‹ Le livre (volume 3)Chapitre 67 sur 103 · C. JOLLY BaVOILLOT · texte numérisé non relu

C. JOLLY BaVOILLOT

Notre correspondant, qui vient de nous fournir de si précieux détails iconographiques sur la composition du Bibliophile conservateur dont nous avons fidt graver une eau-forte, se trompe étrangement en faisant de Boulard un être imaginaire ou un obscur monomane.

Charles Nodier a publié en i83i, dans le tome I** de Paris ou le Livre des Cent et un, sous ce titre : le Bibliomane^ une curieuse étude précédée de cette épigraphe tirée de Pons de Verdun :

Ah! je la tiens! que je suis aise!

C'est bien la bonne édition, Car voilà, page quinze et seize, Les deux fautes d'impression Qui ne sont pas dans la mauvaise.

Au cours de cette Nouvelle bibliographique, nous lisons cette manière de ballade en prose sur les regrets des anciennes mardelles de la Seine.

Qu'est devenu l'Age d'or des bouquinistes en plein vent? C'est ici pourtant que mon illustre ami Barbier avait col lige tant de trésors, qu'il était parvenu à en composer une bibliographie spéciale de quelques milliers d'articles (n'oublions pas que ces lignes sont datées de i83i); c'est ici que prolongeaient pendant des heures entières . leurs doctes et fructueuses promenades, le sage Monmerqué en allant au Palais et le sage Labouderie en sortant de la Métropole. C'est ici que le vénérable Boulard enlertiit tous les jours un mètre de raretés, toisé à sa canne de mesure, pour lequel ses Six maisons pléthoriques de volumes n'avaient pas de place en réserve.

Oh! qu'il a de fois désiré en pareille occasion le modeste angulus d'Horace, ou la capsule élastique de ce pavillon des fées qui aurait couvert au besoin l'armée de Xerxès... Maintenant, quelle pitié! vous n'y voyez plus que les ineptes rogatons de cette littérature moderne qui ne fera jamais de la littérature ancienne et dont la vie s'évapore en vingt-quatre heures, comme celle des mouches du fleuve Hypanis... les quais ne sont désormais que la morgue des célébrités contemporaines. »

Il n'y a rien à ajouter à ce brevet d'immortalité décerné par Nodier au vénérable Boulard, mis en compagnie avec Monmerqué et Labouderie. Un de nos lecteurs saura-t-il nous fournir des documents biographiques sur ce bonhomme bibliomane si peu connu de notre génération, et dont la physionomie originale devient plus frappante encore, plus troublante, dirions-nous, en raison du mystère qui l'enveloppe ?

Nous offrons grandes et petites entrées aussi bien aux souvenirs de nos doyens d'âge qu'aux découvertes des patients inquisiteurs du passé.

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