‹ Le livre (volume 3)Chapitre 17 sur 103 · CHARLES NODIER · texte numérisé non relu

CHARLES NODIER

quatre vents du ciel des articles qui étaient de véritables consultations d'avocat sur le génie de notre idiome national.

Je voudrais que ces papiers fussent rassemblés par un éditeur intelligent; leur réunion constituerait, je crois, une grammaire bien supérieure à celle qu'on met entre tes mains des collégiens ou des étrangers.

Le romancier sans doute est inférieur au scoliaste; il n'en est pas moins vrai que bien des auteurs d'ouvrages d'imagination ont vécu des débris de Smarra et de François les Bas bleus. Le fantastique, dit-on, a disparu avec le romantisme épris du moyen âge; les lithographies de Devéria et de Boulanger, voire d'Eugène Delacroix, ne présentent plus qu'un intérêt archaïque.

C'est possible; seulement ce qui n'a pas vieilli, ce qui reste jeune et durable, c'est le style de Nodier, — ce style clair, aimable, bon enfent, subtil, avec des goûts de terroir franc-comtois et des rusticités voulues de montagnard poétique. On ne peut pas se débarrasser si lestement d'un écrivain pareil. Ses livres, un instant couverts de [toussiére, seront secoués par le plumeau de la critique k venir. Nodier est un modèle; il demeurera tel, en dépit des fluctuations de la littérature et des modes du jour. Certains bagages arrivent au port, tandis que certains autres sont arrêtés en route; le bagage de Nodier est intact et il n'a pas souffert des péripéties du voyage à travers nos révolutions politiques et litté-j raires.

Daniel Bernard.

UN BIBLIOMANE GONSERYATEUR

Feu Boulard possédait au faubourg Saint-Germain Un hôtel confortable et d'un produit honnête, Qu*il laissait, en mourant, comblé jusques au faîte De livres au hasard acquis de toute main.

Notre homme, le matin, commençait sa tournée. Et rapportait chez lui, plusieurs fois la journée. Les produits de sa chasse empilés sous son bras. Dans des poches exprès faites pour cet usage; Gouffres traditionnels où les plus gros formats, Les massifs in-quarto trouvaient libre passage. Bientôt il eut rempli tout le premier étage De ses hôtes poudreux : salle à manger, salons. Cabinets, corridors, regorgeaient de rayons; Il fallut émigrer plus haut; le locataire Du second eut congé. Notre propriétaire Fut à peine installé dans son nouveau logis Qu'il était encombré de nouveaux favoris.

Pendant six mois, réduit à la portion congrue, Maître Boulard, à moins de coucher dans la rue, N'avait pu lâcher bride à son goût encombrant : Désormais possesseur d'un vaste appartement, En homme qui s'était privé du nécessaire, Plein d'une ardeur nouvelle il se donna carrière. Il nettoya les quais, dépouilla les auvents.

Mit l'épicier à sec Bref, au bout de trois ans.

Il fermait le second et montait au troisième.

Rien ne troublait la paix de sa maison : lui-même. Du calme sanctuaire hôte silencieux, Avec recueillement il adorait ses dieux.

Dans ce temple rempli d'innombrables fétiches. L'araignée ourdissait les toiles les plus riches; Les mites efifrangeaient les tentures; les rats Y mettaient le couvert pour leurs quatre repas. Leur riche pourvoyeur, amphitryon aimable.

Ne leur disputait pas les restes de sa table.

L'âge n'avait en rien apaisé ses ardeurs ; Trente mille bouquins peuplaient sa nécropole; S'il n'eût fallu payer à Caron son obole, Il eût cédé la place à cet envahisseur.

Et faute d*un réduit, à son heure dernière.

Il eût enfin rendu l'âme dans la gouttière.

Tel bijou, qui n'était chez Boulard qu'un bouquin, Aujourd'hui, par mes soins vêtu de maroquin.

Triomphe au premier rang dans ma petite église : Pauci sed électif telle est notre devise ; Mais ces amis de choix, pendant plus de vingt ans, Ont flotté sur les quais, battus des quatre vents. Avant qu'on leur ouvrît nos petites chapelles : Bien des cœurs étaient sourds, bien des esprits rebelles ! L'héroïque vieillard, en ces jours de langueur. Dédaignant noblement les critiques frivoles, Ouvrit son panthéon à nos chères idoles.

