‹ Le livre (volume 4)Chapitre 101 sur 129 · CRITIQUE LITT · texte numérisé non relu

CRITIQUE LITT

i l'honorent à cause

Ambroise Paré, d'aprèB de nouveaux docoments, découverts aux Archives nationales et des papiers de famille, par le D' Le Paul- MiER, avec un portrait inédit de Paré, Un vol, in-8". Paris, 1887; Hbr. Perrin.

Déjà l'illustre Malgaigne, dans une introduction aux Œuvres complètes d'Ambroise Paré, a tracé un tableau magistral des progrès que le grand chirurgien a fait faire à la science opératoire de son temps. Mais sa vie restait fort mal . Sans doute, ses Œuvres mêmes, le Dici de Jal, la France protestante, les Vies des Savants illustres de la Renaissance, du docteur Chéreau, les Commentaires de la Faculté de mAfecine contenaient de précieux renseignements. Mais c'est au dépôt des Archives nationales que M. le D' Le Paulmier a découvert les documents concernant les deux mariages, ks filles, les gendres, le neveu et la nièce d'Ambroise Paré; et au château de Paley, des pièces originales en un volume manuscrit contenant l'histoire détaillée des descendants de Catherine Paré et de Claude Hédelin, son mari. C'est au château de Paley également qu'il a trouvé le seul autographe connu d'Ambroise Paré, ainsi que son portrait authentique, portrait et autographe reproduits dans ce volume. Il existe aussi une copie de ses papiers de famille que Louis, le secrétaire de l'Académie de chirurgie, avait fait relever; elle est entre les mains du D' Ém. Bégin où elle demeure malheureusement inédite. M. Le Paulmier enfin a fait de nombreuses et vaines démarches pourobtenir communication d'actes notariés conservés dans les archives de quelques anciennes études. Son échec nous remet en mémoire les luttes épiques qu'Eudore Soulié engagea, il y a quelque trente années, contre l'honorable corporation des notaires des villes oii Molière a séjourné. Est-ce que les actes d'une date reculée ne seraient pas infiniment mieux placés au dépôt des Archives nationales que dans les greniers de ces officiers ministériels où ils sont inaccessibles? Nous regrettions tout à l'heure que le D' Bégin n'ait pas publié les papiers dont il dispose ; le D' Le Paulmier ne nous laisse pas de tels regrets. Il n'a rien gardé pour lui de ses découvertes; sur les 418 pages de son livre, son propre texte en occupe 140 et les pièces justificatives 278.

ÎRAIRE DU MOIS

Études sur les Pays-Bas au XVIa siècle : Charles-Quint, Commencements de Philippe 11, Marguerite de Parme et Grativdle, par Louis WiESENER. Un vol. in-8». Paris, 1889. Librairie Hachette.

Il semble que tout ait été dit sur les hommes et les choses du xvi* siècle, et que l'historien n'ait que de bien rares et maigres épis ù recueillir dans un champ moissonné depuis longtemps et glané mainte et mainte fois. Mais ce champ était si vaste et si fécond que l'observateur attentif, le chercheur patient manque rarement à y découvrir quelque partie inexplorée ou insuffisamment étudiée, qui lui réservL- encore une belle récolte. Tel est, dans l'Histoire des Pa^s- Bas au XVI' stècte, le régime intérieur sous Charles-Quint : la grande prospérité de l'industrie et du commerce des dix-sept provinces, en regard de leurs libertés politiques, est en opposition avec les premières rigueurs en matière de religion, — les hommes décapités, ks femmes enterrées vives, les obstinés des deux se-ies brûlés vifs (quoique nous nous demandions à quel signe se pouvait distinguer l'obstination des délinquants au préalable enterres vifs ou décapités). Le fer, la fosse, le feu, telle était la formule de l'édit de i55o. Ces rigueurs devaient engendrer ks troubles furieux qui ensanglanteront la dernière moitié du siècle. M. Louis Wieseiii^r consacre la seconde de ses Études sur les Pays-Bas au XVI' siècle nax premières années du règne de Philippe II. Celui-ci a vingt-huit ans quand son père lui transmet ks Provinces. Il n'i,*at pasalors

