GEOGRAPHIE
^ Voyages — Mœurs et Coutumes —
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États du Danube et des Balkans (Hongrie méridionale, Adriatique, Dalmatie, Monténégro, Bosnie et Herzégovine), par Léon RoussET (Guides Joanne). Un vol. in- 16 cartonné de Li-279 pages avec 17 cartes et 12 plans. Paris, Hachette et C*. — Prix : i5 francs.
Nous ne saurions mieux faire, pour parler de ce volume, que de traduire le consciencieux article que, dans le Freudenblatt de Vienne, lui a donné récemment M. de Hess-Warlegg, voyageur intrépide et écrivain de talent dont l'avis a son poids pour des publications de ce genre.
« Ce volume n'est qu'une première partie des États du Danube et des Balkans^ mais c'est précisément celle qui intéresse le plus l'Autriche puisqu'elle renferme la Hongrie méridionale, la Transylvanie, la Croatie, la Slavonie, la Dalmatie, la Bosnie, l'Herzégovine et l'Istrie, et que, s'il n'eût pas compris également le Monténégro, le volume eût pu s'intituler tout simplement VAutriche méridionale. L'ouvrage de près de 3oo pages est pourvu de nombreuses cartes empruntées à l'Institut géographique militaire de l'Etat-major autrichien. D'ailleurs, ainsi que le constate la préface en termes reconnaissants, le gouverne-
ment austro-hongrois n'a eu que des prévenances pour M. Rousset qui a été fort s.econdé dans sa tâche, notamment par M. de Kallay, ministre des finances de l'empire austro-hongrois, chargé spécialement de l'administration supérieure des provinces de Bosnie et d'Herzégovine. M. Léon Rousset était tout désigné pour s'acquitter honorablement de la tâche qui lui était confiée : professeur d'histoire naturelle de 1868 à 1874 à l'Ecole militaire de Fou-Tchéou, en Chine, il entreprit, vers la fin de cette dernière année, un voyage d'expFtration dans l'intérieur du Céleste Empire qu'il poursuivit jusqu'à la grande muraille et aux frontières de la Mongolie. Le résultat de cette expédition fut consigné dans : A travers la Chine (Hachette, 1878), un ouvrage qui a eu plusieurs éditions depuis lors. De retour à Paris, il fut chargé, par le gouvernement français, de donner à l'Ecole des sciences politiques une série de conférences sur l'extrême Orient. Après avoir été attaché, de 1879 à 1882, en qualité de secrétaire h l'ambassade chinoise de Madrid, M. Rousset fît, en I884, un long voyage dans les États des Balkans, la Turquie et l'Asie Mineure, pour recueillir les renseignements nécessaires au remaniement du volume des Guides Joqnne s'occupant de ces pays; en 1886 il publia, en conséquence, De Paris à Constantinople, suivi aujourd'hui de la première pîirtie des £"^17/5 du Danube et des Balkans.
M. Rousset ne s'est pas contenté de relever des on-dit, de glaner dans nos propres publications, comme le Gebirgsfûhrer de Frischauf* et VIll'ûstrirter FUhrer durch Ungarn und seine ^ebenlàndere : il a sillonné en tous sens pendant huit mois les régions du Danube et des Balkans, en chemin de fer, en steamer, à pied, à cheval. Non seulement il a vu les curiosités d'un facile accès, mais encore il a gravi les plus hauts sommets, battu la Bosnie et l'Herzégovine, visité les îles et tous les points remarquables de la Dalmatie. En touriste d'expérience et en géographe de mérite, il sait voir et décrire intelligemment, impartialement ce qu'il voit.
Son ouvrage rendra de grands services, même à d'autres voyageurs que les Français, car aucun des guides similaires publiés jusqu'à présent sur ces contrées ne renferme un aussi grand nombre de cartes et de plans, ni un vocabulaire aussi complet de termes usuels en cinq langues : français, serbe, hongrois, roumain et italien. C'est à l'ouvrage de M. Rousset qu'il faudra en attribuer la cause en majeure partie si, à l'avenir, les touristes délaissent un peu la Suisse, l'Italie et l'Allemagne pour se diriger vers les cantons méridionaux de notre pays, terres vierges et inconnues
encore du voyageur, pour ainsi dire. M. Rousset est un admirateur enthousiaste de ces régions; maints passages de son livre l'attestent et il ne tait point que l'état de progrès et de prospérité relatifs. q ail y a rencontré est dû à la sage et bienveillante administration de l'Autriche.