Et pour nous le sauver se fit conservateur.

KENSEIGNEUENTS ET MISCELLANÉES

Nos Gravures. — Il y a prés de dix ans déjà qu'un curieux dessin à la mine de plomb, représentant /eu Boulard le Bibliotaphe, tomba entre nos mains, portant au dos, pour légende [sous ce titre : un Bibliophile conservateur), la pièce de vers que nous reproduisons avec l'assurance qu'elle est inédite.

Notre eau-forte, un peu à la manière noire, mérite donc de fixer l'attention. Le dessin n'était point signé et les initiales de la pièce de vers nous sont inconnues. Nous offrons donc l'hospitalité à nos abonnés au sujet des détails qu'ils nous pourraient adresser sur feu Boulard, son portraitiste humoriste et le poète qui se dissimule sous ces initiales : G. H. G.

Livres aux enchères. — Depuis quelque temps, il ne s'est guère passé de semaine sans que nous ayons eu à constater la dispersion d'une ou même de plusieurs bibliothèques.

Fidèle b notre promesse, nous parlerons tout d'abord des collections Sazerac de Forge et Edouard Foumier. Dans le premier de ces deux catalogues, citons, comme ayant atteint les prix les plus élevés, les ouvrages suivants : Les Saintes Prières de l'ann. chresiienne, Paris, 1649, in-12 : 101 fr,; un petit manuscrit in>i6, de 66 feuillets, intitulé : Réflexions morales^ ayant, nous dît le catalogue, appartenu au duc de La Rochefoucauld et pouvant être considéré comme le premier essai de son recueil de Maximes .* 33S fr. ; Monuments anciens et modernes, par Gailhabaud, Paris, Dîdot : 1 18 fr. ; Le séjour d'honneur, superbe exemplaire d'un rare et curieux volume : 4a 5 fr. ; les Œuvres de J. de La Péruse, Paris, 1S73, in-16 : i52 fr.; Les diverses poésies du sieur Vauquelin de la Fresnaie, pet. in-8, Caen, 1613 ; aoi fr.; Recueil des meilleurs contes en vers, Londres [Liège), 1778, 4 vol. in-18 : 240 fr. ; le Triomphe de Pradon sur les Satires sur sieur D.,, La Haye (à la sphère), 1686, in-11 : loo fr. ; Choix de chansons par M. de La Borde, Paris, de Lormel, 1773, 4 tomes in-8 : 570 fr.; Chansons de Béranger, Paris, Beaudouin et Perrotin, i83S-i833 : 100 fr. ; Rodogune, au nord, 1716, in-4 : S75 fr. ; Daphnis et Chloé, texte grec, Paris, Didot, iSoî : 190 fr. ; Les marguerites de la Marguerite, Lyon, 1547, 1 part, en 1 vol. in-8 : 400 fr. ; la première édition de YHeptaméron incomplète de quelques feuillets : 45o fr. (ce même volume avait été adjugé pour le

prix de 820 fr. à la vente Solar); un exemplaire de la seconde édition du même ouyrage : 200 fr.; le Tombeau de Marguerite de Valois^ Paris, i55i : 400 fr. ; Oraison funèbre de l'incomparable Marguerite^ Paris, i55o : 33o fr. ; JugC' ments rendus par le tribunal révolutionnaire séant à Paris, 1,217 pièces en i5 vol. in-4 : 1,000 fr.; Histoire généalogique et chronologique de la maison royale de France, par le P. Anselme, Paris, 1726, 9 volumes in-folio : 685 fr.

Quant à la collection de M. Edouard Foumier, composée de livres de travail, fatigués pour la plupart, elle ne comprenait aucun de ces livres que se disputent les bibliophiles.