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tard. Il est jeune et vivant et mtmc joyeux. Il ne s'est pas encore séquestré du mondt. Il recherche avidement les distractions, ks mascarades, les bals, les facéties, les bons mois. Mais bientôt se manifestent les premiers makntendus entre la couronne et la haute aristocratie des Pays-Bas. Le roi, retournant en Espagne, donne le gouvernement des Provinces à .sa sœur naturelle Marguerite de Parme, en lui adjoignant un conseil dont le véritable chef est k PVanc-Comtois Granvelle, évoque d'Arras, et bientôt cardinal. Mais les grands, k prince d'Onmyu.k comte d'Egmont, ne peuvent accepter, la trouvant intolérable, celte domination, dans leur pays, d'un ministre qu'ils qualifient d' n étranger «. Ils entament contre lui une lutte où ils réussissent a mettre Marguerite de Parme de leur côté, et à faire plier la volonté de Philippe 11, forcé de sacrifier son fidèle ministre, mais qui k kur fera expier plus tard. Le ministère de Cranvelk, qui dura cinq ans, constitue la partie piiiicipidi; du

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volume de M. Louis Wiesener, et présente un réel intérêt.

Il trace un tableau saisissant de cette querelle dans laquelle les grands, luttant pour Tautonomie des Pays-Bas, parlent au roi d*un ton impérieux et le font reculer. Avec l'appui de documents authentiques publiés depuis quelques années, l'auteur a pu saisir et montrer le véritable caractère des personnages ; de la sorte, sans prétendre à réhabiliter l'étranger Granvelle, il nous fait voir le cardinal franc-comtois à son avantage et vraiment moins noir que ne l'avaient dépeint ses ennemis. Granvelle était né à Besançon, « vieille ville espagnole », comme Victor Hugo nous Ta appris. Aujourd'hui, c'est une illustration dont bénéficie la patrie française.

L'archiduc Rodolphe, le Kronprinz, TÉcrivain, par A. de Bertha. Un vol. in-8o, avec gravures, dont une eau-forte de H. Manesse. Paris, 1889. Louis Westhausser.

Dans la nuit du 3o janvier de la présente année 1889, l'archiduc Rodolphe, kronprinz d'Autriche-Hongrie, tombait foudroyé, frappé d'une balle mortelle. S'était-il tué ? Tavait-on tué ? Sans aucun doute, on se rappelle encore à quels récits romanesques et divers à l'infini, mais reproduisant fous une version quelconque d'amours illicites, donna lieu le drame imprévu du château de Meyerling. La presse allemande témoigna, en cette circonstance, d'une particulière richesse d'imagination fécondée par la haine. Elle n'avait pas oublié que si, autrefois, il s'était établi entre le petit-fils de l'empereur Guillaume 1°' et le fils de l'empereur François-Joseph certains rapports d'amitié que l'inconscience, Tinexpérience et la confiance de la jeunesse devaient engendrer entre deux princes impériaux de même âge, la suite des années avait transformé du tout au tout la nature de ces rapports. Elle n'avait pas oublié comment l'héritier de la couronne d'Autriche s'était éloigné devienne tout à coup, au moment où Guillaume II y arrivait en grand apparat. Elle n'avait pas pardonné l'affront que le départ subit du brillant cavalier autrichien avait infligé à la morgue du caporal prussien. Les reporters allemands, gens d'austère pudeur, comme chacun sait, se voilèrent donc la face devant le mystère de cette mort, et,

Tant de fiel entrc-t-il dans Tâme des piétistes?

leur faculté d'invention se donnant carrière, ils salirent à l'envi la mémoire de l'archiduc Rodolphe, multipliant les hypothèses les plus sau-

grenues et faisant entendre qu'une telle mort était la digne fin d'une telle vie, à ce point dissolue.

