BENVEN0TO CELLINI ÉCRIVAIN
a « Vita I. — Les éditions successives et les traductions. — Le manuserU original, perdu et retrouvé. — Françeseo Tatsi en donne la vraie leçon. — Tact discret de Varchi. — Les ■ Trattatit. — L'édition pr inceps a été écrite par un grammairien. — Restitution du texte de Cellini dans Cédition de M. Carlo Milanesi. — Vaine querelle sur la prééminence enfre la peinture et la sculpture. — Les sonnets. — Les lettres.
ENVENUTO pensait que tous ies ho naines, quelle que soit leur condition, pourvu qu'ils fussent véridiques et geas de bien, devaient raconter leur histoire lorsqu'ils avaient produit quelque œuvre de mérite. Suivant lui, ce n'est qu'après avoir passé l'âge de quarante ans qu'il est convenable de se livrer à une telle entreprise. Bien convaincu de la valeur de ses œuvres, et non moins persuadé que deux ou trois homicides, commis sous l'empire d'une indignation qu'il croyait légitime , n'empêchaient nullement d'être homme de bien, il se considéra comme remplissant les conditions requises pour écrire son autobiographie. Lui-mSme nous apprend qu'il avait plus de cinquante-huit ans lorsqu'il en commença le récit, au courant de la plume et de sa propre main, sur les pages d'un petit registre. Toutefois, après avoir ainsi rempli plusieurs feuillets, il se lassa de ce raétierde scribe, ou plutôt il estima que c'était perdre à ce travail un temps
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3|tf LE LIVRE
précieux, qui serait employé plus fructueusement à son art. Il déchira donc les feuillets écrits ; puis, se ravisant, il prit le parti de continuer cet ouvrage en le dictant. Il recolla soigneusement les dix feuillets déchirés et nota sur une des pages de garde la raison de sa nouvelle détermination. Dès lors, ce fut tout en s*appliquant à son métier d'orfèvre, et le plus souvent même en s'adonnant à ses grands ouvrages de sculpture, qu'il se plut à évoquer les souvenirs du passé, tandis qu'un jeune secrétaire les écrivait sous sa dictée. Le premier qui remplit cet emploi était le fils d'un certain Michèle di Goro Vesth, qui s'était, par une convention arrêtée le 29 juillet iSSj, engagé à tenir les livres de l'artiste, e lui mi ha a tenere le mia poche scritture ^, à condition d'être entretenu et logé, de recevoir un demi-écu d'or par mois, et d'avoir la faculté de continuer, suivant l'occasion, à se charger d'autres travaux en ville.
Cellini ne s'est pourtant pas toujours servi de ce même secrétaire : le manuscrit est de plusieurs mains, et de loin en loin on retrouve encore quelques rares passages de sa propre écriture. Fréquemment interrompu^ puis repris, suivant que l'auteur s'y sentait disposé, ce travail fut définitivement arrêté en l'année i562.
A une époque assez rapprochée de la mort de Fartiste, plusieurs copies ont dû être prises de ce manuscrit, passé aux mains de Lorenzo Maria Cavalcanti. Mais lorsqu'il échut à Andréa Cavalcanti, fils de Lorenzo, il ne fut plus possible de le reproduire. Le cardinal Léopold de Médicis, qui avait sollicité avec la plus vive insistance la faveur de le faire transcrire, fut lui-même éconduit, ainsi que l'affirme le fils de ce possesseur jaloux. Au jugement d'Andréa, c'était avilir le prix d'une œuvre que de la faire connaître, et cette pensée peu libérale est notée par son fils, en un quatrain, sur un des feuillets de garde dudit manuscrit. Au milieu du xvn* siècle, l'écrit de l'artiste trouva un appréciateur plus intelligent dans la personne du savant Francesco Redi *, médecin des ducs de Toscane Ferdinand II et Cosme III. Philologue distingué, Redi s'appliqua surtout à tirer de l'œuvre de Cellini ces mots heureux qui pouvaient contribuer à enrichir la langue italienne. C'était le temps où les compilateurs de l'Académie de la Crusca s'occupaient de compléter leur fameux vocabulaire. Magliabecchi ', l'érudit conservateur de la Bibliothèque fondée par Cosme III, nota aussi l'intérêt de cet écrit dans ses Notifie di scrittori fiorentini ^. Le précieux manuscrit jouissait donc d'une grande autorité parmi les érudits ; mais ce n'était là qu'une gloire bien vaine, hélas ! car il avait malheureusement disparu, et longtemps on dut croire à sa perte irréparable. Combien les curieux n'eurent-ils pas alors à maudire la sotte jalousie de ce possesseur égoïste qui, pour conserver plus de prix à son trésor, faillit, en effet, en priver pour toujours le monde intellectuel 1 Et combien plus avisé avait été le cardinal Léopold de Médicis, qui souhaitait d'en assurer l'existence par la création d'un duplicata fidèlement transcrit !
I. Docament de U Biblioteca Riccardiana, a. Né en 1626, mort en 169^