Les 4 et 5 février, M. Labitte a vendu à Thôtel Drouot 401 numéros qui ont atteint ensemble la somme de 40,796 fr. ; parmi les ouvrages les plus convoités, il convient de mentionner: Sainte Bible^ Paris, Didot, 1828-1834, i3 vol. gr. in-8, fig. de Devéria, gravures de Marillier ajoutées : 600 fr.; petit manuscrit in- 16 de la fin du xv* siècle intitulé Preces Piœ : 800 fr. ; Imitation de JésuS'Christy Paris, Imprimerie impériale, i855, grand in-folio : i,45ofr.; Lettres à Emilie^ Paris, Renouard, 1,801, 3 vol. in-8, pap. vél. : i,8o5 fr. ; le Pastissier francois, Elzevier, i655, pet. in- 12 : 1,006 fr. ; Galerie de Florence, Paris, 1 789-1 821, 4 vol, in-folio : 660 fr. ; La Fontaine : Fables^ Paris, 1755, 4 vol. in-folio : i,5o5 fr.; Contes et nouvelles en vers, par M. de La Fontaine, Amsterdam, 1762, 2 vol. in-8 : 690 fr. ; la Henriade^ Londres, 1741, in-4 * 1 ,400 fr. ; cet exemplaire en grand papier fut offert par Voltaire à l'Impératrice Petrowna, fille de Pierre le Grand. On lit sur une des gardes du volume des vers de la main de Voltaire. Voyage pittoresque de Naples et de Sicile, Paris, 1 782- 1786, 5 vol. in-folio : 599 fr. ; Jehan Boccace; les Nobles Dames^ manuscrit sur vélin du xvi* siècle, orné de 40 miniatures : 1,200 fr. ; Vie de Madame la dU' chesse de Montmorency^ Paris, 1684, in-8 : 1,160 fr. Les deux jours suivants M. Labitte mettait en vente la première partie des livres composant la bibliothèque de M. Michelot. Deux cents numéros seulement figuraient au catalogue. Nous avons remarqué : Galerie du Palais-Royaly Paris, 1786-1808, 3 vol. infolio : 443 fr. ; Peintures de Charles le Brun et d'Eustache Le Sueur^ Paris, 1740, in-folio : 2o5 fr.; Galeries historiques de Versailles^ Paris, i838, i3 vol. in-folio : 355 fr.; Galerie royale de Dresde^ Dresde, 1753-57, un vol. in-folio : 472 fr. ; Berain : Collection de 6g pièces d'ornementation^ in-folio : 490 fr. ; les Métamorphoses d'Ovide, Paris, 1 767-1 771, 4 vol. in-4, fig- d'Eisen, Lemire, Gravelot : 1,100 fr.; La Fontaine : Contes et nouvelles en vers^ Paris, Didot, 1795, 2 vol. in-4 avec planches de Fragonard : 980 fr.; les Baisers, La Haye, 1 770, grand in-8, fig. d'Eisen, exemplaire provenant de la bibliothèque Didot : 1,000 fr.; Choix de chansons, par M.' de La Borde, Paris, 1773, 4 tomes en 2 vol. grand in-8 : 2,5oo fr.; Crébillon : Œuvres^ Paris, 1785, 3 vol, in-8, fig. de Peyron et Marillier avant la lettre : 400 fr.; le Sacre de Louis XV : 38o fr., etc. Le total de cette vente s'est élevé à 22,623 fr.

Du 9 au 12 février s'est dispersée, à la salle Sylvestre, la bibliothèque de M. Jules Labarte. Les Arts au moyen âge^ Paris 1838-1846, 2 vol. in-8, ont été adjugés 1,999 fr. ; les Gemmes et joyaux de la Couronne^ Paris, i865, 2 vol. in-folio : 25o fr.; V Union des Arts et de l'Industrie, Paris, i856, 2 vol. : 260 fr.; Histoire des arts industriels, Paris, 1864- 1866 : 770 fr.; Glossarium mediœ et in me latinitatis, Paris, 1 840-1850, 7 vol. : 3ii fn etc.

Deux ventes, celles de M. le comte d'Es... et de M. Quentin- Bauchard, ont tout spécialement attiré l'attention des bibliophiles. La première de ces collections, composée de iiS ouvrages, a été vendue moyennant le prix de 73, 820 fr.; la seconde ne comportait que 60 numéros ; le total de la vente s'est élevé au chifire fabuleux de io5,3o6 fr. 5o. Il nous faudrait décrire chacun de ces 1 83 vol.; l'espace nous fait malheureusement défaut et force nous est de ne citer que les plus rares et les plus précieux de la vente de M. le comte d'Es...

