II. 4a
Ijo LE LIVRE
En la voyant si innocente et si pure, quel est, je ne dirai pas rtiomme, mais le démon même qui tenterait de la souiller?
(Alexandre Dumas.) His eyes very blue.
Cette rose au matin sourit comme sa bouche.
(André C hunier.)
Sa prunelle Étincelle.
(Henri IV.) Gli occhi di color del cielo.
Je laisse de côté une forte provision d^épigraphes ; elles se déroulent ainsi pendant quatre pages sans laisser trace visible de la figure de Camille.
Cette malice à propos du système épigraphique devait en hâter la fin. \
Ce fut alors que le fossoyeur du De Prqfundis, se dépouillant du pseudonyme d^ Alfred Mousse, entra blond, élégant dans le monde des lettres; après avoir joué un certain temps du violon sur la chanterelle du cœur des jolies femmes de son temps, en véritable talon rouge il prêcha la galanterie du xviir siècle. Caressé par la fortune qui en faisait un directeur du Théâtre-Français, choyé des comédiennes et des belles dames, ces folles joies ne Tempéchaient pas de disserter platoniquement, à ses moments de loisir, sur Timmortalité de Tâme ; tapissier ingénieux, il inventa pour l'Académie française un fauteuil à rallonges dans lequel la vieille dame ne devait permettre à aucun esprit indépendant de s'asseoir ; confesseur des pécheresses de toute qualité, à commencer par celles de Mabille, Arsène Houssaye devait toujours rester blond comme Apollon et bâtir à Beaujon, à Vorges, à Breuil, à Bruyères, presque autant de châteaux que le Roi de Bohême.
Et le pâtre, sur son tombeau.
Lira pour épitaphe :
Il mit à mort Tépigraphe.
Chàmpfleury.
aiiiTTKi mLKOiiiLiBt bo Birthday Book de kate OKataAW&i
HOGARTH. — ROWLANDSON. — JOHN LKECH. — WALTER CRANE. R. CALDECOTT. — KATE GREENAWAY.
Sous aucune forme littéraire, plastique ou pittoresque, dans aucun an, le caractère d'une race ne s'accuse d'une façon plus ouverte, ne se manifeste en traits plus lisibles que dans la caricature. C'est le privilège du genre qu'on n'y puisse frauder sur les inclinations du tempérament national.
Si haut qu'ait atteint le degré de culture intellectuelle et quelle que soit la réserve extérieure des moeurs, nulle retenue ou convention mondaine, en aucun pays, n'a jamais réussi à entraver la sincérité absolue de la plume ou du crayon entre les mains de l'artiste satirique, humoriste ou moraliste. Chez les peuples d'origine latine, étroitement soumis pourtant fa l'empire '"""- Jm. ^N^i G^"" des traditions classiques, nulle convention d'académie, en dépit de ces traditions ; chez les autres peuples, nulle autre convention esthétique, aucune influence religieuse ou sociale n'ont pu l'arrêter. Le cant anglais, si puissant, y a échoué. Pourquoi? C'est que,
1. Londrn, George Ronllcdge and •oui, Uitenn. — Ce tolome du Lirrt dt naiiianct pour en/anu pinliri blcDtSl t b librairie Hachette dto* le format ia-ji ttrrt, etcc le* illnetraiioai aoglEiiet de Kaie GreenawEj.
s. RowuaB«>ii, Me CaricaUriil. & wlectioa fram bu work*, vilh inecdolal deKriptloni of hii fimoue cuicaluree and a tkelfh of hn lift. Time* iDd oanlemporariei, by Joaepb Greco, ■alhor of Jamei Glllray, Ihe earicalnritt; hU lift, morki and limti, wjlh aboul fonr bundred lUiutrationi in iwo Tolumet. — Londoii, Cballo and Wiodai, Piccadilly, iBBo.
