IV
S74 l'K LIVRE
« Une belle dame, lui dis-je dans une de nos rencontres, M"^* N*** m'a bel et bien assuré que, sans vous piquer d'être aussi sage que Numa, vous aviez une nymphe Égérie, et que M"* de B*** mettait les quatre doigts et le pouce dans vos ouvrages....
— Calomnie, sottise, jalousie! interrompit Balzac, rouge de colère. M^'de B*^ est sans doute une femme de mérite, et j'ai souvent profité de ses avis, mais les mariages littéraires sont misérables, sous le rapport de leurs produits. La femme est inhabile à créer une grande œuvre ; chez elle, tout est mesquin, faible, incomplet, insuffisant.... M"** de B*** n'en est pas moins une femme de valeur réelle; elle a quelque imagination, elle écrit proprement.... Je vous la ferai connaître : vous l'apprécierez, vous l'aimerez.... Noble cœur de femme, mais esprit de femme, fantasque, bizarre, capricieux, inconstant....
— A propos, lui dis- je en prenant congé de lui, lisez donc dans le Mercure l'article que j'ai fait sur vos Mémoires de Sanson. »
Cet article, je l'avoue, renfermait deux ou trois épigrammes très voilées et très anodines ; j'afTectais, par exemple, d'attribuer le livre à Sanson lui-même, quoique je fusse bien convaincu que Balzac seul y avait mis la main. Ainsi je représentais l'exécuteur des hautes œuvres luttant sans cesse contre son ministère qui tue sans crime : « Cette lutte, disais-je ensuite, cette lutte où la nécessité est aux prises avec le dégoût, fait naître sans doute une sorte de fièvre d'imagination, bien propre à exalter les facultés d'écrivain ; alors le bourreau, qui tient la plume, au lieu des instruments du supplice, rencontre des images, des expressions empreintes de terrible ou de grandiose. » J'aurais dû me dire qu'un bourreau, comme Balzac, n'entendait pas la plaisanterie, lorsque je déclarais n'avoir pas trouvé ce que j'attendais, dans ces Mémoires authentiques et autorisés, ainsi que le nom de l'homme en fait foi, car, c^jectais-je malignement, « il ne s'agit pas ici des Mémoires d'un Sopha ou des Bijoux indiscrets, u La fin de mon article tournait à la louange mitigée : « Je me suis donc prêté à la forme et aux détails romanesques. Le début d'un bourreau, sous le règne de Louis XIV, tiré des papiers de famille de l'auteur, est un épisode dramatique, habilement narré ; l'histoire de la première guillotine à Mézières mérite d'être nommée le chef-d'œuvre du genre. Il n'y a rien de mieux dans les Mémoires de Vidocq, Les autres volumes de Sanson seront dignes de l'affiche qui épouvante les regards, aux vitres des cabinets de lecture : noire et blanche, on dirait une épitaphe. »
Deux ou trois jours après, Balzac se trouva sur mon chemin : il vint à moi, se croisa les bras en branlant la tête, et me regardant en chat tigre : // ny a fien de mieux dans les Mémoires de Vidocq! répéta-t-il deux fois d'un ton goguenard. Puis, après un moment de silence, il reprit, en grondant :
ff Ce que je ne vous pardonne pas, c'est d'avoir dit que j'avais tiré de mes |)apiers de famille le début d'un bourreau sous le règne de Louis XIV I Mais n'en parlons plus : il n'y a que Tintention qui soit coupable, et vous n'avez pas voulu me blesser, je le crois, je Tespère... Je vous annoncerai que je commence, avec Emile de Girardin, c'est-à-dire avec ses fonds, une grosse entreprise de journalisme. Le Journal des Débats, qui avait le privilège de publier un grand nombre d'excellents articles littéraires, est maintenant envahi par la vilaine politique de l'Opposition, qui nous mènera loin, hélasl J'ai donc eu l'idée de
faire paraître, deux fois par semaine, comme supplément au Journal des Débats de i83o, un Feuilleton des journaux politiques, dans lequel il n'y aura que de la critique et de la littérature. Le Journal des Débats a 12,000 abonnés; je n'en demande pas davantage pour mon Feuilleton des journaux politiques, à ao fr. par an.
— Je vous les souhaite de grand cœur, mais vous savez que l'esprit du temps est réfractaire aux journaux de littérature et de critique. Nous ne sommes plus, hélas 1 au bon temps de ï Année littéraire et du Mercure de France,
— Le temps, mon cher, est ce qu'on le fait, et j'ai la prétention de faire où plutôt de refaire le nôtre. Le premier numéro de mon Feuilleton sera lancé demain. Faites-lui bon accueil ! Mais, j'y songe, votre roman des Deux Fous est annoncé chez Eugène Renduel ; envoyez-le-moi, j'en parlerai moi-même dans le Feuilleton des journaux politiques. Cependant je ne vous promets rien. Le Feuilleton sera impartial, mais sévère.
— Diable! vous me faites trembler, dis-je en ricanant. Vous avez l'air de Minos, juge des enfers. Cependant je n'aurai jamais l'aplomb de vous envoyer, avec mon roman, un article écrit propria manu, ne varietur,
— Vous l'enverriez cet article, que j'aurais le chagrin de le refuser! dit brutalement Balzac, qui ne se rappelait plus son article sur la Physiologie du mariage. Nous nous sommes juré , nous autres rédacteurs du Feuilleton, d'être incorruptibles, inflexibles....
— Et inodores, ajoutai- je. Permettez-moi seulement de vous lire la lettre que Victor Hugo vient de m'adresser, à l'occasion de mes Deux Fous. C'est une recommandation indirecte, que je vous présente humblement, terrible Aristarque du Feuilleton des journaux non politiques. Voici la lettre autographe : a Savez-vous, mon bon et mon cher ami, que vous avez fait un bien beau livre? Je vous demande si vous le savez, parce qu'il y a en vous quelque chose de l'admirable simplicité de La Fontaine, qui s'ignorait lui-même, et du génie aussi. Votre Caillette m'a touché, attendri, ravi. C'est idéal souvent, toujours réel et toujours beau. J'ai lu deux fois vos Deux Fous; ce n'est qu'une fois par Fou : ce n'est pas assez ; ils méritent mieux. Je vais les relire et puis j'irai vous voir et vous dire que je vous aime du fond du cœur, vous et vos livres, vos livres et vous. »
— Malpeste ! grommela Balzac : Hugo ne m'en écrirait pas autant I C'est le nectar dont il enivre ses séides, comme faisait le Vieux de la Montagne au moyen âge. Adieu ! ne croyez pas trop aux flagorneries de ce maître Jacques de l'école romantique. »
Le premier numéro du Feuilleton des journaux politiques vit le jour le 3 mars i83o, et l'ingrat public n'eut pas l'air de s'en apercevoir, car rien ne changea dans l'ordre des choses littéraires : il n'y eut ni tremblement de terre ni éclipse de lune visible à Paris. Cependant Balzac, égratignant, fustigeant, écartelant, écrasant ses chers confrères qui n'y prirent pas garde, s'en donnait à cœur joie. Mais les lecteurs, les abonnés ne venaient pas. Il s'en prit aux libraires et aux imprimeurs, en prêchant une révolution radicale dans la librairie et l'imprimerie. Je le rencontrai, par hasard, pendant qu'il travaillait à son œuvre de Fierabras.
« Vous lisez le Feuilleton des journaux politiques ? me demanda-t-il.
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— Et VOUS? lui dis-je, d'un ton câlin. Je sais bien que vous corrigez les épreuves de vos articles, et avec plaisir, j'en suis sûr, mais les relisez-vous à tête reposée, pour vous rendre compte de l'effet qu'ils peuvent produire sur vos abonnés, si vous en avez ?
— Nous n'en avons pas encore, reprit-il naïvement, mais cela viendra, j'en réponds. Un journal, quel qu'il soit, ne produit son effet qu'au bout de cinq eu six mois.
— Et vous n'avez pas encore un mois d'existence, répliquai- je. Je vous félicite de vous armer de 'patience. Quant à moi, je suis plus heureux que vous: mon Gastronome marche à merveille, et les abonnés arrivent en foule. La Physiologie du goût, de Brillât-Savarin, aura toujours plus d'amateurs que la Physiologie du mariage.
— A chacun son plaisir. Je vois que vous êtes dans le camp des cuisiniers et que vous ne maigrissez pas. A propos, vous trouverez votre affaire dans mon numéro de jeudi.
— Quelle affaire? repartis-je avec indifférence. Ne voulez-vous pas feire réchange de votre Feuilleton avec mon Gastronome?
— C'est à vous de me dire ce que vous en pensez, lorsque vous aurez lu mon article sur les Deux Fous. J'ai été sévère, mais juste. Qui aime bien châtie bien.
— Je vous dispense de m'aimer à ce prix-là, répliquai-je en m'apprêtant à lui tourner le dos. Je vous avertis seulement que je payerai double ce que je vous devrai. »
C'était une rupture en règle, et je me promis de faire bonne mesure à M. de Balzac, qui se donnait des airs de majordome de la littérature et des gens de lettres Balzac me tint parole : son Feuilleton du jeudi suivant m'offrait un éreintement de première classe, avec des grimaces protectrices. Mon roman des Deux Fous avait un tort impardonnable aux yeux de Balzac : il obtenait un succès de bon aloi, sans camaraderie et sans charlatanisme ; il n'eut qu'une édition dans sa nouveauté, mais cette édition, tirée à i,5oo exemplaires, fut promptement et loyalement épuisée. Ce n'était pas assez pour répondre au mauvais procédé de Balzac, et j'étais impatient de le payer avec la même monnaie. Je ne juge pas utile de reproduire in extenso l'article perfide et malveillant, qu'il m'avait décoché, à propos de mes Deux Fous. On le trouvera pieusement recueilli, à ma demande, dans la grande édition définitive des œuvres complètes de Balzac, publiée par la maison Michel Lévy, avec le précieux concours de M. le baron de Spolberch.