La vérité sur les causes du suicide, — car ce fut un suicide, — nous la trouvons dans un livre français que vient de publier M. A. de Bertha. Cet écrivain doit à sa nationalité, étant Hongrois, et à ses relations, d'avoir sur les choses de la cour d'Autriche des informations personnelles très sûres, déjà attestées en un récent ouvrage dont nous avons rendu compte : François- Joseph P' et son règne. Son nouveau livre, intitulé l'Archiduc Rodolphe, le Kronprim^, V Écrivain, réduit à néant toutes ces fables teutonnes, toutes ces calomnies reptiliennes.

Ce n'est pas que M. de Bertha ait entrepris de les réfuter. Il leur eût ainsi donné une publicité nouvelle et plus durable. Très sagement, il n'y fait même pas allusion. Procédant avec une rigueur en quelque sorte scientifique, il réunit tous les éléments delà solution à laquelle il veut nous conduire, et nous laisse le soin de conclure nous-mêmes à la malveillante ineptie de racontars qui, malheureusement, n'ont pas tous pris naissance dans les feuilles berlinoises. Il en est, dans le nombre, cela est triste à dire, dont la responsabilité remonte à la plus haute classe de la société viennoise. C'est que la suffisance et l'orgueilleuse nullité de certains personnages, sans autre titre que leur blason aux fonctions élevées qu'ils occupaient, étaient parfois l'objet des sarcasme du prince, que ses vastes connaissances, son esprit et ses dons naturels, développés par une culture intensive à l'excès avaient fait supérieur au rang, si haut pourtant, où le hasard 1 de la naissance Pavait lui-même appelé.

Voilà qui est étrange à lire, et bien caractéristique de l'état moral particulier à notre fin de siècle, de ce défaut d'équilibre qui, semble-t-il, choisit ses victimes parmi les plus belles intelligences. — M. A. de Bertha, avec un remarquable talent d'analyse psychologique, nous montre, dans la première moitié de son œuvre, le prince soumis dès l'enfance à un système d'éducation écrasant par l'étendue des études qu'il embrassait. Le système devait être d'autant plus dangereux dans ses effets, que les facultés vraiment exceptionnelles de l'élève stimulaient le zèle de ses professeurs, et que sa robuste constitution ne laissait rien voir ni prévoir des ravages que cette pression à outrance exerçait dans son organisme. Pour être lente, l'action d'ua tel surmenage n'en était pas moins sûre ; elle se manifesta, sans aucun avertissement préalable, par le coup de foudre de la nuit du 3o janvier.

L'on ne saurait, en vérité, considérer comme

iamais d'ai

irrit allons

CRITIQUE LITTÉ

des indices d'affaiblissement physique ou moral, d'une part un rhumatisme articuUiire — il n'eut laladie — et d'auiro pari, certain se produisit dnns son cjirnc-

i derniers temps. De

contenues qu'il éproui sa vie, M, de Bertha, observateur très subtil, nous dévoile la cause mystcrieusi.-. L'héritier du trône des Habsbourg dissimulait teau de prince impérial une secrcie blessure qui s'envenimait avec les années.

Ayant conscience de sa si tuelle, il souffrait cruellement de ne remplir qu'un rôle passif dans la direction de l'État, et bien plus encore de l'attitude politique en contradiction avec ses vues personnelles à laquelle il devait conformer ses actes. De là, un dOcouragement profond, que la névrose accrut et aggrava jusqu'au de'sespoir. L'orgueil de ne point tolérer qu'on assimilât ses faiblesses aux faiblesses des simples mortels fit le reste. Touchant au rang suprême, il voulut goûter une volupté inconnue à faire un sacrifice comme nul ne pouvait en faire. — On est allé chercher bien loin les motifs qu:

main du prince contre lui-même. i Voilà, dit M. de Bertha, la seule, la vraie explication, u La mémoire du malheureux archiduc sort de l'ouvrage de l'écrivain hongrois complètement lavée, aux yeux des lecteurs de bonne foi, des souillures dont on a voulu la flétrir.

