ETUDES SUR LES LIVRES A CLEF S
Il serait possible que l'auteur se fût mis en scène sous le nom de poète Alcé D. Z>.; ces deuiL initiales représentèrent alors le nom du sieur de DeimierSj auteur de « la Liberté royale de Marseille», ouvrage publié à Paris, en i6i3, avec les mêmes initiales. (Catalogue de Soleinne, n9* 3729 et SySi.)
Virgile en France ou la Nouvelle Enéide, poème héroï-comique en style franco-gothique, orné d'une figure à chaque chant ; pour servir d'esquisse à l'histoire de nos jours, par Le Plat du Temple, — Bruxelles. Weissenbruch, 1807. — 2 vol. in-8® (réimprimé à Bréda, en 18 10).
L'auteur de ce pamphlet, Victor-Alexandre-Christian Le Plat du Temple, est peu connu; on ne trouve à son sujet, dans la « France littéraire, » qu'une très succincte notice, fournissant les titres des deux autres ouvrages qu'il a publiés ; aussi ne saurions-nous que bien peu de chose sur son compte, sans un intéressant article publié dans le « Bulletin du Bibliophile » (année 1860, p. 1067), sous la signature A, de L. (sans doute La Fizelière).
« Ces deux volumes, dît le rédacteur de l'article, les seuls qui aient paru, contiennent les six premiers chants de l'Enéide de Virgile, et les six premiers chants de la Nouvelle Enéide, Les poursuites dont cet ouvrage fut l'objet dès son apparition empêchèrent l'auteur de le continuer. L'édition presque entière fut saisie et détruite à Bruxelles même, sur Tordre de la police française ; cela explique l'extrême rareté de l'ouvrage dont quelques exemplaires à peine ont échappé à l'incendie. Des eaux-fortes de P. Leroy, non moins curieuses que le texte, accompagnent chaque chant et ajoutent encore, par un attrait analogue h celui des rébus^ au caractère énigmatique de cet ouvrage bizarre. L'auteur avait d'abord écrit son livre en langue flamande; mais, enthousiasmé, dit-il, par la solennité du sujet, il l'a traduit en français, ou, pour parler plus exactement, en un langage grotesque qui n'a d'égal que le style du Tremblement de terre de Lisbonne,
«... Il suit pas à pas les vers de V Enéide et remplace partout, en conservant la forme et les images de Virgile, ÉnéepaT Napoléon; Trofe, parla France, etc. Il trouve à chaque vers du poète latin des allusions aux événements qui se sont passés en France ; mais comme ces allusions, si transparentes qu'elles puissent être, risqueraient de ne point être saisies partout le monde, l'auteur a bourré ses vers de renvois à des notes explicatives qui forment bien le plus étonnant répertoire d'érudition qui ait jamais été composé.
« ... Il serait difficile de réunir avec plus de prodigalité que Ta fait l'auteur de la Nouvelle Enéide plus d'éléments disparates et moins en rapport avec le sujet principal qui 'est une satire contre la Révolution française et contre Tempereur Napoléon. — Le Plat ou Leplaet du Temple a échappé aux recherches des biographes, et c'est un tort, car ce poète hétéroclite fournirait sans aucun doute un chapitre curieux à l'histoire des fous sérieux. »
Voyages et Aventures d'Almanarre, publiés par J.-G. Prat. — Paris; Marpon et Flammarion, 1880; in- 12 de vii-364 pages.
Quelques mots seulement sur ce volume humoristique, qui date au plus de quelques semaines et qui sert à démontrer que le goût des livres à clef n'est pas IV, 8
pris de se perdre, mSme de nos jours. Ledit ouvrage d'ailleurs n'est pas destiné à préparer de grandes tortures aux Quérard et aux Brunet de l'avenir; sa clef est des plus simples et presque enciérement anagrammatique, exemple : p. 179, on passe en revue les adhérents contemporains de l'école éclectique; or il n'est pas besoin de la sagacité proverbiale d'Œdipe pour découvrir que le galant (!) Anckfr, de l'Institut, c'est M, Franck ; le circonspect Netja, c'est M. P. Janet ; lepénétrant Rotyache, c'est M. Vacherot; le papa Rinousson, c'est M, Nourrisson; le douceâtre iVdvr^, c'est M. Renan; le gracieux Erscher, c'est M. Scherer; l'austère Eisw, c'est M. Neiss, et que notre éminent duc Brocoli^ c'est M. de Broglie.