Balzac et moi, nous étions désormais à couteaux tirés, et je n'attendais que l'occasion de commencer les représailles. Sur ces entrefaites, je me retrouvai avec M™* de B***, qui entreprit la tâche difficile d'innocenter Balzac : il n'avait jamais voulu me faire de la peine; il avait le malheur d'être trop entier dans ses opinions; il était sans malice et sans rancune, à telle enseigne qu'il reconnaissait que mon roman des Deux Fous pouvait passer pour un chef-d'œuvre, et qu'il était prêt à le crier sur les toits.
« Vous en aurez la preuve avant peu, ajouta-t-elle; vous collaborez, comme lui, aux journaux de M. de Girardin : vous lirez donc, dans le Voleur, un remarquable portrait du bibliophile Jacob ; c'est charmant et de main de maître.
M. de Balzac, tous savez, est un portraitiste de premier ordre : il vous a peint d'après nature. Je suis certaine qu'après avoir lu ce petit chef-d'œuvre, vous lui pardonnerez vos griefs et les siens. »
Le portrait, intitulé le Bibliophile Jacob, fîit publié dans le Voleur du 5 mai i83o. C'était ébouriffant, étourdissant, abracadabrant. Il y avait de tout dans cette caricature triomphante : on pouvait, avec un peu de bonne volonté, n'y voir que des éloges exorbitants ou des critiques monstrueuses. Au reste, ledit portrait a été réimprimé, ne varietur, dans le tome XXII de la grande édition définitive de Balzac. Je fis le mort et j'attendis mon heure. Les Scènes de la vie privée parurent enfin, à la librairie Mame et Delaunay- Vallée, en deux volumes in-S"». Voici dans quels termes j'annonçai dans le Mercure { t. XXIX, p. 198) ce grand événement:
c M. Balzac est un de ces jeunes gens qui marchent avec le siècle et qui pèchent plutôt par trop que par moins. M. de Balzac a des idées fausses en morale comme en littérature. Il doit s'élever très haut, lorsqu'il voudra modérer sa fougue, réformer quelques préjugés et dégourmer son style. Avec de l'esprit et beaucoup d'esprit, avec une imagination méridionale, une tête folle et volcanisée, un moule dramatique et une noble impatience d'émulation, il n'a presque rien à faire pour être classé comme il le mérite. Les Scènes de la vie privée sont des tableaux du monde en marqueterie, des nouvelles intéressantes et assez peu vraies. L'auteur a vu la société en laid dans le prisme de M. de Latouche. Il veut à toute force que la mère permette à sa fille la lecture d'un livre tout romanesque d'amour et de galanterie. Mais ce piquant libelle, dirigé contre nos mœurs et surtout contre le mariage, ne manquera pas de lecteurs et même de lectrices : les femmes mariées peuvent tout lire jusqu'à Faublas exclusivement. Nous rendrons compte de cet ouvrage, qui eût obtenu encore un plus grand succès si M. Balzac avait fait le sacrifice de quelques phrases ampoulées. Ce n'est pas là un de ces romans, dont on peut dire :
Encore une étoile qui file.
Qui file, file et disparaît ! »
La brouille était désormais complète, et je n'en eus pas, je l'avoue, le moindre regret. Le talent, le génie de Balzac ne faisaient pas doute pour moi, mais sa fatuité, sa suffisance littéraire, sa personnalité envahissante et son égoîsme dominateur me semblaient insupportables. Je ne lui pardonnais pas, d'ailleurs, son article jaloux et injuste du Feuilleton des journaux politiques, et j'avais l'intention bien arrêtée de lui offrir son portrait d'après nature, en échange du mien qu'il s'était fait un malin plaisir d'exposer dans la galerie du Voleur. En un mot, j'avais juré in petto de me venger à la fois d'une injure et d'un méchant procédé. J'attendais donc l'occasion de prendre ma revanche, dans un duel de plume, où Balzac saurait à ses dépens ce qu'on gagne à blesser un galant homme.
Il collaborait, en même temps que moi, à la Revue de Paris et à VArtiste, mais je m'étais arrangé de manière à ne le rencontrer jamais. Mon ami Amédée Pichot le détestait cordialement, mais ne laissait pas de lui &ire la place belle dans la Revue de Paris, dont il était alors le rédacteur en chef.
« Que youlez*vous? me disaitril; nous autres rédacteurs en chef de revues et de journaux, nous devons subordonner entièrement notre goût à celui du public : on demande, on veut du Balzac; eh bien ! j'en donne à mes abonnés, et même je le paye trois fois plus qu'il ne vaut. C'est une mode qui passerai
— Vous vous abusez étrangement, mon ami, lui répondais-je. Balzac est un fier homme de lettres, un observateur profond, un merveilleux créateur de types originaux, un admirable peintre de caractères, un confident diabolique de tous les secrets de la femme...
— Et, par-dessus le marché, un pauvre écrivain? interrompit Amédée Pichot, impatienté de ces éloges. Ce qui n'empêche pas qu'un article de lui fait monter le chiffre de mes abonnés. »
A peu de temps de là, Balzac s'étant brouillé avec Pichot, comme il se brouillait avec tous ses confrères, Pichot me pria de me charger des adieux que la Revue de Paris voulait adresser à Balzac ; je fis fermenter le levain de mon vieux ressentiment contre l'ex-rédacteur du Feuilleton des journaux politiques^ et j'écrivis la plus belle satire en prose qu'on ait jamais trempée de fiel et de vinaigre. Je fus effrayé moi-même de mon ouvrage, et je le condamnai, non au feu, mais à l'oubli. J'en parle aujourd'hui, pour en faire mon tneâ culpâ, et je le désavoue à toujours, dans le cas où il viendrait à être imprimé après ma mort, car le manuscrit subsiste et n'est plus entre mes mains. J'imaginai une vengeance moins atroce, et Balzac ayant fait paraître chez Charles Gosselin, en i832, le premier dizain des Cent Contes drolatiques, collige^ es abbayes de Touraine, je ne pus m'empêcher d'admirer ce livre plein de verve et d'humour, cette imitation éblouissante des anciens conteurs français; je voulus néanmoins donner une leçon de grammaire à l'auteur de ce chef-d'œuvre de conteur gaulois, et je publiai, comme objet de comparaison, dans l'Artiste, un pastiche de la langue du xvi* siècle, intitulé les Gaietés de Rabelais à Rome; mais Ricourt, le directeur de V Artiste, supprima, à mon insu, cette note qui devait précéder mon petit travail à l'adresse de Balzac. Voici cette note, qui ne fut imprimée que deux ans plus tard, avec les Gaietés de Rabelais à Rome, dans le second volume de Mon grand Fauteuil, La voici telle qu'elle figure dans ce recueil de mélanges en prose et en vers (Paris, Eugène Renduel, i836, 2 vol. in-8«), pour servir d'appoint à ma dette de colère envers l'ancien rédacteur du Feuilleton des journaux politiques :
< M. de Balzac, qui a tant d'esprit et de mémoire, en a fait preuve dans ses Contes drolatiques, où les vieux conteurs français sont mis à contribution, qui pour un sujet, qui pour une scène, qui pour une phrase, qui pour un mot Or, il y a des mots sublimes dans Rabelais, Verville, Eutrapel, Desperiers, Bou* chet, Marguerite de Navarre, comme dans Corneille. Mais M. de Balzac, qui sait si bien prendre, n'a pas pris le langage du temps, qu'il voulait reproduire en fac-similé. Il a fait un style de tous les styles, forgeant des phrases sur Tenclume de son imagination, créant des expressions, des barbarismes, des solécismes, et surtout l'orthographe la plus monstrueuse et la plus drolatique qui fut jamais ; c'est un grimoire parfait et une délicieuse mystification! » J'avais écrit les gaietés de Rabelais à Rome, pour donner à M. de Balzac une simple leçon d'orthographe étymologique et pour le renvoyer au chapitre de Pantagruel : « Comment Pantagruel rencontra un Limosin qui contre/aisoit le langage françois. ■
Je n'ose pas dire que Balzac profita de la leçon, mais toujours est-il qu'il avait promis cent Contes drolatiques et qu'il n'en publia que trente ; le quatrième volume, qu'il annonçait comme étant sous presse et devant offrir le pastiche des principaux conteurs français, ne parut jamais. Sans doute Balzac était un terrible adversaire, et il ne faisait pas bon de tomber sous sa plume, mais je ne pus m'empêcher de remarquer qu'il sembla éviter d'entrer en lutte avec moi dans la lice de la critique littéraire, quoiqu'il eût plus d'une fois manifesté l'intention de foudroyer le roman Moyen Age, pour se donner le plaisir de mettre à mal le Roi des Ribauds et les Francs Taupins. Mais il n'en fit rien et s'abstint d'envenimer la querelle. Latouche, qui s'était brouillé aussi avec cet ami égoïste et peu sûr, lui avait inspiré à mon sujet une terreur salutaire, en lui disant que j'étais homme à lui lancer une épigramme par jour pendant plus de six mois, et qu'il se verrait forcé de me demander grâce, avant que les flèches de mon carquois fussent épuisées. J'ai su en effet, par mon ami Félix Davin, l'auteur du Crapaud, devenu le chevalier d'honneur de Balzac, que son patron ne redoutait rien tant qu'une épigramme bien tournée en vers et finement aiguisée.
