IV
conservée au Musée Carnavalet (collection de Lîesville), représente le buste de Napoléon III, alors Président.
Quant au canif, scalprum, petit couteau à manche court, à lame un peu longue et cambrée, comme Tindique Montfaucon dans sa Paléographie grecque, et dont les copistes anciens {librarii) se servaient pour tailler le roseau avec lequel ils écrivaient, son origine est fort ancienne. L'an 6o3 avant J.-C, le livre des prophéties de Jérémie ayant été présenté au roi Joachim, ce prince ne pouvant en supporter la lecture, qui condamnait son impiété, il le lacéra avec le canif d'Elisama, son secrétaire. Tout porte à supposer que cet instrument ressemblait aux canifs dont se servent encore aujourd'hui les Persans, lesquels, nommés qalam térâch, ressemblent plus à de petits couteaux qu'à nos cani£s, comme on le voit dans VEssai de calligraphie orientale^ à la suite du Cours d^arabe moderne^ par A. Herbelin, ouvrage extrêmement précieux par les détails qu'il renferme et par la parfaite exécution des planches dont il est orné.
Les poètes de V Anthologie grecque, dans leurs épigrammes votives, ont célébré « le canif qui taille les roseaux au bec pointu », le fer qui façonne le roseau « avec sa pointe et sa lame », ainsi que la pierre à aiguiser, pour affiler cet instrument. Chez les Romains, tempère calamum signifiait « tailler la plume ». Cicéron s'est servi de ce terme : calamo et atramento temperato, a après avoir aiguisé le roseau et éprouvé l'encre ». C'est pour cela que les Italiens modernes appellent le canif temperino. Un scalprum original découvert à Rome dans des fouilles nous montre que quelquefois le manche des canifs était d'ivoire ou d'os et que la lame, en se fermant, entrait dans une rainure qui y était pratiquée, comme cela se fait maintenant.
Un passage du dictionnaire latin de Jehan de Garlande donne à penser que de son temps on connaissait déjà les canifs à coulisse. Toujours est-il que les princes et les grands en . possédaient de non moins curieux sous le rapport de l'art. U Inventaire du duc de Berry, dressé en 141 6, mentionne en efiTet < un canivet dont le manche est d'argent esmaillé ». Quoi qu'il en soit, le canif devint dès lors une arme dangereuse entre les mains des écoliers. On lit dans la Bataille des sept ars (xiv^ siècle) :
... H auctor se desfendoient
Qui de grandes plaies lor fesoient
De caniveçons et de greffes (styles).
Le chant d'Hugues de Lincoln ( 1 260) confirme la même remarque.
Agim le Ju, ton knivet prent Et perce la coste de l'innocent.
Jusqu'au xvii* siècle^ on tailla les plumes à l'aide de canifs fabriqués, suivant le Livre commode, année 1692, à la Masse et au Pistolet, rue de la Coutellerie. Dans l'édition de 1691, c'est c le coutelier de l'Antonnoir {sic) rue aux Ours», qui est recommandé pour ses canifs. Mais les meilleurs venaient de Toulouse. Dans la comédie de Protée, jouée en i683 et publiée dans le théâtre italien de Ghérardiy une épée ayant été saisie sur un clerc du Châtelet^ malgré la défense
de porter cette arme, le juge dit : « Nous ordonnons que, par provision, Tépée du clerc sera mise au greffe ; ensuite portée chez le coutelier de la Bazoche, pour être convertie en canifs de Toulouse, qui seront distribués aux pauvres clercs qui en ont besoin. »
Le xvn* siècle vit naître aussi la mode des canifs qui taillaient les plumes d'un seul coup. Dès 1666 l'Académie des sciences avait déjà approuvé cette utile invention, dont on se moqua pourtant plus tard, dans les Mémoires de la Calotte :
... Ces canifs si fort prisés Et qui taillent plume aussi vite Qu'un lièvre qui part de son gîte; Secret au moins aussi savant Que sont les chariots à vent Et les carrosses inversables...