Orlando furioso^ Birmingham, 1 773, 4 vol. gr. in-4. Riche reliure de Derôme. Édition ornée de 46 fig. d'après Eisen, Cochin, Moreau, Greuze : 8,000 fr. ; les Métamorphoses à!Ovide^ Paris, 1 767-1 771, 4 vol. in-4. Exemplaire en papier fort de Hollande, reliure de Derôme, fig. d'après Eisen, Moreau, Boucher, Marillier, etc. : 8,400 fr. ; Marguerite de la Marguerite des PrincesseSy Lyon, 1547; Suyte des Marguerites^ Lyon 1547, ' ^^^' P®^- *^"^i reliure de Trautz-Bauzonnet : 4,45 o fr. ; VEschole de Salerne en vers burlesques^ jolie et très rare édition elzevirienne, superbe exemplaire, grand de marges, revêtu d'une magnifique reliure doublée de Trautz : 3, 000 fr.; les Baisers^ La Haye, 1770, figures et vignettes d'Eisen, reliure de Trautz : 2,100 fr. ; Fables nouvelles^ par Dorât, 1 773, in-8, reliure de Trautz : 2,400 fr. ; Œuvres de Racine, Paris, CL Barbin, 1687, avec Esther et Atkalie^ 1 689-1 691, ensemble 3 vol. in- 12, très bien reliés par Trautz : 1,200 fr. ; Heptaméron de la Reine de Navarre, 1 780-1 781, 3 vol. in-8, reliure de Trautz : 2,3io fr. ; Manon Lescaut^ 17^3, 2 vol. in-12 : 1,000 fr.; Daphnis et Chloé^ Paris, 171 8, petit in-8, reliure de Trautz-Bauzonnet : 800 fr.; Contes de La Fontaine, édition des fermiers généraux, 2 vol. in-8, belle reliure ancienne : 1,400 fr. Œuvres de Regnard, Paris, 1708, 2 vol. in-12, reliure Trautz- Bauzonnet, 1,480 fr.

Vente de M. Quentin-Bauchard :

Les Amours Pastorales de Daphnis et Chloé^ le plus bel exemplaire connu de l'édition de 1718, en grand vélin, relié par Padeloup : 17,500 fr. On trouvera sur ce volume des renseignements dans la Galette des Beaux- Arts ^ oct. 1879, ^^ ^^ Reliure française de MM. Marins Michel ; il y a deux ans, cet ouvrage avait été vendu 2,000 fr. Villon, Œuvres, Lyon, i538, petit in-8, reliure mosaïque de Trautz : 7,5oo fr. ; le Trésor de la cité des Dames, Paris, i536, petit in-8, reliure de Trautz : 4,800 fr.; Traité sur les devoirs des grands, Paris, 1666-1667, 2 tomes en i vol. in-12, reliure de Padeloup : 2,85ofr.; Œuvres de Catulle, Tibulle et Properce, Paris, 1577 : 4,000 fr.; les Métamorphoses d'Ovide, Paris, Delalain, 1 767-1 77 1 , 4 vol. in-4, fig- d'Eisen, Boucher, Moreau, etc. reliure ancienne : 3,3oo fr. ; Heures de Notre-Dame, petit in-8, goth., reliure de Trautz : 3,400 fr. ; La Fontaine : Contes et nouvelles en vers (Amsterdam, Paris, Barbou), 1762, 2 vol. in-8, reliure de Derôme : 6,o5o fr.; l'Origine des Puces^ Londres (Paris), 1749, pet. in-12; exemplaire aux armes de M"* de Pompadour : 1 ,410 fr. ; les Baisers, 1 770, in-8, papier de Hollande : 4,2 5o; Dorât : Fables nouvelles^ 1 773, 2 tomes en i vol. in-8, papier de Hollande, front., vignettes et culs-delampe par Marinier, reliure de Trautz-Bauzonnet : 3,95o fr.; les Amours de Psyché et de Cupidon^ Paris, an 111, grand in-4, reliure Bradel Derôme : 2,800 fr.; le Temple de Gnide, Paris, 1772, grand in-8, papier de Hollande, reliure de Trautz, très belles épreuves des figures d'Eisen : 3,900 fr. ; Manon Lescaut^ 1797? * vol. in- 18, reliure de Trautz-Bauzonnet; un des 100 exem-

plaires sur grand papier Tëlin : 4y45o fr.; le Décatnéron de Jean Boccace, lySj- 1767, 5 vol. iii-8, front., port, et fig* dessinés par Gravelot, Eisen, Cochin et Boucher, reliure de Derôme : 5,200 fr.