La seconde partie du volume n'est pas moins intéressante que la première. Elle se compose de nombreux fragments traduits, empruntés aux écrits du prince. Si dans une traduction les hautes qualités littéraires qu'on leur attribue nous échappent, nous y trouvons tout au moins le témoignage subsistant de ses qualités d'observation, d'un amour profond de 1j nature, d'un sentiment poétique et en même temps d'une faculté de vision pittoresque extrêmement remarquables, — Les amis de l'archiduc Rodolphe doivent savoir gré à M. A. de Bertha d'avoir réhabilité sa mémoire en ce livre décisif qui fera foi pour l'histoire.

Rendant compte, il y a quelques mois, de l'Historique du g' régiment de cuirassiers, par M. R. de Martimprey, nous regrettions que l'auet l'éditeur eussent publié cet ; un format trop somptueux, t d'un prix trop élevé pour la dest' sorte de livres. UHistorique du i3ç)' régiment d'infanterie, que nous annonçons aujourd'hui, par le prix, par le format, répond absolument à son objet. Il n'est pas un soldat qui ne puisse le sacrifice de trente centimes, et qui ne le fasse avec joie au moment de pour emporter ce récit des hauts faits de son régiment, dont la gloire ainsi perpétuée rayonne jusque sur lui. Le volume du capitaine Clerc porte à 27 le nombre des Historiques publiés dans la Petite bibliothèque de l'Armée fmnçaise, et fait honneur ii la série. L'auteur, s'etfaçant autant que possible pour céder la parole aux procés-verbauï officiels, aux rapports des généirchivcs, a fait de ce petit récit un modèle de r claire et d'une piquante v

La même librairie a publié Règlement sur le service i d'infanterie, rendue 1

modifications que divers règlements et sions ont apportées au texte primitif du dedu 18 décembre i8S3. Nous signalons a à l'attention des intéressés la iS'Lisie des sousofficiers candidats à des emplois civils ou militaires, classés par la commision composée ( formément aux prescriptions de la loi du 18 mars iSSg; et enfin le texte officiel delà loi du 1 5 juillet i8Sq sur le Recrutement de l'armée, précédée d'une Ktude sur le Recrutement en France de 1-89 à [8S9.

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i5' édition du ir des troupes

SCIENCES Philosophie — Morale

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La Morale d'Aristote, par M""' Jules Favre (née Velten). Un vol. in-i8. Paris, 1889. Librairie Félix Alcan,

La concision est certainement un mérite dans un titre; mais celui-ci, la Morale d'Aristote, par M"« Jules Favre, même en y ajoutant a née Velten », est peut-être un peu trop concis. Au premier aspect, il est difficile de ne pas croire que le livre est un travail d'exposition et d'analyse critique ayant pour objet la morale dans la philosophie d'Aristote. Certes l'entreprise est de nature à tenter un esprit sérieux, et surtout préparé, car elle exige une somme d'études préalables, de connaissances spéciales, qui ne forment pas le fonds commun de l'éducation des femmes, même en ce temps-ci. Il se pouvait, il est vrai, que M™* Jules Favre fît exception et eût longtemps errré dans le Jardin des racines grecques. Mais non : l'œuvre est moins ardue et, ledirai-je, plus utile, faite pour rendre plus de services.

- C'est un recueil de morceaux choisis dans Aristote et classés sous quatre rubriques générales : I *» la Vertu ; 2° les Vertus individuelles et sociales ; 30 les Affections ; 4® Dieu. M*« Jules Favre établit ensuite les subdivisions que chacun de ces cadres comporte. Les vertus individuelles et sociales, par exemple, occupent six chapitres : a. Courage, témérité, lâcheté; b. Tempérance; c. Magnanimité ; d. Prudence ; e. Justice ; /. Équité; g. Libéralité. L'auteur du recueil n'avait pas à se mettre en peine de traduire à nouveau les textes du vieux philosophe. Outre qu'ils ne sont pas précisément commodes, elle pouvait relever dans les traductions de M. Barthélemy-Saint-Hilaire et de M. Thuriot tous les passages dont la collection donnerait une notion suffisante de la morale d'Aristote. Et c'est ce qu'elle a fait. Ainsi comprise, et réalisée avec une attentive intelligence, l'œuvre de M"* Jules Favre doit entrer et demeurer dans le répertoire des ouvrages classiques. e. c.