Voir aoiai lei lourDini Ihe Punch, Ihe Graphie et l'imponanle colleclion de Pielure bookt, publié! à Londrei par George Houlledge and loiu. Un cerlaia nombre de ce* albnmi a éU ii\\i avec le texte friDçait par la librairie Hachette, entre aulm quelquee-nn* dei Coatei de Pcrrwill, illoatrO par Walier Craae, VHiiloire diverlittante de John Gilpin, illoitrée par R. Caldecoll el Vndtr Ihe Vindow, leile ei deaaiai de Kate Grecaaway, pablif en France lOiM k tllra de la Lanterne magique (Hacbetle, éditeur).
bien qu'il n'y paraisse guère, et l'artiste lui-même en a rarement conscience, le point de départ et le point terminus, le subjectif et l'objectif de la caricature sont un certain idéal qui ne souffre ni concession ni transaction.
Par ce mot idéal, on n'entend pas désigner la conception banale, fade et suavement écœurante de ce type bellâtre dont on a si bourgeoisement abusé, et désormais à ce point discrédité qu'il est difficile d'échapper au ridicule si l'on écrit le mot ou si l'on fait seulement allusion à la chose. Je ne dirai pas davantage avec Gebhart, cité par M. Champfleury, que la caricature suppose le sentiment de l'idéal parce que a si la laideur choque l'artiste, c'est qu'elle étend comme une ombre sur la beauté dont son regard intérieur contemplait la pure lumière^ ».
Je ne crois point à cet idéal négatif, à ce choc en retour de la beauté sur la laideur. Ce sont là subtilités de métaphysicien allemand sans la moindre valeur. La laideur ne blesse point le caricaturiste, elle l'intéresse beaucoup, au contraire. S'il en était ce que pense Gebhart, ne serait-ce pas un singulier moyen de dissiper « l'ombre étendue par la laideur sur la beauté » que précisément de célébrer la laideur, et d'une façon exclusive ? Or la caricature ne fait pas autre chose. Elle ne voit et ne fait voir que le laid et ses dérivés, qui l'augmentent jusqu'à rhorreur ou le diminuent jusqu'au comique innocent. Aux pôles extrêmes du laid, elle rencontre le monstre et le niais, Caliban et Jeannot.
L'erreur de Gebhart tient à l'éternelle confusion que les intelligences non douées du sens esthétique établissent constamment entre l'objet représenté et la représentation de l'objet. Jusques à quand faudra-t-il redire que la beauté ou la laideur de l'oeuvre d'art n'a rien de commun avec la beauté ou la laideur du modèle, que l'être le plus repoussant, le monstre le plus hideux, peut fournir l'occasion d'une oeuvre d'art admirable ? Oublie-t-on ce fragment de masque de faune dont la sublime grimace — de sénile concupiscence — n'a pu être modelée que par le pouce de Michel-Ange ? Oublie-t-on les superbes types de grotesques dessinés par Léonard de Vinci, — et l'œuvre entier de Rembrandt, où l'on ne trouve pas une seule figure de beauté, et la poétique d'Albert Dttrer, si profondément particulariste, — et les incomparables cauchemars de formes enfantés par le génie de Goya et par les merveilleux peintres du Japon?
Dire que tant de chefs-d'œuvre démontrent l'aversion des maîtres pour la laideur, cela n'est même pas du paradoxe, c'est de l'aveuglement, cet aveuglement absolu et spécial qui caractérise le pédantisme des idéologues d'outre- Rhin.
La laideur est un fait. Comme tous les faits, la laideur est un moyen d'art '.
I. Voir FAvertiueroent, page xi, de V Histoire de la Caricature sous la Ré/orme et la Ligue, de Louis XIII à Louis XVI, par M. Champfleury. (Un vol. in-i8, à la librairie Dentu.) Ce volume récemment publié complète le très important ouvrage de l'auteur sur ce sujet, qui devait en effet tenter particulièrement un esprit comme le sien, si largement ouvert à toutes les formes de la sincérité dans Tart, les seules originales, les seules expressives, les seules dignes de l'histoire.
a. « La nature n*est que le prétexte, — se plaît à répéter un grand artiste français contemporain, M. Jules Dupré, — l'art est le but en passant par l'individu. Pourquoi dit-on un van Dyck, un Rembrandt, avant de dire ce que le tableau représente? C'est que le sujet disparaît et que l'individu seul, le créateur subsiste. En veut-on un autre exemple ? On dit communément bête comme un chou. Mais qui donc oserait dire : bête comme un chou peint par Chardin? C'est que l'individu, l'être humain a passé par là. »