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LE CORTÈGE HISTORIQUE DE VIENNE

Charles-Quint à Anvers. Makart fut chargé de composer les esquisses du cortège projeté.

Il avait assisté en 1 877, à Anvers, au troisième centenaire de la naissance de Rubens, et s'y était inspiré du génie décoratif du maître flamand. Il possède aussi a cette patience incroyable à regarder » qu'un critique français a remarquée chez les Allemands.

L'histoire artistique de la ville de Vienne est pleine de cortèges de ce genre. Il y en avait notamment quand les empereurs ceignaient la couronne du Saint- Empire romain, célébraient leurs fiançailles ou conviaient à un grand congrès les princes de l'Europe. Maximilien I*' en était un amateur passionné et les musées impériaux possèdent de curieuses estampes qui représentent les cortèges et les tournois organisés par cet empereur.

En 1878, il s'agissait non pas d'un tournoi, d'un spectacle militaire comme on en voit sur ces estampes, mais d'un hommage de fidélité de la bourgeoisie, d'une représentation symbolique de la science, des arts, de l'agriculture, de l'industrie et du commerce. Seulement la monotonie des costumes de notre siècle démocratique se prêtait mal à un déploiement de pompe et à un tableau de couleurs variées.

C'est pourquoi Makart s'est inspiré, pour les détails de la fête, de cette brillante époque de la Renaissance, si féconde dans toutes les branches de l'activité humaine, si admirable dans ses créations artistiques.

Les esquisses de Makart, tracées sur des toiles de 60 sur 1 72 centimètres, furent exposées les 2 5 et 26 février 1878. Elles soulevèrent un énorme enthousiasme. La population, jusque-là hésitante, prit confiance. On se mit à l'œuvre avec une ardeur fiévreuse. La confection des costumes, la construction des chars se fit sous la surveillance des meilleurs artistes de Vienne : les sculpteurs Silbernagel, Reinhold, Voelkel, Charles Costenoble, Rodolphe Weyer, les architectes Koenig, Feldscharek, les peintres Edouard Stadlin, Joseph Fux, etc.

La ville de Vienne leur exprima sa reconnaissance en offrant à la Société des artistes deux exemplaires de la médaille frappée en commémoration des noces d'argent die François-Joseph et d'Elisabeth.

L'artiste est parvenu à faire figurer dans le cortège certaines branches de l'industrie absolument modernes, tout en restant dans l'esprit du xvi* siècle. Ainsi le char triomphal, sur lequel le dieu du feu célèbre ses noces avec une nymphe, donne bien l'idée de nos chemins de fer; au premier plan de ce char, trois faunes tiennent la roue ailée posée sur une tête de Cerbère ; sur un côté, deux gnomes s'élancent sur le char ; au dernier plan, des naïades portent les grandes ailes de corbeau servant de trône au dieu, qui enlace la nymphe ; le charbon brûlant sur deux candélabres représente l'offrande. Au milieu du char, six dames symbolisent les grandes provinces autrichiennes : l'Autriche, la Bohême, la Moravie, la Pologne, la Silésie et la Styrie.

Le char du commerce est une vaste estrade entourée de feuillage et ornée à l'avant d'une tête de panthère sculptée. On y voit sur un globe un Mercure, grandeur naturelle, entouré d'ancres, d'avirons et de cornes d'abondance ; la voiture est encombrée de balles, de caisses, de barils et d'étoffes que plusieurs jeunes dames offrent ou examinent, vendent ou achètent.

Le char de la Navigation frappe les yeux ; c'est le pont d'un vaisseau ; à la

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proue sont des dauphins sculptés ; à la poupe, la tête du dieu du Danube, entourée de poissons et de coquillages ; sur le pont se tiennent un Triton et deux néréides ; le grand mât et son gréement est supporté par un Bucentaure, autour duquel est un groupe allégorique de six dames : l'Autriche, la Hongrie, la Bavière, la Chine, l'Egypte et la Grèce.

Sur le char des Orfèvres plusieurs dames représentent, avec leurs pierreries, leurs brillantes toilettes, leurs diadèmes aux mille feux de diamants, le luxe le plus effréné.

Les imprimeurs ont pour symbole un génie, porteur d'une torche et accompagné de la Science et de la Littérature ; en arrière, Gutenberg surveille le travail d'une presse, sur laquelle des typographes tirent les exemplaires d'une chronique de la fête ; un artiste vénitien et un Albert Durer complètent ce groupe pittoresque.

Une plate-forme, donties coins sont formés par quatre Génies, soutenant les candélabres desquels se dégagent les flammes symbolisant l'inspiration, une Vénus de Médicis assise sur un trône que surmonte un baldaquin à colonnes et entourée de dames inspiratrices des arts, composent le char des artistes.

Nous remarquons encore le char des mineurs, sur lequel trois géants fouillent un sol étincelant d'or et d'argent, tandis que la fée des diamants sort du puits escortée de gnomes fantastiques.

Une description détaillée des autres chars de la Chasse, de l'Industrie et du Commerce serait certes intéressante, mais nous entraînerait trop loin. Nous renonçons à examiner minutieusement tous les groupes que M. Makart a organisés, tous les chars qu'il a imaginés, tous les costumes pittoresques qu'il a dessinés ou imités des anciennes estampes.

Pour donner une simple idée de l'ensemble, nous allons énumérer rapidement les groupes esquissés par Makart, rangés dans le cortège et reproduits en trente-sept gravures pour la splendide publication de la ville de Vienne par les artistes suivants :

Place du défilé devant l'empereur, par Otto Wagner; Hérauts et musiciens, par le même;

Porte-bannière et jeunes patriciens, par le chevalier Jules Blaass; Chasse historique (deux planches), par Joseph Fux; Fauconnerie, par Adolphe Hirschel; Jardiniers, par François Russ; Vignerons, par Joseph Rumpler; Mineurs, par Alois Greill ; Meuniers et Boulangers, par Hugo Charlemont ; Pâtissiers et Laitiers, par Léo Reifenstein ; Bouchers, par Rodolphe Huber; Charcutiers, par R. Huber et A. Hirschel ; Aubergistes, par Rod. Geyling; Industries du vêtement, par Armand Eichler;

Passementiers, fabricants de soierie, tisserands, teinturiers, drapiers, etc. deux planches), par Edouard de Luttich-Luttischheim ; Tanneurs, par Arm. Eichler;

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