Les canifs en question paraissent avoir donné l'idée des taille-plumes mécaniques, usités au xviii* siècle. Il en existe un spécimen au musée du Louvre, dans la collection des Objets de bronze, cuivre, fer, étain, etc.
Parmi les canifs remarquables au point de vue historique, on en cite un qui laisse bien loin derrière lui les célèbres canifs à seize lames de la ville de Sheffield, et qui fut exécuté en 1606 par l'Allemand Léo Prônner, sculpteur d'objets microscopiques, pour l'archiduc d'Autriche. Le manche était à treize tiroirs, contenant des psaumes sur parchemin en vingt et une langues, quinze cents outils divers, cent pièces d'or, une chaîne de plus de quinze centimètres de longueur et de cent anneaux, un noyau de cerise couvert d'armoiries, vingtquatre assiettes en étain, douze couteaux en acier et à manche de bois, autant de cuillères en buis et un cheveu d'enfant divisé dans son épaisseur en dix parties. La longueur de ce canif magique ne dépassait pas dix centimètres.
N'oublions pas le grattoir, dont les anciens faisaient un fréquent usage. On a des exemples de l'emploi de cet instrument dans les palimpsestes^ parchemins que l'on avait grattés pour faire disparaître l'écriture dont ils étaient recouverts, afin de s'en servir une seconde fois et d'y tracer de nouveaux caractères. Par la suite, les savants ont donné le nom de palimpsestes à des manuscrits dont les caractères apparents et lisibles, quoique remontant eux-mêmes à une assez haute antiquité, recouvrent une écriture plus ancienne encore. Il paraît probable que cette habitude d'effacer, pour écrire sur le même papier, remonte jusqu'aux libraires grecs et romains, et qu'ils avaient recours à ce procédé quand la composition confiée en premier lieu au parchemin présentait peu d'intérêt et avait peu de valeur.
Le moyen âge connut aussi le grattoir. Grégoire de Tours {De gloria mar^ tj'rum)^ dans son éloge de Cassianus, nous apprend que de son temps la forme des styles avait été sensiblement modifiée : pour les mieux approprier à leur office de grattoirs, les deux côtés de la palette qui en formait le sommet étaient devenus tranchants. Une miniature de manuscrit de la bibliothèque de Sigmaringen représente saint Grégoire écrivant de la main droite sur une feuille de parchemin, et de l'autre tenant un instrument courbe ayant l'apparence d'un grattoir. La vignette d'un manuscrit de la Bibliothèque nationale intitulé Pro-
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verbet-t adages, allégories, portraits, etc. (xv* siècle), nous montre également un encrier et le grattoir à lame recourbée indispensable pour écrire sur le vélîn. L'emploi du grattoir est encore constaté au xv* siècle, par un très curieux manuscrit de deuil de l'ancienne collection Germeau. Les pages de ce manuscrit, selon M. Alfred Darcel, sont peintes en noir, et les lettres qui s'y détachent en blanc ont été enlevées au grattoir par un ouvrier fort habile à manier cet instrument qui jouait un si grand rôle dans la calligraphie du moyen âge, que les évangélistes d'un manuscrit grec de la collection de M. A. Firmin-Didot le portent d'une main et la plume de l'autre. On lit même des grattoirs qui sont conservés aujourd'hui comme des objets d'art. On voit, en effet, au musée du Louvre, collection Sauvageot, un grand grattoir en ter doré, ayant appartenu à Borso d'Esté, premier duc de Ferrare et de Modène (1453-1471).
L'usage du grattoir s'est perpétué jusqu'à nos jours. Aussi peut-on appliquer à beaucoup de gens de notre époque ce que le sieur d'Elsternod, dans la première partie de l'Espadon satirique, contre les ambitieux de cour, disait des faux nobles de son temps, c'est-à-dire que la plupart descendaient simplement d'un procureur, d'un fripier, ou n d'un gratteur de papier mal escript >.
Spire Blondbl.