III. — UN GRAND LIBRAIRE. L. Potier, par Jales le Petit
IV. — CHRONIQUE DU LIVRE. Renseignements et Misceîla^nées. Livres aux enchères. Nou-
velles bibliophiliques.
Gravures hors texte : Portrait de L. Potier, libraire. — Gràrure de Moreau-le-Jeune pour les Chansons de La Borde. *
BIBLIOGRAPHIE MODERNE
L ~ GorrespondanoeB étrangèreB : Allemagne. — Pays-Bas. — Suisse.
IL — GompteB rendus anal3rtiqae8 des pnbUoatlons nouvalleB.
OKiestions du Jour : La Chanson des Gueux, par Jean Ricbepin : Paul BocafiET.
La maréchale de Villars, parCh. Giraud: E. Assb — Leçons, discours et conférences
par Paul Bert : H. GniGNEt — Mémoires de Metternich : L. Dbbovb.
GompteB rendus des livres récents publiés dans les sections de : Théologier Jurisprudence. — Philosophie, Morale. — Questions politiques et sociales. — Sciences naturelles et médicales. — BEUIeS-LETTRES : Linguistique, Philologie, Romans, Théâtre, Poésie. — Beauoo-arts^ — Archéologie, Musique. — Histoire et Mémoires. — Géographie et Voyages. — Bibliographie et études littércUres. -^ Livres Samateurs et Mélanges.
VI, ^ Gaasette bibliographique *. Documents officiels — Académie — Sociétés savantes. Cours publics. -— Publications nouvelles. — Publications en préparation. — Nouvelles diverses. — Nécrologie. — Le a Livre » devant les tribunaux.
IV. — Sommaire des publications périodiques françaises : périodiques, et revues littéraires ^ensemble de ^Étranger. — Principaux articles littéraires ou seientiliques parus dans les journaux quotidiens de Paris. — Nouveaux jour, naux parus à Paris, d'après la Hste des dépôts. —
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LA RELIURE ILLUSTRÉE
IG. 82. — Bret {Paul-Charles Cardin le), greffier en
chef du civil au parlement de Paris, et conseiller du
roi. Nommé en mars 1774, il conserva ses fonaions
jusqu'en 1791, époque à laquelle il émigra. 11 avait
épousé, le 6 juillet 1769, N... Hue de Miroménil,
fille d^ Armand Thomas de Miroménil, président au
parlement de Bordeaux.
Cardin Le Bret, inconnu aujourd'hui , fut pourtant un chercheur
émérite. Il s'était créé une remarquable coJleaion composée de livres, la
plupart reliés par d'anciens maîtres. On ytrouvait une belle série d'Elzc-
viers, beaucoup d'ouvrages Ad usvm Delphini, quelques manuscrits sur
velin ornés de miniatures, et une suite d'estampes et de portraits.
Marque frappée sur Idylles et romances de Berquin, 177S-1776, élégamment habillé.
Fig. 83. — Broglie {Charles-Maurice de), docteur en théologie, abbé commendataire des abbayes du Mont-Saint- Michel, diocèse d'Avranches; de Vaux-de-Cernay, diocèse de Paris, et de Baume-les-Moines, diocèse de Besançon, oti il mourut le 21 avril 1766, dans la quatrevingtième année de son âge.
Quatre mille volumes environ sur tous les sujets, et particulièrement sur les matières ecclésiastiques qu'il connaissait à fond, formaient la bibliothèque du docte abbé de Broglie.
Empreinte prise sur un Almanach royal 1765, du cabinet de M. L. Bouland, docteur-médecin, à Paris.
Fig. 84. — Broussoré [Jean-Baptiste), seigneur du Puget de Virargues, secrétaire des commandements de Marie Leczïnska, mon à Paris, le 13 décembre 1739, âgé de cinquante-sept ans.
Les livres à cette marque que nous avons vus se distinguaient tous par une jolie reliure, tantôt en maroquin, tantôt en veau plein. Broussoré était un collectionneur passionné, et ses goûts de bibliophile le firent remarquer de la reine qui remploya, dit-on, à constituer sa propre bibliothèque.
Fig. 85. — Galonné {Charles-Alexandre de), le célèbre contrôleur général des finances dont les opérations malheureuses précipitèrent la chute de Fancien régime. Il naquit le 20 janvier 1734, à Douai, où son père exerçait la charge de premier président au parlement de Flandres, et mourut à Paris, le 29 octobre 1802.
