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LE BARON JAMES EDOUARD DE ROTHSCHILD 37J

au moins par Derome, et aux armes du roi. M. Cigongne, qui avait de Tesprit, lisait ses livres, et les lisait bien ; il savait à merveille que celui-ci, qui était unique et qu'il montrait avec fierté, était d'ailleurs absolument stupide, — tous les amateurs n'en sont pas là, — mais rien n'était plus gai que la sincérité de son désespoir de n'avoir pas l'ouvrage de Goujet, dont il avait incessamment besoin et qu'il allait consulter chez Potier ou chez Techener. M. de Rothschild avait un Goujet ; il n'avait pas encore pu trouver une collection de la Galette, — c'était un de ses desiderata, — mais il avait une collection du Mercure, et bien d'autres collections. Les recueils, les volumes, les plaquettes, les catalogues utiles à l'histoire littéraire et à la bibliographie formaient chez lui une bibliothèque de travail d'une utilité bien féconde. Nulle part à Paris on ne trouvait autant de livres modernes de bibliographie étrangère, et les travailleurs en profitaient autant que leur possesseur.

En dehors de la galerie, — où ceux qui s'y sont réunis ne peuvent plus entrer sans un serrement de cœur, — il y aurait encore à citer la collection Pécard, réunion unique de ces innombrables plaquettes historiques publiées sous Louis Xin. M. de Rothschild, qui l'avait recueillie pour qu'elle ne fût pas dispersée, l'avait doublée et voulait en donner le catalogue raisonné, qui eût été comme la bibliographie historique d'un règne ; ce n'est pas la seule chose que nous perdions avec lui.

Au moins aurons-nous le catalogue de son cabinet; 87 placards en sont déjà composés. Ils comprennent 1 549 numéros, les deux tiers à peu près de l'ouvrage, qui formera deux volumes. Ces volumes seront pleins de reproductions de titres, dont plusieurs ont déjà figuré dans les catalogues de MM. Morgand et Fa tout, à qui M. de Rothschild, qui était très complaisamment libéral, les avait prêtés, et aussi des fac-similés en couleur de ses plus belles reliures, dont quelques-uns sont déjà faits. Par les descriptions soigneuses, les remarques érudites, les dépouillements des noms cités dans les poètes; parles tables très nombreuses et très complètes, ce ne sera pas un catalogue, mais un livre, et le seul capable de donner l'idée de cette belle bibliothèque qui ne s'augmentera plus.

Je suis le seul qui ne puisse insister sur les volumes que M. de Rothschild m'a mis à même d'ajouter à mon recueil d'anciennes poésies françaises, à ce recueil qui, sans les maies chances de la Bibliothèque elzévirienne, serait déjà complété et terminé par deux volumes de tables et de glossaire, dont la copie, prête depuis longtemps, attend que l'on sache ce que deviendra cette collection. Je suis plus à mon aise pour parler de ce à quoi je n'ai pas travaillé.

M. de Rothschild laisse diverses impressions commencées. J'ai dit un mot de son catalogue; il faut rappeler le Mystère du Viel Testament, qu'il imprimait pour l'offrir gracieusement à ses confrères de la Société des Anciens Textes. Les deux premiers volumes, qui vont de la création des anges à l'histoire de Joseph, ont été publiés en 1878 et 1879; le troisième, qui est presque fini, achève l'histoire de Joseph et celle de Moïse; les autres volumes, dont le quatrième commencera à Samson, seront imprimés, grâce aux soins aussi intelligents qu'honorables d'une famille qui tient à honneur de ne pas laisser inachevées les œuvres commencées.

Quelques jours à peine après le coup qui a frappé tous ses amis, le premier volume des Continuateurs de Loret vient de paraître. Le travail est entiè-

rement prêt et il a donné bien du mal, car, pour réunir et créer la copie de toute la suite, il a fallu aller de bien des côtés, s'adresser à bien des bibliothèques, même à l'étranger. Il reste encore cinq volumes à imprimer, aussi forts que le premier : c'est, comme on voit, une grosse besogne. Ces volumes seront imprimés et même rapidement, en souvenir de celui qui les a faits et qui ne peut plus suivre la dernière exécution. Je ne dis rien de l'intérêt historique et de la nouveauté de ce recueil, ni de l'exactitude du texte, ni de l'utilité des tables ; il doit en être question ici même et avec plus de développement que je n'en puis donner à cette notice.

Mais ce qui n'était que commencé, que projeté, ce qui n'avait qu'un commencement de réalisation, ce qui demandait encore des années de préparation et de travail, ce qui ne peut pas être fait sans lui, parce que ce ne serait plus son œuvre, est encore plus considérable. Il s'intéressait particulièrement à notre ancien théâtre. Le mystère qu'il comptait imprimer le premier, après le Vie! Testament, était celui de Saint Christophe. Comme de plusieurs autres, choisis parmi les plus rares, la copie était prête et elle pourrait s'imprimer, parce que l'exécution de la copie comporte l'établissement entier du texte.

Il avait aussi la copie des énormes papiers du médecin Rasse des Neux ; il comptait sur la vie et ses projets ne s'arrêtaient pas à la plaquette ; il aimait les grands recueils et les travaux de longue haleine. Rasse des Neux, médecin parisien du milieu du xvi* siècle, avait réuni sur l'époque des guerres de religion une quantité prodigieuse de petites pièces éphémères, latines et françaises, satiriques et historiques. C'eût été le complément le plus curieux des Mémoires de L'Estoile, mais le travail d'éclaircissement et d'annotation resterait tout entier à faire.

Un autre grand projet, dont l'exécution serait bien désirable, était une réimpression refondue des Bibliothèques françaises de La Croix du Maine et d'Antoine Du Verdier. M. de Rothschild possédait un exemplaire de l'édition de Rigoley de Juvigny sur lequel M. Durand de Lançon avait reporté les additions manuscrites de Mercier de Saint-Léger et ajouté les siennes propres. En refondant les deux Bibliothèques en une seule série et en mettant aux noms de famille les articles qui sont classés d'après les noms de baptême, on eût déjà fait une œuvre fort utile; mais là ne s'arrêtait pas l'ambition de M. de Rothschid. 11 voulait rectifier et compléter les renseignements que nous ont transmis les bibliographes du xvi' siècle. Nul n'avait exécuté plus de dépouillements, n'avait réuni plus de matériaux ; mais le travail était si énorme que plusieurs érudita auraient dû se le partager et qu'il pourra bien rester longtemps encore à l'état de désir et de regret.

J'ai parlé de la Société des Anciens Textes. M. de Rothschild, qui n'avait voulu en être que le trésorier, en avait été le vrai fondateur et continuait de s'y intéresser avec l'ardeur sympathique qu'il mettait à être utile aux autres. Cette société est maintenant bien établie, mais elle n'oubliera pas ce qu'elle doit à son premier trésorier et regrettera toujours sa perte. Il en est de même de la Société des Études juives, qu'il avait fondée l'année dernière et dont il était le président.

Une autre fondation qui conservera la mémoire du baron James de Rothschild, c'est l'hôpital pour les enfants qu'il a construit sur la plage de Berck et de

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