‹ Le livre (volume 3)Chapitre 15 sur 103 · Dans ses commentaires sur BruscambiUe · texte numérisé non relu

Dans ses commentaires sur BruscambiUe

6. Dans ses notes sur le Maran\akiniana. Il a, d'autre part, et dans une citation des Dia^^ logues satyriques (1688, in-ia), enrichi Bussy-Rabutin du célèbre pamphlet le Cochon mitre; cette attribution toute gratuite n'a pas été relevée. Voir DicU des anonymes, l« édition, Uj"y col. 619.

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à une époque où Ton a tant écrit et disserté sur le goût, où le goût a souvent pu tenir lieu de génie, Jamet a ignoré sinon le mot, du moins très certainement la chose. Les belles œuvres le touchent peu ; il cite Homère et Shakespeare de seconde main ; il laisse volontiers les profondes et radieuses splendeurs du sanctuaire aux adorateurs; pour lui, il s'amuse tout à l'entrée du temple, sur le seuil, et plus encore dans ces retours où de bas et vulgaires profanateurs ont déposé sans vergogne leurs œuvres honteuses. Il se plaît à remuer et à fouiller cela; quoi d'étonnant que ses sens oblitérés ne perçoivent nettement que les acres et écœurantes senteurs ?

Ces allégations n'ont rien de gratuit : tout à l'heure, en étudiant les annotations de Jamet, }e citerai les témoignages de tout ce que je viens d'avancer. Qu'on ne nous parle donc plus de son « vaste savoir », de « son art de deviner les étymologies » (comme si une étymologie se traitait à la façon d'une devinette) ; que sais-je encore ? Il y a exagération et ignorance dans tous ces jugements.

De même qu'en bibliophilie Jamet n'est qu'un curieux très alerte et très en éveil, de même en érudition il n'est qu'un fureteur dans les petits sentiers perdus, un amateur « des sciences stériles et espineuses », et, par-dessus tout cela, un commentateur à perpétuité, mais un commentateur suivant son caprice et sa fantaisie ; il ne se met guère à l'œuvre qu'armé du microscope, car il pour* chasse de préférence les infiniment petits qui se dérobent sous le texte. Prompt à se décider, facile dans ses déterminations, - restant rarement court, il fait ses commentaires un peu comme les recueils factices dont j'ai parlé ci-dessus, en créant des rapprochements à plaisir ou se contentant de rapports accidentels. Il vit beaucoup sur sa mémoire, et sa science philologique réside, pour le reste, dans un casier dûment étiqueté, où les notes s'empilent au jour le jour, et où, dans quelques sujets, certaines sources sont seules et exclusivement admises, comme, par exemple, le P. Niceron, pour tout ce qui tient à la biographie littéraire.

En somme, ses lectures, mal conduites et insuffisamment digérées, le rendaient peu propre à faire œuvre d'écrivain et de savant. Ses travaux, en général de courte haleine, ne sont que des études d'amateurs ou de curieux. Les sujets en sont peu relevés; ce sont toutes dissertations sur des points d'érudition oubliés ou dédaignés, sur des questions bizarres ou inouïes, quelquefois même puériles. Il faut chercher dans V Année littérairey le Journal de Trévoux, le Conservateur surtout, les rares articles échappés à Jamet, entre deux lectures ou deux transcriptions, et qui s'intitulent : « Observations sur la tragédie d'Hirza » ; c Lettre sur un microscope singulier » ; autre, « Sur une aversion (non moins singulière) de Louis XIII » ; « Fragment d'une lettre de Philippe d'Orléans sur le cardinal Alberoni », etc. Je lui saurais plus de gré de sa « Bibliothèque des livres sur la chasse », œuvre digne d'un bibliophile, si cette petite monographie, moins écourtée, était d'ailleurs plus scientifique. Quant à sa part de collaboration dans l'amusant a Essai historique sur les lanternes », — un de ces sujets qui avaient toute sa prédilection, — on peut la dégager sans trop de peine : évidemment, il est resté étranger à la rédaction, assez vive et spirituelle, de cette facétie; mais il a fourni la part la plus notable des documents sur lesxu ,1

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quels a été brodée cette longue plaisanterie complotée entre de graves érudits, toas ses amis, et dont il avait peut-être donné l'idée'.

Je ne veux pas clore cette revue des œuvres de Jamet qui ont été livrées h la presse, sans remarquer qu'il n'a laissé intacte aucune des spécialités cultivées par les bibliophiles qui se mêlent d'e'crire : il s'est donc fait l'éditeur responsable, en 1761, du I Journal du voyage de Mesdames, par Fillon de Chavigneux ».

Ainsi, brochures, articles, dissertations spéciales, publications inédites, commentaires, revisions de textes, Jamet a parcouru le cercle entier de cette sphère à demi suspecte de l'érudition d'amateur. Je ne critique point, je constate simplement un fait; car la critique aurait beau jeu contre un dilettante qui n'a jamais voulu se poser en homme du métier et qui n'aspirait nullement à cette autorité, à cette notoriété, pour parler plus juste, que lui ont bénévolement accordée les enthousiasmes ou les complaisances des bibliophil es.