Nous terminons ici notre première série d'études sur les Livres à clef, et nous abandonnons, mais non sans esprit de retour, un sujet que nous avons à peine effleuré. Depuis la publication de notre premier article, nous avons recueilli une grande quantité de notes et de renseignements nouveaux sur ce chapitre si curieux de l'histoire littéraire. Il ne pouvait être question de les intercaler dans notre travail, qui eût pris dès tors des proportions trop considérables pour être utilement inséré dans une Revue. C'eQt été, d'ailleurs, abuser à la fois de la patience des lecteurs et de l'hospitalité si courtoisement accordée par le Livre à notre modeste essai.
Nous avons donc résolu d'attendre et de cbercher encore, afin de refaire entièrement la Bibliographie aussi complète que possible des Livres à clef. Si ces circonstances secondent notre bonne volonté et nos eflbrts, il nous sera peut-être donné, dans un avenir assez prochain, d'offrir aux mnateurs un nouveau travail.
(Fin.) Fernand Dr.ujoh.
RENSEIGKEMEKTS ET MISCELLANEES
LiTRis AUX EHCHBRis. — TroiS'Tcnt» importantes ont eu lieu pendant le mois de décembre dernier.
La première collection se composait d'ouvrages k figures des xvni* et XIX* siècles ; la seconde, formée d'environ dix mille volumes, embrassait presque toutes les divisions de la bibliographie; la troisième appartenait à M. Giraud, membre de l'Institut. Le Livre a récemment annonce le décès de ce savant dont la bibliothèque, toute de travail, ne renfermait aucun des ouvrages que se disputent les bibliophiles. Nous n'en parlerons donc pas.
Voici les prix atteints par les principaux ouvrages dans les deus autres ventes dirigées, la première par M, Claudin, la seconde par M. Labitte :
i" VENTE. — Heures d'Anne de,Bretagne, Paris, Gurmer, 1861, 1 vol. In-4": 5io fr. ; -— Éloge de la Folie, s. 1., i75i ; in-4', g^nd papier, réglé, figures d'Eisen, relieure ancienne de Derôme ; 800 fr. ; — Almanack iconologique, année 1769, cinquième suitf, Paris, chez Lattre, graveur, 1768 ; portrait de Gravelot par Délateur, i front, et 1 1 fîg, par Gravelot : 70 fr. ; — Le même aima-' nach, année 1778; quatorzième suite, 1 front, et 11 grav. par Cochin t 47 fr.; — Les Métamorphoses d'Ovide^ trad. de l'abbé Banier, Paris 1767-1771, 4 vol. in-4! 49S fr. ; — Cyest le Rommant de la Rose; Paris, i53i, petit in-folio go(h. à 2 col. : 80 fr. ; — Les Quatre premiers livres des Odes de Pierre Ronsard, Paris, I S5o, reliure de Casin : 260 fr. ; — Contes et nouvelles en vers par de La Fontaine, Amsterdam (Paris, Barbou, 176a), 1 vol. pet. in-8. Édition dite des Fermiers généraux; bel exemplaire en maroquin rouge ancien : 800 fr. ; — Recueil des meilleurs contes en vers, Paris, Cazin, 4vol. in-13 avec fîg. i reliure pleine en maroquin rouge du Levant : 3o5 fr. ; — Les Kaisers, La Haye et Paris, Lambert et Delalain, 1770, grand in-8, reliure ancienne s SaS fr. ; — Fables nouvelles, par Dorât, La Haye et Paris, Delalain, 1773, 3 tomes en i vol.