« Une épigramme en prose, disait-il à Félix Davin, la plus acérée et la plus mordante, ne me fait pas peur, car je suis capable d'y répondre toujours avec avantage. Mais une épigramme en vers s'attache, pour ainsi dire, à la blessure qu'elle a faite, et le blessé la porte partout avec lui. Voltaire a fait plus de mal à Jean Fréron avec quatre petits vers impertinents, qu'avec dix volumes d'injures en belle prose. »
Balzac était donc pour moi un de ces ennemis inoffensifis, que je ne cherchais pas et que je ne rencontrai jamais, quoique nous écrivissions l'un et l'autre dans les mêmes journaux : V Artiste, la Revue de Paris, la Mode, etc., mais nos deux noms se trouvaient éloignés l'un de l'autre dans la liste alphabétique des rédacteurs, quand nos articles se touchaient dans les colonnes d'un journal. Armand Dutacq et Emile de Girardin ayant fondé simultanément, en i836, deux grands journaux à feuilletons, le Siècle et la Presse, Balzac et moi nous étions enrôlés ensemble dans la rédaction de ces deux journaux. Nous fûmes alors exposés à nous revoir, bon gré mal gré, dans le cabinet de chacun des deux rédacteurs en chef rivaux. La renommée romancière de Balzac était déjà parvenue à son apogée.
Ce fut dans le salon de M«« de Girardin que je me retrouvai avec lui pour la première fois depuis notre vieille querelle. J'arrivais, un peu tard, en pleine conversation, au milieu d'une nombreuse réunion de littérateurs et de femmes du monde, qui prenaient le thé, en causant d'un sujet que la maîtresse de la maison avait mis sur le tapis. Il s'agissait de Balzac et de ses ouvragesi Balzac était là sur la sellette, faisant assez bonne figure sous le coup des éloges exagérés qu'on lui adressait à l'envi ; il écoutait en silence, sans trop d'embarras, tenant comme un sceptre sa fameuse canne ornée de reliefs allégoriques, richement ciselée, en argent bruni, avec ornementations d'or et de pierres précieuses. Cette canne, qu'il ne déposait pas à la porte de l'appartement avec son manteau, suivant la destination ordinaire des cannes, il la promenait partout, comme un bijou de toilette, et il paraissait très fier de l'exposer à l'admiration des curieux ébahis. Cette canne, enfin, que je pourrais décrire dans ses plus
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minutieux détails puisqu'elle m'appartient maintenant, est un très beau jonc, surmonté d'une sculpture délicatement façonnée d'après le dessin de Laurent- Jan et représentant trois têtes de singes, dans lesquelles on avait cru reconnaître Balzac, Emile de Girardin et Lautour-Mézeray. C'était pour moi un singulier spectacle que le roi de l'assemblée, assis, la canne à là main, dans le salon d'une des femmes les plus distinguées par son esprit et par son élégance aristocratique.
« Voici M. Jacob qui va nous mettre tous d'accord, dit M"^ de Girardin en me voyant entrer. Il s'agit, ajouta*t-elle en s'adressant à moi, de décider une question que personne encore n'a pu résoudre de manière à nous ramener tous à la même opinion. Quel est le meilleur des ouvrages de M. de Balzac? Quel est le plus beau, le plus original, le plus admirable, à tous les points de vue ? »
Balzac me regardait avec une certaine inquiétude. Je me défendis d'abord de répondre à une question que je jugeais oiseuse et insoluble, attendu que chacun pouvait avoir des préférences personnelles tout à feit étrangères au mérite de l'œuvre.
c N'espérez pas vous échapper par un £Eiux*fuyant,' monsieur Jacob, dit M"^* de Girardin, c'est votre opinion franche et loyale que je réclanae. Faitesnous connaître quel est l'ouvrage de M. de Balzac, qui vous semble supérieur aux autres ?
— Madame! repartis-je sur le champ, les yeux fixés sur Balzac : vous me prenez au dépourvu, car, avant de vous répondre d'une manière convenable et motivée, il faudrait tourner sa langue dans sa bouche autant de fois que M. de Balzac a fait tourner sa canne, depuis que cette discussion s'est élevée sur un point qu'il serait bien en peine d'apprécier lui*même. »
Ma réponse évasive fut accueillie par un éclat de rire général, car Balzac n'avait pas fait autre chose que de faire tourner sa canne, de gauche à droite et de droite à gauche, pendant qu'on discutait sur la valeur linéraire de ses ouvrages publiés avec succès depuis six ou sept ans. Balzac se leva, un peu confus, et s'apprêtait à partir.
« Je n'accepte pas votre échappatoire, monsieur Jacob, dit M"^ de Girardin qui s'efforçait de retenir le héros de la fête. Faites vite votre choix et ditesnous quel est le meilleur ouvrage...
— Permettez-moi, madame, d'être devin, pour me tirer d'embarras, m'é^ criai-je. M. de Balzac a déjà fait bien des chefs-d'œuvre, entre lesquels il est difficile de faire un choix exclusif, mais je crois pouvoir prédire que son meil« leur ouvrage paraîtra dans dix ans. »
Tout le monde applaudit à ma prédiction, qui me tirait d'embarras, en mettant fin à une discussion interminable. Je me dispensais ainsi de faire un cours de linérature comparée, au profit de Balzac, devant un auditoire enthousiaste d'admiration. Je ne fus pas peu étonné d'entendre Balzac lui-même applaudir à mon jugement évasif et problématique, en disant à M"^* de Girardin :
c Ce diable de bibliophile est sorcier, parole d'honneur 1 car, d'après mes propres calculs, c'est dans dix ans que je publierai mon véritable chef-d'œuvre. C'est écrit. Je vous montrerai l'ordre chronologique de mes publications jusqu'en i85o. »
Je ne sais si Balzac s'est souvenu de ma prophétie, quand il publia les Parents -pauvres, dont la première partie , la Cousine Bette, est datée de juillet 1846.
Les hostilités avaient donc cessé entre Balzac et moi; mais nous étions plus que jamais séparés par les incompatibilités de la vie parisienne. Nos goûts et nos habitudes, nos aptitudes et nos tendances littéraires, nos sympathies et nos antipathies politiques nous éloignaient naturellement l'un de l'autre. J'avais, comme toujours, la plus haute estime pour le talent, pour le génie de Balzac» mais l'homme m'était indifférent : je ne le cherchais pas et je l'aurais fui, si j'avais eu la mauvaise chance de me rencontrer avec lui. Le monde, par bonheur, me semblait assez vaste pour que nous n'eussions pas l'occasion de nous heurter au passage sur les grands chemins de la vie ; nous ne nous connaissions plus, nous n'avions nulle envie de nous connaître. Je lui rendais justice, je le proclamais, sans haine et sans jalousie, un des plus grands littérateurs de notre temps. Mais je n'aimais ni ses qualités, ni son caractère, ni son humeur, ni ses défauts ; j'en étais venu à ne lire plus même ses livres : il en faisait sans doute autant des miens. Je ne me rappelle pas dans quelles circonstances et par quels motifs déterminants je fus entraîné à prendre fait et cause contre Balzac dans son procès avec la Bévue de Paris, Toujours est-il que je proposai au nouveau rédacteur en chef de cette revue, lequel était Buloz, sous le prête-nom de Bohaire, un roman plaisant et facétieux intitulé les Aventures du grand Bals^ac» On devine que ce grand Balzac n'était pas celui que le goût du jour avait mis au pinacle. L'ouvrage n'était pas bien méchant, mais il s'attaquait à la personnalité présomptueuse et triomphante de Balzac, par une foule de malicieuses allusions, car il y avait des rapprochements naturels et comiques entre le Balzac du temps de Louis XIII et le Balzac du règne de Louis- Philippe. Ce fut dans la Revue de Paris que Buloz fît paraître avec délices les Aventures du grand Balzac : le succès fut complet, et les lecteurs de la Revue, du moins les rafiBnés et les malicieux, n'eurent pas de peine à découvrir le Balzac vivant dans la peau du Balzac mort. Cette histoire comique du temps de Louis XIII fut réimprimée, à la fin de l'année 1837,. et parut chez le libraire Dumont, en deux volumes in-8''.
J'avais ajouté à mon roman une longue préface adressée à mon jeune frère Edouard Lacroix, dans laquelle j'avais cru devoir consacrer six pages à me défendre de vouloir diminuer l'immense réputation du Balzac contemporain, en racontant les aventures burlesques de l'ancien Balzac. Quelques plaisanteries innocentes et même quelques bonnes épigrammes n'enlevaient rien à la sincérité de mes éloges. Voici, par exemple, un petit spécimen de ces éloges entremêlés de critiques, que je crois encore justes et modérées : « M. de Balzac, qui occupe maintenant le premier rang parmi nous et qui est parvenu à ce poste élevé sans coterie, sans cabale, sans intrigue, par la seule puissance de son talent, est à mes yeux un des principaux moralistes que la France ait jamais produits, si le nom de moraliste appartient à un observateur fin et profond à la fois de notre pauvre cœur humain. Il me semble même qu'un romancier, qui sait donner du relief et du mouvement à ses observations en les revêtant d'une enveloppe dramatique et en les plaçant dans le cadre d'une fable intéressante, est cent fois plus habile et plus éloquent que le simple moraliste qui formule IV. 36
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en apophthegmes concis ou qui aligne en phrases de rhéteur l'étude qu'il fait des mœurs et des caractères de l'homme et de la société, M. de Balzac a poussé l'analyse psychologique aussi loin que possible et s'est rarement arrêté à la superficie dans cette espèce d'anatomie morale à laquelle il se livre avec tant d'adresse et de science ; M. de Balzac a créé le plus beau roman peut-être qui soit dans notre langue» Eugénie Grandet; M. de Balzac a publié d'autres œuvres très remarquables : la Physiologie du mariage, cette excellente épigramme en deux volumes, sur un sujet que Molière paraissait avoir épuisé ; la Recherche de l'Absolu, cet admirable tableau flamand si vivement coloré; les Scènes de la vie privée, ces charmants joyaux sculptés et montés avec plus ou moins de bonheur; la Peau de chagrin, ce coup de baguette d'un grand magicien, etc. Ne sont-ce pas là des expiations capables de faire pardonner le Lys dans la vallée, César Birotteau, et le reste ? On oublie avec générosité tout ce qu'il y a souvent à reprendre dans ce style hérissé de termes techniques et enflé de terribles alliances de mots, dans ces trivialités qui déparent les plus belles pages, comme des limaçons parmi des fleurs, dans ces invraisemblances qui heurtent de front le lecteur entraîné par le drame et qui paralysent son émotion, et surtout dans ces fréquentes lassitudes d'une imagination qui ne tient pas toujours à la fin autant qu'elle avait promis au commencement. Certes, il n'est pas besoin d'être femme de trente ans, pour savoir se plaire dans les bons ouvrages du Balzac moderne. »
On me pardonnera cette longue citation, qui ne représente que le tiers de l'apologie critique de l'œuvre de Balzac, car on ne sera peut-être pas fâché d'en trouver ici un échantillon sans avoir besoin de recourir à l'édition originale des Aventures du grand Balzac. M. le baron de Spoelberch, à qui nous devons une excellente Bibliographie sous le titre d'Histoire des Œuvres de M. de Balzac, s'étonnera certainement d'avoir oublié la préface de mon roman bakachique, dans la quatrième partie de son ouvrage, d'ailleurs si complet et si parfait. Ce n'est là qu'un léger oubli à réparer dans la Bibliographie des écrits relatifs à Balzac.
