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saire, suivant lui, de la première de ces deux doctrines, et Tacceptation be'névole de l'autre, étaient pauvrement justifiées, légitimées; mais, si nombre d'universitaires et si quelques-uns de ceux qui, sans appartenir à l'Université, s'adonnent à l'étude des questions philosophiques, n'ont pu s'empêcher de sourire à la lecture de ces pages toutes charmantes, les dernières qu'ait données le maître écrivain, nous n'avons pas à le rechercher, et, puisque aussi bien deux à trois phrases de la première partie de l'article nous semblent pouvoir servir comme d'introduction à l'ouvrage de M. Lubbock, aujourd'hui traduit en français, n'hésitons pas à les emprunter, à les reproduire. « L'amour, écrivait M. Renan, est le premier de ces grands instincts révélateurs qui dominent toute la création. Sa grande excellence, c'est que tous les êtres y participent et qu'on en voit évidemment le lien avec les fins de l'univers. Son premier nid paraît bien avoir été, aux origines de la vie, dans la cellule. Le commencement de la dualité des sexes y donna une direction qui ne changea plus et produisit de merveilleuses éclosions. La dissonance des deux sexes se réunissant à une certaine hauteur en une consonnance divine, d'où naît l'accord parfait de la création, est la loi fondamentale du monde. Dans le règne végétal, ces aspirations mystérieuses se résument en la fleur : la fleur, ce problème sans égal, devant lequel notre étourderie passe avec une inattention stupîde; la fleur, langage splendide ou charmant, mais absolument énigmatique, qui semble bien un acte d'adoration de la terre à un amant invisible, selon un rite toujours le même... »
L'amour, la loi fondamentale du monde, soit; l'amour, un instinct révélateur, soit encore; mais une autre loi, également fondamentale, un autre instinct, révélateur lui aussi : être, conserver l'existence. C'est avant, c'est après l'œuvre d'amour qu'il s'agit de se défendre ; c'est dans le dessein de préparer, d'assurer la fécondation qu'il s'agit de se ménager des alliés pour la lutte contre tant d'ennemis divers; et M. Lubbock nous force de nous arrêter devant la fleur, o ce problème sans égal », comme dit M. Renan.
Flowers, Fruits and Leaves, tel est le titre de l'ouvrage du savant anglais. A la traduction de cet ouvrage, qui compte, de l'autre côté de la Manche, plusieurs éditions déjà, M. Bordage a joint la traduction encore de deux mémoires sur les graines et les plantules; d'où cette division en deux parties adoptée pour le travail qu'il nous est permis de connaître et de goûter : d'abord l'étude, de lecture si aisée, sur les fleurs, fruits et
feuilles; ensuite les deux mémoires écrits à l'adresse de botanistes exercés et regardant aux formes diverses des cotylédons.
Signalons à l'attention du lecteur, parmi tant de pages si propres à piquer sa curiosité, celles où l'auteur traite, en savant qui a longtemps observé, peut-être aussi en poète qui induit et explique quelque peu témérairement, — qu'importe!
M. Renan a parlé de mystère, — et des relations entre les plantes et certains des êtres animés, et de la poUenisation des fleurs par les insectes; de l'utilité du nectar, de l'origine des fleurs, de la dissémination des graines par les plantes ellesmêmes, des causes de la variété des formes de la feuille. Mais ne prenons pas tant de peine; rien ne nous sert de signaler telles ou telles pages; on les lira toutes avidement,
L'Art équestre, par £. Barroil, avec une préface du commandant Bonnal, et 85 vignettes et dessins par Gustave Parquet, d'après les photographies instantanées de Delton. Tome II. Un vol. in-8«. Paris; 1889. J. Rothschild, éditeur.
La deuxième partie du magistral traité d'équitation de haute école de M. E. Barroil était impatiemment attendue. La science si complète, si sûre, si prudente, dont il a fait preuve dans le premier volume, consacré à l'étude analytique des allures du cheval, inspirait à tous ceux qui l'ont lu le vif désir de posséder les principes de dressage et d'équitation, travail à pied et travail du cavalier monté, que M. Barroil a tirés des leçons du regretté capitaine Raabe et de sa propre expérience.
La matière est trop spéciale pour que nous puissions ici exposer longuement la doctrine de M. Barroil et la méthode qu'il indique pour lui faire produire tous ses bons effets. Notons toutefois que l'attente de ses lecteurs n'est nullement déçue : la deuxième partie est la digne suite de la première.