(io LE LIVRE
in-8 ; 3Go fr. ; — Les Bienfaits du sommeil ou les quatre rêves accomplis, par Hubert de Nîmes, Paris, Brunet, 1776, pet. in-8, fig. de Moreau : i85 fr. ; — Les Quatre heures de la toilette des dames, Paris, Bastien, 1779, pet. in-4, reliure en maroquin rouge de Petit : i3o fr.; — Œuvres de Molière, Pari&, 1734, 6 vol. grand in-4, reliure ancienne : 745 fr. ; —La Folle Journée^ Paris, 1785, grand in-8; exemplaire en grand papier, nombreux te'moins, reliure de Cape : i32 fr. ;
— Romans et Contes de Voltaire, Bouillon, 1778, 3 vol. in-8, fig. de Marillier, vignettes de Monnet, épreuves avant les numéros : 695 fr. ; — Felicia ou mes fredaines, Londres (Paris, Cazin, vers 1780), 4 vol. in- 18, fig. avant la lettre; exemplaire dans sa première relieure : 23o fr. ; — Les Liaisons dangereuses^ Londres (Paris), 1796, 2 vol. in-8, reliure de Cuzin. Exemplaire en papier vélin relié sur brochure et presque non rogné, contenant, outre les fig. de Monnet, de Fragonard et de M^^* Gérard, 2 portraits de Choderlos de Laclos, dessiné par Carmontelle et gravé par Morel, dont un sur chine avant la lettre, et 7 dessins découverts : 921 fr.; — Le Temple de Gnide, Paris, Le Mire, 1772, in-4, reliure ancienne : 370 fr. ; — Les Nouvelles de Marguerite, reine de Navarre, Berne, société typographique, 1 780-8 1 , 3 vol. in-8, fig de Freudenberg, reliure ancienne : 65ofr.; — Œuvres de Scarron, Amsterdam, Wetstein, 1752, 7 vol. pet. in-12, reliure de Cape : 2o5 fr.
2« VENTE. — Catéchisme du curé Meslier, 1789, in-8, édition originale très rare : 20 fr. ; — La Chasse du Loup, Paris, 1569, in-4 • ^^ fr- î — Dictionnaire des monogrammes, Munich, Cotta, i832, 3 part, en i vol. in-4:' 77 fr.; — Dictionnaire des graveurs, par Basan, Paris, 1789, 2 vol. in-8: i35 fr. ; — /conographie française, Paris, 1840, 3 vol. in-folio : 444 fr. ; — Les Cent et un Robert'Macaire, par Daumier, Paris, Aubert, 1839, in-4, ^oi fig : 71 fr. ; — Le Moyen Age monumental et archéologique, Paris, Htuser, 1843,4 vol. in-folio : j6 (t, \ -^ Architectural antiquities of great Britain, Londres, Nattali i835, 5 vol. in-4 -71 fr-ï -" Anacréon^ Paphos (Paris), Le Boucher, 1773, in-8, fig. d'Eiscn. Exempl. en papier de Hollande; ancienne reliure : 160 fr.; — Le Parnasse satyrique, Elzevier, 1668 : 35 fr. ; — Contes et nouvelles en vers^ par M. de La Fontaine, Amsterdam, 1764, 2 vol. in-8 : 86 fr,; — Romances de Berquin, 1 775-76, 3 vol. in-i 6 ; papier de Hollande, fig. de Marillier en premières épreuves : 345 fr.; — Les Plaisirs de l'amour, Cazin, 1782, 3 vol. in-i6 : i24fr. ; — Œuvres poissardes de Vadé, Paris, Didot jeune, 1796, pet. in-12, fig. avant la lettre : iiofr.; — L'Année Terrible, par V. Hugo, Lévy 18*72, un des 25 exemp. sur chine. Cet exemplaire possède les 3 gravures supprimées par la censure r 59 fr. ;
— Les Saisons, 1795, in- 18, ex. en papier vélin : 35 fr.; — Chansons nouvelles de M. de Piis, Paris,.i785, in- 18, fig. de Le Barbier avant la lettre : 200 fr. ; — Œuvres complètes de Béranger, Paris, Perrotin, 1834, 4 vol. in-8, papier vélin, 104 vignettes sur chine formant un 5* vol. : 199 fr.; — Dehurau, Histoire du théâtre à quatre sous, Paris, i832 : 3o fr.; — Théâtre des boulevards^ i756, 3 vol. in-12 : 27 fr.; — • Les aprèS'SOupers de la Société, Paris, 1782-83, 23 parties en 6 vol. in- 18, ex. de la bibliothèque de Soleinne : 340 fr.; — Hernani ou l'honneur castillan, par V. Hugo, Paris, Mame et Delaunay- Vallée, i83o, !'• édition : 5o fr.; -- Daphnis et Chloé, Paris, Leclère, i863, in-8, reliure de Petit : 60 fr.; — Rabelais, édition Jannet, i858, 2 vol. ; un des 12 ex. sur chine : 46 fr. ; — La bibliothèque de *** (Arétin), Cologne, Pierre Marteau,- s. d. in-12.
