‹ Le livre (volume 2)Chapitre 61 sur 107 · I. Les mots pour ralentir son \ele sont mis en surcharge · texte numérisé non relu

I. Les mots pour ralentir son \ele sont mis en surcharge

a. Après tout le prix se trouvent ces mots raturés : ne doute\,„ soyés persuadé.

M. le président Henaut, je prendrais cette liberté. Ce serait mettre TEmpire aux genoux de la France.

J'ignore si, avant ma mort, j^aurai au moins la consolation de vous faire ma cour.

Si ma santé me permet de continuer mes voyages, je me recommande a votre protection, je pense toujours qu'il est permis d'aller chercher le soleil quand une fois on est en chemin. Je ne connais a présent de beaux jours que ceux que le soleil donne.

Je vous supplie de me conserver vos bontez; elles sont la consolation la plus chère d'un cœur qui vous est dévoué depuis longtemps avec le plus tendre respect.

Post'Scriptum. — II est juste qu'un homme qui a un ulcère au pied présente ses hommages a son protecteur qui a la goutte. Il n'est pas moins juste qu'il le supplie de lire ou de se faire lire les imprimez cy-joints.

Il serait encor très juste que le roy m'accordât au moins la permission de venir mettre ordre a mes affaires, que quatre ans d'absence ont bouleversées, et tacher d'assurer du pain a ma famille; après quoy j'irai, si on veut, mourir ailleurs. Si vous pouvez, monseigneur, m'obtenir cette grâce, qu'il y aurait bien de l'inhumanité a vous refuser, et qu'on doit a un mourant, vous ferez une belle action. Il n'y a qu'un homme du iNord (Frédéric) qui puisse en être fâché. U est plus votre ennemi que le mien, et on luy a fait assez de sacrifices.

N*est-il pas évident que, à vingt jours de la pressante épître que nous avons lue plus haut, tout orage est conjuré, dissipé, et que l'affaire de V Histoire universelle est déjà de l'histoire ancienne? Rien de plus que trois lignes d'excuse, presque incidentes, à propos de la chose qui préoccupait, qui obsédait tant le poète trois semaines auparavant.

Les sollicitations n'ont plus trait qu'à la permission de voyager, pour ce « mourant » qui, par parenthèse, a encore vingt années à vivre, et vingt années des plus brillantes, notamment tout le séjour de Ferney.

Dés le 10 mars, d'ailleurs. Voltaire pouvait écrire à d'Argental : c J'ai fait évanouir entièrement la persécution que le fanatisme allait exciter contre moi jusque dans Colmar... » Comment cet apaisement subit s'était-il produit? Comment le désistement unanime de tous ceux qui semblaient prêts à foire a un incendie de l'étincelle » ?

D'après le biographe émérite de Voltaire, il faudrait ne voir là que le résultat des démarches que l'écrivain fit directement auprès des premiers instigateurs de fl la persécution », et cette assertion est appuyée des lettres échangées entre Voltaire et l'un des jésuites les plus influents.

A vrai dire, le judicieux historien de cette existence si mobile, si agitée, ne connaissait pas les quelques pièces que nous venons de reproduire. Les connaissant, eût-il modifié son appréciation sur cet heureux dénouement, et eût-il conclu, comme nous serions tenté de le faire, à la pression, non avouée, mais formelle du secrétaire d'État de la province? Question que nous laissons en litige, avouant notre parfaite incompétence sur un sujet que le seul hasard d'une intéressante trouvaille nous a fait aborder.

Quoi qu'il en soit, l'épilogue de l'afifaire se trouve dans un billet daté du i3 août 1754 (publié par Beuchot, qui lui a donné encore M. de Paulmy pour destinataire; n» 2094, t. LVI, p. 489).

Afin qu'on puisse voir « l'énorme différence », Voltaire a eu l'idée d'ajouter

un troisième volume aux deux qu'a publiés Néaulme. Il envoie ce volume au comte d'Argenson, en lui demandant tout bonnement « son suffrage pour ses paisibles travaux ».

Et ainsi prend fin Pincident de Colmar.

Nous devons maintenant expliquer comment, malgré les apparences contraires, qui ne résultent, après tout, que d'un chiffre empreint sur une reliure, les lettres ayant trait à cette affaire, aussi bien celles qu'a publiées Beuchot que celles que nous publions aujourd'hui, ne peuvent avoir été adressées à M. de Paulmy; et comment le savant éditeur des Œuvres complètes aurait pu, à première vue, pour ainsi dire, s'en convaincre, comme nous venons de nous en convaincre nous-même.