Il n'est du reste pas un cavalier, pas un écuyer qui ne soit intéressé à étudier ce savant et clair ouvrage.
Mais il importe de le signaler aux bibliophiles en raison de sa parfaite élégance. Les culs-dejatte eux-mêmes, que le dressage raisonné du cheval ne saurait passionner, prendraient un plaisir extrême à examiner le luxe de typographie, de papier, et les exquises vignettes de M. G. Parquet, qui font des deux volumes de VArt équestre un bijou de bibliothèque. pz-
Sommaire. — Cubomi; Calatngiies. — Publh Publications annoncé DTVEKSBS : Misceltané
louvEi.LES (Bibliof^raphie du mois. — Ouvrages signalés de l'étranger. — I préparation, tant en France qu'en Europe). — Nouvelles littéraire! TH*ïEHs Journaux et Péhiouiquïs. — Néchologle des hommes de lettres e\
CHRONIQUE RIBMOGRAPHIQLÎE
;niiùmique. — L'Académie le ei Ophiolatrie, — L'ho — A GirI Graduale, ctodt
l^s Sciences et le pris Leconic. — Deui livres pn'uaieff nme dans la planéie Mars. — La vie de froniières dans de mœurs aux Klals-Unis. — La pSche aux coquilles.
Par ce temps do vacances l'I d'éluciioiis lùi;l5laCivcs, les Acadcmies parlent moins et ne font pas du tout parler d'elles. Qunnii nous aurons annoncé quo l'Académie des sciences doit décerner, dans sa prochaine séance publique annuelle, le prix Leconte, qui est de cinqiKinte mille Trancs et revient tous les trois ans, nous aurons donné toutes les nouvelles de nos congrégations d'immortels qui peuvent intéresser le public.
Ce prix, qui ne peut être morcelé, se donne, sans préférence de nationalilé, nu plus méritant parmi : i" Les auteurs do découvertes récentes et capitales en mathématiques, physique, chimie, histoire naturelle ou science médicale; 2'' à l'auteur d'applications nouvelles dv ces sciences, il condition que ces applications donnent dus résultats de beaucoup supérieurs 11 ceux qui ont été obtenus jusque là.
On sait la pudibonderie farouche qu'.iliecte le monde officiel — et superficiel — anjjhiis pour ce qui touche la lillémlure et les arts, A l'heure OÙ nous écrivons, un piiuvri: \ieil éditeur expie dans une geôle, enécbarpillant l'étoiipe des vieux cordages {picking oakiim\, ou en tournant comme utt écureuil dans le tre.idin^-uiiU, ou en épuisant ses forces à quelque autre stérile hjrd i.ibour. le crime d'avoir vendu des traductions de Dau-
det et de Zola aux habitants du Royaume-Uni. Peu désireux d'un pareil trailemeni, de très honorables libraires do Londres, connus depuis longtemps sur le marché international des livres et parfaitement estimés de tous, se sont mis ii brûler leurs exemplaires de Rabtlais, de Boecace, de la Reine Je Navarre et des autres conteurs italiens et français. Du coup, 1g morale est encore sauvée une fois, et le cornmerce clandestin des obscénités imprimées ne s'en portera pas pins mal. Pour ceux qui ne croient pas que les bonnes micurs consistent a se priver do la lecture des chefsd'œuvre et à les détruire, ils en seront quittes pour luire venir du continent les grands livres s.ms quoi nulle bibliothèque n'est complète, ou pour les y aller chercher. Telle est commercialement la moralité de toute celle morale.
Nous ne savons si la vigilance de la société de ce nom se porte jusque sur les livres privalely prîniL'd, c'cst-;i-dîrc non mis dans le commerce et imprimés dans un intérêt de science ou de curiosité pure. Klle trouverait peut-être, à ce faire, quelques difficultés légales, et à coup sûr, elle se taillerait une besogne h laqui,-lle tous les Hercules décapiteurs d'hydrus ne suffiraient pas. C'est dommage. L'histuîre des peuples, l'histoire des religions, présentent des obscénités incomparablement plus fortes qu'un conte de la Fontaine ou que Ij Terre de '/,o\a, et ce serait un amu-
sant spectacle que de voir cette vigilante association d'Anglo-Saxons angéliques mettre en branle solicitors, attorneys^advocaies yXOMS les I tins QXious les Benches du Royaume, pour faire condamner des audacieux qui auraient, en vue d'un cercle d'éruditsou d'étudiants, commenté le chapitre où Loth refuse de livrer ses hôtes aux amateurs sodomites, ou recherché l'origine de la dévotion des dames romaines pour Priape, fécondateur des jardins.