Chose étrange 1 Balzac ne me garda pas rancune des Aventures du grand Balzac, et lorsque le hasard nous eut rapprochés l'un de l'autre, en 1841, dans le comité de la Société des gens de lettres, comité dont nous fîmes partie simultanément cette année-là, il ne manqua pas de me donner spontanément plus d'un témoignage de déférence et de sympathie. Nous avions l'occasion de nous rencontrer, une fois par semaine, aux séances du comité, et il me traitait toujours en bon confrère, comme si nous eussions toujours conservé ensemble les meilleurs rapports. Ce fut entre nous, pendant trois ans, une suite non interrompue de relations amicales et presque intimes. J'eus alors le plaisir de lui rendre un petit service auquel il fut très sensible.
Le plus fécond des romanciers, comme ses libraires l'avaient qualifié, était dans un cruel moment de gêne. Un jour, dans l'avant-séance du comité, il nous fit confidence de sa situation précaire, avec beaucoup de franchise et de gaieté :
« Je dois plus de cinquante mille francs, dit-il avec une sorte d'orgueil; c*est le produit net des billets impayés et protestés des libraires insolvables qui ont pourtant bien vendu mes livres. Toute ma fortune, ajouta->t-il en riant^ se
MÉMOIRES INÉDITS DE P.-L. JACOB aSj
compose d'une pièce de quarante sous, avec laquelle j'irai me faire dire ma bonne aventure, en sortant d'ici.
— Eh quoil m'écriai- je, vous, monsieur de Balzac, vous croyez aux tireuses de cartes!
— Si j'y crois ! reprit-il gravement. C'est un si grand bonheur de croire et d'espérer 1 Je vais, pour quarante sous, me donner plus de cent mille francs d'espérance 1 Les sots et les hypocrites, qui ont supprimé la loterie, ne savent pas qu'ils ont enlevé au peuple la moitié de son bonheur, c'est-à-dire le plaisir de faire de beaux rêves, tout éveillé. »
Au sortir du comité, j'accompagnai Balzac, qui, traqué par les créanciers et les protêts, était venu se réfugier incognito chez sa sœur, M"* de Surville, laquelle demeurait alors au numéro 8 de la rue du Faubourg-Poissonnière.
a Voulez-vous, lui dis-je, gagner 200 francs, sans avoir la peine d'écrire une page de copie ? Sans doute, c'est peu de chose que 200 francs pour vous, qui avez, dit-on, gagné des monts d'or en librairie!
— Des monts d'or ! répéta-t-il en soupirant ; comme vous y allez ! Connaissez-vous un libraire qui paye comptant ses auteurs, qui ne laisse pas protester ses billets, et qui ne tombe pas en faillite tous les cinq ans !
— C'est là, en effet, le vilain côté de notre métier, repris-je, mais je ne vous propose pas de composer une nouvelle et d'en recevoir le prix. Non, c'est une somme de 200 francs à recevoir, sans qu'il vous en coûte le moindre travail.
— Cela s'appelle : gagner à la loterie sans y mettre 1 répliqua-t-il. Eh bien! j'accepte les 200 francs. Apprenez-moi maintenant à quelle caisse je dois les aller toucher?
— Je vous les apporterai demain, lui dis-je. C'est la chose la plus simple du monde. M^* veuve Janet, libraire de la rue Saint-Jacques, m'a prié de rassembler gratuitement dix ou douze nouvelles qui formeront un volume intitulé le Royal Keepsake, un très beau volume d'étrennes avec de jolies gravures anglaises. Les nouvelles ne manquent pas ; j'en ai plus qu'il n'en faut, pour un grand merci. Moi-même, bien entendu, je ne me fais pas payer plus que les autres...
— Et vous gâtez le métier! interrompit- il. Travailler gratis pour ces coquins de libraires!
— Je ne vous demande pas ce sacrifice, repartis-je en m'empressant de le rassurer : une nouvelle de vous fera le succès de mon Royal Keepsake, et MJ^ veuve Janet ne fera aucune difficulté de la payer 200 francs.
— A merveille ! s'écria Balzac, mais pour faire un civet il faut un lièvre, et par conséquent il faudrait une nouvelle, pour décider M"»* veuve Janet à tirer 200 francs de sa caisse, si caisse il y a.
— Caisse il y a pour vous, monsieur de Balzac, et la nouvelle, je la prends où je la trouve... Vous avez publié, en i83o, un très bon livre, le premier volume des Mémoires de Sanson, l'exécuteur des arrêts criminels pendant la Révolution...
— Fil fi donc! murmura Balzac; n'éveillons pas ce vilain chat qui dort!
— Au contraire, réveillons-le! insistai-je. Ce premier volume des Mémoires de Sanson est un très beau livre, un livre superbe que personne ne connaît.
uBi LE LIVRE
C'est à vous de le faire connaître, mais il ne s'agit pas de ça pour le moment : la préface du livre est un vrai chef-d'œuvre ; je m'en empare pour le Royal Keepsake, et je la publie avec le titre que vous lui aviez donné jadis...
— La Messe expiatoire, dit Balzac qui suivait mon idée.
— Cest donc la Messe expiatoire que j'imprimerai dans mon keepsake, continuai-je, et je vous apporterai demain les deux cents francs, de la part de M"' Janet.
— Non, pas demain, reprit-il, mais après-demain, pour me donner le temps de relire et de revoir ce que j'ai écrit il y a douze ans. Je suppose que ce morceau est encore présentable, car je vous avouerai que j'ai regretté plus d'une fois de l'avoir déshonoré et sacrifié, en le traînant aux gémonies dans ces affreux Mémoires de Sanson.
— N'en dites pas de mal, répondis- je; vous savez ce que j'en pense : votre premier volume renferme votre beau roman des deux bourreaux : Monsieur de Paris et Monsieur de Versailles; puis, l'histoire de la première guillotine à Mézières...
— Horreur! horreur 1 s'écria-t-il : tout cela pue le sang! Et le second volume de ce malheureux Lhéritier? C'est du Vidocq assez bien réussi. Mais je ne pardonne pas à ce scélérat de Mame de m'avoir volé mes deux Messieurs de Paris et de Versailles. »
Le surlendemain, j'allai porter l'argent à Balzac : il avait furieusement retouché et remanié sa Messe expiatoire; il la remania et retoucha encore sur l'épreuve, c'est-à-dire sur trois épreuves successives. Enfin il la jugea digne de figurer dans mon Royal Keepsake, sous ce titre : Une Messe en i jgS. Il était si satisfait d'avoir reconquis sa Messe sur les Mémoires de Sanson, qu'il la fit reparaître à la fin du tome IV de Modeste Mignon, en 1845, et qu'il l'incorpora définitivement dans la Comédie humaine (tome XII de la i** édition).
Je me rappelle avec plaisir mes rencontres hebdomadaires avec Balzac, au siège de la Société des gens de lettres, pendant tout le temps qu'il prit part aux travaux de comité de cette Société, qui le garda deux ans, malgré lui, en refusant d'accepter sa démission. Le Balzac de 1841 à 1844 n'était plus le Balzac de i83o. Ce dernier s'était bien humanisé avec ses confrères, sans descendre tout à fait de son piédestal; il avait toujours une énorme vanité, un orgueil formidable, mais il en cachait le plus qu'il pouvait : il s'efforçait autant que possible de n'être désagréable à personne et même d'être aimable avec tout le monde. C'était, à vrai dire, un charmeur, un enchanteur, à qui l'on ne résistait pas, dès qu'il vous tenait fasciné sous la séduction de sa parole et de son regard. Je n'ai jamais entendu une conversation plus captivante que la sienne, qui était d'ordinaire un inépuisable monologue. Il parlait de tout avec la même facilité, la même abondance, la même finesse et la même originalité. J'ai connu en France bien des causeurs charmants, mais aucun, à mon avis, n'approchait de Balzac.