Au sein des fêtes et des plaisirs, la France obérée, la ruine et la faim partout, de Galonné trouvait le moyen de s^enrichir et de s'élever une splendide collection de livres, de tableaux et d'objets de curiosité.
Léger, mais prévoyant, aux premiers signes de Forage il s'empressa d'expédier en Angleterre ses richesses littéraires et artistiques.
Sa bibliothèque fut d'abord vendue et produisit peu, quoique nombreuse. Lettré, écrivain distingué lui-même, l'ancien ministre des finances ne semble pas cependant avoir été saisi de cette manie délicate et charmante qui caractérise le bibliophile de race. Ses livres étaient bons et beaux, et presque tous sous un élégant habit ; mais les éditions princeps, les incunables, les raretés et les singularités bibliographiques n'eurent guère le privilège de le captiver.
La collection de tableaux eut à peu près le même sort : la vente n'atteignit pas le chiffre que faisaient légitimement espérer les sujets dont elle était composée. Les experts anglais Skinner et Dyke n'avaient pourtant rien négligé pour la faire réussir. On peut en juger par le titre du catalogue rédigé en anglais^ bien entendu, qui montre comment nos voisins d'outre-Manche entendent la réclame. Voici ce titre tant bien que mal traduit :
« Gatalogue de la noble et très magnifique collection d'inappréciables tableaux appartenant au très honorable Gharles- Alexandre de Galonné, dernier premier ministre de France, formée avec autant de goût que de jugement et de dépenses pendant son séjour en Angleterre, au prix immense de soixante mille guinées (c'est-à-dire un million cinq cent soixante-quinze mille livres). On y a ajouté la remarquable colleaion que lui avait léguée M. d'Arveley, trésorier de France. L'ensemble présentant une suite de tableaux la plus extraordinaire qu'on ait vue jusqu'à ce jour en Europe, laquelle devait orner une somptueuse galerie en son hôtel de Piccadilly et renfermant lès toiles les plus estimées des maîtres les plus connus des écoles de Rome, de Florence, de Bologne, de Venise, et aussi des écoles espagnole, française, hollandaise et anglaise. 1 794. »
LA RELIURE ILLUSTRÉE Fig. 8». - BiBT. Fig. 83. - Broi
D'or m tautoir de gueules chargé jyor au sautoir ancré fa^ur.
^un lion de sable; armé et lampasii de gueules et cantonné de quatre merlettes de sable; accolé de Hue de Mibohïnil, qui est d'argent à trois hures de sanglier de sable.
D'argent à l'aigle de sable accompa- ITajur à deux aigles éployies d'or,
guée en chef de deux tours de gueules au franc quartier d'argent chargé d'un
maçonnées et ajourées de sable. jion de sable.
Ces coups de cUiron poussés, on pouvait croire que de tous les points du monde artiste les amateurs allaient se ruer les uns sur les
Fig. 66. — CAMOt Dt PoMTCAKKé. Fig. 87. -~ CaNOI DI PoHTCAIBt.
Comme le précédent.
Dajur au chevron d'or accompagné De gueules à trois bandes d'or à la
de trou étoiles d'argent mal ordonnées plaine d'argent chargée de trois mer-
en chef, et en pointe d'une^renade tigée lettes de sable mises en fasce. etfeuillie du même.
autres et s'arracher les... toiles au milieu de flots d'or. Hélas! non. Vauction ne répondit pas à la pompe de l'annonce. Toutefois, il faut le dire, il y avait U, entre autres tableaux de piix, dix Titien, trois Paul Véronèse, six Tinioret, trois Giorgione, puis une merveille : le Ténîers
LA RELIUKE ILLUSTRÉE FIg. 90. -C*liiLL*c. Fig. 91.
Ecartelé : au i eli eontrt-écarteli :
au I et 4, d'a;fur à une tour d'or donionnie de mime; au 3 et 3, d'or à une fatee de table. Au S et 8, parti de deux trait! ! au i, de sinople, à l'étoile d'argent; au 3, d'argent à la palme de rinople, au 3, d'azur à l'étoile d'or.
kcarteli : au i et 4> d'argent à la bande d'azur accompagnée de six rose* de gueules en orle, qui est de Rooek de Beaufort; au a et 3, d'azur au lévrier rampant d'argent armé, et colleté de gueules, à la bordure crénelée d'or, qui est DE Camillac; sur le tout : d'or semé de croisettes de sable, au lion rampant, de même brochant, qui est db Montbois*
aux chaudrons, qui fut adjugé au duc de Bedford pour Iq somme de dixhuit mille soixante-quinze francs : c'était bien le quart de ce que cette œuvre valait.
