‹ Le livre (volume 2)Chapitre 35 sur 107 · LES ILLUSTRATEPRS DE LIVRES AU XIX* SIÈCLE · texte numérisé non relu

LES ILLUSTRATEPRS DE LIVRES AU XIX* SIÈCLE

études jointes au volume de Michel Bouquet, An artisfs Ramble in the North of Scotland^. Pourtant déjà, au milieu de cette perfection suprême, une faiblesse éclate, qui semble comme un avertissement pour l'avenir; c'est la publication bizarre des Perles et parures^ par Méry*, recueil d'estampes singulières, de planches de cuivre très fines de travail, avec des lavis de couleur, le tout entouré d'un papier de dentelle qui évoque involontairement l'idée des images de piété comme il s'en vend autour de Saint-Sulpice. On y sent repoindre vaguement le faire maniéré, les allures précieuses et tortillées de ses débuts.

Lors de son retour à Paris en i85i, il se remit au travail; mais, dés l'abord, ses amis purent reconnaître qu'un changement immense s'était accompli en lui. Sous l'influence des brouillards de Londres et de la vie solitaire qu'il y avait menée, une réaction s'était produite sur son système nerveux ; il s'était fait morose et fuyait la société avec autant d'acharnement qu'il en mettait autrefois à la rechercher. Le dégoût de son art lui était venu, et transformait pour lui en travail de métier, ingrat et ennuyeux, ce travail d'enthousiasme auquel il devait ses succès. Le rêve stérile était devenu pour lui une habitude, une véritable passion. Il y revenait avec l'entêtement du fumeur d'opium. Et quel rêve ! Son esprit dévoyé s'emplissait de visions mathématiques, dont l'inanité était trop facile à constater. Il s'acoquinait pour ainsi dire dans sa songerie, se plaignant « d'être obligé de faire des images pour amuser les bourgeois ». L'équilibre manque tout à coup à son cerveau surmené jusque-là, et la névrose artistique, après avoir d'abord abouti chez lui au génie, perdant son contrepoids à mesure que l'âge arrive, tourne à l'hallucination, à une demi-folie non encore classée dans le catalogue de nos déviations mentales. Il en vient à vouloir supprimer la pesanteur, à bouleverser la statique, et à faire flotter en l'air des caisses de fer-blanc, etc., ajoutant ainsi, sans le vouloir, une preuve à la démonstration de cette lugubre théorie qui veut qu'au fond de tout artiste il y ait un aliéné à l'état latent.

Le pis, c'est que son travail s'en ressentira désormais. De jour en jour plus adonné à sa chimère, il se laisse aller à une production facile et hâtive, qui peu à peu engendrera chez son public l'indifférence. Pourtant sa rentrée en France est inaugurée par un coup d'éclat. Il entre au journal Paris (1 85 2-1 853) ; et là, pendant six mois, il donne chaque jour une pierre. C'est là qu'il fait paraître ses grandes séries : les Invalides du sentiment^ les Lorettes vieillies et les Propos de Thomas Vireloque, où, à travers la perfection du faire, on sent la lassitude et l'énervement, où son crayon trop savant finit par s'épointer dans la bourbe, où commence, en un mot, la vieillesse misanthropique de l'artiste. En même temps, il s'est remis à illustrer, sans intérêt ni goût, uniquement par profession, pour remplir les intervalles de sa manie mathématique. Il fait quelques croquis pour le Voyage autour de mon jardin d'Alphonse Karr', pour les Fables de la Fontaine ^^ pour les Contes de Perrault ^y illustrations

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