Les servitudes et les hasards de la vie nons séparèrent, nous éloignèrent l'un de l'autre ; nous cessâmes de nous voir, nous n'eûmes plus même l'occasion de nous rencontrer dans le monde des salons, ni dans celui des journaux et de la littérature. J'appris seulement qu'il s'était trouvé, un jour, assez riche pour acheter un hôtel, la petite maison du financier Beaujon, dans la rue Fortunée;
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pour faire décorer cet hôtel avec beaucoup de goût, et pour y rassembler une nombreuse bibliothèque, une galerie de tableaux anciens et une curieuse collection d'objets d'art de tous les pays et de toutes les époques. On me dit ensuite qu'il était allé en Pologne épouser une grande dame polonaise, la femme de quarante ans de ses rêves. Puis, on annonça sa maladie, à la suite de son mariage, et son retour à Paris dans l'hôtel conjugal de la rue Fortunée. Il n'y fit pas un long séjour : au bout de six semaines, l'auteur de la Comédie humaine mourut d'une décomposition du sang, qui était la conséquence d'un long excès de travail intellectuel ; il ne s'était pourtant pas vu mourir, et la veille de sa mort, lorsqu'il n'était plus qu'un cadavre pensant et parlant, il énumérait avec complaisance les nombreux ouvrages qu'il lui restait à faire et dont les plans étaient dans ses papiers.
Je ne connaissais pas encore M""* de Balzac ; ce fut elle, néanmoins, qui me fit envoyer une lettre d'invitation aux obsèques de son mari : elle avait à cœur que tous les littérateurs contemporains du défunt assistassent à ses funérailles. Je n'eus garde de manquer à cette reunion vraiment littéraire. Au moment où le convoi allait partir pour Téglise de Saint- Philippe-du- Roule, Laurent-Jan vint me prier, delà part de M"* de Balzac, de prendre le premier cordon du corbillard, au lieu et place de Vittor Hugo, qui n'était pas arrivé. Mais Victor Hugo> qui devait prononcer un discours sur la tombe de l'illustre romancier, reprit de mes mains le cordon qu'il devait tenir jusqu'au cimetière, mais qu'il céda en route à un des assistants.
Ce fut seulement un an plus tard que j'eus l'honneur d'être reçu par la veuve de Balzac. M™* Janet, pour qui j'avais composé et publié, par pure obligeance, plus de dix volumes de keepsakes, avec le concours désintéressé de mes plus honorables confrères, vint me prier de rédiger seul, à son profit, un livre intitulé les Femmes de BaljaCy dans le genre des Femmes de George Sand, que j'avais fait paraître, dix ans auparavant, sans obtenir de M'"* Dudevant le moindre témoignage de gratitude ou même de politesse. Je n'étais donc pas trop encouragé à m'occuper de ces héroïnes de romans. Je déclinai ma compétence à cet égard, mais je songeai aussitôt à la sœur de Balzac, M^^* de Surville, qui demeurait dans la même maison que moi depuis quelques années, rue des Martyrs, n« 52. M*< de Surville n'avait pas eu la moindre part dans la succession de Balzac, et j'imaginai de lui ofirir une bien faible compensation, en lui proposant d'entreprendre la rédaction d'un ouvrage qui ne devait être qu'une analyse louangeuse des ouvrages de son frère. Je me chargeai de fixer, au profit de M"* de Surville, les termes du traité avec M"* Janet, et je consentis volontiers à fournir la préface du livre. Ce fut à cette considération que céda M^»* de Balzac, en m'autorisant à confier à M*"' de Survilie, sa belle-sœur, l'exécution des portraits écrits des Femmes de Bal^^ac. La réception de M*"* de Balzac avait été des plus flatteuses pour moi, mais la composition du livre que M'"® de Surville s'était engagée à écrire seule, sous ma garantie, amena des diôîcultés et des luttes entre les deux belles-sœurs. M'^ de Balzac n'était pas facile à conten* ter, et M*"* de Surville lui paraissait remplir incomplètement les conditions du programme accepté de part et d'autre. Quant à moi, je n'avais qu'à me louer de M"'* de Balzac, qui me sut gré d'avoir fait sans réserve, dans ma préface, l'éloge de son second mari, qu'elle regrettait plu5 que le premier. Les Femmes de
Balzac furent donc publiées avec des portraits gravés bien insuffisants, pour ne pas dire plus, à la fin de Tannée i85o. Dix mois plus tard, mon frère Jules Lacroix, romancier, poète et dramaturge d'un mérite reconnu et incontesté, épousait une des sœurs de M""* de Balzac.
Je me trouvais ainsi fatalement lié aux intérêts de la veuve de Balzac, laquelle possédait, par le fait d'un testament olographe, la propriété de tous les ouvrages de son mari. Je lui conseillai de publier les œuvres posthumes de ce laborieux polygraphe, et )e me faisais fort de réunir assez de matériaux connus ou ignorés, inédits ou déjà imprimés, soit à part, soit dans les journaux et les revues, anonymes ou ayant paru avec le nom de Tauteur, pour en former au moins huit ou neuf volumes. M"** de Balzac s'empressa de me donner toutes les autorisations nécessaires pour une pareille entreprise, et je me mis à la besogne. Dutacq, à qui M"** de Balzac avait confié le droit absolu de tirer le meilleur parti possible de la succession littéraire de Balzac; Dutacq, sachant que M"** de Balzac m'avait chargé de réunir les œuvres posthumes de son mari, me pria de l'associer avec moi pour ce travail considérable, que j'étais plus capable que personne de préparer; je lui fournis donc la liste complète de tout ce que Balzac avait publié ça et là depuis trente-cinq ans dans la librairie et dans la presse; il chercha, il acheta tout ce qu'il put trouver de journaux et de livres; il fit copier dans les bibliothèques tout ce que je lui indiquai d'articles imprimés sans nom d'auteur, comme étant ou pouvant être de Balzac. Ce fut, je crois, M. Champfleury, qui voulut bien s'occuper de ces recherches longues et difficiles. Quatre grands cartons furent remplis de matériaux lentement amassés, et le cinquième carton, consacré aux manuscrits et à la correspondance de Balzac, représentait à lui seul plus de deux volumes inédits. Parmi la correspondance, je signalerai seulement les délicieuses lettres à Louise, que Dutacq eut l'adresse d'acquérir en copie, alors que M"^ de Balzac croyait posséder seule les originaux. Il y avait bien cent cinquante lettres autographes de Balzac, rassemblées de tous côtés, et qui malheureusement n'ont pas encore été imprimées. Il est bien regrettable que les lettres adressées à la duchesse d'Abrantès vers i823, et que la duchesse m'avait communiquées, n'aient pas été recueillies.
Dutacq n'attendait qu'un moment favorable pour faire paraître les œuvres posthumes de Balzac; mais il reculait cependant devant cette entreprise, en sachant que M"** de Balzac ne la voyait pas de bon œil. Pour me faire prendre patience, il fit à ses frais une magnifique édition des Contes drolatiques, avec de merveilleux dessins de Gustave Doré, que son illustration de Rabelais avait mis en vogue et qui arriva tout à coup à l'apogée de sa réputation en illustrant les Contes drolatiques. Je n'avais pas caché à Dutacq que cet ouvrage, un des chefs-d'œuvre de Balzac, était malheureusement gâté par des fautes grossières et souvent impardonnables, qui témoignaient trop de son insuffisance à l'égard de la langue française des xv* et xvi* siècles. Dutacq de l'aveu de M"* de Balzac, me donna carte blanche pour corriger le texte des Contes drolatiques ; ce que je fis consciencieusement, sans en parler à personne.
Le pauvre Dutacq mourut, avant d'avoir pu jouir du succès de ce beau livre, qu'il avait fait exécuter à ses frais et qui ne lui avait pas coûté moins de 80,000 francs. Je fus nommé tuteur de ses enfants et je me préoccupai aussitôt
de rédition des œuvres posthumes de Balzac,que je voulais pubtierpour indem< niser la succession Dutacq des frais que le travail préparatoire avait exigés. Mais M" de Balzac était revenue sur son consentement et ses promesses. Elle refusa absolument d'autoriser la publication des oeuvres posthumes, en me disant qu'elle avait ce'dé la propriété des œuvres de son mari à Michel Lévy. On travaillait à une édition définilive et complète de Balzac. Michel Lévy avait eu le bonheur de découvrir à Bruxelles une bibliothèque vivante, M. le comte de Spoelberch, qui n'avait cessé pendant vingt ans de rechercher tous les journaux et toutes les revues dans lesquels Balzac avait écrit. Les importants matériaux des œuvres posthumes, que j'avais ramassés de concert avec Dutacq, n'avaient donc plus la valeur que je leur attribuais; je me décidai à les céder à Michel Lévy, pour une somme insignifiante, que je fis rentrer dans la succession Dutacq. M" Dutacq désira seulement conserver le manuscrit autographe du drame intitulé Richard Caur d'épongé, lequel est encore entre ses mains.
On ne saurait trop regretter que les innombrables projets, plans, essais, ouvrages commencés et inachevés, laissés par Balzac, aient été dispersés, égarés ou détruits, à la mort de sa veuve, qui avait été la collaboratrice intime de t'illustre romancier et qui pouvait revendiquer une bonne part d'auteur dans Serapkila, Modeste Mignon et les Paysans.
P. L. Jacob, bibliophile.
KENSEIGNEHENTS ET HISCELLANÉES
Nos GRAVURES, — Le portrait de M"' de Balzac, que nous avons obtenu avec peine et qui accompagne les souvenirs sur Balzac de notre collaboraieur Paul Lacroix, est publié ici pour la première fois. Nous n'ayons pas à faire ressortir l'intérêt de cette gravure, qui permet au public de connaître la physionomie délicate de la très spirituelle correspondante, collaboratrice et épouse du grand romancier.
Livres aux enchères. — Bibliothèque Hamilton. — La vente de la bibliothèque Hamilton et Beckford est aujourd'hui terminée.
Voici le relevé des ouvrages les plus remarquables et qui ont atteint les prix les plus élevés :
^ccurjfi iintrifror, 1534; S volumes, jolie reliure de Grolier, portant ses devises. Vieux veau brun bariolé ; beau travail en partie refait, 1,875 fr.
