‹ Le livre (volume 2)Chapitre 30 sur 107 · LES ILLUSTRATEURS DE LIVRES AU XIX* SIECLE · texte numérisé non relu

LES ILLUSTRATEURS DE LIVRES AU XIX* SIECLE

sujet. It y a donc là un Gavarni inconnu que nous voudrions révéler; un aspect i de soa génie multiple. Ce sera quelque chose comme une exhuma-

tion, une fouille dans un Pompai artistique qui n'est pas encore bien loin de nous, et dont les reliques ont la saveur originale des vieilles choses oit le temps a mis sa patine.

Il« LE LIVRE

Nous prendrons Gavarni à trente-quatre ans, en i838; au n émergeant des limbes de sa jeunesse tourmentée, il se révèle au Charivari comme un artiste de premier rang. Jusque-là, il n'a guère illustré que dans des journaux de modes ou de thâtre, ou dans l'Artiste, auquel il a toujours collaboré, et où l'on trouverait, au besoin, l'échelle complète da son talent. A part ta Grèce du baron de Stackelberg *, où il a reproduit en grandes lithographies plusieurs des dessins de l'écrivain; à part la Duchesse de Châteauroux*, de Sophie Gay, où il a mis un portrait, il n'a pas encore abordé, à proprement parler, l'illustration d'un livre. ' "^ Cette année-là, — l'année des Fourberies de

femmes, — il publie cher Bourmancé une suite de six lithographies pour les Confessions de J.-J. Rousseau, qui sont ses débuts dans le genre. On y trouve encore un peu le Gavarni timide et scrupuleux des débuts de l'artiste ; son dessin est encore un peu maigre et étriqué; mais les deux dernières surtout, Rousseau et son ami Bdcle, Rousseau et M"' Galley, ont une valeur réelle, et annoncent le maître, avec la franchise de ses allures, la pleine liberté de son crayon, et surtout la confiance en soi qui est pour l'artiste la condition du succès.

Dés iSîg, la renommée de Gavarni est acquise; et la première preuve que nous en Vigûeu. de P^ris marié. recueillons est l'enthousiasme des éditeurs à

lui confier l'illustration de leurs livres. On commence à s'arracher ses croquis et il ne peut déjà plus suffire aux travaux qu'il a entrepris ; ce qui ne tardera pas à lui valoir une réputation d'inexactitude proverbiale. Cette année-là, il publie une suite de six lithographies pour le Jocelyn de Lamartine, où l'on retrouve les mêmes qualités que dans la Jeunesse de Rousseau; puis ses succès du Charivari le conduisent à illustrer le Musée pour rire * où il accompagne de ravissantes lithographies les textes fins et amusants de Louis Huart et de Maurice Alhoy ; puis vient Paris au xix' siècle^; où il abandonne la lithographie exclusive et commence à faire graver ces ravissants croquis qu'on dirait feils à la plume, dans lesquels sa verve endiablée se donne libre carrière, et où il souligne avec tant de finesse les ridiculilés, les travers, les déformations de ses contemporains. Parmi ces petites merveilles de souplesse et d'agilité, nous en signalerons trois qui seront indéfiniment reproduites : le Chicard, cette création lyrique éclose un matin dans le cerveau carnavalesque de Gavarni; le Lecteur de journaux dans les jardins publics, et une Vieille file dévote à genoux sur son prie-

. Farii, Oilcrwild, 18)4, iu-fol.

. Parii, Dumonl, 1SJ4, 1 toI. ia-H.

. Pirii, Anbcrt, 18)9, | vol. in-4.

. Pirii, B«>ugar, 18)9, 1 loI. in-fb[.

LES ILLUSTRATEURS DE LIVRES AU XIX' SIECLE np

Dieu, un de ces êtres hybrides qui pullulent à l'ombre des églises et que l'on a surnommés assez irrévérencieusement des ■ punaises de confessionnal ».

Pendant les années qui suivent, Gavarni, entraîné par son propre succès, se laisse aller à une production effrénée, et nous offre le spectacle admirable d'une organisation artistique tellement solide, qu'elle résiste aux labeurs multiples, aux efforts inéquilibrés auxquels la soumet ce travailleur endiablé.

Le Juif trrani.

Il illustre successivement les Anglais peints par eux-mêmes, de La BédoUière *, les Étrangers à Paris', et entame cette série de planches qui font des Français peints par eux-mêmes* un ouvrage qu'aucune librairie illustrée n'a pu égaler jusqu'à ce jour. Dans ces deux dernières publications, il retrouvait un ancien ami, Old Nick,dont la plume élégante s'associait à son crayon pour lui prêter un charme nouveau. Il y a dans cette colUboration précieuse, fondée sur une profonde affection, quelque chose de touchant et de rare, qui &it que nous tenons à la rappeler. Viennent ensuite les Petits Français *, le Muséum parisien », par L. Huart, écho des succès remportés alors par Gavarni dans le

Page 1