‹ Le livre (volume 3)Chapitre 82 sur 103 · ES AMIS DES LIVRES J · texte numérisé non relu

ES AMIS DES LIVRES J

La Société des amis des livres peut donc être considérée comme fondée sur des assises solides et depuis trois années environ elle forme une sorte d* Académie de cinquante membres, parmi lesquels nous remarquons:

S. A. le duc d^Aumale, le plus galant convive, le plus séduisant causeur et le plus érudit bibliophile; M"* Edmond Adam, la seule femme que la société ait admise jusquMci et que chacun regrette de ne pas voir plus fréquemment apporter la grâce, Pesprit et la beauté au milieu de nos habits noirs ; Henri Houssaye, le jeune critique des Débats, aussi fin artiste es lettres que bibliophile passionné ; Octave Uzanne, un autre jeune et fervent lettré, duquel nous ne dirons rien afin quMl ne biffe point par modestie notre éloge en sa qualité de rédacteur en chef de cette revue ; Charles Cousin, un joyeux convive, nerveux, quisèmesagaietéetses mots en prodigue du vrai sel gaulois et en judicieux amateur qui a signé un livre exquis connu de tous : It Voyage dans mon grenier ; Brivois^ le bibliographe de Béranger, duquel on attend le fameux guide des ouvrages à vignettes de ce siècle, qui doit paraître sous peu chez Péditeur Conquet; Fernand Drujon, le rédacteur des Ouvrages condamnés et le signataire à cette revue dMntéressants articles sur les livres à clef. Qui encore ? — Emmanuel Bocher, le savant catalographe des vignettistes du XVIII' siècle, gentilhomme lettré aussi puissamment laborieux que le pauvre baron James récemment décédé ; Lessore, Faimable secrétaire recruteur et Phabile et ingénieux portraitiste à la pointe sèche de tous nos contemporains ; Louis Vian, Phistoriographe de Montesquieu ; le baron Roger Portails et Henri Béraldi, les deux collaborateurs à cette éminente publication des Graveurs du xviii* sièclCy dont deux forts volumes ont déjà été publiés par MM. Damascène, Morgand et Fatout; Germain Bapst, auteur des Arts du métal, un jeune et curieux chercheur; le docteur Cusco, le publicateur de ^Instrument de Molière, traduction du traité De clyste^ ribus; Auguste Laugel, ingénieur érudit et auteur de nombreuses études scientifiques ; Parant, le bibliographe des Romantiques en cours de publication chez Rouquette ; de Marchéville, le commentateur bibliographe et iconographe de Regnard,et enfin Eugène Paillet, notre président, toujours présent, toujours aaif, qui semble être Pâme de la société et autour duquel se groupent toutes les sympathies, comme l'esprit de corps autour dMn drapeau .

Et nous ne citons pas tous ceux qui ambitionnent un siège à cette académie de bibliophiles, tous les candidats au premier couvert vacant; près de cent personnages de haute lignée dans le monde des lettres et des grands amateurs guettentune démission et, hélas ! il faut bien le dire, un décès; mais Pamour des livres conserve et les bibliophiles se portent gaillardement; tant pis pour ceux qui se morfondent et font antichambre. Il n^y a que notre sage archiviste-trésorier, le loyal Alfred Piet, qui ne boive que de Peau, et encore, insinue malicieusement Charles Cousin^

n'en boit-îl pas tous les jours. Il faut voir la belle mine de M« Delberguc- Cormont, rex-commissaire-priseur, la belle allure du commandant Marigues de Champ-Repus, les visages souriants de vie de nos amis Ouachée, Clément etDéséglise, la vivante carrure de M* Tuai, léger comme un chasseur à pied, et la tête malicieuse et fine du très érudit Bégis, pour demeurer convaincu que les membres fondateurs actuels des Amis des livres forment une académie plus verte, moins chancelante que celle qui vient de se réunir et de nommer de nouveaux immortels sous le dôme de r Institut.

La société a déjà, fidèle à son programme, publié trois volumes tirés spécialement pour ses membres titulaires et dont quelques exemplaires ont seuls été mis dans le commerce. Nous voulons parler de la Chronique de Charles IX, de Prosper Mérimée, qui parut en 1876; des Scènes de la vie de Bohême, de Henri Murger, mis au jour par les Amis des livres en 1879, et enfin du Fortunio, de Théophile Gautier, terminé au début de cette année 1881.

Ces trois ouvrages spéciaux méritent quelques lignes d'examen séparément.

La Chronique du règne de Charles IX fut publiée sous la direction de M. Eugène Paillet qui s'adressa pour l'illustration de ce roman historique au spirituel dessinateur Edmond Morin, lequel consentit à sortir des bois pour entrer dans l'eau-forte. Ce fut à Chamerotque l'impression fut confiée et l'habile imprimeur exécuta un chef-d'œuvre typographique dans un format grand in-S"" jésus. Les eaux-fortes de Morin, finement exécutées, avec le laisser-aller de ce maître du crayon, manquent, à notre avis, d'une grande originalité de conception dans le dessin et surtout de science historique. C'est du Charles IX troussé à la moderne, agréable et papillotant à l'œil; mais il n'est point d'amateur réellement soucieux de la vérité historique et pénétré d'une pointe d'archaïsme, qui puisse accepter cette fantaisie d'à côté où les pauvres huguenots sont encore plus maltraités que dans la Saint-Barthélémy.

Ce premier ouvrage, tiré à cent txtmplaires^ passe comprise, comme on dit en argot du métier, est devenu excessivement rare et fait prime aujourd'hui à 25o et 3oo francs.

Avec les Scènes de la vie de Bohême, dirigées par M. Cherrier et imprimées par D. Jouaust, nous constatons un singulier mélange de belles qualités et de gros défauts d'inexpérience chez l'illustrateur aqua-fortiste Bichard. Ici le dessinateur est trahi par le graveur très insuffisamment maître de son métier et de sa pointe. Le dessin est un peu trivial et terre à terre, pour ne pas dire commun. M. Bichard était alors un débutant et ses illustrations, pour un début, marquent de belles dispositions que le

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