C'est d'un travail de ce genre que nous avons à e^^ctenir nos lecteurs. Un savant, dont nous devons respecter l'anonyme, vient d'écrire deux volumes substantielssur le culte du phallus et du serpent, celui-ci n'étant, la plupart du temps, que le symbole de celui-là *. Dès la préface du premier volume, Phallism^ l'auteur prévoit l'objection de manque d'importance, de futilité même, que certains seraient tentés de faire au sujet qu'il a choisi, et il y répond. « Un sujet qui s'étend, ditil, de l'aube la plus lointaine de l'histoire, à travers de longs siècles pleins d'événements, jusqu'à l'époque contemporaine, qui intéresse presque tous les pays, dans le passé et dans le présent, aux quatre coins de la terre, et qui est si étroitement mêlé à la vie morale, sociale et religieuse des vastes possessions britanniques en Orient, doit forcément avoir son importance propre. En outre, ce n'est que grâce à la connaissance des faits relatifs à ce culte, que Ton arrive à interpréter tant d'inscriptions, de statues, de monuments symboliques que les fouilles des explorateurs à tout moment mettent au jour. »
Ayant ainsi établi l'utilité de son étude, l'auteur divise son livre en sept chapitres qui, disons^ le tout de suite, se pénètrent un peu les uns les autres à la façon de pierres qui, jetées ensemble dans l'eau, segmentent et enchevêtrent leurs cercles concentriques ; ce qui produit à l'œil, comme l'ordonnance de l'ouvrage le fait à l'esprit, une assez fâcheuse confusion. Mais n'insistons point sur des défauts si communs dans les livres d'érudition étrangers qu'il s'en est peu fallu naguère
I. Phallism : a Description of the Worship of Lingam-Yoni in various parts of the World, and in différent Ages : with an Account of Ancient and Modem Crosses, particularly of the Crux Ansata (or Handied Cross), and other Symbols connected with the Mysteries of Sex- Worship. London, Privaiely printed ; 1889; i vol. in-8o, 85 pages.
Ophiolatreia : an Account of the Rites and Mysteries connected with theorigin, rise, and development of Serpent-Worship in various parts of the World, enriched with interesting Traditions, and a full Description of the celebrated Serpent Mounds and Temples, the whole forming an Exposition ofone of the phases of Phallic, or Sex-Worship. Privately printed ; London ; 1889; i vol, in-8®, io3 pages.
que les érudits français ne se les assimilassent comme des qualités.
Le chapitre I" traite de la nature et de l'origine du phallisme. L'auteur y parle des Phallophores, de l'antique rite du serment prêté la main posée sur le haut de ia cuisse de celui qui le reçoit, de Pégase et des statues de Bacchus, de Lucien et de la Déesse syrienne, du phallisme dans le Dahomey, des usages superstitieux encore répandus en Angleterre et dérivant de cet ancien culte. Il raconte, chemin faisant, la légende hindoue de Shiva et de Prakrîti, où se trouve symbolisée l'origine du culte phallique dans la religion des brahmes. Ce ne sont pas, d'ailleurs, les parties mâles seules qui font l'objet de ce culte. Une coutume bizarre, qu'on retrouve dans les campagnes'd'Angleterre aussi bien que dans l'Inde, et qui consiste à faire passer les enfants atteints de hernies à travers une pierre trouée ou un tronc d'arbre fendu juste assez pour leur donner passage, le démontrerait suffisamment si l'on n'avait pas ailleurs des documents précis qui ne laissent place à aucun doute, comme on peut le voir un peu plus loin.
Le chapitre II, le Phallisme en divers pays^ nous promène à travers l'Egypte, le pays de Galles, Rome, la Grèce, la France, l'Inde, l'Angleterre, le Mexique, l'Amérique centrale, etc. On y insiste sur l'hermaphroditisme de ce culte en plusieurs de ses manifestations. On y rappelle ce que dit Hérodote des orgies ou fêtes de Bacchus, on y cite Horace et Catulle à propos de Priape, et on s'étend — mais toujours discrètement — sur les excès et les déviations du phallisme, particulièrement chez les Egyptiens et chez les Romains. L'autorité de saint Augustin est à plusieurs reprises invoquée dans la description succincte et sévère que l'auteur donne des excès priapiques à Rome. Venant à des temps plus modernes, il raconte comment saint Potin, premier évêque de Lyon, est devenu, pour les populations campagnardes du sud-est de la France, saint Foutin, qu'on honorait en déposant sur son autel de petits phallus en cire, et qui avait pour spécialité de guérir la stérilité des femmes. Ailleurs, la statue en bois du saint patron du village est pourvue de ses organes; et les femmes en grattent l'extrémité pour en avaler les raclures dans de l'eau, potion qui ne manque pas de les rendre fécondes.