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QUESTIONS POLITIQUES ET SOCIALES

Manuel pratique de la liquidation Judiciaire et de la faillite, commentaire d'ensemble de la loi du 4 mars 1889 et des lois antérieures, avec un formulaire des actes usuels, par M. Louis André, substitut, ancien avocat à la Cour de Paris. Ouvrage honoré d'une souscription par le Ministère de la Justice, Paris, Maison Quantin et Chevalier-Marescq. — Un vol. in-i8. Prix : 4 fr.

Un caractère d'actualité évident, un intérêt pratique incontestable, tels sont avant tout les mérites de l'ouvrage que nous signalons.

La loi toute récente du 4 mars 1S89, en créant à côté de la procédure de la faillite la procédure moins rigoureuse de la liquidation judiciaire, a consacré une réforme importante, qui était depuis longtemps réclamée par le monde du com-

merce et du travail. Le livre de M. Louis André contient un commentaire très complet de la loi du 4 mars. Mais il se distingue des commentaires de cette loi déjà parus par deux caractères tout personnels : il signale toutes les décisions que, jusqu'à ce jour, la jurisprudence a rendues en interprétation de la loi nouvelle ; d'autre part, il ne se borne pas à l'explication de la loi du 4 mars : toutes les diverses lois antérieures relatives à la matière des faillites et banqueroutes, et notamment la loi de i838, restée la loi fondamentale, s'y trouvent codifiées pour ainsi dire ; elles forment un tout logiquement ordonné et sont l'objet d'un commentaire d'ensemble du plus réel intérêt pratique.

Le manuel est très bien conçu. Sa forme nette et concise, dégagée de tous les développements de pure doctrine, en fait pour les négociants,

CRITIQUE LITTERAIRE DU MOIS

pour les hommes d'affaires, un guide des plus précieus; son plan es se mie lie mem méthodique el son exposé raisonné sont appelés à rendre aussi d'appréciables services aux étudiants; les légistes eux-mêmes y trouveront des indications utiles, particulièrement dans l'étude attentive à laquelle l'auteur s'est livré des travaux préparatoires de la loi sur la liquidation judicaire.

Pour l'établissement du formulaire qui complÈte le traité, l'auteur s'est inspiré des conseils de praticiens.

D'ailleurs, la souscription dont le ministère de la justice a honoré la publication nouvelle, en met la valeur suffisamment en relief.

Annuaire de l'année territoriale (/«/.ïnteriV).

Un vol. in-8», et autres publications récentes. Paris et Limoges, librairie militairCj H.-Gh. Lavauzelle. — Prix broché ; 6 francs.

Tout le monde connaît, au moins de nom,

['Annuaire militaire, le seul livre, disait-on jadis, que les officiers de l'ancienne armée ouvrissent jamais, leur unique lecture aux longues heures oisives de la vie de café dans les garnisons de province. MM. les officiers de l'armée territoriale n'ont plus à ce sujet rien à envier désormais aux officiers de l'armée active. Un éditeur militaire, en effet, vient de publier l'Annuaire de l'armée territoriale, lourde tâche dont il faut savoirgrc k M. H.-Ch. Lavauzelle d'avoir pris l'initiative, non sans courage, à raison de l'aléa. C'est un volume de près de 900 pages qui donne la situation des cadres de notre armée de seconde ligne, pour l'infanterie seulement, quant àprésent. Que MM. les officiers des autres armes prennent patience, tout fait espérer que le succès de cette première tentative déterminera l'éditeur à compléter son œuvre par la publication des autres annuaires.

Une table alphabétique détaillée rend les recherches faciles et promptes.