Nous devons encore mentionner la vente d'une bibliothèque dans laquelle se trouvaient quantité de papiers ayant appartenu à Beaumarchais et qui ont été vendus pour la somme de 3io fr. ; dans ces papiers figurait le journal de la vente du Voltaire de Kehl.

Les collectionneurs d'autographes se sont vivement disputé, le 5 février, les lettres d'une collection vendue à l'hôtel Drouot sous la direction MM. Charavay et Thibaudeau. La collection comprenait 237 lettres; le total des prix d'adjudication est de 29, 486 fr. 5o, sans les frais.

Le chiffre le plus important a été atteint par 22 lettres du prince de Metternich, adjugées 5,ooo fr.

Parmi les autres lettres, citons celles de Mirabeau, adjugées 40 fr. ; de Meyerbeer, 70 fr.; de Méry, 10 fr. ; de Napoléon I*' à Oudinot, 25 fr.; du maréchal Ney, 20 fr. ; du pape Pie IX, 3o fr. ; de Pierre le Grand 85 fr. ; de Rachel, 410 fr.; du cardinal de Richelieu, 40 fr. ; de Sainte-Beuve, 42 fr.; de Ristori, i5 fr.; de Talleyrand, 3i fr.: de M*** Mars, 7 fr.

Une lettre du comte de Chambord à M. Villemain a atteint 995 fr.

Citons encore les lettres de M"** de Maintenon, adjugées 390 fr. ; une de Louis XIV, 3oo fr« ; de Louis XVIII, 22 fr.; de Lamartine, 16 fr.; de J. Janin, 40 fr. ; de François II, 48 fr. ; de Charles VII, 63 fr. ; du prince de Condé, 410 fr. ; de Bossuet, 70 fr. ; de Buffon 18 fr.; etc.

Signalons également la vente à l'hôtel Drouot de l'exemplaire original du journal Paris-Murcie : il a été adjugé à i2,3oofr.

— Parmi les manuscrits et les livres rares ayant fait partie de la bibliothèque de feu lord Clare, qui viennent d'être vendus à Londres, se trouvait le manuscrit de Guy Mannering^ entièrement de la main de Walter Scott; c'est un in-quarto daté de 181 4-1 81 5, très nettement écrit, sans altérations ou additions; il a été vivement disputé et finalement adjugé à un Américain au prix de 9, 750 fr.

— M. le baron L. Double, dont tous les journaux ont annoncé la mort au commencement du mois dernier, n'était pas seulement un collectionneur d'objets d'art du xviii* siècle, c'était aussi un fervent bibliophile.

Sa première bibliothèque, vendue au mois de mars x863, se composait de 396 ouvrages qui atteignirent ensemble la somme, jugée excessive alors, de 340, 000 fr.

Dans cette collection formée en quatre ans, au prix de grands sacrifices d'argent, on remarquait : l'exemplaire des Diverses leçons de Pierre Messée (Paris, Micard, 1572, in-i6, mar.-bleu, aux armes de Louis XIII et d'Anne d'Autriche). Acheté 180 fr., le volume fut plus tard revendu 1,100 fr.; l'exemplaire des Marguerites de la Marguerite des Princesses (Paris, Jean de Tournes, i547, 2 vol. in-8, ancienne reliure, mar. rouge). Adjugé à 900 fr., cet ouvrage trouva, neuf ans après, acquéreur moyennant le prix de 2,600 fr. Le joyau de cette bibliothèque était un exemplaire unique des Œuvres de Voltaire^ édition

de Kehl, que Beaumarchais avait fait tirer de format in-4, sur papier de Hollande, et relier par Anguerrand, en maroquin rouge doublé de tabls, avec les 1 10 dessins originaux de Moreau, pour l'offrir en présent à l'impératrice Catherine II de Russie. Ceux de nos lecteurs qui seraient curieux de savoir comment fut détruit cet exemplaire monumental n'ont qu'à lire l'article que lui a consacré M. P. Lacroix dans le Bibliophile Français (t. VI, p. 260).