Les trois chapitres suivants sont consacrés à l'Inde, où ce culte, également suivi parles dévots à Shiva et par les dévots à Vischnou, prend les deux formes, mâle et femelle, Lingam et Vo»/, séparées ou réunies, conformément aux paroles de Brahma rapportées dans la première partie du
Skiva-Pouran : Les dieux dirent : » O Seigneur, que! moyen devons-nous adopter? » Brahma répondit : a Rendez-vous propice par l'adoration la déesse née d'une montagne, et alors elle prendra la forme de la Yoni et recevra ce Lingam, seul moyen qui puisse le rendre inoffensif. Si vous obtenez ainsi son aide favorable, alors formez un vase avec les huit sortes de feuilles, placez-y du riz bouilli et des plantes sacrées, et, l'ayant rempli d'eau sanctifiée, consacrez le tout par les prières et les invocations convenables, et de cette eau, en répétant en même temps des prières appropriées, aspergez le Lingam. Et aussi, apréi que Parvaci aura, sous la forme de la Yoni, reçu le Lingam, érigez et consacrez la forme du Lingam dans la Yoni (Linionî) et, en l'adorant avec des offrandes de fleurs, de parfums et de choses semblables, en allumant des lampes devant, en chantant et en faisant de la musique, rendez-vous propice Mahechwa,et ainsi ie pardon et la faveur de ce dieu seront indubitablement obtenus. » Ayant entendu ces paroles, les dieux et les sages s'empressèrent d'implorer la protection de Shiva et l'aide de Parvati, suivant les instructions de Brahma; et ces déités ayant été rendues propices, Parvati, sous la forme de la Yoni, reçut le Lingam, et ainsi en apaisa le feu consumant, ei en commémoration de cet événement fut institué le culte de Lingam. »
Dans le chapitre vi, par une transition que le lecteur n'aperçoit pas et dont l'auteur ne semble point se soucier, nous arrivons à l'histoire mythique de la croix et plus spécialement de la croix bouclée ou crux ansata, symbole que l'on retrouve dans presque toutes les religions, et qui remonte à la plus haute antiquité. Se rattachant en quelques circonstances au culte phallique, il semble en être, dans son essence et son origine, tout a fait inde'pendant. On ne peut dire néanmoins que la question soit absolument éclaircie dans les pages que nous analysons.
Enfin l'auteur considère le phallisme dans ses rapports avec le peuple hébreu, et en cherche les traces à travers les livres sacrés et les écrits talmudiques.
L'ouvrage se termine par une liste des « autorités n invoquées dans le te^te. Cette liste est loin d'èire complète. Creuser, Munster, Sanct, Boissart, d'autres encore sont cites dans le cours des chapitres, qui ne figurent point au répertoire, lequel n'est, du reste, qu'une rough list, sans ordre alphabétique ou autre.
Le volume destiné à compléter celui dont nous venons de parler s'occupe de l'ophiolatrie {Ophiolatreia), ou culte du serpent. Beaucoup attribuent
àce culte une origine phallique. L'auteur a voulu, sans prendre parti lui-même, exposer cette opinion et les vues contraires, en recueillant et en coordonnant le plus grand nombre possible de faits relatifs à ce symbole et aux rites qui en dépendent. Cet ouvrage présente les défauts et les qualités de l'autre. Le sujet, étant plus limité, y est traité avec une unité plus grande, mais les lignes du plan, s'il y en a un, n'apparaissent pas avec plus de netteté. On cherche en vain le lil conducteur à travers ces onze chapitres, dans le premier desquels il est question d'Olympias, mère d'Alexandre, et des traditions grecques, et dont le dernier reproduit des fragments du prospectus d'une exposition d'antiquités mexicaines organisée à Londres, il y a plus de soixante ars, par un Mr. W. BuUock. Nous ne suivrons pas l'auteur dans les méandresdeson exposé, qui courent par tous les âges et toutes les nations, pour arriver jusqu'à nos jours, oii l'ophiolatrie est encore, dans l'Inde, un culte florissant.
