‹ Le livre (volume 2)Chapitre 98 sur 107 · WILLIAM BECKFORD · texte numérisé non relu

WILLIAM BECKFORD

(W. Bic.fo.D.)

L y aurait une étude curieuse etiméreS' santé à &ire sur les auteurs qui ont écrit dans des lances autres que les leurs. Je n'ai pas l'intention aujourd'hui d'essayer cette étude, ni mSme de dresser une liste chronologique et complète des Anglais qui ont écrit en français, mais tout simplement d'appeler l'attention des lecteurs du Livre sur un écrivain qui a manié le français avec autant de facilité et d'élégance que sa langue maternelle.

Personne n'a assurément plus de droit que William Beckford à occuper une place dans le temple de gloire que le Livre érige à ceux qui s'occupent des livres. — Quoiqu'il ait produit des ouvrages distingués, je ne prétends pas le placer au rang des grands écrivains; mais c'était assurément un collectionneur, un chercheur, un fureteur des plus remarquables. Ayant reçu une éducation brillante, possédant une fortune immense, doué d'un esprit très au-dessus de la moyenne, d'une grande aptitude à l'étude et d'une mémoire merveilleuse, ainsi que d'un goût exquis, il s'en-

toura de tout ce qu'il pouvait trouver de précieux en objets d'art, et sut se former une bibliothèque composée de livres rares et splendides, qu'il lisait, et qu41 annotait, en grande partie, de sa propre main. Ces objets de valeur inappréciable, ces volumes somptueux, se dispersent à l'heure actuelle ; le nouveau possesseur par droit d'héritage n'étant pas homme à apprécier les trésors qui lui ont été légués*.

William Beckford, dit de Fonthill Abbey, né à Fonthill le 29 septembre 1759, mort à quatre-vingt-cinq ans le 2 mai 1844, était le fils d'un homme non moins remarquable. William Beckford père, membre du parlement, ami et fervent partisan du célèbre Earl of Chatham, deux fois lord-maire de Londres, a été honoré, dans le Guild-Hall (où sa voix s'est fait si souvent entendre en faveur de la liberté et du patriotisme), d'un monument à côté de Nelson, de Wellington, de Chatham et de William Pitt. Il mourut en 1770, quand son fils n'avait par conséquent que onze ans , de sorte qu'à sa majorité notre Beckford se trouva possesseur d'une fortune d'un million en argent comptant, et d'un revenu de cent mille livres sterling par an. Par suite de l'aversion qu'avait sa mère contre les universités anglaises, il fut envoyé en Suisse pour terminer ses études.

En 1778, il alla rendre visite au philosophe de Ferney, âgé alors de quatrevingt-quatre ans. Les visiteurs (Beckford et son tuteur) furent reçus d'abord par M™' Denis et présentés par elle à Voltaire, qui les accueillit avec grande politesse, « Vous voyez, messieurs, dit Voltaire, un pauvre octogénaire qui va bientôt quitter ce monde. » Après quelques observations sur sa personne, il se tourna vers le jeune Beckford et lui adressa quelques mots très flatteurs à l'endroit de son père. Beckford dépeint Voltaire comme très courbé, quoique d'une taille haute, d'un teint brun, avec des yeux grands et fort expressifs.

Son éducation finie, il revint en Angleterre, mais, presque immédiatement après les fêtes de sa majorité, il recommença ses voyages, et visita successivement l'Allemagne, la France, l'Italie, l'Espagne, et surtout le Portugal, qu'il aimait beaucoup, et où il demeura assez longtemps.

