‹ Le livre (volume 2)Chapitre 8 sur 107 · MOLIÈRE ILLUSTRÉ PAR BOUCHER · texte numérisé non relu

MOLIÈRE ILLUSTRÉ PAR BOUCHER

NE fort jolie publication, que fait en ce moment la librairie Lefilleul, — ïçs eaux-fortes de M. T. de Mare, d'après les dessins de Boucher pour illustrer les œuvres de Molière, — nous fournit l'occasion d'esaminer les diverses éditions dans lesquelles ont paru des gravures d'après ces dessins. Comme nous allons procéder par ordre chronologique, le tour des eaux-fortes nouvelles viendra plus tard, à la £n de cette étude.

Molière, selon nous, n'a jamais eu d'interprète plus gracieux et même plus vrai, que ce peintre léger si fantaisiste, du temps et de la cour de M" de Pompadour, François Boucher. Nous sommes heureux de nous rencontrer en cette opinion avec un écrivain homme du monde très autorisé, M. le baron Roger Portails, qui a consacré plusieurs pages à Boucher dans son livre : les Dessinateurs d'illustrations au dix-huitième siècle.

It faut dire cependant que les dessins de Boucher pour illustrer Molière ont eu des détracteurs. Brunet, l'auteur du Manuel du libraire, entre autres, les traitait avec assez de dédain, et Michaud, dans sa biographie, déclare que ces dessins sont dus < à la déplorable facilité du pinceau de Boucher >. Ils furent esquissés, il est vrai, plutôt que terminés, mais avec une tcUe verve qu'ils ont conservé un caractère artistique difficile & rencontrer dans des illustrations de volumes.

Tout en o enlevant ■ d'inspiration ces sujets pleins- de mouvement et de vie. Boucher ne négligea pas le cfité vrai et historique, car ses personnages ont certainement les physionomies et les costumes de l'époque où Molière composa

et fit jouer ses chefs-d'œuvre. Cette exactitude ne s* est guère retrouvée chez les autres artistes, qui ont essayé avec plus ou moins de succès d'illustrer Molière.

Dans l'atelier d'un graveur nommé Cars, où il avait passé quelque temps dans sa jeunesse à dessiner des attributs pour des thèses d'étudiants, Boucher avait eu pour camarade Laurent Cars, le fils de son maître, qui à cette époque était élève comme lui et devint depuis un artiste de talent. Ce fut cet ancien camarade qu'il chargea d'exécuter les gravures de ses dessins pour Molière, et il faut dire qu'il n'eut pas lieu de le regretter.

Voici ce qu'écrit M. le baron R. Portalis à propos de ces belles illustrations :

« Nous laisserons de côté le peintre pour nous occuper plus spécialement du dessinateur et du vignettiste. Le frontispice pour Régnier (lySS) précède sa principale œuvre, la série de dessins qu'il fit pour Molière (1734), si bien traduite et gravée par son ancien camarade Laurent Cars ; illustration magistrale, qui a été fort critiquée, et qui est peut-être ce qui a été fait de mieux comme expression et comme costumes, pour les œuvres C2 notre grand écrivain dramatique.

« Ce sont vraiment les dessins d'un peintre. Exécutés avec une grande liberté d'allures et un certain respect de la tradition, encore peu éloignée, ils semblent être l'exacte interprétation de la pensée du grand poète comique. Ceux de V École des femmes et des Précieuses sont tout particulièrement réussis et ont a le fin sourire d'une figure et d'une physionomie de femme du temps ». Enfin les quelques eaux-fortes qui ont été tirées sont très spirituelles et souvent supérieures aux gravures finies. »

Ajoutons que èes dessins font partie maintenant de la splendide collection laissée par le regretté M. le baron James de Rothschild. Il les avait achetés en 1868, à la vente de M. le baron Pichon, au prix de 28,600 francs.

L'édition dans laquelle parurent ces dessins fut publiée en 1734, à Paris, par l'imprimeur-éditeur Prault, aux frais du libraire David. Elle se composa de

6 volumes in-4*, imprimés avec soin, en très beaux caractères. Le texte en est excellent ; il fut revu minutieusement, d'après les éditions originales, par l'éditeur Marc-Antoine Joly, qui devait être très apte à ce travail, étant lui-même auteur et censeur dramatique.

Les gravures d'après Boucher s'y trouvent au nombre de trente-trois, c'està-dire une pour chaque pièce, plus celles du prologue de Psyché et de celui d'Am' phitryon. — En outre on y voit une grande quantité de fleurons, vignettes et culs-de-lampc, dessinés par Boucher, Blondel et Oppenort, les gracieux ornemanistes du temps, et gravés par Laurent Cars et JouUain. En tête du premier volume on plaça un beau portrait de Molière, par Lépicié, d'après Coypel, portrait qui, d'après les tableaux du temps de Molière, est encore un de ceux qui ont le moins défiguré le grand poète.

Cette édition, qui date maintenant d'un siècle et demi, est restée, selon nous, malgré les frais et le luxe avec lesquels on a souvent publié les œuvres de Molière, la plus remarquable qui ait jamais été faite.

Quant au tirage des gravures, il fut exécuté sur deux papiers différents : d'abord sur grand papier de Hollande, de formation in-folio, à quelques exem-

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