Adam (R, et J,),ceuvred'archiiecnire, 2volumes, frontispice par Bartolozu. Reliure par Kalthœber (1773-1786), 4,3So fr.
^schylus, Tragxdiœ, i55a. Reliure veau or et parchemins peints à compartiments; beau spécimen bien qu'usé de reliure ancienne, a,45o fr.
jEschylus, Euripides, etc. Tragœdiceselectœ. H. Estienne, 1567. Trois petits volumes provenant du comte Hoym, et reliés en maroquin bleu, probablemeni par Boyet, 1,825 fr.
Ésope, avec les additions de S. Brant,BSle, t5oi,io-fotio; gravures sur boJs très délicates; belle reliure maroquin brun, par Clarke et Bedford, i,i5o fr-
Autre Ésope. 3 volumes imprimés à Venise, 1491. Charmantes gravures sur bois. Reliure par Roger Payre. 1,000 fr.
Ésope, d'Antwerp, i56o. Maroquin rouge, monogramme de Thuanus, 356 fr.
Ésope, en italien, avec jolies gravures sur bois, 470!. Venise, 1493. Reliure maroquin olive par C. Lewis, 475 fr.
Ésope en belle humeur, Amsterdam, 1690. Reliure maroquin rouge, par Pasdeloup, SySfr.
Agricola, De re metallica. Bâle, i56i. In-folio. Reliure maroquin bleu, filets d'or, avec les armes du duc de Brancas, 33o fr.
Albani picturœ, in œde Verospia. Rome, 1 704. Gr. in-folio. Gravures très belles et très fines. Exemplaire de Joshua Reynolds. Remarquable reliure de Kalthœber. Les plats et les intérieurs sont littéralement couverts de dorures aux fers, de dentelles et de filets d'or, 690 fr.
Androuet du Cerceau, 4 volumes. Dessins d'architecture. Collection de 55 dessins à l'encre de Chine. Reliure en maroquin bleu, 10,000 fr.
Petites arabesques, du même. Reliure maroquin bleu, par Bozérian, î,i5o fr.
De architecture^ par le même, avec son opus alterum et son livre d'architecture; gr. in-folio, trois volumes en un. Grand papier. Belle reliure du temps en vélin doré, 6,5oo fr.
Les plus excellents bastiments de France^ par Androuet du Cerceau, % vol. grand in-folio, exemplaire de Thuanus, première édition, 4,125 fr.
il;7iami^omci?Ai5/ort<a?, 2 vol. bel exemplaire, reliure maroquin rouge avec dorures et tranches dorées. Armes et monogramme de Petit du Fresnoy, 2, 5oo fr.
Apuleius, De Asino Aurero, très bel exemplaire avec capitales enluminées ; autographe de J. Aug. Thuanus. Venise, Aide, i52i, reliure en vieux maroquin de Venise, avec dorures et tranches dorées, portant sur les plats les inscriptions : Apuleius lo. Grolierii et Amicorum^ et, au revers, la devise de Grolier : Portio mea, domine, sitin terra yiventium, 3,960 fr.
Apuleius, L'Amour de Cupido et de Psyché, exposé en vers français par J. Mangin, frontispice et 32 planches d'après Raphaél, par L. Gaultier; 4 petits vol. Paris, sans date (i586), reliure veau fauve, tranches dorées, 2,5oo fr.
Aretino (P.). Ragionamento (de H Corti del Mondo e del Cielo.) Novare i538. Magnifique exemplaire, reliure maroquin brun rehaussé d'or et peint à compartiments dans le style de Grolier, portant sur le plat ; au revers de la couverture, le monogramme du fameux bibliophile H. Petit du Fresnoy; 4,375 fr.
Arfeville (N. d'). Navigation du roy d'Ecosse Jacques V autour de son royaume et isles Hébrides et Orchades, soubz la conduicte d'A. Lindsay, excellent pilote écossais. 4 vol., Paris i583. Précieux exemplaire relié en vélin, portant les armes de Thuanus avant son mariage, imprimées en or sur les plats,
3,5oo fr.
Argyl (Anna condessa de)^ el Aima de l'incomparable San Augustin, sacadodel cuerpo de sus confessiones. Reliure en beau maroquin rouge couvert de dorures : au centre, les armes de Catherine de Bragance, femme de Charles II, tranches dorées. Anvers, 1622. Excessivement rare, s'il n'est unique. A fait partie de la bibliothèque d'Horace Walpole, 2,55o fr.
Ariosto (L'), Orlando furiosOy avec notes. Venise, i583, petit in-folio, IV. • 37
planches par G. Porro, reliure maroquin bleu, riches dentelles aux petits fers par Deromele jeune, 3,375 fr,
Augurellus (L. Aurelius), Venise; Aide, i5o5. Très bel exemplaire avec les lettres initiales et Tancre des Âlde enluminées et rehaussées d'or, reliure maroquin brun avec riches dorures, beau modèle de la bibliothèque de Grolier, dont il porte VeX'libris et la devise sur les plats, 6,2 5o fr.
Augustin (Saint), Lettres traduites en françois, Paris, 1684. 6 volumes maroquin rouge, tranches dorées. Armes de Paul de Gondi, cardinal de Retz, en or, sur le dos et les plats. Reliure de Boyer, 3,65o fr.
Boydell (G. et J.) Suite d'estampes gravées d'après les peintures de la collection Catherine II, impératrice de Russie ; ouvrage connu sous le titre de The Houghton Gallery^ 2 vol. in-folio grand-aigle, 1788, avec portrait de Catherine II, par Caroline Watson, et de sir R. Walpole par J. Watson. Nombreuses épreuves ajoutées, dont beaucoup avant la lettre. Reliure en maroquin bleu par Staggemeier, 5,i25 fr.
Briennœ comitis (L. H. Lomenii). Itinerarium. Frontispice et portrait par Le Brun, vues par Silvestre et cartes par Samson; bel exemplaire relié eo maroquin rouge, couvert de dorures aux petits fers par Le Gascon, avec les armes de L. H. de Loménie, comte de Brienne, comme ornement central sur les plats. Paris, 1662, 1,900 fr.
Bry (T. de),Emblemata nobilitati et vulgo scitu digna^ Francfort, 1593-96. Exemplaire provenant de la bibliothèque du docteur Chauncy : 7,2 5o fr. Le docteur Chauncy l'avait payé 3 1 5 fr,
Buchanani (G.). Psalmorum paraphrasis poetica (première édition), chez Henri et Robert Estienne, 7,75o fr.
Buchanani, Poemata , avec autographe d'A.-G.-A. Renouant, Paris, 1579, i,35o fr.
Vues d'Angleterre et du pays de Galles, Châteaux et abbayes, 4 vol., 420 planches (1727-1740). Villes et cités, 2 vol., 68 planches (1728-1739]. Infolio oblong, 2,175 fr. Cet exemplaire a été vendu i, 3 38 fr. en 18 17.
Callot. Les misères et les malheurs de la guerre, bonnes épreuves de dixhuit eaux-fortes en premier état (avant les vers et les numéros), marges intactes. Paris, i633. Ensemble, les Misères de la guerre, titre gravé et six eaux-fortes, connues sous le nom des Petites misères, i636« Ensemble l'eau-forte intitulée Supplicium Sceleri Frœnum, montées en album, i,25o fr.
Carmina illustrium poetarum italorum^ 2 vol. Paris, 1579. Bel exemplaire, réglé, reliure en maroquin brun, portant les armes et devises de Marguerite de Valois. A la fin du deuxième volume, on a joint les œuvres de J. Sannazar. Lyon, 1459, 6,o5o fr.
CatulluSf Tibullus et Propertius. Paris, S. Colinœus, i543. Bel exemplaire réglé. Reliure de Monnier, 3,525 fr.
Don Quixot€y traduction par C. Jarvis, 4 vol., grand papier, 1801. Portrait, carte et planches, épreuves avanî la lettre, dont plusieurs en deux états avec 16 beaux dessins originaux par Stothard. Demi-reliure maroquin non rogné, tête dorée, 2,100 fr.
Don Quixote, traduction de l'espagnol par Mary Smirke, 4 vol., grand papier, 1818; planches et vignettes, épreuves sur chine par R. Smirke. (Beau-
CHRONIQUE DO LIVRE api
coup sont en trois ou quatre états et avant la lettre). Au volume III, p, 85, une épreuve sur chine, gravure à la manière noire, très rare, 1,700 fr.
Champlain, Voyages en la Nouvelle France; cartes et planches, 4 vol., Paris, 1 61 3 ; très rare, 4, 1 5a fr.
Champlain, Voyages et descouvertures faites en la Nouvelle France, jusqu'à la fin de 1618; planches, frontispice daté de 16 19, titre de 1620. Paris, 1619-1620. Rare. Reliure veau. Un exemplaire de cette édition s'était dernièrement vendu en vente publique 2,275 fr. L'exemplaire delà « Beckford library » a été adjugé seulement 1,075 fr.
Le Chevalier de la Tour et le guidon des guerres, par Geoffroy de la Tour Landry. In-folio gothique avec gravures sur bois. Paris, G. Eustace, i5i4. Raccommodage au bas de la marge du feuillet 106 et quelques feuillets piqués. Reliure maroquin marron avec dorures et tranches dorées. Très rare ; le feuillet LXXII au revers du LXXXV contient le roman de Mélibée et de Prudence.
Brunet n'en cite qu'un exemplaire, imprimé sur papier, qui s'est vendu 12 fr., dans la vente Picart ; mais il ajoute qu'il vaut 5oo fr., au moment où il écrit, 1 ,700 fr.