En résumé, il y a dans ces deux traités une énorme somme de recherches, une accumulation de faits témoignant d'une érudition curieuse et infatigable. L'histoire du phallisme et de l'ophiolatrie n'y est pas faite, mais tous les matériaux y sont triés, dégrossis et amenés à pied d'œuvre. Chaque lecteur peut construire lui même l'édifice dans son esprit, et ce n'est pas une mince jouissance que le savant anglais procure ainsi à l'artiste et au penseur.
D'une impression un peu compacte, mais très lisible, ces doux volumes sont bien exécutés typographiquement, et, dans leur cartonnage original, orné d'une crux ansata et d'un caducée en rouge, font honneur îk Mr. Arthur Reader, le libraire d'Orange Street, Red Lion Square, à Londres.
Passer de l'histoire mythique k l'histoire des mœurs contemporaines n'a rien d'effrayant pour l'esprit qui, par sa puissance d'évocation, se fuit de l'enchaînement des faits humains à travers les siècles un spectacle aussi présent que les choses d'hier ou d'aujourd'hui. C'est donc sans difKculté que nos lecteurs nous suivront du Sex and Serpent'Worship au volume où M. Philip Gilbert Hamerton trace, en les comparant, les portraits du Français et de l'Anglais'. Le sujet est à la mode. L'éditeur Nutt publiait naguère un livre d'un Américain, Mr. W. C. Brownell, intitulé
I. French and English. A Comparisoii Haroerton. London, Macmillao and C°, petit in-8*, ïxii-468 pages.
French Traits, où l'auteur proclame la cohésion sociale de la France, la sincérité intellectuelle, et même la moralité, différente mais réelle, de notre race. 11 en admire aussi le patriotisme, qui est dit-il, la religion des Français et qu'il définît ainsi : « C'est l'instinct social sublimé àun degré plus élové et d'une façon plus éclatante que le sentiment patriotique ne l'est chez aucun autre peuple du monde. Dans la sphère de cet instinct, k- c'ilcul se perd dans le sentiment, et l'intérêt se mue en abnégation. Toute pensée purement personnelle s'y absorbe; toute aspiration personnelle y trouve sa satisfaction. »
Cette bonne foi dans l'analyse des caractéristiques d'un peuple étranger, celle force intellectuelle, qui permet de se débarrasser des préjugés nationaux et de voir sous leur angle vrai les chosL'sd'outre-frontière, tussent-elles direciement contraires aux conventions sociales et aux idées reçues dés l'enfance, ce besoin qu'on a de se connaître de nation à nation, la facilité croissante qu'on trouve à se comprendre et, se comprenant, à s'esiimer, ce sont là des traits que nos sceptiques et nos satiriques négligent en dessinant leurs types fin de siècle, traits qui n'en marquent pas moins profondément la physionomie de notre époque, et qui préparent pourl'avenir une transformation dont on ne saurait prévoir l'évolution ni la portée.
Le livre de Mr. Hamerton aura sa part dans ce travail, qui est un inappréciable progrès. L'écrivain anglais ne croit pas que le meilleur patriotisme consiste à parler mal des autres pays, mais bien il servir le sien. Il y a beaucoup d'espèces de services. Celui que doit rendre un écrivain, c'est avant tout de dire la vérité ci de ne pas tromper ses compatriotes, mSme quand ils désirent l'être. Ce n'est pas que Mr. Hamerton nourrisse des illusions quant à l'amiiié entre les nalions. Il n'y aura jamais, pense-t-il, d'amitié solide i;ntre l'Angleterre et la France ; un engouement momentané lui inspirerait plutôt des craintes, comme devant être inévitablement suivi d'une réaction. Tout ce qu'il espère et tout ce qui lui semble réellement désirable, c'est une réciprocité d'esiime et do considération.
Dans ce but, il s'est sagement et sévèrement refuse toute ironie aussi bien que toute passion. La caricature, comique ou odieuse, n'est point son fait. 11 dédaigne de se concilier ses lecteurs en les faisant rire des ridicules, ou s'indigner des vices du voisin. Il s'efforce de montrer les res-
les coutumes et les institutions des deux peuples, sous une apparence de diversité. Dans le domaine politique et dans le domaine religieux, Mr. Ha-
merton dégage ces ressemblances avec beaucoup d'imprévu et de netteté. Il insiste — et il a grandement raison — sur les influences qui s'eierccnt de pays à pays, et croit que, sans cesser d'être deux grandes nations indépendantes, les Français et les Anglais multiplieront leurs points de rapport et se ressembleront de plus.