Nous allions oublier de dire que de Calonne était chevalier des ordres du roi, comme l'indique son écusson que nous avons relevé sur VHistoire de Henri III, par l'abbé de Sauvigny, 1787. Ce volume, vêtu de maroquin rouge avec filets et tranche dorée, figure sous le numéro 1173 dans le Catalogue .'... de la collection de M. C... de Marseille; Paris, Bachelin-Deflorenne, 1876, În-S".
Fig. 86. — Cauvs de Pontcabré (Geoffrqy'Macé), baron de Maffliers, conseiller, maitre des requêtes de l'hôtel du roi, puis premier président au parlement de Normandie. Né le 29 septembre 1698, mort le 8 janvier 1767. Il éuit fils de Pierre-Nicolas Camus de Pontcarré, premier président i la même cour, et de Anne- Auguste-Claude Le Boulanger, fille d'Auguste-Macé Le Boulanger, baron de Maffliers et de Viarmes, président au grand conseil.
Les membres de cette famille importante dans les fastes de la magistrature française se distinguent presque tous par leur amour des livres.
los LE LIVRE
Par état, chacun avait une bibliothèque qu^exigeaient les besoins de sa charge. Mais plusieurs ont été de véritables amateurs. UArtnorial du bibliophile^ t. I"*, p. i34, signale déjà un Nicolas Camus de Pontcarré, conseiller au parlement de Paris, mort en 1660. Après Nicolas vient Geoffroy-Macé. Celui-ci fiit un ardent colleaionneur. Avec des recherches infinies et des dépenses considérables, il se constitua une collection de livres que les connaisseurs estimaient Tune des plus riches de son temps. Le catalogue, dressé du vivant et pour Pusage spécial du possesseur, mentionne une foule de raretés et de sujets précieux en tout genre. En 1758, lorsque, par suite de circonstances que nous ne pouvons apprécier, le baron de Maffliers fut obligé de se séparer de sa chère collection, on fit un autre catalogue, en vue de la vente, qui contenait trois mille deux cent quarante numéros.
Les volumes à cette marque sont assez communs, et Ton en trouve dans presque toutes nos bibliothèques publiques et particulières.
a Catalogue des livres qui composent la bibliothèque de messire Geoffroy-Macé Camus de Pontcarré, chevalier seigneur de Pontcarré, conseiller du roy en tous ses conseils, maître des requêtes honoraire de son hôtel et premier président au parlement de Normandie. — Rouen, Jacques Boisjouvin, ijSg, în-8« de 384 pages. »
« Catalogue des livres de la bibliothèque de M. *** (Camus de Pontcarré), dont la vente se fera... le lundy 20 février 1758. — Paris, 1758, in-8*»de 256 pages, le supplément compris.
Marque prise sur : Arrests svr qvelqves qvestiôns notables pronon^ ce^,., av parlement de Provence par le S. D, V, Pr, Pr, avdict pari, (Du VairJ. — Paris, 1606, in-8* relié en veau fauve plein.
Fig. 87. — Camus de Pontcarré de Viarmes (Jean-Baptiste-Élie)^ frère du précédent, conseiller d^État ordinaire, prévôt des marchands de Paris de 1758 à 1763, et Pun des fondateurs et organisateurs de Pancienne bibliothèque de cette ville. Né le 20 mars 1702, il mourut le 22 du même mois^ en 1775.
La collection de cet amateur, sans être ni aussi belle ni aussi nombreuse que celle de son frère, n^en contenait pas moins des pièces dignes d^un amateur de goût. Le catalogue de sa vente ne renfermait que onze cent vingt et un articles; mais diaprés nos informations, il possédait beaucoup d^autres ouvrages qui furent acquis en bloc avant les enchères. Quelques manuscrits à miniatures restèrent dans la famille.
a Catalogue des livres de la bibliothèque de feu M. Camus de Pontcarré de Viarmes, conseiller d^Etat, ancien prévôt des marchands de la ville de Paris... — Paris, Knapen, 1775, in-8® de 92 pages.
Fig. 88, — Canaye (Etienne de), seigneur de Montereau-sur-Montreuil, de Molval, etc., doyen du parlement de Paris, où il avait été reçu
LA RELIURE ILLUSTRÉE lol
conseiller le 28 janvier 168 5. Fils de Jacques Canaye, sous-doyen à ladite cour, il avait épousé Marie-Jeanne Garnier, dame de Montereau, fille de Mathieu Garnier, président à mortier au parlement de Metz, dont Jacques-Etienne, décédé sans enfants, et Etienne, dit Tabbé de Canaye, qui fut prêtre de la congrégation de TOratoire, et membre associé de PÂcadémie des inscriptions et belles-lettres. Avec celui-ci s^éteignit la postérité des Canaye, qui, pendant prés de trois siècles, avait été Tune des familles de robe 1^ plus considérables de Paris.
