales ou du sang royal ; lorsque la duchesse d'Orléans veut faire présent au roi de la Perfeqon saint Jehan VEvangelisse, elle en fait fîeurdeliser la couverture. (Voyez le Cathalogue des livres de Charles V, déjà cité.)
« J'ai un assez grand nombre de livres d'église écrits au xiv* ou au XV* siècle, armoriés; la bibliothèque du roi en a un immense nombre; le Cathalogue des livres de Charles V et de ses frères, le duc de Berri et le duc de Bourgogne, en mentionnent un assez grand nombre.
a Or, dans ces siècles, l'apposition des armes était le signe ordinaire de la propriété; il équivalait à l'apposition du sceau, qui équivalait à l'apposition de la signature; il n'y a pas à cet égard à élever le moindre doute, et l'initiale du psaume Domine, labia de ces Heures, renfermant l'écusson des trois fleurs de lis, certifie qu'elles ont appartenu à quelqu'un qui avait le droit d'y apposer ces armes.
« Examinons qui pouvait avoir ce droit.
<c Tous les princes du sang l'avaient; mais quels étaient alors les princes du sang?
« C'étaient les Bourbons, qui ne pouvaient porter les armes pleines; or les armes de ces Heures sont pleines.
a C'étaient les Valois, la branche aînée régnante; mais les manuscrits de l'Armoriai de la maison royale du xiv* siècle donnent aux princes aînés des armes fleurdelisées mi-partie d'autres pièces ; il n'y a pas
I. Charles, Jtan de Berri, Philippe de Bourgogne et les siens. — In-*", Paris, i8ao. — Cet ooTrage, publié par M. J. Barrois, ancien député du Nord, n'a été tiré, dit Brunet, qu'à aoo exemplaires, et nous a conservé les titres et !a description abrégée de 3,311 manuscrits anciens {Man, du Biblioph.y 9, p. I).
d'exception; aussi, quand on considère que les armes de ces Heures sont pleines, surtout qu'elles sont surmontées d'une couronne dont les fleurons sont identiques avec ceux des couronnes que, sur les monnaies déposées au Cabinet des médailles, portent les rois de France de ce temps, on ne peut hésiter à affirmer que ces Heures aient appartenu à un roi de France.
« Il ne reste plus qu'à découvrir à quel roi.
a Je ne pense pas qu'il y ait de bon juge, en fait d'âge d'écriture, qui puisse faire remonter celle de ces Heures à une date plus ancienne que le règne du roi Jean ou plus moderne que celui de Charles VI. Elles ne peuvent donc avoir appartenu qu'à Jean*, ou à son fils Charles V*, ou à son petit-fils Charles VI '.
a Le roi Jean, fort brave, fort bon gendarme C^tcJ, n'était pas fort lettré. Dans le Cathalogue des livres du duc de Berri sont mentionnées des Heures où il avait appris à lire; ces Heures, comme toutes les autres, étaient en belles lettres oblongues ou lettres At fourme (sic), au lieu que les lettres des Heures qui font l'objet de ce mémoire sont des lettres de court ou d'une jolie petite cursive seulement à l'usage des gens savants, et peut-être que l'écrivain de Charles V, qui vraissemblallement (sic) a écrit ses Heures pour lui, puisque l'écusson de France n'est pas sur la marge, mais fait partie d'une lettre initiale, a voulu, par ce genre d'écriture, faire sa cour au roi, qui passait pour un grand clerc du temps et qui Vêtait. Le roi Charles VI n'était pas un grand clerc du temps ni ne passait pour tel; ces Heures ne peuvent avoir été à son usage.
« Elles ne peuvent pas davantage avoir été à l'usage des reines.
a On m'objectera que ces Heures sont sans bordures, sans ornements, surtout sans miniatures.
« C'est pour cela même qu'elles ne doivent pas avoir appartenu au roi Jean, surtout à son petit-fils Charles VI, pour qui les images étaient un si grand plaisir, pour qui il a fallu inventer le jeu des images ou des cartes.
« C'est pour cela qu'elles doivent avoir appartenu à Charles V, dont l'austérité de mœurs, attestée par Christine de Pisan, n'aurait pas voulu des miniatures des Heures, presque toujours nues et indécentes ; il lui a suffi de l'image de la sainte Vierge et de l'Enfant Jésus sculptée sur le fermoir.
« Combien de monuments qui n'ont pas en leur faveur autant' de probabilités, autant de preuves, qui sont, même dans les expositions publiques, reconnus, honorés comme authentiques. Pour moi, je ne