Chinese dramngs of temples and idols. — Dessins de pagodes et d'idoles chinoises, par Pi-Ou-Qua, célèbre artiste chinois. Quatre-vingt-sept peintures d'un grand fini, or, argent et aquarelle. In-folio grand-aigle, relié en maroquin rouge avec bordures et filets dorés, tranches dorées. Sur la garde une note autographe dit en anglais :
<K Ce beau volume, ouvrage du grand artiste chinois Pi-Ou-Qua, a été acheté à la vente de M. Bradshew 4,225 fr. (169 1.). William Beckford. » Adjugé seu* lement 3,625 fr.
Chodowiecki {Œuvres). — Collection de i, 5 60 eaux-fortes de cet artiste, pour l'illustration de Shakespeare, Don Quixote, Gil Blas, etc., avec portraits et sujets variés, belles épreuves, dont quelques-unes avant la lettre, montées et reliées en trente-trois volumes, 3,o5o fr.
Cicero. De divinatione et de Fato; de natura Deorum et ejusdem Tuscu* lanœ disputationes, 3 volumes (i 721- 172 3), bel exemplaire réglé, reliure de Boyer. Armes et cimier du comte Hoym en or sur les plats et les dos, 1,3 1 5 fr.
Ciceronis epistolœ ad Atticum M, Brutum et ad Quintum fratrem. Anvers, C. Plantinus 1567. Maroquin rouge, tranches dorées, armes du comte Hoym en or sur les plats, i,3oo fr.
Ciceronis officia, Cato major, Lœlius, somnium Scipionis, Paradoxa, en latin, et le Songe de Scipion en grec. Venise, Aide, 1517. Sur vélin, avec initiales enluminées en or et couleurs; reliure maroquin olive, doublée en aiir rouge, armes et cimier du révérend J. Williams, en or sur les plats. Seul exemplaire connu; vendu à la vente Williams 1,575 fr., il n'a été adjugé dans la vente Hamilton- Beckford que 1,22 5 fr.
Claude Le Lorrain, Liber veritatis. Collection de 3oo gravures in-folio exécutées dans la manière et le goût de ce maître d'après ses dessins originaux, par Richard Earlom (1777-18 19). 3 volumes, portraits et planches, épreuves de choix, reliure en vieux cuir de Russie doré, par Baumgarten, 3,025 fr.
Claudiani opéra, Venise, Aide, i523. Bel exemplaire relié en veau, tranches
2ça LE LIVRE
dorées par P. RofFet Le Faucheux, provenant de la bibliothèque de François I**, avec autographe de ce roi sur la garde. Les plats portent ses armes estampées en or, le dos porte la lettre F et les fleurs de lys, 2,475 fr.
Cochin. £^5/amp^5. Trois volumes contenant 121 1 modèles des œuvres du célèbre graveur Ch.-Nicolas Cochin. Atlas in-folio, 7,2 5o fr.
Coelemans. Recueil d'estampes d'après les tableaux des peintres les plus célèbres qui sont dans le cabinet de M. Boyer d^\quilles. In-folio, Paris, P.-J. Mariette. ii5 belles gravures avant le numérotage, reliure maroquin rouge tranches dorées et marbrées, par Derome, armes de M"" de Pompadour en or sur le plat, i,55o fr.
Comicorum grcecorum sententiœ, mises en vers latins avec notes par Henri Estienne. H. Estienne, 1569. Exemplaire réglé, reliure maroquin brun, avec armes et devises de Marguerite de Valois estampées en or sur le dos et les plats, tranches dorées, i ,875 fr.
P. de Commines. Mémoires, Elzevier, 1648. Bel exemplaire réglé; reliure maroquin bleu, doublé en cuir citron, filets d'or, tranches marbrées et dorées, par Deseuil, i ,400 fr.
P. de Commines. Mémoires, Nouvelle édition enrichie de notes de MM. Godefroy, augmentée par M. Tabbé Lenglet du Fresnoy. 4 vol. in-4® grand papier. Londres (Paris), 1747, avec le portrait supprimé et la dédicace au maréchal comte de Saxe, et illustré de la série des portraits par Odieuvre ; reliure maroquin rouge, tranches marbrées et dorées par Derome, avec sa marque, 3,875 fr. Les trois voyages du capitaine Cook autour du monde, 8 vol. beau papier, portraits, carte et plans (i 773-1 785).
Ensemble : la Vie de Cook, avec portrait par A. Kippis (1788) ; V Atlas du second voyage^ suite de planches, épreuves de choix, beaucoup en deux états, avant et après la lettre (1777) ; V Atlas du troisième voyage, belles épreuves de planches en deux ou trois états (avant et après la lettre, quelques-unes même inachevées), avec la mort du capitaine Cook par Bartolozzi, en deux états, ajoutée (1785). Ensemble, 9 vol. in-4* et deux atlas in-folio de planches ; magnifique reliure maroquin rouge, par Kalthœber, 3, 750 fr.
Corneille. Rodogune, princesse des Parthes, tragédie. Au Nord (Versailles, 1760) frontispice gravé par M"' de Pompadour. Bel exemplaire entièrement réglé. Jolie reliure de Monnier, en maroquin jaune doublé de noir; les plats et le dos enrichis de mosaïques de cuir et de dentelles fines dorées, gardes de soie, tranches dorées. Exemplaire personnel de M°" de Pompadour dont le timbre forme l'ornement central des plats.
L'ouvrage avait été imprimé sous les yeux de la favorite dans un appartement au nord du polais de Versailles, et seulement pour être donné. Il est actuellement extrêmement rare, 8,i25 fr.
Coryafs crudities, In-4* (161 1), planches et portraits, par Hole; reliure veau, dédicace autographe à la comtesse de Bedford, avec son portrait, par R. Cooper, d'après Hilliard, intercalé, 1,1 5o fr.
Costumes. Spécimens du costume et du type de toutes les nations. 600 dessins originaux et copies d'après des gravures rares, 8 vol. Demi-reliure en maroquin vert, provenant de la bibliothèque de lady Blessington, 2,025 fr.
De Courmesnin. Voyage du levant. In-4", grand papier. Paris, 1624. Exem-
CHRONIQUE DU LIVRE api
plaire réglé. Reliure maroquin olive, orné de riches dentelles d'or, avec les initiales de Louis XIII et d'Anne d'Autriche entrelacées et couronnées, tranches dorées, 4,075 fr.
Damerval. Livre de la Diablerie. Paris, Le Noir, i5o8, in*folio gothique, gravures sur bois, très rare et curieux, exemplaire Girardot de Préfond. Reliure maroquin rouge doublé de bleu, tranches dorées par Pasdeloup, 2,i25 fr. Avait été vendu 3oo à hi vente Mac Carthy.
Description des principales pierres gravées du cabinet du duc d'Orléans (par les abbés de la Chau et Le filond)^ 2 vol. in-folio, grand papier. Paris (1780- 1784). Reliure maroquin rouge doublé de soie, tranches marbrées et dorées. Exemplaire unique, 2,100 fr.
Deshoulières. Poésies. 2 vol. Paris (1707-17 11). Portrait d'après E.-S. Cheron par P. van Schuppen. Reliure maroquin rouge, tranches marbrées et dorées par Boyer; armes du comte Hoym, en or sur les plats, 2,025 fr.
Desormeaux. Paris (1772- 1788). Histoire de la maison de Bourbon et suite d'illustrations pour l'ouvrage, comprenant : frontispice, portraits, vignettes et culs-de-lampe. Reliure maroquin, par Derome, i ,200 fr.
Diane de Poitiers. Le livre des Statuts et Ordonnances de Vordre de Saint» Michel, sur vélin ; de la bibliothèque de Diane de Poitiers, reliure maroquin brun, orné des armes d'Henri II. (Le croissant, l'arc et le carquois de Diane, et les fleur% de lis en or sur les plats), 3,875 fr.
Dibdin. Bibliomania, 2 vol. grand papier, imprimé seulement à 18 exemplaires en 181 1; portrait rare de l'auteur, reliure maroquin rouge tranches dorées, par C. Lewis. Acheté à la vente Watson-Taylor, 983 fr. — i,i25 fr.
Dibdin. Bibliographical decameron, 3 vol. grand papier (tiré à 5o exemplaires] (181 7). Épreuves de nombreuses gravures, demi-reliure maroquin,, non rogné, par C. Lewis, 1,1 5o fr.
Dibdin. Même ouvrage avec additions de portraits, de planches et d'auto* graphes de M. Beckford, reliure maroquin rouge , tranches dorées par C. Lewis, 2,3oo fr.
Dibdin. Voyage d'un bibliographe, d'un antiquaire et d'un peintre à tra^ vers la France et l'Allemagne, 3 vol. grand papier (1821). Nombreuses gravures, dont beaucoup en deux états, avant et après la lettre ; un portrait de Diane de Poitiers, avant la lettre, et des notes humoristiques de Beckford (8 pages), 3,800 fr.
Dibdin. Souvenirs d'une vie littéraire, 2 vol. grand papier, i836, épreuves sur papier de Chine, dont beaucoup en deux états. Dédicace autographe à Francis Feeling. Reliure maroquin bleu; tranches dorées par C. Lewis, 1,5 00 fr.
Dibdin. Vojrage d*un bibliographe, d'un antiquaire et d'un peintre dans les comtés du nord de l'Angleterre et en Ecosse, 3 vol., i838. Non rogné. i,o5o fr. Doublet. Histoire de l'abbaye de Saint-Denys, in-4*, Paris, 1625 ; exemplaire réglé, reliure maroquin rouge ancien semé de fleurs de lis d'or, avec le armes de Marguerite de Lorraine, duchesse d'Orléans, au centre sur les plats. La garde porte l'inscription suivante . « Ce présent livre a esté présenté à Madame la princesse par Louis Hennequin. religieux de l'abbaye de Saint- Denis, en France, ce onze octobre 1642 ». 5, 000 fr.
