‹ Le livre (volume 3)Chapitre 37 sur 103 · LA NOUVELLE VENTE AMBROISE FIRMIN-DIDOT · texte numérisé non relu

LA NOUVELLE VENTE AMBROISE FIRMIN-DIDOT

avec ses maisons portant des enseignes et la Seine coulant sous les arches. — Cette miniature, grâce à la finesse du pinceau, à Theureuse opposition des tons, à Texpression des physionomies, constitue réellement un petit tableau fort achevé. Les quatre autres, sont un peu moins belles mais non moins intéressantes; toutes sont d^une grande fraîcheur et le volume entier est d^une conservation absolument irréprochable. Enfin, le luxe exceptionnel qui règne d^un bout à Pautre de ce manuscrit fait songer à une provenance royale ou princière ; aussi sera-ce sans nul doute un de ceux que les amateurs dMlite se disputeront avec le plus d^ardeur.

Un ouvrage qui, sous des aspects beaucoup plus modestes, paraît cependant devoir exciter également maintes convoitises, c^est un manuscrit sur vélin, du commencement du xv« siècle, intitulé : les Règles de la seconde Rectorique (n9 25, pet. în-40 de 78 feuillets). — C'est, en d^autres termes, une véritable poétique, dans laquelle Tauteur anonyme a recueilli les préceptes et les exemples de versification fournis par les poètes français depuis la seconde moitié du xni* siècle. Il cite successivement ses auteurs : Guillaume de Saint-Amour, G. de Lorris, Jehan de Meung, Philippe de Vitry, Guillaume de Machault, Brisebarre de Douay et bon nombre de rimeurs oubliés dont les noms seraient peut-être à jamais perdus, si Ton n'en retrouvait la trace dans cette étrange et bien précieuse compilation, qui contient en outre un très ample dictionnaire de rimes, le plus ancien que Ton connaisse. Bienheureux sera Padjudicataire de ce traité, dont on peut faire comprendre la valeur d'un seul mot : il est unique !

Je note en passant (n<» 3o) un ravissant exemplaire des Quatrains de PybraCy bijou calligraphique de la main à^Esther Anglois, enfermé comme dans un écrin, dans une délicieuse reliure en maroquin rouge couverte d'ornements exquis. Les quatrains, au nombre de 126, offrent cette particularité que l'écriture de chacun d'eux est différente. Les manuscrits sortis de la plume de M"' Angloissont fort rares, en France surtout; elle n'en exécutait que pour son plaisiretàl'étranger.Ch. Nodier, d'après une note autographe collée dans le volume, n'a vu, outre ce présent ouvrage, qu'un seul autre manuscrit provenant de M"« Anglois.

On ne saurait non plus passer sous silence deux exemplaires des Philippiques de La Grange-Chancel (n* 3i-32) exécutés avec beaucoup de soin, de 1720 à 1725, et qui seraient bien curieux à compulser en vue d'une nouvelle et vraiment définitive édition de ces odes si pleines de fiel. Le second manuscrit notamment appelle l'attention par une particularité du plus haut intérêt : on ne connaissait jusqu'à présent que cinq odes^ il en contient six. La pièce jusqu'à ce jour inédite, placée dans le manuscrit comme quatrième ode, compte dix-huit strophes; loin d'être une satire contre le Régent^ elle est au contraire entièrement consacrée à l'éloge de ce prince et soulève par suite un problème multiple : à quel moment, par qui, dans quel but fut composée cette palinodie? Ces ques-

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tionsd^ai Heurs ne sont pas près d^étre résolues, car, si j^en crois mes souvenirs, il existerait différents textes de cette sixième ode inédite. C^est ainsi qu^un des amateurs les plus distingués de curiosités satiriques, M. A. B....S, posséderait, m'assure-t-on, une sixième Philippique dont le texte n'est point identique à celui du présent recueil.

Une autre rareté du plus haut goût, c'est un manuscrit (n<> 26) contenant les poésies de notre roi Charles VL Qui eût cru que l'époux infortuné d'Isabeau de Bavière eût jamais rien composé? Cependant (si toutefois le rubricateur n'a pas commis une faute de transcription), les Enfances et miracles de Jésus-Christ y en vers, n'ont rien moins qu'une origine royale : notons que le malheureux monarque qui se livrait ainsi à la poésie dévote, ne manquait pas d'une certaine habileté dans la versification. On voit combien ce fait, insoupçonné jusqu'à ce jour, ajoute d'intérêt au présent manuscrit, unique copie connue du poème de Charles VI. Si nous venons maintenant à la classe de l'histoire, nous n'aurons que l'embarras du choix, pour citer les merveilles qui s'y trouvent réunies. Ce sont d'abord les Antiquitates Judaicœ et le de Bello Judaico^ de Flavius Josèphe (n« 53), beau manuscrit du xii^ siècle, provenant de l'abbaye de Saint-Tron, en Belgique, admirablement décoré; — un manuscrit en partie autographe^ de Geoffroy de Courlon (Gaufridus de CoU lone. n^ 57), de 1293, relatif à l'histoire ecclésiastique de la ville de Sens, volume UNIQUE, dans une belle reliure de Hagué; — les Poésies de Jehan Molinet (n^ 28), dont la moitié au moins est inédite^ et les Chroniques des Flandres et de Bourgogne du même auteur (3 volumes in-folio, écriture de 1 5 20 à i526); — un précieux recueil du xii» siècle (n«» 55), contenant des textes historiques d'un grand intérêt (Pseudo-Callisthène, Eginhard, le moine de Saint-Gall, Paul-Diacre, etc., etc.), et qui provient à n'en pouvoir douter de l'abbaye de Saint- Victor de Paris; — unt Histoire Universelle jusqu'à la mort de Jules César (n® 61), grand in-folio sur vélin, de 338 ff. à 2 colonnes, décoré notamment de deux grandes miniatures offrant ensemble onze sujets et de quarante-sept moyennes, sans parler des centaines de lettres ornées qu'on y rencontre; cet admirable et précieux volume, exécuté vers le milieu du xiv« siècle, a successivement appartenu, ainsi que le prouvent les signatures autographes du dernier feuillet, au connétable Louis de Luxembourg^ comte de Saint-Paul, décapité en 1475, par ordre de Louis XI, puis à la maison de Clèves; les miniatures sont pleines de détails importants pour l'histoire du costume et des usages à la fin du moyen âge; — la Fleur des Hystoires de la Terre d! Orient y par Hayton, ou Haycon (n« 64), manuscrit sur vélin, orné de superbes miniatures et exécuté, au commencement du xv« siècle, pour le connétable Valéran de Luxembourg; — les grandes Chroniques de France, dites de Saint'Denis (n? 65), manuscrit sur vélin grand in-folio à 2 colonnes, exécuté au commencement du xv"' siècle et orné de trente-trois remarquables

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