Mais. la Transylvanie est, de toutes nos provinces méridionales, celle qui semble avoir le plus séduit M. Rousset; et Schassburg, celle des villes de cette province qui l'a le plus .charmé. « Cette ville est certes l'une des plus curieuses qu'il soit possible devoir encore en Europe. C'est une cité du moyen âge qui s'est conservée jusqu'à notre époque sans subir la moindre altération et dans un parfait état d'entretien. L'impression que l'on ressent à la vue de ces vieilles murailles^ dont la ligne est rompue par des tours à mâchicoulis aux toits aigus et de forts donjons à barbacanes qui surmontent les portes, est si étrange, que l'on en conserve bien longtemps le souvenir. Des deux villes distinctes dont se compose Schassburg, la partie neuve ou ville basse, qui s'étend sur les bords des deux rivières, n'a rien d'absolument remarquable, mais la vieille ville ou ville haute, plus connue sous le nom de Btirg^ construite sur la pente d'une petite colline, est entourée de la vieille enceinte dont nous venons de parler, et, grâce à l'inclinaison du terrain, elle se développe merveilleusement devant les yeux, dans toute son étendue. »
L'auteur n'est pas moins éloquent dans sa description des Alpes de Transylvanie, qui, si elles étaient moins ignorées, attireraient de nombreux touristes, et il déplore l'incessant déboisement de ces régions ; déboisement que ne tarderont pas à faire regretter les inondations des fleuves et les changements climatériques. Il a parcouru toute la Transylvanie, jusque dans les coins les plus reculés, et c'est dans une langue imagée qu'il décrit Cronstadt, Klausenbourg, Hermanstadt et Maros-Vasarhély. Il s'est arrêté pendant quelque temps à Szegedin, qu'il considère comme Tune des plus belles villes de la Hongrie ; il étudie la Croatie, la Slavonie et l'Istrie pour arriver enfin à Fiume : « La société, formée d'éléments disparates non fusionnés entre eux, y est divisée : Italiens, Croates, Allemands et Hongrois y forment autant de groupes distincts. C'est ainsi qu'on y trouve trois centres de réunion : le Salon de lecture croate, le Casino italien et le Pick-nick club allemand. Pour tous les besoins de la vie courante, dans la ville de Fiume comme sur tout le littoral de l'Adriatique, la langue italienne est presque la seule en usage ; mais, dès qu'on s'écarte de la côte, ce sont les dialectes slaves, et particulièrement le croate, qui reprennent la prépon-
CRITIQUE LITTÉRAIRE DU MOIS
dérance... La perle des environs de Fiame est sans contredit Abha:[ia, et son admirable plage est digne d'être comparée aux plus beaux sites de la rivière de Gênes et des environs de Nice... Depuis quelques années, grâce à la puissante initiative de la compagnie de la Slidbahn qui a tout créé : hôtel confortable, maison de cure, parc, route d'accès, Abbazia est devenue une station d'hiver et d'été tout à la fois des plus fréquentées. Abritée par la paroi du Monte Maggiore contre les vents du nord, Abbazia témoigne par sa luxuriante végétation tropicale de l'extrême douceur et de la stabilité de son climat. »
La Dalmatie, à laquelle M. Rousset donne tout un chapitre, a été différentes fois décrite en ces derniers temps, et je citerai entre autres la grande publication de Ch. Yriarte sur les Bords de l'Adriatique (Hachette, 1878). A mentionner le passage suivant dans le résumé historique : « En 181 5, le traité de Paris rend la Dalmatie à l'Autriche qui n'a cessé de l'occuper sans conteste depuis cette époque. L'administration autrichienne s'est du reste occupée sans relâche de développer le bien-être des populations. Elle a complété le réseau de routes commencé par Marmont pour faciliter les relations du haut pays avec la côte ; elle a créé partout des ports bien abrités et spacieux, notamment à Spalato, et encouragé les goûts maritimes d'une population qui lui fournit tous les équipages de sa flotte de guerre. Bornant son rôle politique à maintenir impartialement l'ordre ^t la paix entre les partis indigènes, employant toute son activité à développer les sources de production et de bien-être, elle a rallié insensiblement tous les intérêts. Elle a fondé ainsi un état de développement pacifique qui utilise toutes les ressources de la Dalmatie et fait entrer ces sympathiques contrées dans une ère de prospérité qui n'en est encore qu'à ses débuts. »
M. Rousset n'est pas moins élogieux lorsqu'il s'étend sur les résultats obtenus par l'Autriche en Bosnie et en Herzégovine. « L'empereur François- Joseph a donné à ces nouvelles provinces une marque d'affectueuse sollicitude et de sympathique bienveittance en faisant appel pour les administrer à l'expérience d'un homme d'Etat qui joint aux qualités d'administrateur les plus remarquables une connaissance parfaite des conditions d'existence de la Bosnie et de l'Herzégovine. Sous l'habile direction de M. de Kallay, ce pays est en voie de régénérescence ; ses ressources se développent, les haines politiques et sociales s'apaisent et, pour bien augurer de son avenir, il suffit de comparer l'état d'anarchie antérieur à l'occupation aux progrès déjà réalisés.