Sp4 LE LIVRE
Drake. Eboracum ou Histoire des Antiquités de la cité d'York^ avec P histoire de sa cathédrale. In-folio grand papier, lyBô; extrêmement rare. Reliure maroquin rouge, tranches marbrées et dorées, 1,575 fr.
Du Chesne. Histoire généalogique de la maison de Montmorency et de Laval, avec les preuves. 2 vol. in-folio, Paris, 1624, avec nombreuses planches enluminées en couleur, or et argent; exemplaire réglé, relié en maroquin olive, tranches dorées; les plats et le dos couverts de M F et de marguerites, devise de Marguerite de Montmorency, dame de Fosseteau, en or estampé, 3,000 fr.
Dupleix. Mémoires des Gaules, in-4*, Paris 161 9. Exemplaire dédicatoire à Louis XIII. Titre gravé par J. Isaac, contenant le portrait du roi assis sur son trône. Exemplaire réglé, reliure maroquin olive, couvert de fleurs de lis en or estampé, et portant sur le dos et les plats les armes royales et des L couronnés, 4,7 5o fr.
Albert DUrer. Choix des œuvres de cet artiste. Quarante-quatre très belles épreuves de ses ouvrages les plus connus, la plupart en très bon état. Un vol. in-4*, demi-reliure maroquin.
Albert DUrer. Passion du Christ, belles épreuves de 37 gravures sur bois, avec l'inscription suivante sur le faux-titre : « Albert DUrer pictor, opt Majc, C. Graphev Dono dédit propria ipsius mano^ VH. Die Febr. An DDDXXI », in-quarto vélin ( x 5 1 1 ). i , 27 5 fr. «
Dutchs Etchings. Eaux-fortes hollandaises. Trois volumes in-folio, contenant les œuvres des maîtres hollandais les plus connus du xvn* siècle, etc. i,75o fr.
Dyalogus Creaturarutn optime moralijatus, in-folio. Gondoeper G. Leen, 1480. Première édition avec nombreuses gravures. Reliure maroquin rouge, tranches dorées, i ,450 fr.
Entrée joyeuse et triomphante de Charles IX en Paris, avec le couronnement de Madame Élisabet d'Autriche, Son épouse, et entrée de ladicte Dame (par S. Bouquet), gravures sur bois par O. Codoré; sur vélin. In-quarto. Paris, 1572. Les premières armes de Thuanus et son monogramme en or ornent le dos et les plats. 2,000 fr.
Euripidis Tragediœ, en grec, par les soins de G. Ganter, avec autographe du poète Charilaus Salmonius Macrinus, maroquin rouge, tranches dorées, par Roger Payne. Anvers, Plantinus (1571J, 1,950 fr,
Eutropius et Paulus Diaconus de gestis Romanorum. 2 vol. in-folio. Paris, i56o; ensemble : Animiani Marcellini Res Gesta fLyotif i552. Exemplaire réglé. Reliure maroquin rouge ancien; tranches dorées; les plats et le dos couverts de dentelles d'or et des devises de Marguerite de Valois, à la bibliothèque de laquelle il a appartenu, 2,5oo fr.
Fénelon. Aventures de Télémaque, 2 vol. Paris, 1707. Première édition très rare et donnant l'ouvrage intégralement d'après le manuscrit de Fauteur. Reliure maroquin rouge, tranches marbrées et dorées, par Boyer, 2,125 fr.
Fénelon. Aventures de Télémaque, avec examen de conscience pour un roi, vie, généalogie et liste des ouvrages de Fénelon. Un vol. in-folio, Amsterdam, 1734. Portrait par Drevet, bel exemplaire orné d'une double suite des superbes gravures de Picart, Polkema, Van Gunst, etc. Épreuves de choix, dont
cinq avant la lettre. Reliure maroquin bleu filets d'or, doublée de soie, tranches dorées par Brade! aîné (signé). Cette magnifique édition n'a été tirée qu'à i5o exemplaires, aux frais du marquis de Fénelon, alors ambassadeur à la Haye. L'Examen de conscience, la Vie de Fénelon, etc., supprimés par la cour de France, ne figurent que dans les quelques exemplaires distribués avant cette prohibition, 1,465 fr.
Fêtes publiques données par la ville de. Paris à l* occasion du mariage de M. le Dauphin en 1745. Un volume in-folio grand-aigle, Paris, 1745, avec belles gravures et riche reliure signée de Pasdelpup, maroquin rouge avec larges filets d'or, doublé de soie, tranches dorées. Exemplaire du roi Louis XV, portant sur les plats les armes en maroquin bleu estampé d'or, et sur le dos le chiffre cou* ronné et doré, i ,5oo fr.
Fian the sorcerer. Petit in-quarto gothique W.Wright (iSgi), racontant la damnable vie du docteur Fian, un notable sorcier d'Ecosse. Gravures sur bois. Ouvrage très rare, reliure cuir de Russie, 1 ,5oo fr.
Filholii. Sacra regum historia stersico carminé redacta. Paris 1587. Bel exemplaire réglé, reliure en maroquin rouge, tranches dorées, les plats et le dos portent en or les devises de Marguerite de Valois, à la bibliothèque de laquelle il a appartenu, i,625 fr.
Florus et Lucius Ampelius, Amsterdam. Elzevier, i63i. Reliure maroquin bleu, tranches dorées. Armes du comte Hoym, en or sur les plats, 1,21 5 fr,
Folengii (Theophilii). Opus macaronicorum^ Paganini, 1621. Exemplaire de Cir^rdot de Préfond, reliure en veau fauve ayec armes du comte Hoym sur le^
plats, 1,775 fr,
Foreign portraits. Un superbe volume atlas, in-folio, contenant une .bellç suite de quelques portraits par les meilleurs gravçur^, notamment, C. Visscher, J. Suyderhoef, Van Sompel^ T. Matham, W. J. Delph, 2,5oo fr.
France. Collection de 36 dessins de. cartes coloriées et de plans exécutés remarquablement en 1602 et i6o3 pour l'usage particulier de Henri IV, in-folio, relié 0n maroquin olive semé de fleurs de lis ; les armes du roi forment le centre de chaque plat et son H couronnée est placée à chaque angle. Chefd'œuvre de Clovis Eve, 9,375 fr. . .
Franchinini, Poemata, Some, Aide, i554, avec notes manuscrites de Beckford. Bel exemplaire avec initiales enluminées en or et couleurs, reliure maroquin rouge, plats couverts de dentelles aux petits fers dans le style de Grolier; monogramme du marquis de Menars au dos, estampé en or ; tranches dorées et gaufrées. Provient des bibliothèques de Grolier et de Thuanus, 5, 750 fr.
Frobisher. Trois voyages à la découverte du passage à Cartqya par le Nord-Ouest y impression gothique avec deux cartes très rares, 4 Bynnemann, 1578. Ensemble : Keymis(L.). Second voyage en Guyane, J. Dawson 1596, en I volume petit in-quarto, 7,5oo fr.
Iconographie de Van Dyck, Trois volumes in-folio, reliure cuir de Russie 71,250 fr.
Cette collection est considérée comme la plus belle et la plus complète qu'on ait jamais formée des œuvres du célèbre peintre. Elle se compose de cinq cents portraits, représentés chacun par trois ou quatre des premiers états d'impression, et très souvent accompagnés d'une épreuve avant la lettre. De plus. une grande
•ÇK LE LIVRE
quantité de pièces rares en plusieurs éiats portent l'empreinte delamaio de Van Dyck.
Ces trois volumes avaient été achetés 2,5oo fr. à la vente du comte Pries.
C'est le baron Edmond de Rothschild qui se serait rendu adjudicataire de ces trois volumes.
Dans une vente récente d'objets d'art qui a eu lieu fa Genève, l'histoire du docteur Festus avec 107 dessins originaux de Rodolphe Tœppffer a été acquise par un libraire au prix de 555 fr. pour le compte de M. Mirabaud, de Paris.
A Londres a eu lieu également la vente d'une remarquable collection d'autographes. Elle contenait, entre autres lettres rares, les suivantes : Correspondance deC. de Valois, duc d'AngouIème, fils naturel de Charles IX et de Marie Touchet, grand-prieur de France, condamné à mort pour conspiration, puis gracié en 1616; cette correspondance a trait aux ambassadeurs d'Angleterre, au cardinal de Richelieu, à son fils, le comte d'Alais, et au duc d'Orléans. Cette correspondance a été adjugée au prix de 5oo fr. ; treize lettres d'Henri II de Bourbon, prince de Condé, père du grand Condé, ont été vendues 2,000 fr.; vingt-six lettres de Louis II de Bourbon, prince de Condé, dît le grand Condé, adressées à de Lionne, deChavigny et au cardinal Mazarin (i63y-i66i) sur les événements politiques et militaires pendant et après la Fronde, 2,375 fr. ; 44 lettres du i-oi Louis XIII au cardinal de Richelieu, correspondance inédite et du plus grand intérêt, dans laquelle Louis XIII rend compte au cardinal de toutes ses actions, io,i25 fr.; lettre de la reine Marie Tudor au roi de France, Westminster, 14 novembre i554, i,o5o fr.; quatre-vingt-quatorze lettres de Marie Leczinska, reine de France, femme de Louis XV, plusieurs adressées au cardinal de Fleury et inédites, 13,875 fr,; plusieurs lettres de Gaston, duc d'Orléans, frère de. Louis Xill, dans lesquelles il demande pardon d'avoir conspiré contre le roi, et d'autres adressées au cardinal de Richelieu, auquel il fait sa soumission, 3,ooo fr. ; lettres de la Tour d'Auvergne, vicomte de Tureone, le vainqueur d'Arras, rapportant ses conversations avec le roi et les demandes de l'Angleterre pendant le régne de Charles II, 2,750 fr.
Le total de cette vente de précieux autographes, non publiés pour la plupart jusqu'à ce jour, s'est élevé à 52,335 fr.