Le 19 janvier 1744, à Tâge de quatre-vingt-seize ans, Canaye cessa de vivre ou plutôt cessa de lire : la mort surprit notre bibliophile, le livre à la main. Il succomba, Parme au poing, comme le brave sur le champ de bataille. Pendant le cours d^une aussi longue carrière, il ne manqua pas un seul jour de venir passer quelques heures dans sa bibliothèque, en compagnie de ses a vieux amis ». (Ainsi nommait-il ses livres.)
La pratique du droit et les devoirs de sa charge ne gênaient en rien ses goûts de lettré. Outre les ouvrages sur la jurisprudence, il avait amassé une grande quantité de produaions littéraires anciennes et modernes, françaises et étrangères. A sa mort, tous ses livres furent dispersés, et Ton en rencontre encore quelques-uns à sa marque dans les bibliothèques publiques du nord de la France.
Empreinte communiquée par M. Tausin, de Saint-Quentin.
Fig. 89. — Canclaux (Joseph)^ conseiller au grand conseil général des hôpitaux de Paris, mort vers 1777. Il avait épousé, le 19 août 1722, Elisabeth de Bragelongne, fille de Jean-Baptiste-Camille de Bragelongne, seigneur du Saussey, conseiller au parlement de Paris, dont Jean-Baptiste-Casimir, comte de Canclaux, qui fut général pendant la République et pair de France sous la Restauration.
La collection Canclaux réunissait beaucoup de volumes du meilleur choix et en partie bien reliés. Son cabinet renfermait plusieurs objets rares et de prix, et une série d^estampes dues à la pointe de maîtres célèbres.
Fig. 90. — Camillac [Philippe- Claude de Beaufort), dit le comte de Montboissier, fut successivement cornette, enseigne, sous-lieutenant, brigadier de cavalerie, maréchal de camp et lieutenant général; puis, comme récompense de ses longs services, nommé chevalier de Tordre du Saint-Esprit, le 26 mai 1776.
Quoique élevé au milieu des camps, guerroyant toujours, le comte de Montboissier ne laissait pas de collectionner pendant les courts loisirs que pouvait lui faire le dieu des combats. Il semblait augmenter le nombre de ses livres au fur et à mesure de ses grades. A chaque étape, soit en France, soit à l'étranger, le service fait, son premier soin était de
parcourir la ville, de visiter les librairies et les bibliothèques publiques, furetant partout, ainsi qu^aurait fait le plus acharné biblîomane. C'est dans une de ces pacifiques expéditions qu'il découvrit un exemplaire des Discours politiques et militaires de Lanoue, dit Bras-de-Fer, dont les marges étaient bourrées de notes manuscrites de la main de Frédéric II. Qu'est devenu ce précieux exemplaire ? Pour notre part, nous l'ignorons complètement. Peut-être est-il rentré dans la collection de son premier possesseur.
Ce bibliophile éperonné, sans négliger les ouvrages de littérature, recherchait de préférence ceux ayant trait à l'histoire et à l'art militaire.
Au moment de la Révolution, îl vendit tout et quitta la France. Né le 31 décembre 1712, il mourut à Londres en 1797.
Marque prise sur : Acte de notoriété..., inscrit au catalogue Sinéty, 1880, sous le numéro 48t.
Fig. gi. — Cano {Philippe-Joseph de), seigneur de Moll, Baelen, Deschel (Belgique), doyen de la cathédrale d'Anvers, oti il mourut en 1759.
Les livres de Cano se rattachaient particulièrement k l'histoire de son pays, à la jurisprudence, à la théologie, au droit canonique et à la controverse religieuse. Son catalogue accuse seize cents anicles, dont vingt et un manuscrits et cinquante-deux ouvrages à gravures.
« Catalogus librorum... Philippi-Josephi de Cano, toparchise de Moll, .... decani ecclesiae cathedralis B. M. V. — Antuerpiœ, typis J. Grange, 175g, in-12.
JOANNIS GuiCARD.
