‹ Le livre (volume 3)Chapitre 56 sur 103 · I. Librairie oricaule de B. Dupnt. Parii, iSjS. Ptlit ia · texte numérisé non relu

I. Librairie oricaule de B. Dupnt. Parii, iSjS. Ptlit ia

CAPRICES ET FANTAISIES SUR LES VIGNETTES ROMANTIQUES «tj

dourisme ■ plus d^un Jeune-France qui raillait si cruellement les beaux Dunois de la Restauration.

Il est des êtres dont les sentiments ne vibrent qu'au contact du vrai. Ne leur parlez pas du Beau, du Laid, ils ne savent ce que veulent dire ces formules et répondent par le Vrai. Ces gens se trompent parfois, entraînés par la recherche de la vérité quand même; mais s'ils choisissent un coin du cœur de Thomme, ils essayent |de le rendre sincèrement, dans son absolue réalité, sans s'inquiéter d'un public qui a soif de mensonges et détourne la tête en face d'images positives.

Un de ces sectaires m'apporta un jour le portrait que voici : — Vous

vous révolterez, me disait-il, mais je place l'image de M— Banhélemy- Hadot beaucoup au-dessus de celle de George Sand. L'hérésie, en effet, semblait considérable.

— M"* Barthélemy-Hadot, reprit l'homme, tout en ayant fait sa toilette...

— Pour l'amour de Dieu, m'écriai-je, qu'est-ce que cette personne?

ttf4 ^£ LIVRE

— Un peu de patience et vous serez éclairé... M™ Barthélemy- Hadot écrivait pour le libraire Pigoreau des romans historiques qu^on peut classer à la suite de ceux de M*^ Cottin. Ne froncez pas le sourcil. . . Les mauvais garçons d^Alphonse Royer, VHôtel du Petau-Diable de Siméon Chaumier n^ont jamais obtenu la popularité (TAmélie Mansfield ou de Malvina. Vous seriez tout à fait injuste de faire descendre M"* Barthélemy-Hadot du rang que lui a conquis à cette époque son imagination... Mais je ne veux m^occuper que de son portrait; il peut choquer un partisan de Técole romantique, il offre la suprême qualité d^étre essentiellement vrai... Vrai comme un ancien pastel de grand^tante de province. • . Si j^écarte, pour les besoins de ma démpnstration, les nuages symbolisant la gloire de cette dame de lettres, je trouve une honnête personne dont les yeux et la ligne sinueuse des lèvres annoncent un observateur convaincu . . . M'"* Barthélemy-Hadot possédait une qualité indispensable aux grands travailleurs, la santé : son bras a Tampleur de celui de la célèbre M"* Georges ; sa poitrine est richement meublée et si la ceinture, ornée d^un médaillon dont seul M. de Concourt pourrait dire Torigine et la valeur, n^était pas remontée haut suivant la mode du temps, on verrait les hanches de cet auteur surgir triomphalement de la robe en fourreau... La délicate écharpe de gaze, ornée de fleurs, qui assujettit, sans en avoir Pair, le tour de cheveux de M"*« Barthélemy-Hadot ne féminise pas sensiblement les traits sévères du visage de Thistorien. Sans contredit, cette personne ne se contentait pas seulement d^unë affublation romanesque; quand elle préparait son ouvrage capital, Laurence de Sully ou r Ermitage en Suisse, elle dut compulser avec soin les documents imprimés et inédits relatifs à la famille de Sully. . . Alorsqu^elle posait devant le dessinateur dans cette toilette de Sainte-Périne, M"' Barthélemy-Hadot voulut se présenter au public sous le costume qu^elle eût choisi pour aller dans le monde; mais sa physionomie reste intègre. Point de ces sourires alléchants que font les auteurs à la porte de la baraque de leurs livres pour engager les lecteurs à y entrer. • . Les coins de la bouche se dirigent vers le sol en signe de méditation. Impassible comme M"* Lenormand , M"' Barthélemy-Hadot semble tirer les cartes pour les lecteurs de romans historiques et, pleine de sérénité, elle attend que la postérité ratifie les nuages de gloire dont Ta entourée le libraire Pigoreau.

Un peu accablé d^abord par le pallas de Tacharné défenseur de la réalité, j^allais répondre. L^homme approcha les deux images Tune à côté de Tautre, pour me forcer à les comparer, et prenant congé de moi :

— Je juge donc un tel portrait vrai comme la vérité, ajouta-t-il, et tout en admettant quUl n^offre pas le charme bizarrement androgyne de celui de George Sand, j^en reste à ma première impression, je préfère l'image de M"« Barthélemy-Hadot. Champfleury.

Page 1