(A suivre.) Gustave Mouravit.

I. Lca principaoi titlcnr* ou colUbor«l«un de VEilai oat ilé : Dr«ux du R«di«r, l'abbf Lebenf, Ib médecin Adi. Le Cioii». AaUricurïmsal «ni doale à rfditiaa in-ii de ira, il naît été publié, MOI lieu ni date, une (dition in B> de 7; pajei, pticéiée d: VÈpîtrt didtc. au 0> SmI/l tl que je ne trouve chtt nulle ptrU

avons entendu raconter k ce sujet l'anecdoie suivante : Les soirées du dimanche, h l'Arsenal, étaient célèbres ; tout ce qui possédait un nom dans les lettres ou dans les arts se réunissait chez Nodier; être admis dans cette société d'élite constituait déjà un brevet de notoriété. Par exemple, 11 ^lait se mettre au courant des habitudes de la maison et ne jamais interrompre le maître du logis quand il se décidait à conter une de ces histoires qu'il disait si bien.

Un beau jour, un jeune Franc-Comtois, fraîchement débarqué dans la capitale et avide de se faire une réputation d'auteur, se présente chez son compatriote Nodier, de Besançon comme lui. Il y avait beaucoup de monde dans les salons du poète académicien. A peine le jeune homme s'est-il nommé et a-t-il remis une lettre de recommandation que Nodier ouvre ses brasau nouveau venu, en s'écriant avec l'accent de la tendresse la plus vive :

— Vous! mon enfant, c'est vous!... le filsdemonmeilleurami. Ahl que votre

père a donc bien fait de compter sur moi ; que je lui suis reconnaissant de vous avoir envoyé ! Et se tournant vers l'assistance :

— Le père de monsieur est un des hommes les plus éminents, les plus spirituels que je connaisse ; un de mes vieux camarades d'enfance. Il me semble que je le retrouve en contemplant ce fils qui le rappelle trait pour trait.

Après cet accueil chaleureux, ce jeune Franc-Comtois se dit in petto :

— Ma fortune est faite!.. Me voilà dans Tintimité d'un bibliophile illustre. Cependant les personnes qui étaient là supplient Nodier de raconter une

histoire ; il résiste d'abord, on le presse davantage, il finit par céder, et il commence d'une voix flûtée :

— Quand j'étais corsaire...

— Vous avez été corsaire ! demande naïvement le jeune provincial, surpris par cette brusque entrée en matière.

Nodier lance à l'interrupteur un regard foudroyant^ inoubliable; puis il continue, comme si de rien n'était :

— Quand j'étais corsaire...

L'histoire achevée, le Franc-Comtois sent qu'il a commis quelque forfait, que les dispositions de l'auditoire sont changées, qu'il a à se faire pardonner une bévue dont il ne connaît point l'importance et dont il ne devine pas Torigine. Il préfère se retirer, accompagné jusque sur le palier par l'amphitryon.

Nodier revient, très courroucé vers ses hôtes :

— Hé bien! lui dit-on, il est charmant, ce jeune homme...

Alors Nodier, l'œil brillant, le poing tendu vers la porte par où le fâcheux a disparu :

— Lui! s'écrie-t-il ; lui, charmant?.. Aussi bête que son père!

Peut-être le récit de cette aventure, en passant de bouche en bouche, a-t-il été quelque peu enjolivé.

La correspondance de Nodier, publiée par fragments dans le Bulletin du Bibliophile de M. Techener et recueillie ensuite par M. Estignard, jette une lumière assez inattendue sur certains événements intimes, jusqu'ici ignorés du public. La lecture de ces lettres, qui sont autant de documents précieux, nous révèle de petites faiblesses auxquelles nous n'attacherons pas plus d'importance qu'il ne convient : nous cherchons la vérité dans l'histoire et non la méchanceté dans le pamphlet.

Il paraît que Nodier avait la particule et que, de plus, il était a chevalier » ; quand il demandait quelque chose aux puissants du jour, il ne se recommandait pas des titres réels qu'il avait à l'estime publique, il ne parlait ni de ses excellents travaux de linguistique ni de ses délicieux romans; il se targuait de sa noblesse. Je suppose même qu'il scellait de ses armes les messages qu'il envoyait aux Tuileries, notamment à M. Charles de Vèze, secrétaire intime de Monsieur^ frère du roi. Voici un échantillon de cette correspondance semi-ofifîcielle :

« Monsieur,

« J'espère que vous me pardonnerez la démarche que }e prends la liberté de faire auprès de vous, en vous rappelant que la plus vive amitié m'unit à Taylor et à Cailleux, qui sont malheureusement absents tous deux.

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