‹ Le livre (volume 2)Chapitre 9 sur 107 · MOLIERE ILLUSTRE PAR BOUCHER · texte numérisé non relu

MOLIERE ILLUSTRE PAR BOUCHER

plaires seulement, avec un texte de même taille ; ensuite sur papier vergé fort, dans le format in-4*' de Tédition. Nous avons vu il y a quelques jours cher M. Auguste Fontaine, libraire, un exemplaire complet des gravures du format in-folio, et nous avons pu remarquer une très grande différence de beauté avec les gravures in-4*'. Les épreuves du grand format sont merveilleuses.

Sous la même date de 1734, on publia une seconde édition in-4'^ ou peutêtre plutôt un second tirage du texte et des gravures de la première. Quoi qu'on en ait dit, la qualité des épreuves de ces deux tirages n'est pas tellement différente qu'on puisse les distinguer à première vue. Aussi n'a-t-on pas trouvé d'autre moyen de les reconnaître que de consulter quelques endroits du texte» auxquels furent faites, dans la seconde édition, de légères corrections typographiques. La plus connue de ces corrections est celle qui fut faite dans le VI* volume, à la 12* ligne de la page 36o, la Comtesse au lieu de la Comteesey comme on lisait dans la i'* édition. Une autre particularité, qui a été signalée par M. Lacroix dans la Bibliographie moliéresque, est l'omission, dans le second tirage, de deux vers à la fin de la page 8, dans VÉtourdy. Voici ces deux vers qui se lisent dans la première édition et ne se trouvent pas dans la seconde :

Et pourrions, par un prompt achat de cette esclave, Empêcher qu'un rival vous prévienne et vous brave.

Il existe d'autres remarques non signalées et très caractéristiques, dans le tome I*' par exemple : après l'Avertissement, qui se termine à la page XV (avec le verso blanc), se trouve, dans l'une et l'autre édition, un faux-titre : Mémoires sur la vie et les ouvrages de MolièrCj au recto d'un feuillet, dont le vei-so est blanc. Ce feuillet, dans la i'* édition, ne porte aucune signature et n'est compté ni dans la pagination ni dans le nombre de feuillets du cahier ; de sorte que le feuillet suivant, dont le titre Mémoires, etc., se trouve reproduit en tête, porte au bas les signatures TOME I. — C, et est coté XVIII au verso (la pagination XVII du recto étant en blanc).

Dans la 2* édition, au contraire, ce même faux- titre avec verso blanc est signé TOME I. — C, et compte dans la pagination pour les pages XVII (en blanc) et XVIII (chiffrée). Par conséquent le feuillet suivant, avec titre Mémoires, etc., en tête, est coté XIX (en blanc) au recto et XX au verso.

Par suite de cette différence, dans la i'* édition, la dernière page de ces Mémoires est cotée Lxj au recto; le verso, contenant l'approbation et le privilège, est coté Lxij, et les pages suivantes et dernières des préliminaires, contenant la table, sont cotées, par erreur, Lxv à Lxx. — Tandis que dans la 2* édition la dernière page des Mémoires porte le chiffre Lxiij, V approbation et le privilège, au recto, portent le chiffre Lxiv, et les 6 pages de table sont cotées, toujours par suite de la même erreur, Lxvij à Lxxij.

Une semblable particularité se rencontre plus loin, dans le même volume, au commencement du Dépit amoureux. Dans l'une et l'autre édition le fauxtitre porte la signature TOME I. — R. Mais dans la i** ce feuillet est précédé d'un feuillet blanc auquel il correspond, ce qui forme un demi-cahier. Le feuillet suivant, où covMiitnceV acte premier,^ est de nouveau signé R et les signatures

se continuent ensuite régulièrement. — Dans la 2*, le feuillet qui suit le fauxtitre est coté R ij et il n'a pas de feuillet blanc correspondant*

Les signatures se continuant ainsi dans Tune et l'autre édition [jusqu'à la un du volume, il en résulte que dans la i**, le dernier feuillet du tome I*' étant le 4" du cahier Ss ne porte pas de signature, tandis que dans la 2* édition ce dernier feuillet est signé ^t, et le feuillet suivant qui y correspond doit être blanc.

Le nombre de pages de ce tome I*' est le même, 33o, dans les deux édi* tions.

On voit bien par*ci par-là quelques différences analogues dans les autres volumes ; mais celles que nous venons de citer suffiront à distinguer les deux tirages.