On peut dire que, grâce à l'Autriche, la Bosnie et l'Herzégovine, désormais séparées de l'Orient, sont rendues à la civilisation européenne. »
« Les extraits qui précèdent montrent amplement la sympathie profonde de M. Rousset pour nos provinces méridionales. Il recommande la Transylvanie et la Dalmatie aux simples touristes, mais la Bosnie et l'Herzégovine à ceux qui veulent étudier les mœurs. Espérons que les Français suivront le conseil. » l. de h.
Madagascar, par H. Le Chartier et G. Pel- LERiN. Un vol. in- 16 de la Bibliothèque instruc- • tive. Paris, 1888. Jouvet et €'•.
L'établissement définitif (il faut l'espérer) de notre protectorat sur l'île de Madagascar — en dépit des intrigues de l'Angleterre — et les événements qui ont, en ces dernières années, précédé et suivi le traité intervenu entre la France et le gouvernement hova, ont nécessairement attiré l'attention publique sur cette île de l'océan Indien. Le livre de MM. H. Le Chartier et G, Pellerin, dont la collaboration nous a déjà renseigné sur Tahiti et les colonies françaises de la Polynésie ainsi que sur la Nouvelle-Calé" donie et les Nouvelles-Hébrides^ a pour objet de donner satisfaction à notre légitime curiosité. Placée dans le voisinage de la Réunion et de Maurice (autrefois l'Ile de France), ^voisine des Comores, récemment placées aussi sous notre protectorat, des Seychelles, possession anglaise, du groupe des Mascareignes, à proximité de la . côte orientale d'Afrique, du Zanzibar, convoité par l'Allemagne et qui semble lui échapper, des colonies du Cap et du Transwal, sur la route de la mer Rouge, du golfe Persique et de l'Indoustan, des îles de la Sonde, en outre, ligne de retraite de notre flotte en cas de désastre naval, port d'attache en temps de paix, station de ravitaillement pour nos transports et nos cuirassés, dépôt de charbon, magasin de munitions, poste de renfort, à moitié route de nos possessions dans l'extrême Orient, Madagascar — jadis honorée du titre de France orientale — qui a les dimensions d'un continent, est appelée à devenir la perle de notre écrin colonial. La baie dç Diego-Suarez, au nord-est de l'île, une des rades les plus merveilleuses du monde par son cadre immense à l'abri des terribles coups de vent de l'océan Indien, offre à nos flottes cette escale indispensable en cas d'expédition lointaine, de défaite ou d'avaries, en même temps qu'un point de concentration pour nos escadres. Sans insister davantage, sans étendre ces considérations au développement de notre prospérité commer-
ciale, on comprend l'intérêt que doit présenter rhistoire de Madagascar depuis sa découverte jusqu'à nos jours, et la description de cette grande île africaine que nous possédons virtuellement depuis Richelieu et où nous avons eu tant de peine à rétablir des droits imprescriptibles que l'Angleterre tente encore de contester. Ce
que ne saurait exprimer complètement le texte de MM. Le Chartier et Pellerin, la diversité des aspects pittoresques, ils en ont confié le soin aux graveurs chargés de reproduire une soixantaine de photographies prises sur place et accompagnées d'une carte. •