M. Double était trop admirateur des choses du xviii* siècle pour ne pas acquérir, quelque temps après la vente dont nous venons de parler, un magnifique exemplaire des Baisers de Dorât, relié en maroquin vert aux armes de Marie- Antoinette. Ce livre fut, selon l'expression du bibliophile Jacob, « la pierre angulaire » de la seconde bibliothèque de M. Double. A ce volume vinrent s'ajouter : Epiphanii episcopi Constantin Cypri contra octoginta hœreses opus et alia opuscula (Basilese, J. Hervagius, 1544, in-folio, relié en maroquin citron à compartiments, avec les chiffres et emblèmes de Henri II et de Diane de Poitiers). Ce volume avait fait partie de la première collection de M. Double et avait été vendu 2,000 fr. ; son ancien propriétaire le racheta pour 5, 000 fr. Lettres de Madame la Princesse de G, (Gonzagues) à ses amis pendant ses voyages en Italie en 177g et années suivantes (Paris, Duplain, 1790, in- 12, maroquin rouge); VAlmanack des Muses pour ij8S (Paris, Delalain, in- 18, maroquin rouge). M. Double possédait également de nombreux volumes reliés en maroquin aux armes des princes et princesses, surtout des dauphins, depuis Gaston d'Orléans, fils de Henri IV, jusqu'à l'infortuné dauphin fils de Louis XVI. Parmi ces ouvrages, livres de classe en général, M. P. Lacroix, à qui nous empruntons tous ces renseignements, cite : la Grammaire espagnole (Espexo gênerai de la grammatica en dialogos. (Rouen, Morrout, 1614, aux armes de Gaston d'Orléans, frère de Louis XIII.) L'Introduction à la langue grecque^ à l'usage des collèges (la Rochelle et Paris, Thiboust, 1731, in- 12, maroquin rouge), aux armes du grand dauphin, fils de Louis XV ; Les leçons de Grammaire dédiées à Monseigneur le Dauphin^ par l'abbé Gaultier (Paris, l'auteur, 1787, in-8), aux armes du dauphin Louis XVII. Il nous faut encore citer, comme ayant appartenu à Marguerite de Valois, un Cicéron (Lugduni, apud Petrum Santandream, i585, 2 vol. in-folio), relié en maroquin citron, semé de marguerites sur les plats, avec un soleil d'un côté et un entrelacs de chaînes de l'autre côté, sur fond de peinture émaillée, outre un écusson doré, représentant le portrait de Marguerite elle-même ; un Psautier qui, sur une reliure molle en maroquin noir, porte la devise de Henri III et l'emblème de la confrérie des pénitents Poursuivant son énumération, M. P. Lacroix, dans son article sur la bibliothèque de M. Double (V. Bibliophile français^ t. VI, p. 268 et suiv.), nous apprend que cet amateur possédait encore un Patelin^ édition originale ; des Ordonnances royaux^ aux armes de François I*' ; un Malherbe^ du comte d'Hoym ; un Récit des guerres de Cent ans^ vieux manuscrit français dont les 32 miniatures ont été feuilletées par Anne de Bretagne^; un Juvénalde Robert Estienne, exemplaire de dédicace ; les Premières armes de de Thou, etc.

I. L'uDe d'elles, représentant l'entrée de Charles VII à Rouen, a été reproduite dans les ScUwces et Lettres au moyen âge, de M. P. Lacroix. Paris, Didot, 1877.

Nous croyons savoir qu'il entre dans les intentions de M. Lucien Double, fils du regretté collectionneur, de conserver la bibliothèque de son père.

— Parmi les catalogues de vente qui ont vu le )our cette saison, il n'en est guère de plus remarquable, au point de vue de l'étendue et de la beauté des livres, que celui de M. J. Renard, de Lyon; 1,587 articles, offrant dans toutes les divisions des ouvrages rares et d'un grand prix. Reliures élégantes dues aux artistes contemporains les plus habiles, quelques-unes anciennes et d'une exécution fort précieuse.