Les figures de Boucher furent souvent reproduites ou imitées en petit format, dans plusieurs éditions du xviii* siècle. Quelquefois elles furent même gravées avec talent, comme par exemple, dans l'édition de format petit in- 12, qui parut en 1741, à Amsterdam, chez Wetstein et Smith, en 4 volumes. Le graveur J. Punt les traduisit avec beaucoup d'art et de grâce pour cette édition, en y mettant toutefois un peu du sien, surtout en ce qui touche aux ombres et au fini des sujets. On réimprima d'ailleurs ces gravures dans les éditions de 1743, 1744, 1749, 1750, sans compter les contrefaçons qui en furent faites. Enfin en 1765, comme les planches étaient usées, l'éditeur les fit retoucher ou plutôt regraver presque entièrement par N. Frankendael, qui s'acquitta de ce travail avec beaucoup de soin. On publia ces nouvelles gravures dans l'édition en 6 volumes in- 12 portant la rubrique : Amsterdam et Leip^çig, che^ Arkstée et Merkus; cette édition, assez jolie, est encore recherchée.

Dans l'intervalle, en 1 749, la Compagnie des libraires avait publié une édition en 8 volumes in- 12, pour laquelle des gravures avaient été faites par Fessard, à peu près dans le format de celles de Punt, mais avec bien moins de talent. Un second tirage, fort médiocre de ces figures, fut fait dans une réimpression publiée par les mêmes libraires en 1753. Le texte de cette réimpression est beaucoup supérieur aux gravures.

En 1760, l'éditeur Prault fit aussi réduire les grandes figures de sa première édition, par le graveur Legrand, et donna une édition en 8 volumes in- 12, imprimée par Lebreton, avec un texte moins serré que celui des éditions citées précédemment; mais les gravures de Legrand sont de beaucoup inférieures à celles de Punt et même à celles de Frankendael.

Les autres éditions qui parurent à Paris ou à l'étranger, avec des nouveaux tirages ou des copies des mêmes gravures, ne méritent pas d'être citées ; mais il faut constater que ces sujets de Boucher furent reproduits à un nombre infini d'exemplaires et obtinrent toujours beaucoup de succès.

De nos jours la rage du xviii* siècle est passée dans le sang des collectionneurs et des amateurs de toute sorte. On fait mécaniquement de si exactes, mais si peu artistiques reproductions des œuvres d'art de cette époque gracieuse, qu'une œuvre aussi remarquable que celle de Boucher ne pouvait manquer de tenter un véritable artiste. Aussi M. T. de Mare — qui a déjà gravé avec tant de talent les figures d'après Fragonard pour les Contes de La Fontaine, en petit format, de la jolie collection publiée par le libraire Conquet — n'a-t-il

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pas laissé passer l'occasion de produire encore quelques petits chefs-d'œuvre de gravure. Jusqu'à présent les figures d'après Boucher n'existaient que dans les deux formats extrêmes, in-folio et petit in-ia. M. de Mare et M"" Lefilleul ont eu l'excellente idée de les publier, cette fois du format in-8°,quiest cartes le plus convenable et en même temps le plus commode pour ce genre d'ouvrages.

Ces reproductions à l'eau-^orte sont charmantes ea tous points. Oa voit que M. de Mare connaît à fond l'art du xviii* siècle, car, en réduisant ses gravures d'après celles de la grande édition de 1734, il a su conserver à ces sujets rapetisses le caractère que Laurent Cars avait si bien donné à ses grandes figures. On sent qu'ici l'homme de métier, le graveur prodigieusement habile, est doublé d'un artiste de grand talent, car, malgré la rigoureuse exactitude avec laquelle ces reproductions sont faites, on y rencontre une note personnelle, dont l'artiste vrai ne peut jamais se départir. Nous avons eu l'occasion de causer avec M. de Mare de tontes ces gravures, qu'il paraît soigner avec tant de conscience; il en parle avec feu, avec amour et on voit, comme il le dît luimême, • qu'il ne travaille pas seulement pour gagner de l'argent, mais qu'il est heureux vraiment quand il a pu produire une œuvre d'arts, lorsque tant de gens qui s'intitulent artistes songent avant tout à produire des œuvres d'industrie et de commerce.

Cette belle publication n'est pas encore terminée ; elle ne tardera pas à l'être, car 26 gravures sur 33 ont déjà été livrées aux souscripteurs. Nous ne pouvons nous empêcher de citer, comme ravissants de dessin et de gravure, les sujets des Précieuses ridicules, de la Critique de l'École des femmes. Don Garde de Navarre, Sganarelle, Georges Dandin, le Prologue de Psyché, l'Avare, le Sicilien ou l'Amour peintre, tes Amants rnagnifiques, surtout. C'est cette dernière que nous avons tenu à offrir à nos lecteurs comme spécimen de l'œuvre, car c'est une de celles dans lesquelles le talent de Boucher et aussi celui du graveur se révèlent de la fa^on ta plus gracieuse. Il existe un premier état de ces eaux-fortes, que l'on a tirées à petit nombre d'exemplaires avant de les terminer. Ce premier étal rappelle à s'y méprendre les jolies ébauches à la pointe et au trait seulement, que les plus grands artistes du xvni' siècle excellaient à tracer et dont ils gardaient des épreuves avant de parachever leurs gra-

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