Parmi les plus récentes publications de la librairie H.-Ch. Lavauzelle, nous signalerons de nouvelles éditions revues, corrigées et mises à jour, d'un certain nombre dérèglements qui doivent être entre les mains lie tous les gradés actifs, réservistes et territoriaux, et même des simples soldats intelligents, curieux de comprendre les mouvements qu'on leur fait exécuter, ne fût-ce que pour le mieux faire et ne point marcher avec l'inconscience de moutons qu'on mène à l'abattoir. Tels sont notamment le nouveau titre F, du règlement sur les exercices et manœuvres de l'Infanterie, autrement dit VÉcole de régiment, plus concis que l'ancien; puis, pour l'artillerie, le

Règlement sur l'instruction à pied, et le Règlement sur les manœuvres des batteries attelées; enfin iavix Instructions spéciales d'un intérêt capital, l'une pour le transport des troupes de c lerie, l'autre d'artillerie et du train des équipages par les voies ferrées. Tous ces volumes sont accompagnés de nombreux dessins hors texte et dans le texte, sans nulle recherche d'nrt, — l'art, ici. n'a que faire, — mais avec unL' exactitude naïve, une précision géométrique et une clarté qui sont les conditions indispensahlos pour l'usage de tels documents. Nous recommiinderons en dernier lieu une Instruction pour le m.miemeni el l'emploi de la lance. La lecture Je cette petite brochure de iz pages in-32 aidera chac former une opinion sur l'opportunité de la renaissance de cette arme offensive par excellence, supprimée dans notre cavalerie après que les Allemands l'eurent supprimée dans la leur, à la suite de la guerre, et que nous reprenons comme ils la reprennent. — Et s'il leur venait la fantaisie de porter l'éperon en boucled'orcille, ferionsnous de même ? Nous sommes de ceux qui ayant regretté la disparition de la lance '.

de la voir reparaître; maiscomment se défendre d'un mouvement d'humeur en constatant que nous n'agissons jamais qu'à la remorque du Teuton ? e. c.

lia politique Israélite. Politiciens. — Journalistes. — Banquiers. — Le Judaïsme el la France, — Étude psychologique, par Ki.mou. Un vol. in-18. Paris, 1889, A. Savine.

Il n'y avait pas assez déjà des sujet.s de hnine, assez des prétextes à se déchirer, h se difTamer, à se salir les uns les autres que la politique intérieure a introduits parmi nous; k's motifs de guerre intestine, si proche voisine Jl' lu guerre civile, que la division des parties susp<jnd comme une menace permanente sur notre piiys, n'étaient pas encore assez brûlants ni assez multiples; nous étions trop forts par le nombre, nous formions un faisceau trop compact devant l'étranger ; quelques cerveaux sont hantés par l'idée fixe de revoir les beaux jours des guerres de religion, d'introduire en notre généreuse France les abominations, les hontes de rantisémili^mc. M. Edouard Drumont, qui a levé k- drLipeau, avait l'excuse d'une ardente passion et le double mérite de venir le premier et de combattre à visage découvert. Ceux que ses lauriers empêchent de dormir ou plutôt qui envient les ftiris tirages de ses livres devraient, au moins en cela aussi, l'imiter. L'écrivain qui signe « Kimou 11 affirme que par fatalité de race l'influence des juifs, en

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politique, ne peut être que pernicieuse, que la polémique de leurs journaux est essentiellement haineuse, que leur concours financier et politique est forcément une cause infaillible de ruine pour les gouvernements et pour les parties qu'ils circonviennent; il leur attribue bien d'autres méfaits encore. Mais Timpersonnalité de l'accusateur nous laisse froids devant l'accusation. Pour prêcher la croisade, on s'appelle saint Bernard, Pierre THermite et même, si l'on veut, Edouard Drumont, on ne s'appelle pas Kimou.

Malthus. — Essai sur le principe de population. Un vol. in-i6 de la jpetite Bibliothèque économique française et étrangère, Paris, Guillaumin et C*. — Prix : 2 francs.

On invoque souvent Malthus, on rejette et condamne plus souvent les théories par lui émises il y a tantôt quatre-vingt-dix ans ; mais combien ont lu VEssai sur le principe de population et combien, l'ayant lu, se sont donné la peine de rechercher dans quelles circonstances, pour répondre à quelles préoccupations, le travail fut écrit et publié?