En 1783, Beckford épousa lady Margaret Gordon, fille del'Earl d'Aboyne, dont il eut deux filles. Trois jours après la naissance de la seconde fille (devenue plus tard duchesse d'Hamilton *), M"^ Beckford prit la fièvre et mourut à Vevey, en 1786. Inconsolable de la perte de sa femme, qu'il aimait beaucoup, Beckford reprit ses voyages à travers l'Europe. Enfin il se décida à s'établir en Angleterre et commença bientôt le grand travail de sa vie : la construction de Fonthill Abbey. Bien que cela en vaille la peine, il n'est pas dans mon intention

1. Dans la vente récente de ses livres, à Londres, chez Mess" Sotheby, le |o juin i88a, le lot n* 7j$, Transcripts from the autograph. Notes written by M, Beckford on the /ty-leaves of varions works in his library, 7 yo/., tnanuscript, se vendit pour i$6 livres sterling. Cette vente se trouve notée dans le Livre, numéro de septembre 1882. Cette notice renferme deux petites erreurs. Ce n'est pas la « bibliothèque Hamilton » qui s'est vendue, mais celle de Beckford ; les livres ramassés par le duc d'Hamilton se vendront plus tard. 11 y est dit que « la vente de la bibliothèque Hamilton et Beckford est aujourd'hui terminée m. Jusqu'à présent, nous n'avons eu que la dispersion de la première partie, first portion, de la bibliothèque Beckford, jusqu'à la lettre F. Il y aura encore deux ventes des livres de Beckford, dont la seconde doit avoir lieu prochainement.

2. C'est parce mariage que le duc d'Hamilton actuel a hérité de li collection de Beckford.

LES ANGLAIS QUI ONT ÉCRIT EN FRANÇAIS jBj

d'essayer d'ébaucher les splendeurs de ce palais vraiment oriental, qui fut un si grand sujet d'étonnement et de curiosité pour ses contemporains. Beckford surveilla tous les travaux en personne et prit plaisir à voir s'élever jour par jour ce bâtiment somptueux, et les beaux jardins s'embellir encore davantage. Dans ce château princier il reçut, en 1800, la visite de lord Nelson, de sir William et de lady Hamilton. Pour rendre l'édifice, qui n'était pas encore terminé, digne de recevoir ces hôtes distingués, 5oo ouvriers travaillent jour et nuit. Le festival, qui dura trois jours, fut d'une splendeur inouïe. Lady Hamilton, qui était l'amie du héros du Nil, et dont le talent théâtral est bien connu, y ajouta l'agrément de son chant et de son jeu dramatique. Quand le dîner fut achevé et la société réunie dans la bibliothèque, lady Hamilton entra en costume d'Agrippine, portant une urne en or contenant les cendres de Germanicuspour exciter le peuple à venger son mari, victime de la tyrannie de Tibère

Mais Beckford n'était pas destiné à jouir jusqu'à la fin de ses jours de ce superbe Fonthill Abbey, pour lequel il avait dépensé tant de soins et une somme d'argent importante. Il avait toujours vécu d'une façon princière, entouré de gens de science, dé gens de lettres, d'artistes, et d'un nombre prodigieux de domestiques. Vinrent les mauvais jours; il subit des pertes, des revers. Par un jugement contradictoire, il perdit une propriété dans la Jamaïque, qui lui rapportait 3o,ooo livres sterling par an*. Il fut forcé de vendre Fonthill Abbey, d'où il emporta ses livres et objets d'art les plus précieux, pour se retirer à Bath, où il demeura le reste de sa vie.

On a reproché à Beckford, sans doute avec raison, une fierté quasi orientale, et une impétuosité assez semblable parfois à celle d'un enfant gâté; mais c'était un ami zélé, et il possédait un cœur sensible et tendre. Il était passé maître dans la littérature et les principales langues de l'Europe, et il avait appris de sa propre initiative, malgré ses professeurs, le persan et l'arabe ; car les littératures de l'Orient exerçant toujours une grande fascination sur lui, il lisait avec avidité les contes de ces pays merveilleux.

Mais sans parler ici plus longuement de l'homme, qui est secondaire pour les lecteurs du Livre ^ considérons ses livres, ce qui est le point important de cet article.