Les beaux livres ont leur généalogie; presque tous ceux de M. Renard ont fait partie des collections fameuses, aujourd'hui dispersées, qu'avaient réunies de^ amateurs tels que Solar, Yemeniz, J.-Ch. Brunet, M. le baron Pichon et bien d'autres. Nous avons compté plus de cinquante ouvrages provenant de la bibliothèque Nodier, dont la vente, en 1844, fut un événement dans le monde des bibliophiles. Ajoutons que des notes instructives se rencontrent souvent dans le catalogue dont nous parlons. Voir, entre autres, les numéros 269 (la Nef des princes); 337 {les Simulachr es et historiées, faces de la mort); 36y {Publicius, Oratorios artis Epitomata), etc.

— Plusieurs de nos abonnés nous prient de les renseigner sur la paternité d'un coquet petit volume de contes, dans le goût des Contes rémois^ publié sous ce titre il y a deux ans : Grappillons, par un Bourguignon salé. — Paris, Arnaud et Labat, éditeurs. Cet ouvrage, tiré à 5oo exen^plaires, est très recherché aujourd'hui et mériterait d'être réimprimé. L'auteur, M. V.-C, est un des plus spirituels Auxerrois, bien connu de tous ses concitoyens de l'Yonne et que nous regrettons de ne pouvoir désigner plus amplement.

— Dans son édition des Vaux de Vire de Jean Le Houx, M. Gasté (p. 248) avait signalé un livre ayant appartenu au spirituel chansonnier virois. Bien plus, comparant Vex-libris écrit sur le feuillet de garde : « Pour M. Jean Le Houx, licencié aux lois, advocat, » avec l'écriture du ms. des Vaux de Vire conservé à la bibliothèque de Caen, il avait trouvé un nouvel argument pour sa thèse, et conclu que le ms. de Caen était bien le ms. autographe du poète virois. Ce livre, le seul, croyons-nous, qui porte la signature de Jean Le Houx, était resté enfoui dans une vieille bibliothèque viroise. Comment s'est-il trouvé tout récemment à la salle des ventes à Caen ? Nous l'ignorons. Heureusement M. Gasté l'a vu et acheté. Il ne pouvait tomber en de meilleures mains.

— On sait que les livres et les manuscrits sont fréquemment attaqués par des insectes de plusieurs sortes. Un naturaliste anglais, le professeur Westwood, dans un rapport à la British Association, a fait l'histoire de ces destructeurs. Il y a parmi eux de petites chenilles de plusieurs papillons des genres Aglossa et Depressaria; une petite mite particulière ronge le papier des volumes qu'on n'a pas soin de tenir dans des endroits secs. — Un petit coléoptère très gracieux, que les naturalistes appellent Hypotheneme Erudit,, creuse des galeries étroites dans les couvertures. Il y a aussi des blattes, des fourmis blanches, etc., qui s'attaquent de préférence aux vieux auteurs et aux vieilles reliures. Certains de

ces insectes percent le papier et la reliure de part en part, et Ton cite le fait de vingt-sept volumes alignés et pressés sur une même tablette — vingt-sept infoliO) s'il vous plaît ! — qui furent si bien percés par la larve d'un Anobium per-tinaxj animal qui effraye les gens superstitieux en leur faisant entendre, la nuit, des horloges de mort dans les murs, qu'on put passer une ficelle du premier au dernier volume par la galerie que l'animal avait creusée.

Pour détruire ces insectes, il faut placer les volumes dans une caisse bien fermée avec de petites soucoupes contenant de la benzine ou de l'acide phénique. On peut aussi employer la vapeur de soufre (acide sulfureux}, mais l'inconvénient est que les couleurs des reliures peuvent être attaquées par l'acide sulfureux. Enfin, un procédé curieux, — mais peu pratique, — c*est de placer le volume attaqué par les larves sous la cloche d'une machine pneumatique et de faire le vide ; une heure après, les larves seront mortes et le volume sauvé.

— Les amateurs ont pu remarquer, dans l'ouvrage du bibliophile Jacob Mœurs et Coutumes du moyen âge, un splendide chromo représentant une miniature ayant appartenu au fameux livre d'heures de Jehan Fouquet, exécutée par Etienne Chevalier, et ayant pour sujet : « Sainte Anne avec ses trois filles et la postérité de ces trois filles. »

Ce précieux spécimen de l'art français a été offert à la Bibliothèque nationale par son propriétaire, le duc de la Trémoille.