CHRONIQUE DU LIVRE 6i
404 p., 79 fr.; — Histoires ou Contes du temps passée par Perrault; La Haye et Liège, Bassompierre, 1777, in-8, reliure de Chambolle-Duru : 88 fr*; — Les Aventures de Télémaque, Paris, Delaulne, 17 17, 2 vol. in- 12 : 161 fr. ; — Le Diable boiteux, Paris, 1756, 3 vol. in- 12, reliure de Smeers : 3y fr.; — Voltaire Romans et Contes, Bouillon, 1778, 3 vol. in-8 fig. et vign. par Marillier, Mar-" tini, Monnet et Moreau : 265 fr.; — JLes amours ^«Mir/f7,Constantînople, 1761, in- 12, fig. de Gravelot : 81 fr. ; — Tableaux de la vie ou les mœurs du dix-huitième siècle, par Restif, 2 vol. in- 18, fig. de Moreau : 80 fr. ; — Valentine, par G. Sand, Paris, i832, 2 vol. în-8, i'* édition : 45 fr.; — Contes populaires de V Allemagne, par Musœus, Paris, Havard, 1846, 2 vol. in-8; reliure de Petit : 64 fr.; — Le moyen de parvenir ^iTn^vimé cette année, pet. in- 12, 617 p., reliure de Chambolle-Duru : 1 1 5 fr. ; — De l'heur et malheur du mariage, Lyon, 1602, in- 16. ex. de la bibliothèque de Bure : 58 fr.; — Œuvres complètes de Laurent Sterne^ Paris, Bastien, i8o3, 6 vol. fig. avant la lettre de Chasselat : 3o fr. ; — Œuvres de Gessner, Paris, Dufart, s. d. 2 vol. in-8 : 48 fr. ; — Histoire d'un voyage faict en la terre du Brésil, Genève, i58o, in-8, fig. : 60 fr.; — Les Historiettes de Tallemant des Réaut, id. de Monmerqué et Paulin-Paris, Techener, 1854-60, 9 vol. in-8: 57 fr. ; — Le parc aux cerfs, Paris, 1790, in-8 : 60 fr. ; — Histoire de la ville et de tout le diocèse de Paris^ p^r l'abbé Lebeuf, Paris, 1754-58, i5 t. en 9 vol. : 112 fr. ; — Paris dans sa splendeur^ Paris, Charpentier, 1861, 3 vol. in-folio : 4g fr.
Le Livre a fait connaître, page 12, quelques-unes des adjudications les plus remarquables qui ont eu lieu à la première vente de la très riche bibliothèque formée par le duc de Sunderland et qui était devenue la propriété des ducs de Marlborough; une seconde vente commencera le 17 avril; elle est l'objet d'un catalogue qui s'étend du n<* 2,701 au 5,507. Disons-en quelques mots à l'avance.