Voici les ouvrages en anglais dont il est l'auteur :

1. Biographical Memoirs 0/ extraordinary painters, London. Printed for J. Robson,

New-Bond street. M. DCC. LXXX.

In-8®, i58 p. avec 4 pages non numérotées (TA averti sèment et Errata, une légende en grec sur le titre. Une nouvelle édition, a new édition, a été donnée en 1834, à Londres, par R. Bentley, in- 12 de i5o p., avec un frontispice.

2. Dreams, waking, thoughts and incidents; in a séries of letters, from various

parts of Europe. London. Printed for J. Johnson, Saint PauPs Church-Yard; and P. Elmsly, in the Strand. M.DCG.LXXXIII.

In-4<', 334 p. avec 16 pages non numérotées de titre et contenu, un beau frontispice, signé, gravé par F. Bartoiozzi, d'après le dessin de G.-B. Cipriani. Cet ouvrage

I. Le juge qui a rendu ce jugement l'accompagna par la remarque consolante : « qu'il restait encore toujours assez d'argent à M. Beckford. »

a été absolument supprimé, peut-être n^en existe-t-il pas plus d'une douzaine dVxemplairesé

3. Letters and observations, written in a short Tour through France and Italy. By a Gentleman. Salisbury. Printed by E. Easton. M.DCC.LXXXVI.

hi-8*| 172 p« avec 4 pages non numérotées de titre et introduction, légende en latin sut le titre. Ce volume n'a été imprimé qu'à 40 exemplaires seulement. Cet ouvrage est généralement attribué à Beckford < ; je ne puis pas affirmer positivement qu'il soit de lui.

4. Popular taies of the Germons. Translated from the german. In two volumes. Vol. I. London. Printed for J. Murray, 32, Fleet street. M.DCC.XCI.

In- 12, XI -264 et 284 p. Les contes sont : vol. I. A Dialogue consisting chiefly of soliloquies. — Richilda, or the Progress from Vanity to Vice. — The Chronicles of the three sisters. — The Stealing of the veil, or the taie of la Mongolfier. — Vol. II. Elfin Freaks, or the seven legends of numbernine. — The Nymph of the fouatain.

5. Modem novel writing, or the élégant, enthusiast and interesting émotions of Arabella Bloomville. A rapsodical romance; interspersed with poetry. In two volumes. By the Right Hon. Lady Harriet Marlow. London. Printed for G. G. and J. Robinson. M.DCC.XCVI.

In-i2y 11-243 p. avec 6 pages non numérotées et 232 avec 4 pages non numérotées, deux lignes de Pope sur le titre. C^est Rogers qui affirme que ce roman satirique est de Beckford*.

6. Anémia, A Descriptive and sentimental novel ; interspersed with pièces of poetry. By Jacquetta Agneta Mariana Jenks, etc. To which are added> criticisms anticipated. In two volumes. London, Samson Low, 1797.

In* 12, xii-234 et 253 p.

7. The Story of Al Raoul, a taie from the Arabie» London, printed "by C. Wiitingham, Dean Street, Fetter Lane; forC.Geisweiler Pall Mail; Sold also by, etc., 1799.

In-8*, 59 p. Outre le conte en anglais, le volume renferme une traduction aliçmande de 25 à 44 pages. Die Geschichte von Al Raoul, avec une page de titre et dès vers originaux en anglais, 45 p. à la fin.

8. Epitaphs; sqme of which hâve appeared in the Literary Ga^çette of march and april,

Ce petit volume, dont le titre et chaque page sont encadrés, renferme 24 épigraphes, imprimées d'un côté seulement de la page, et une lettre à l'éditeur, datée Bath, oct. 1822, et signée Viator; le titre est lithographie et porte les emblèmes de la mort et la signature de C. HuUmandel's lithogr.

I. Dans le catalogue de la Bibliothèque du Britith Muteam, entre autres, a. Table talk, p.. 219.

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