— On se rappelle l'incendie qui détruisit, il y a quelques mois, la bibliothèque du professeur Mommsen, l'auteur de V Histoire romaine et du grand ouvrage le Corpus inscriptionum latinarum. La direction générale des fouilles, celle des musées et la commission des antiquités, à Rome, viennent de décider que, pour réparer cette perte, il lui serait adressé un exemplaire de toutes les publications de ces différents établissements, publications concernant l'épigraphie.

— Un professeur de Berne, le docteur Hagen, vient de découvrir, dans un manuscrit bernois du x* siècle, une épigramme^ jusqu'ici inconnue, de l'empereur Auguste. La plus grande partie de cette épigramme est écrite en caractères tironiens, anciens signes sténographiques inventés par Tiron, affranchi de Cicéron.

Le docteur Hagen a lu ces vers, dont le style est d'une grande élégance,

ainsi qu'il suit :

Octaviani Augusti ^

Convivse tetricas hodie secludite curas,

Ne maculent niveum nubila corda diem.

Omnîa sollicits pellantur murmura mentis,

Ut vacet indomitum pectus amicitiœ.

Non semper gaudere licet. Fugit hora. Jocemur.

Difficile est fatis subripuisse diem.

Un recueil d'épigrammes d'Auguste est mentionné dans Suétone et dans Martial (Épigr. xi). On suppose que celle-ci en faisait partie.

— On annonce la publication d'un nouveau journal, à l'usage des aveugles, que M. il. Mt7/, imprimeur à Bombay, se propose de faire éditer.

Le journal paraîtra prochainement; il aura pour rédacteur M. Hohevke.

ç6 LE LIVRE

directeur de l'institution des aveugles-nés, et prendra pour titre : Erhoolungs stuuder (Heures de loisir).

L'imprimeur a adopté le système Braille, c'est-à-dire que les caractères, en forme de petits trous, sont enfoncés dans le papier (du carton très fort); de sorte que les aveugles puissent les sentir facilement et ainsi jouir du plaisir de la lecture.

— Le pape Léon XIII vient de commencer la publication des manuscrits rares qui se trouvent au Vatican. L'impression est confiée à l'imprimerie de la Propaganda Fide. Le pape donne son concours à la correction de ces précieux manuscrits.

Il y a environ quinze ans, un compositeur faisait au gouvernement italien la proposition de publier les manuscrits les plus précieux qui sont conservés dans les diverses bibliothèques du royaume, afin de les préserver des accidents. Cette demande fut appuyée par de nombreuses commissions, nommées à cet effet par le gouvernement ; ces commissions publièrent de nombreux mémoires en faveur de cette idée. Dans le courant de ce mois, un congrès aura lieu à Milan, dirigé par plusieurs membres de ces commissions, dans le but d'organiser cet important travail.

Les adjudications pour les impressions du gouvernement ont eu lieu, à Rome, les 3o juillet et 17 août; elles produisent un changement important dans trois des plus grandes imprimeries de la ville. L'imprimerie royale sera obligée de s'occuper de labeurs et de travaux de commerce ou de devenir éditrice, si son propriétaire, M. Molina, veut utiliser le matériel considérable qu'il possède, car l'adjudication ne lui a laissé aucun des travaux de l'État. L'impression des budgets, des comptes rendus, situation du Trésor, calculée à 200,000 francs par an, est échue à l'imprimeur Botta, qui a fait un rabais de 26/25 pour cent, en outre de l'obligation de monter une nouvelle imprimerie pourvue de quatorze machines, de presses à bras et de 60,000 kilog de caractères, dans un rayon rapproché du ministère des finances. Ce rabais est expliqué par le fait que l'imprimerie Botta devait chaque année recomposer les budgets pour les faire passer dans les comptes rendus de la Chambre des députés.

L'impression du Recueil des LoiSy calculée à 3oo,ooo francs par an, a été adjugée à l'imprimerie coopérative de Florence, qui a offert un rabais de 37,80 pour cent I

Paris, on An : 40 fr. Province, un An : 42 fr.

Le numéro vendu séparément : 6 francs.

DEUXIÈME ANN^E

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