Dans une savante Introduction^ M. de Molinari met en pleine lumière les conflits d'opinion qui divisaient les penseurs anglais au moment où la France se débattait au milieu des difficultés politiques et économiques. Après avoir consacré à l'auteur de VEssai une notice biographique très complète, il dit l'histoire de ces discussions touchant l'action légitime ou non de l'État, il rappelle les réflexions de Burke, les écrits de Godwin ; force était de faire un choix entre le socialisme et l'individualisme, et Malthus de prendre alors parti ; il est individualiste à de certains égards, — non à tous — ; aux prétentions affirmées par nos jacobins d'assurer le bonheur du genre humain, prétentions que certains, dans sa patrie, affirment à leur tour, il oppose des principes ; l'Etat ne peut rien pour enrayer le paupérisme, il ne doit rien aux pauvres ; aux pauvres de pourvoir et de prévoir. Il se fait que l'Essai est considéré comme un pamphlet, qu'on le discute comme tel : l'auteur remanie son travail. Paraît une deuxième édition, — celle qui nous est offerte par le directeur de la Petite Bibliothèque, — le travail semble alors vraiment une œuvre didactique.

Après l'histoire, la critique. M. de Molinari s'est peut-être bien montré un peu trop réservé quand il se contente de contester le « principe » de population; il reste économiste. A plusieurs fois, au cours de sa longue carrière, il n'a pas

hésité à aborder des problèmes de morale pratique, politique ou sociale ; il pouvait, c'était le cas ou jamais, parler en moraliste de cette «contrainte morale » devenue en France, dans nos grandes villes et dans nombre de nos départements, dans celui de la Manche notamment, ce qu'il faut bien appeler par son nom: la stérilité volontaire. Ils ne sont pas très nobles les sentiments qui incitent les populations à assurer cette stérilité, et, triste conséquence, se trouvent taries dans leur source tant de vertus qui font la grandeur d'une nation, le dévouement, l'esprit d'initiative, l'énergie. C'est un grand mal. Et nous ne parlons pas d'autres conséquences, celles-là d'ordre économique : nous sommes le pays de l'Europe dont la population s'accroît de beaucoup le plus lentement.

Mais loin de nous le désir de combler les lacunes signalées. \J Introduction nous plaît encore telle quelle. Telle quelle, elle illustre encore fort bien un essai assez justement célèbre et qu'il faut lire, F. c.

F. Bastiat. ^ Œuvres choisies. Un vol. in- 16 de la Petite Bibliothèque économique française et étrangère, Paris, Guillaumin et Cs —i Prix : 2 francs.

Le grand nom de Bastiat appartient à l'histoire des études d'économie politique, et qui se livre à ces mêmes études ne doit pas négliger de consulter les sept volumes, enfermant, ou à peu près, les œuvres complètes de l'auteur des Sophismes et des Harmonies, Mais lire sept volumes c'est une tâche, et puisqu'il ne saurait être mauvais que la jeunesse de nos écoles d'aujourd'hui communiât en quelque sorte avec ceux-là, qui, jeunes il y a cinquante ans, discutaient avec fièvre, au sortir des cours de l'école de droit, les derniers apologues de Bastiat et les derniers paradoxes de Proudhon, remercions vivement le directeur de la Petite Bibliothèque économique de n'avoir pas hésité à publier un choix des oeuvres de l'économiste le plus avisé et le plus sagace.

Pour nous qui n'avons guère eu le loisir de les connaître, — c'était Laboulaye, c'était Stuart Mill et Dupont-White que nous lisions, — nous sommes heureux de retrouver sous un même volume les sophismes, pamphlets et apologues qui ont pour titres : Pétition des fabricants de chandelles^ Contes chinois, La main droite et la main gauche, Le sac de blé, Le rabot; puis, sous le titre général : « Ce qu'on voit et ce qu'on ne voit pas », les pages intitulées : La Vitre cassée. Travaux publics, Les machines. Crédit, Lettre à Lamartine; enfin, des fragments des Harmonies,