French and EngUsh se divise en neuf parties, qui comprennent, sous des chefs généraux, toutes les conditions et tous les modes de manifestation de la vie des peuples : éducation, patriotisme, politique, religion, vertus (sincérité, justice, pureté dans les mœurs, tempérance, économie, propreté, courage) , coutumes, société, succès, variété, — ce dernier titre, un peu vague, comprenant les diversités dans le paysage, dans l'aspect des villes, dans la configuration des côtes, dans leclimat, dans la population, et les variations locales de mœurs et de tournure d'esprit qui n'ont pas trouvé place aux chapitres précédents.
Un passage qui intéressera particulièrement est celui où l'auteur parle du roman français et de son immoralité prétendue. « Je ne peux, dit-il, suivre l'habitude anglaise de prendre les romans français comme preuve de la corruption générale en France, > et il en déduit les raisons, qui, pour être exposées avec une bonhomie un peu lourde, n'en sont pas moins les meilleures du monde.
Tout ce qu'il dit de la littérature, de l'art, de l'instruction dans les diff'érentes classes sociales, n'a pas un moindre intérêt. Là, comme partout d'ailleurs, nulle prétention à la théorie, nulle recherche d'effets; tout est simplement dit, tel qu'il l'a vu, et sur un ton d'honnête conversation- Ajoutons qu'il voit bien et qu'il a vu beaucoup.
Sa conclusion est encourageante, et, dès qu'on y réfléchit, semble vraie, o Les tendances dominantes dans les deux pays, dit-il, paraissent ëitt celles-ci. Les Anglais deviennent plus ouverts d'esprit et les Français gagnent en sens pratique et en prudence. Les Anglais avancent en liberté religieuse, et les Français en liberté politique. In progrès matériel dans tous les sens est évident et remarquable chez les uns comme cheï les au-
Bon livre, plein de choses peu connues el utiles à tous, écrit par un honnête homme qui sait observer, comprendre et dér
M. Hugh Mac CoU, lui, sait inventer. I! a, croyons-nous, pris quelques leçons à l'école de notre Verne, et il aurait lu les Aventures i""" savant Russe dans le soleil et les planètes. Je MM. G. Le Faure et H. de GralVigny. que nws
GAZETTE BIBLIOGRAPHIQUE
mné. Mais en somme il a sa noEe bien personnelle pai'mi les conteurs qui mettent à contribution l'astronomie, la chimie, la physique et les mathématiques dans toutes leurs branches, pour faire un cadre à leurs imaginations. Mr. Stranger's sealed Packet, « Le pli cacheté de Mr. Stranger »', est l'histoire d'un savant aventureux qui, ayant construit une machine aéronautique dirigeable, imperméable, soustraite aux Lois de la pesanteur, et facilement approvisionnée d'aîr respirable, pousse une pointe dans la planète Mars. 11 y trouve deux races d'êtres humains, descendues de n Terrestres « qui y ont été jetés par une commotion cosmique, et ennemies l'une de l'autre. 11 s'y éprend d'une jeune fille qu'il épouse. Pour voyage de noces, il lui offre une excursion sur la terre, au retour de laquelle la jeune femme, incapable de résister au changement d'air et de régime, meurt dans la machine aérienne. Cette partie de l'histoire est toute semée de massacres et d'aventures tragiques. Cependant Mr. Stranger, lorsqu'il a enterré toute sa famille marsiaise et rétabli la paix dans la planète, revient sur la terre, raconte son histoire, et, comme il ne peut en prouver la véracité parce que sa gouvernante est montée dans son véhicule et s'est perdue avec au sein des espaces, se fait enfermer dans une maison de fous. 11 s'échappe, ■ et devient professeur de physique dans une école anglaise, d'oîi il disparaît le jour où il s'aperçoit que le directeur de l'école a pour beau-frère le médecin aliénlste de l'asile où il a été détenu. Quelque temps après sa disparition, — inépuisable sujet de commentaires entre les auCres professeurs de l'établissement, — celui de ses excollègues qui lui avait témoigné le plus de sympathie reçoit un pli cacheté, sealed packet, contenant la relation des merveilleux événements dont nousvenons de donner un aperçu fort écourté et décoloré.
