CHARLES NODIER I
Si on soumettait cette conclusion à un creuset délicat, on y trouverait peut-être un élément légèrement ironique. Nodier s^élait fait volontairement paterne et bonhomme; mais la bonhomie a toujours comporté son grain de malice.
A entrer plus profondément dans la personnalité de Nodier, j'ajouterai que Franc-Comtois et madré comme certains enfants de cette province, l'homme assistant à la naissance du mouvement romantique jugea jusqu'où iraient les audaces des novateurs. Peut-être pourraît-on avancer qu'il était plus par la plume avec eux, que par le coeur; nourri de littérature classique, la langue qu'il avait apprise dans les maîtres ne le poussait pas aux tendances modernes. On trouve de l'audace dans ses pensées, on n'en trouve pas dans la forme. De même son costume d'érudit était en désaccord avec les coupes triomphantes des habits de Jeune- France de son temps. Peu imponait à ce doyen qui était âgé de cinquante-quatre ans, quand Alexandre Dumas n'en comptait que trente et un.
— Laissons passer ce Carnaval, dut se dire Nodier qui, grâce à cette tolérante complicité, fut appelé le « bon Nodier n.
Cette politique, d'ailleurs, contribuait à sa réputation et lui permettait d'entrer à l'Académie, quoique ce corps respecuble ne goûte pas la société des gens besogneux.
Mais un point reste acquis dans cette vie de production décousue, le titre d'auteur dramatique que Nodier eût porté haut sans doute s'il n'avait pas jugé que ses aspirations vers le théâtre seraient réalisées, avec plus d'audace, de fougue et de passion, par un groupe de jeunes hommes dont l'œuvre devait marquer et modifier, pendant une période de cinquante ans, les conditions du drame romantique.