CRITIQUE LITTERAIRE DU MOIS

C'est M. de FavUle qui s'est charge d'écrire {'Introduction. Elle est excellente. Transcrivonsen un passage, n Bastiat a été comparé à la Fontaine et à Voltaire ; nous ne voudrions pas, dans son inte'rêt même, insister sur de tels parallèles. Disons du moins ~ et nous n'aurons plus à craindre d'être taxé d'exagération — qu'il y a dans Bastiat, avec quelque chose de plus, du Benjamin Franklin et du Paul-Louis Courier. L'épigramme chez Courier paraît plus aiguisée encore ; mais elle est acerbe et sanglante. La sagesse de Franklin, d'autre part, est peut-être plus paternelle et plus évangélique ; mais sa plume est moins incisive et moins alerte. A coup sûr, c'est un rare mérite que d'avoir su ressembler en même temps à deux maîtres qui se ressemblent si peu, B On souscrira à ce jugement. f. o,

Bruno le FUeur. par Joseph Reikach. Un vol, in-i8, Paris, Victor-Havard, éditeur. — Prix : 3 fr. 5o.

Vient de paraître chez Victor-Havard le

troisième volume des Petites Caliîinaires, par

Joseph Reinach, directeur de la République française.

Ce troisième volume a pour litre Bruno le Fileur. M. Joseph Reinach y a retracé, au jour le jour, l'histoire des événements qui s cédé depuis le moment où M. Boular bon de a filer » sous le i mettre ainsi la frontière entre luîet les gendar qui le guettaient pour l'empoigner au collet et le traîner devant ses juges.

On retrouvera, dans ces pages animées d'un grand souffle patriotique, toute la vigueur de logique, la verve débordante et puissante qui ont assuré un si grand succès aux précédents volumes des Petites Catilinaires. M. Joseph Reinach va droit son chemin, flagellant impiloyabler boulangisme, critiquant avec une haute indépendance chacun des actes qui lui semblent impolitiques, appelant tous les républicains à l'union contre le danger commun. Ce livre est, en même temps qu'un éloquent réquisitoire contre le césarisme, un ouvrage documentaire d'une grande importance pour l'histoire de notre pays.

SCIENCES DIVERSES Physique — Mathématiques — Sciences occultes • Sciences appliquées à l'industrie — Technologie

Code du bâtiment. Dictionnaire juridique et pratique de la propriété bâtie : lois, usages, coutumes, jurisprudence du bâtiment et du voisinage, par MM. Henri Rayon, architecte, et G.CoLLET-CoRBiNiÈRE, avocat à la Cour d'appel de Paris. Volume troisième, premier fascicule. Librairie générale d'architecture, André Daly fits et C".

Nous avons suivi fascicule par fascicule la publication de ce dictionnaire appelé h rendre tant de services aux architectes, aux entrepreneurs, à toutes les industries du bâtiment, aux propriétaires, aux avocats, aux juges eux-mêmes, aux municipalités. L'œuvre touche à sa fin. Nous avons entre les mains la première moitié du troisième et dernier volume; elle commence au mot Jalousie et se termine par le mot Octroi. Cette partie comprend un certain nombre de sujets importants traités en conséquence avec tout

le développement nécessaire. Tels sont par exemple les mots : Jardins, Juge de paix, Logements insalubres. Louage. Loyers, M.irche', .Mur mitoyen, etc, e. c,

La Vie des plantes, par sir Johm Lddi membre de la Société royale, vice-président de la Société linnéenne. Ouvrage traduit et annoté par M. Edmond Bordnge,avec 271 figures intercalées dans le texte. Un vol. in-8". Paris, J.-B. Ballière et fils, i8Sy. — Prix ; C francs.

Dans un article publié en août dernier dans le journal le Temps, sous le titre d'Ex: conscience philosophique, M. Renan ne proposait rien de moins, pour la plus grande satisfaction possible de nos deux besoins de sa\ oir et de vivre, qu'une conciliation assez étrange de deux doctrines dllficilement conciliables, celle de l'évolution et celle des postulats ; l'acceptation néces-

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