On y remarque une très importante réunion de classiques anciens; vingtsept éditions complètes des Œuvres de Cicéron depuis la première, Milan, 1498-99, jusqu'à celle d'Amsterdam donnée par Gronovius en 1692; parmi les éditions séparées des divers écrits de l'illustre orateur romain, mentionnons le Dtf oj^ciÏ5, imprimé par Furt et SchœflFer à Mayence en 1465, c'est le premier ouvrage classique qu'ait reproduit la typographie et l'exemplaire est sur peauvélin. Quinze autres anciens livres sur vélin figurent sur le catalogue dont nous parlons; entre autres, Cicéron, de Rhetorica, Jenson, 1470; Orationes (premier volume) imprimé par les Aides ainsi que leie Oratore, 1 5 54 et Rhetorica, même année; notons aussi les Constitutiones du pape Clément V, Mayence, 1460, le Durandus, Rationale, de 1462, et le Aulu-Gelle, Rome, 1469.
Catalogue Sunderland. — Les bibliophiles sauront distinguer une fort précieuse collection de chroniques espagnoles et françaises.
La Cronica del Rey don Rodrigo^ Séville {His pali)^ i499> ^st signalée comme une édition originale, restée inconnue aux bibliographes.
Un exemplaire des Chroniques de Saint-Denis^ Paris, 1496, sera à coup sûr très vivement disputé.
6z LE LIVRE
Huit éditions de Dante, imprimées au xv« siècle, depuis celle de Numeister à Folignoen 1472, jusqu'à celle de Venise, en 149 1.
N'oublions pas un livre de toutç rareté, le Dialogus creaturarum moralisatus^ imprimé à Gonda, par Gérard Leenn, en 1480.
Deux Dialogis de Juan de Valdes, un des rares Espagnols qui se rallièrent aux doctrines de Luther, atteindront certainement des prix fort élevés. — Les vieux voyages, les relations françaises et espagnoles du xvi« siècle, relatives au Nouveau Monde, sont en grand nombre; on peut compter sur des demandes empressées de la part des bibliophiles -américains.
Ventes annoncées.-^ Du a au 4 mars, hôtel Drouot, salle n® 4, — se vendra une collection de livres précieux, en partie annotés par des hommes célèbres, des manuscrits, des lettres autographes et des estampes composant le cabinet d'un amateur.
Cette collection est peu volumineuse, mais bien choisie.
Le catalogue contient 429 numéros. Le Recueil inscrit sous le n^ i sera vendu le dernier jour ^n un seul bloc. Il contient de très curieuses lettres autographes.
Dans les livres annotés on retrouve la main du Tass^, de Rabelais, celle d'Érasme, de Malherbe, de Balzac, d'André Chénier, de Voltaire, de Piron, de Racine, etc., etc.
La collection des ouvrages de luxe avec gravures est remarquable.
On signale encore pour le commencement de mars, du 8 au 11, maison Sylvestre, à sept heures et demie du soir, la collection des ouvrages sur la Franche- Comté et des ouvrages sur la noblesse qui composent la bibliothèque de M. de J... On pourra faire d'intéressantes trouvailles dans les 740 numéros du catalogue.
Enfin, le samedi 18 mars, dans le même local, on vendra les livres com* posant la bibliothèque médicale et littéraire de feu M. le docteur R...
Le catalogue se compose de 160 numéros dont la majeure partie est consacrée à la science médicale et chirurgicale.
Nous devons signaler un catalogue d'une importance exceptionnelle, celui de la bibliothèque de M. P. C. P., rédigé avec un soin tout particulier, par M. A. Durel ; au moment où paraîtra notre livraison du 10 février, les enchères auront déjà commencé ; nous ferons connaître les adjudications les plus remarquables.
734 articles seulement, mais tous des livres d'élite ; les éditions originales, devenues si rares des grands écrivains français,occupent une très large place. Les poètes du xvi' siècle (Alain Chartier, Villon, Marot, Ronsard, et bien d'autres) brillent avec éclat ; Corneille montre ses éditions les plus rares ; Molière 18 comédies et éditions originales séparées et deux éditions collectives du plus grand prix; toutes les pièces de Racine en éditions princeps sans exception. Il faudrait d'ailleurs signaler la presque totalité des articles du catalogue ; tenons-nous-en à de très précieuses éditions de Rabelais ; la Vie inestimable du grand Gargantua^ Lyon, F. Juste MDXXXVII; le Quart livre des/aicts du bon Pantagruel^ i553; \a Plaisante histoire,,,^ Valence, 1547.