Et d'abord, dans ces lettres, en général, de qui Voltaire réclame-t-il l'intervention? — De M. le secrétaire d'État pour la province d'Alsace. — Qui donc, en 1754, portait ce titre et avait cette qualité? — Pour ne pas nous en rapporter aux dictionnaires biographiques, qui sont ordinairement faits avec... des dictionnaires biographiques, et ont pour spécialité de perpétuer les erreurs des premiers rédacteurs, ouvrons VAlmanach Royal de l'année où Voltaire écrivait de Colmar : nous y verrons en toutes lettres, au chapitre : Départements de MM. les secrétaires d'État, que le comte d'Argenson, ministre de la guerre, avait dans ses attributions administratives « la province d'Alsace ».

A la vérité, le marquis de Paulmy, porté d'ailleurs au tableau des simples conseillers d'État, a son nom inscrit au-dessous de celui de son oncle, admis qu'il est à la survivance, M. de Paulmy administrerait-il en sous-œuvre? — Non; quoique encore très jeune (né en 1722, il avait alors trente-deux ans), le neveu du ministre de la guerre avait déjà rempli maintes fonctions importantes. Il est de toute notoriété qu'en ijSi il avait reçu la charge de secrétaire adjoint du département à la tête duquel son oncle était placé. Mais nous savons aussi qu'après quelques mois passés à la cour, il devait employer cinq ans à inspecter dans les diverses provinces de France tout ce qui se rattachait aux services militaires : places fortes, arsenaux, troupes de toute arme, etc.

Et si nous étions tenté de croire aux attributions d'un sinécuriste, nous n'aurions qu'à évoquer le témoignage des nombreux et volumineux cartons, portefeuilles, dossiers, où le consciencieux inspecteur entassa tous les documents réunis au cours de ses longues et laborieuses pérégrinations, et qui garnissent actuellement plusieurs rayons à la bibliothèque de l'Arsenal. Nous y verrions notamment le journal autographe de sa tournée en Guyenne, Saintonge, Aunis, à la fin de 1753 (mss n"" 4362); et, pour 1754 nous constaterions que, après avoir, pendant trois mois, inspecté les côtes de Bretagne et de Normandie, il se rendit à une date qui coïncide presque avec celle de la dernière pièce publiée par Beuchot en Franche-Comté, où, trouvant les troupes de la province réunies auprès de Gray, il passa des revues, dont ses portefeuilles contiennent de curieuses relations, avec plans et figures (mss n« 6432-6435, portef. 18 et ai).

Remarquons ensuite que Voltaire qualifie son correspondant de « grand ministre ». Or M. de Paulmy n'était point ministre en ce temps-là, et son oncle l'était.

Notons enfin, que, si jeune qu'il pût être alors, le marquis de Paulmy

STATCBTTB DE VOLTAIKB

Pjtft IlOVDOK

— Vetile llamitlon —

VOLTAIRE ET LE COMTE D'ARGENSON s^g

occupait déjà un fauteuil à l'Académie française, et que Voltaire, lui parlant du président Hénaut, au Heu de dire mon confrère à l'Académie, aurait certainement dît notre confrère.

Telles sont les remarques toutes naturelles à l'aide desquelles Beuchot aurait pu ou dû feire une exacte attribution des deux pièces qu'il a connues.

Dans celles qui viennent d'être retrouvées par M. Cottin, nous nous bornerons à relever, outre ce même appel au secrétaire tfÉlat de la province d'Al~ lace, le passage où Voltaire évoque les anciennes bontés de son correspondant, qui lui promet, en retour, la continuité de ses anciens sentiments; puis celui où le poète parle i d'un attachement qui a commencé il y a bientôt cinquante années p. Ce qui, convenons-en, saurait difficilement se concilier avec les trentedeux ans que M. de Pautmy comptait k cette époque.

Et pourtant toutes ces pièces sont reliées dans des exemplaires marqués aux armes du célèbre bibliophile : voilà la grosse objection, qui, croyons-nous, ne peut plus en être une devant les arguments ■ administratifs et chronologiques » que nous venons de produire.

Associé en titre à la charge de cet oncle, dont il avait la survivance, et avec lequel il devait, quand il rentrait à Paris, vivre en intimité, te marquis de Paulmy s'occupait déjà, en 1754, de réunir les éléments de sa future collection de livres, qui — comme nous en avons la preuve à l'Arsenal — devait recevoir des milliers de volumes provenant de la t bibliothèque considérable » formée par le comte d'Argenson. Celui-ci, tout affairé d'autre part, n'a-t-il pu remettre comme curiosité — cadeau qui avait son prix — les volumes et les lettres de Voltaire à son neveu, qui s'empressa de les faire relier à son chiffre?...

I.«s ponefeuilles du comte d'Argenson : papiers d'État, papiers de famille notes d'études, provenant du fonds Paulmy, abondent à l'Arsenal : pourquoi n'y trouve ri ans -nous pas aussi bien les pièces d'une affaire à laquelle fut incontestablement mêlé le comte d'Argenson ?...

Eugène Mui.ler, 3e la bibliotbtque de l'Ancn*!,

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