I. C'est à Sainte-Beuve que ce propot a été attribué
LES PROJETS LITTERAIRES DE THEOPHILE GAUTIER Si
mais ce ne sont pas non plus des diables. Il n'y a qu'à les débarbouiller souvent et à les fouetter quelquefois pour en faire de petits êtres fort gentils, fort mignons et fort poupins, très dignes d'être trouvés charmants par d'autres même que par leurs mères. »
Le 22 avril 1845, l'auteur de Mademoiselle de Maupin passa un traité avec l'éditeur Delavigne, au sujet d'un roman qui l'occupa toute sa vie, et voici ce que nous y relevons :
« M. Théophile Gautier vend et cède le droit à M. Delavignede réimprimer et d'exploiter pendant deux ans, à partir de la mise en vente, le livre qu'il doit publier dans le journal la Presse ayant pour titre le Vieux de la Montagne, devant former deux volumes in-octavo...
c Le Vieux de la Montagne devra être livré audit sieur Delavigne dans un an, à partir de la signature du présent... »
L'année s'écoula et le roman ne fut ni livré ni publié dans la Presse, ni surtout écrit. Puis une pièce de M. Latour de Saint-Ybars, composée pour M^ Rachel et portant le même titre, fut jouée en 1847, ®^ ^^ ^^j^^ se trouva défloré, si bien que le i5 décembre i85o, dans un nouveau traité passé avec le même éditeur, nous trouvons cette clause : a M. Gautier reconnaît de plus devoir à M. Delavigne la somme de cinq cents francs pour la non livraison du Vieux de la Montagne^ qu'il s'engage à lui payer de la manière suivante, etc. ». Pendant bien des années, l'œuvre sembla abandonnée ; un jour, cependant, l'écrivain se sentit attiré de nouveau par ce projet presque oublié et, vers 1866 ou 1867, ^ promit formellement le Vieux de la Montagne au Petit Moniteur uni" versel. Des annonces furent même imprimées; mais il était dit que cette œuvre ne verrait pas le jour, quoique Théophile Gautier n'ait cessé d'y songer jusqu'aux derniers mois de sa vie. Elle avait dû certainement naître dans son esprit à la suite de conversations sur l'Orient avec Gérard de Nerval, qui était précisément revenu du Liban vers l'époque oii nous trouvons la première trace du Vieux de la Montagne, Un autre ouvrage dont il n'en existe, croyons-nous,aucune, c'est un roman sur Cagliostro, où devaient paraître aussi Mesmer et Saint-Martin. Un ressouvenir de ce sujet se retrouve dans le ballet de Gemma.
En juillet 1845, le poète partit pour l'Afrique, où il passa deux mois. Il devait résulter de cette absence une œuvre des plus importantes, mais qui devait, elle aussi, rester inachevée ; et voici comment Gérard de Nerval en parlait dans son Courrier de Paris^ publié dans le numéro de la Presse du 7 juillet :
c Grâce à la facilité actuelle des relations d'un peuple à l'autre, il n'y a plus de raison pour négliger l'observation vraie, l'analyse exacte. Les poètes n'ont plus besoin de rêver les choses lointaines ; la vapeur a établi une transition toute -puissante entre la réalité immobile et l'idéal souvent trompeur.
« M. Théophile Gautier est de cet avis ; il ne veut plus parler de TOrient sans le connaître par lui-même. Il a quitté Paris cette semaine et vogue en ce moment vers l'Algérie. 11 va étudier et saisir dans ses derniers aspects d'originalité locale cette seconde France conquise sur la barbarie et sur le désert. De ce voyage doit résulter un livre pour l'heureux et intelligent éditeur du Diable à Paris. La Presse aura seule le droit d'y puiser d'avance de curieux chapitres, d*ingénieuses et riches descriptions. Pour nous, qui tiendrons pendant quelques semaines la place de notre ami et collaborateur, nous nous voyons obligé de