Le catalogue dont il s'agit se distingue par une innovation dont nous ne connaissons pas encore d'exemples pour les ventes publiques : il donne des fac-similés exacts des frontispices d'un grand nombre d'ouvrages de haute valeur. Indiquons au hasard et sans choix les Essais de Montaigne, Bourdeaux, MDLXXX (n»7i) ; la Bergerie, de Belleau, Paris, 1572 (n« 186); le Cinna, de Corneille, Paris MDCXLIII {n9 387); 17 comédies de Molière, n- 423-439; Turcaret de Le Sage, MDCCIX (n« 5o6), etc.
L'éditeur n'a pas reculé devant une forte dépense pour rendre de plus en plus intéressant le volume qu'il présentait aux bibliophiles.
Quelques articles provoquent des notes, fort dignes d'attention, au point de vue bibliographique; nous indiquerons seulement celles du n« 164 (le Marot, imprimé par Geofroy Tory en 1 532, et du n» 167, le Miroir de très chresHenne princesse Marguerite^ Paris, Ant. Augereau, i553, édition non décrite au Manuel du libraire.
— La bibliothèque de M. Charles Blanc ne sera pas dispersée ; elle a été léguée à rinstitut.
Voici le passage du testament relatif à ce legs :
c Je laisse tous les livres de ma bibliothèque à la bibliothèque de l'Institut, en priant M. le bibliothécaire en chef de remettre à la bibliothèque de l'École des beaux-arts ceux de ces livres dont il n'aurait pas besoin.
« Fait à Deuil-Montmorency, le 12 février 1879. »
C'est un cadeau magnifique : la collection léguée par M. Charles Blanc contient des exemplaires précieux d'ouvrages d'art et une série importante de publications spéciales à l'histoire de l'art qui la rendent unique et peu abordable à des budgets tels que celui de la bibliothèque de l'Institut.
Une vente curieuse et importante a eu lieu, le mois dernier, au château de Beauregard, à Villeneuve-Saint- Georges, chez M"® veuve Honoré de Balzac .
M* Marie, commissaire-priseur, était chargé de vendre un magnifique mobilier ancien, des objets d'art et ouvrages rares ayant appartenu à Honoré de Balzac, la plupart annotés par lui.
Cette vente avait attiré au château de Beauregard l*élite des savants et des connaisseurs. Les objets ont été disputés et les enchères se sont élevées à un chiffre considérable; quelques livres ont été achetés pour le compte de l'Etat et seront placés à la Bibliothèque nationale.
Un plagiat. — Une Revue anglaise, le Temple Bar, a publié récemment un article intitulé : Une visite à Voltaire (A visit to Voltaire) ; c'est textuellement la reproduction du chapitre dans lequel Casanova raconte sa visite au patriarche de Ferney ; point d'indication de la source de ce récit.
La Société des bibliophiles bretons et de l'histoire de la Bretagne vient de décider, sur la proposition de M. de la Borderie, la publication d'une collection
de documents sous le titro: Archives de Bretagne, recueil de chroniques, titres et documents inédits, relatifs à l'histoire de cette province. La publication doit prochainement commencer. Il paraîtra par an un demi-volume.
Une nouvelle artistique des plus inte'ressantes.
L'ëiile des peintres et dessinateurs françab illustre en ce moment les chansons de Nadaud. Point n'est besoin de dire ce que sera cet album. Nous aurons là le pendant des fables de La Fontaine par les aquarellistes de la rue Lafiitte. Nous reviendrons plus tard sur ce recueil hors ligne, car la première édition ne sera pas mise dans le commerce : elle est d'ores et déjà retenue par s du chansonnier... En ce qui concerne les autres, disons avec le spiri-
tuel rimeur ;
N'en auront pas U
...J'ei
Belgique. — Tous les travailleurs connaissent la grande publication des Acta sanctorum, due à une congrégation connue sous le nom des BoUandistes, le PÉre Jean Bolland qui l'avait entreprise ayant fait paraître le premier volume à Anvers en 1641; le 69» volume, publié en 18Ô7, est le douzième consacré au mois d'octobre; il le conduit jusqu'au 12 de ce mois. On annonce qu'après un temps d'arrêt d'une quinzaine d'années, le treizième volume, destiné à le mois d'octobre, sera mis au jour en 1882.
