‹ Le livre (volume 2)Chapitre 86 sur 107 · Lettre inédite, de la propre main de Voltaire · texte numérisé non relu

Lettre inédite, de la propre main de Voltaire

Vous m'avez perdu et déshonoré pour gagner un peu d'argent: — vous ne pouvez vous excuser en me disant que vôtre manuscrit que vous avez acheté d'une main étrangère, est lui-même plein de fautes. Il était de vôtre honneur et de votre intérêt de consulter des hommes — habiles, comme Kœnig et M. Cheisse. Ils auraient daigné vous indiquer toutes les erreurs dont vôtre ouvrage fourmille, ou plutôt ils vous auraient conseillé de ne — point donner au public cet avorton ridicule. Ce manuscrit n'est point mon ouvrage ; il — n'en est que la quatrième partie défigurée, altérée, et entièrement méconnaissable. — Vous avez sans doute bien des reproches à vous faire, de m'avoir i modo lé si cruellement, et d'avoir envolé l'ouvrage en France sous mon nom. Je sais bien que vous n'avez pas eu — intention de me nuire, et je suis persuadé ~ que vous écouteriez les conseils de votre probité si elle pouvait servir à réparer le mal que •— vous m'avez fait. Je vous prie au moins d'empêcher M. Rousset vôtre ami de me déchirer davantage dans ses feuilles périodiques, et d'insulter à mon malheur. Je sais supporter très patiemment mes infortunes ; mais j^avoue *— qu'il est douloureux pour moi de voir que, tandis que vous me perdez absolument, vôtre ami ne cesse de m'outrager. Je vous prie de lui donner la lettre ci-jointe; il vçrra par cette lettre qu'il a aussi peu de raison de m'offenser^ que vous en avez eu de me nuire. Je suis avec douleur, mais sans aucun ressentiment contre vous, vôtre très humble et obéissant serviteur.

Voltaire.

Neaulme écrivit au pied de cette lettre : « Quel contraste ? que peu tK)n leur dire ? Il veut que mon édition soit pleine de fautes; cela n'est pas, ainsi il faut se taire sur ce point. »

Neaulme ne manquait pas de se défendre, et quoique ses réponses ne soient pas connues jusqu'à présent, on peut croire qu'il informait Voltaire de nouveau de quelle manière il était entré en possession de ce manuscrit et qu'il se rapportait à ce qu'il avait écrit dans l'avertissement imprimé à la tête du tome I*' de l'Abrégé où il avait dit toute la vérité. De plus, il semble qu'il ait osé écrire à Voltaire qu'il ne pouvait supposer qu'un autre manuscrit n'existait pas. Voltaire lui répondit :

A Colmar, 28 février i7S4**

En vérité vous êtes un homme étrange. Votre lettre du 23 et toutes les autres ressemblent à votre malheureux Abrégé de l'Histoire universelle. Tous les faits 7 sont estropiés.

i** Rousset a bien fait de critiquer ce livre rempli de fautes absurdes qui n'y seraient pas si vous m'aviez consulté avant de l'imprimer.

2* Vous prétendez toujours que mon véritable manuscrit n'existe pas, et moi je vous avertis que j'ai déjà fait venir de Paris 1,264 feuillets de ce manuscrit véritable, et que j'en ai constaté l'authenticité par-devant deux notaires.

3^ Vous m'avez forcé à remplir ce devoir par l'avidité imprudente que vous avez eue d'acheter et d'imprimer sans m'en donner avis un manuscrit si tronqué, si confus, si altéré et si ridicule.

4^ Vous me forcez à faire imprimer ce procès-verbal authentique pour me justifier auprès du roi de l'édition de votre malheureux ouvrage à laquelle je suis bien loin d'avoir part.

50 Vous ne me parlez jamais dans vos lettres que du petit profit que peut vous valoir cet indigne [livre et vous ne songez pas que vous m'avez perdu sans ressource en osant y mettre mon nom, comme si vous ignoriez que la calomnie pénètre aisément à Toreille des rois et la vérité — difiicilement. Sachez que je suis gentilhomme de la

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