PREUVES CURIEUSES
DE l'authenticité bës
MÉMOIRES DE JACQUES CASANOVA DE SEINGALT
d'après des recherches en diverses archives
(TROIllfem A.TICLE)
ous approchons de l'époque où signor Gi&cotao uiova, à bout d'aventures, et ayant eu cette for- ; inespérée et imméritée de trouver un repos doré bienveillance d'un grand seigneur, pensera, pour ler sa retraite, k écrire les Mémoires de sa vie. *' vant de le trouver installé dans le manoir du
de Waldstein avec le titre, les fonctions et les res de bibliothécaire du château, voyons quels :s destins, depuis l'éclat de la querelle qui l'oblilitter Venise. Les faits curieux que nous allons peu connus.
: avons laissé ■ messer Giacomo > en dîsgrSce corn- ;grâce auprès des Inquisiteurs que déjà depuis longservait mal ; disgrâce auprès des patriciens et de onde vénitien qu'il avait irrite par d'injustes diair de misérables pamphlets produits sur la perl'un des plus estimés et honorés seigneurs de ta ~^ nation. Qu'aurait-il fait en demeurant plus longtemps à
Venise? Assurément l'État n'eût point attenté de nouveau b sa liberté personnelle, mais sa fréquentation ordinaire des botteghe di caffe et des casini, où il faisait le beau parleur, où il tranchait du nouvelliste, parmi les beaux esprits et avec les viveurs du temps, ne lui eût plus été possible. L'agent particulier de
loC LE LIVRE
Son Excellence M. Dolfîn, ambassadeur de Venise à Paris, signor Ballerini, écrit à son patron, le 3i août, que certainement Casanova devra s'absenter de la ville, et en effet, le 27 septembre, en une autre lettre à son maître, il le dit parti.
Où Casanova s'était-il porté tout d'abord? Quatre mots fort précis dans une sienne lettre du 1 1 octobre nous indiquent que ce fut h. Trieste. Voulut-il tenter de faire revenir à lui la bonne grâce des Inquisiteurs en leur adressant quelques menus rapports sur Tétat commercial de la ville impériale dont Venise ne pouvait assurément pas voir sans ombrage s'établir la fortune ? C'est chose à croire, puisque, sans qu'il en eût commission, il leur adressa deux lettres dont le texte se trouve aux archives de Venise et auxquelles il ne paraît pas que Leurs Excellences aient fait aucune réponse.
Pendant un récent séjour d'un mois en cette ville, dit-il, j'obsenrai qu'il n'y a pas apparence d'une prospérité bien grande, puisque le numéraire manque et que le luxe va s'augmentant de jour en jour. J'ai vu des spéculations basées sur l'astuce et l'imposture, dont tout le but est d'enlever à Venise ses avantages pour en profiter. Il m'a semblé voir Trieste toute portée à attaquer le commerce vénitien, à l'offenser par des embûches^ pendant que celui-ci ne fait que se défendre, peut-être même avec trop peu d'action*.
Je n'ai point trouvé que le secrétaire du tribunal des Inquisiteurs ait eu à noter sur ses registres-journaux le texte ou l'analyse d'aucune réponse au voyageur trop complaisant. Aussi après ces deux lettres du 11 et du 3 1 octobre 1782, le silence le plus complet existe-t-il sur la personne et les mouvements de Giacomo Casanova dans les documents officiels du gouvernement de la République. C'est donc ailleurs, c'est à ses lettres, c'est aux lettres d'autrui, que nous devons demander des nouvelles de ce bon compagnon.
De Trieste il a dû se rendre à Vienne et y faire essai de résidence. Voici le cas étrange que rapporte, le 21 mai 1783, le sieur Schlick, secrétaire de France à Venise, dans quelques-unes des dépêches ^e sa correspondance ordinaire avec le comte de Vergennes, alors ministre des affaires étrangères*.
Venise, le 21 mai 1783.
La semaine dernière il est parvenu aux Inquisiteurs d'État une lettre anonyme qui porte que le 26 de ce mois un tremblement de terre plus terrible que celui de Messine détruira Venise de fond en comble. Cette lettre a transpiré et répandu ici une terreur panique. Plusieurs patriciens se sont éloignés de cette capitale et leur exemple en entraînera d'autres
Certes, c'était là un jeu et un tour bien tragiques. Quel avait pu être l'auteur de cet avis destiné à répandre l'efifroi dans tant d'esprits trop crédules ? On Ta deviné déjà, sans nul doute. A croire, en effet, M. le secrétaire de France, cet auteur audacieux et fallacieux, ce prophète à court délai d'une déperdition générale de l'archiséculaire Venise, ne fut autre que signor Giacomo. Le secrétaire de France a-t-il dit vrai ? En tout cas, il fut l'écho vraisemblable de tous