Allemagne. — Shakespeare rencontre en Allemagne des admirateurs tout aussi passionnés qu'en Angleterre; il se publie à Berlin un Annuaire (lahrbuch) shakesperien, qui est parvenu à son seizième volume. Un libraire fort instruit, M. Albert Cohen, vient d'y înse'rer une Bibliographie shakespearienne pour 1880 et 1881; elle comprend tous les ouvrages et articles de journaux ou de revues publiés en tous pays durant ces deux années. Il a été tiré des exemplaires à part de ce catalogue raisonné; in-8°, 47 pages.
66 LE LIVKE
Le bibliophile eut-il conscience de cette transformation profonde qui n^était pas seulement particulière à la France, car Dickens, opposé à Walter Scon, ne dut plus tard sa popularité qu^au même courant ? Toujours est-il qu^abandonnant le roman historique qui lui avait donné droit d'^entrée, en compagnie des auteurs sacrés, des historiens et des moralistes dans la classique coUeaion du Panthéon littérairey le bibliophile Jacob, laissant de côté un pseudonyme fatigué, reprit son véritable nom de Paul Lacroix.
Rarement on vit depuis lors un auteur plus fécond. Le sang de Técrivain semblait de Pencre, son cœur un encrier, ses doigts une plume à cinq ^ becs. Paul Lacroix, si particulièrement doué au point de vue de la produaivité, ne connut dès lors ni trêve, ni loisirs, ni fêtes carillonnées. Ecrivant sur tout et bien d^autres choses encore, il donnait quotidiennement de la besogne à un atelier de typographes et faisait hausser, dit-on, les actions de la papeterie où se fournissaient ses éditeurs.
Il n^en fut pas tout à fait ainsi, alors que, voué à Pacbarné labeur des œuvres d^érudition, l'écrivain pâlissait sur les études que commandent de semblables recherches.
Entre les divers romans qui avaient consacré le nom du bibliophile Jacob, il convient de citer particulièrement la Danse macabre. Ce fut le joyau de son œuvre, le livre type que le public accroche au nom d^un auteur et qui fait qu'à Victor Hugo Pécho répond Notre-Dame de Paris, comme Eugénie Grandet fut longtemps le roman qui accablait Balzac : écho qui ne sonne pas juste, mais dont le son répond au cœur des masses. Pour la génération qui suivit et qui avait besoin d'une étiquette nettement écrite, le bibliophile Jacob fut appelé à traîner à sa suite la Danse macabre^ et il eut Pinsigne honneur d'être Pauteur d^un livre, récompense publique qui n'est pas toujours accordée aux littérateurs de talent.
Il importe peu de savoir si le romancier avait bénéficié de la popularité imprimée par Holbein à cette danse sarcastique et égalitaire ; aussi bien le bibliophile prouvait par de profondes recherches que le titre de la Danse macabre était amplement justifié et qu'il ne recouvrait pas une marchandise de pacotille. Rien que Pintroduction historique qui se dresse devant Pœuvre semble un porche précédant une majestueuse cathédrale. Dans cette longue préface, l'auteur se plut à montrer Péchafaudage qui supportait son livre. Embarrassé devant ce trésor de connaissances les plus diverses, j'en détacherai Pétymologie du mot macabre : bien des pensées, bien des veilles, bien des lampes mourant faute d'huile, au petit jour, sont la conséquence de cette savante étymologie.
c Macabra en arabe veut dire cimetière; en anglais, make signifie faire et break briser;* en hébreu macchabi s'explique par le latin plaga ejir me, c'est moi qui fais le mal; en vieux français, ma cabre se prend pour ma chèvre, et d'autres ont prétendu que Macabre était Pinventeur