Le premier chapitre, où l'auteur esquisse l'intérieur d'une école anglaise avec ses différents types de maîtres, est de la vie réelle, et véritablement nature. On se prend à regretter, en le relisant après avoir parcouru tout le livre, que M. Mac Coll ait cherché le succès dans une affabulation ultra-lunaire, et non dans la mise en œuvre de ses facultés d'observation, que relèvent un tour d'esprit innocemment satirique et un véritable talent d'
d'aventures. En voici e
La maison Chalto et Windus aime les livres
I. Mr. Stranger's sealed Packet. By Hugh Mac Cuil. London, Chatto anJ Windus, i8St,; i vol. peiil
un*. Mais cette fois se passent ni dans la lune, ni dans le soleil, ni dans Mars. Elles se déroulent sur la terre, commençant dans l'État de Virginie et se poursuivant dans les prairies de l'Ouest américain Mr. Harrîngton O'Reiily, l'iicrivain qui signe le livre, nous déclare qu'il n'a été, pour ainsi dire, que le secrétaire de son héros, John Y. Nelson, respectant l'allure de son récit et même son langage plein de mots d'iirgot et de locutions mi-partie saxonnes, mi-partii; indiennes. John Y. Nelson est, en effet, un de ces Anglo-Saxons aventureux, qui, suns perdre le sentiment de la nationalité d'origine, se tenaient audacieusement sur les confins de la civilisation, et cherchaient, en vivant de la vie des Indiens, îi rassasier leur faim d'indépendance, d'espace et de mouvement.
Ce livre est réellement un chapitre de l'histoire des frontières des États-Unis. Des emplacements, où s'élèvent aujourd'hui des villages, des bourgs et des villes, étaient familiers à Nelson comme lieux de campement, longtemps avant que la marche de la civilisation eût franchi la vaste étendue de terrain que les cartes de.s Kiats-Unis indiquaient naguère avec cette mention pleine de mystères et de promesses : n Unexplorcd n.
En le lisant, on se trouvera dans un monde tout différent de celui que nous nous imaginons d'après Fenimore Cooper et ses imit.iteurs français. Nelson montre les choses toutes nues, telles qu'elles sont, sans les enrubanner di; métaphores et d'images, et sans .les poétiser de sentiment. Adopté par les Sioux, il prend parmi uu\ plusieurs squaws, en est abandonné, i^n reprend d'autres, jusqu'à ce qu'il se laisse m.ifiu)- liigLilcment à l'une d'elles par un ciergym.m que le hasard met sur son chemin. Les atrocités de la guerre de frontières, les soûleries de whisky, les querelles et tueries des tripots, la bmtalitéomniforme de la vie dans les convois d'immigrants, sous les tepees des naturels, chez les trappeurs nomades, parmi les garnisons des forts, et surtout les exactions et les rapines que les foiiirtionn aires envoyés de Washington exerçaient ;i l'cnvi et impunément sur les pauvres Indiens, tout cela est présenté simplement, avec la naïveté d'une quasiinconscience et la force de la vérité.
John Y. Nelson fut, paraît-il, le guide de Brigham Young au Lac Salé, et les détails qu'il donne sur l'installation première dus Mormons
1. Fi/ty Years on the Trait. A True Story nf Modem Life, by HarrinRlon O'Reiily. \\ iih over ona hundred Illustrations by Paul Frcnzeny. Londoii, Chntio and Windus, [88ij ; i vol. petii ili-.^", ilh-^Mi papes. Prix : 4 fr. 35.
ne peuvent manquer d*exciter la curiosité, en même temps qu'ils ajoutent quelque lueur à rhistoire, encore si peu élucidée, de ces « saints des derniers jours ».
Le volume est illustré d'un grand nombre de jolis dessins dus à M. Paul Frenzeny, un des artistes qui connaissent le mieux les types de l'homme et les aspects de la nature dans les états de l'Ouest.
Nous ne quitterons pas l'Amérique sans dire un mot d'un roman récemment publié chez MM. Houghton, Mifflin et C'*, sous ce titre A Girl Graduate, c'est-à-dire une jeune fille qui a passé ses examens d'institutrice, ou, d'un mot concis, Une brevetée!^
C'est un tableau finement tracé, qui semble assez complet, de la vie sociale dans une de ces villes neuves des États-Unis, formées presque subitement d'éléments disparates, branches mortes ou rameaux provignés d'une civilisation vieillie. On n'y est pas étonné d'y rencontrer le même jeu de passions, de sentiments, d'intérêts, de vanités, de convoitises et d'appétits que dans les antiques cités de nos pays européens. Il s'y ajoute un je ne sais quoi d'imprévu, d'effaré, d'instable et de précipité, qui donne du piquant et du montant à des événements qu'on trouverait parfaitement insipides partout ailleurs.
L'intérêt particulier du roman de Miss Celia Parker Woolley, outre le développement du caractère de l'innocente coquette Maggie Dean, la Girl graduate^ et l'histoire de son amour inconscient et traversé avec Henry Parson, a self-made young marty jeune homme fils de ses œuvres, consiste en ce qu'il montre avec quelles facilités une jeune personne peut, tout en étant instruite et en ayant des goûts bien au-dessus de sa position, se plier aux soins d'un humble ménage ; et, d'un autre côté, quels efforts personnels et quelles circonstances heureuses sont nécessaires, même dans une nouvelle ville du nouveau monde, pour gravir les échelons sociaux et faire taire autour de soi les préjugés de la naissance et du rang. L'argent, là-bas comme chez nous, — peut-être un peu plus là-bas, mais pas beaucoup, — est l'aide tout-puissant; et le mérite personnel qui ne commence pas par se munir de ce levier a bien des chances de ne percer jamais.
Le roman, avec ses longueurs prédicantes et moralisantes^ ingrédients si universellement et
t. A Girl Graduate, by Celifl Parker Woolley. Boston and New- York. Houghton, Mifflin and Company. 89; I vol. petit in-8", 459 pages.
libéralement employés qu'on les dirait indispensables pour faire digérer la littérature aux cervelles anglo-saxonnes, est écrit d'un style ferme, conduit avec un art soutenu, semé de situations plaisantes ou touchantes qui concourent toutes, non seulement à la marche de l'action, mais encore à la peinture plus vive et plus précise des caractères. La soirée qui suit l'examen où Maggie Dean obtient son diplôme, la promenade en voiture avec l'élégant Sidney Gale, la révolte des ouvriers de l'usine domptée par la courageuse intervention de Maggie, fille de leur ancien et respecté contremaître, la fête du cinquantenaire de la fondation de la ville, la conversation décisive" entre la jeune fille et Henry Parson, où tout malentendu se dissipe dans l'effusion spontanée d'un sentiment longtemps incompris et contenu, sont autant de tableaux achevés, pris sur le vif et rendus au naturel. On pourrait en citer d'autres, mais le lecteur les trouvera sans nous. Il suffit de l'avoir prévenu qu'ils y sont nombreux.
Nous avons dit que ce beau et bon roman sort de la maison Houghton, Mifflin et C'*, qui fabrique elle-même, dans son établissement modèle de Cambridge, Tke River side Press ^ les livres qu'elle édite. Il est donc superflu d'en vanter l'exécution typographique, car MM. Houghton et MifHin sont fidèles à leur honnête et fière devise : a Tout bien ou rien, d
Il nous sera permis de garder un instant la parole pour un fait personnel, Nous n'avons pas l'habitude de relever les fautes d'impression qui s'insinuent çà et là dans nos chroniques. Comme le disait dernièrement notre rédacteur en chef, « aujourd'hui les correcteurs surchargés laissent fleurir la coquille typographique dans les ouvrages les plus luxueux » ; et nous n'avons pas la prétention d'y échapper. Mais jamais floraison n'avait été aussi touffue que dans le numéro de septembre ; le sens se perd sous la luxuriance de ces mauvaises herbes, tellement que nous nous sentons obligé de le rétablir. Sans parler de notre compte rendu du livre de M. Boyer d'Agen, les Fleurs noires (p. 435), où incohérence et incohé' sion se changent bizarrement en « incohérence et incarnation », on imprime dans notre chronique (p. 458, col. I, lig. 22), ce entre » au lieu de ow^r^/ (p. 460, col. I, lig. 10) : jc( pour » au lieu de /'«'', et (lig. 16) : « sous la fausse », au lieu de sansk fausser \ (p. 461, col. I, lig. 2) « des consciences fausses », remplacent des consciences fermes^ ^^ (lig. 34) : un passage devient « un paysage»; enfin (p. 462, col. I, lig. 38) ; « commencera » est
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GAZETTE BIBLIOGRAPHIQUE