VICTOR HUGO
A la vente de la collection Leyste, quelques lignes attribuées à Schopenhaucr ont été adjugées"
à i3o francs, tandis qu'une lettre du général Bonaparte, datée de l'armée d'Italie, a malaisément atteint 2 5 francs. Etonnez-vous donc qu'on soit pessimiste I
Nous empruntons au Temps les détails qui suivent sur les autres ventes d'autographes qui ont eu lieu en décembre à l'hôtel Drouot. Parmi les pièces les plus importantes — et les moins payées — on remarque des lettres d'anoblissement conférées par François V^ à un marchand de Caen, Pierre Fresnel, âgé de soixante-sept ans,, pour lui et sa postérité, moyennant un don de six cents livres tournois. Ces lettres patentes, sur vélin, datées de Saint-Germain-en-Laye, juin i523, forment un document trop long pour être donné en entier. Elles sont accompagnées d'un grand sceau en cire brune assez bien conservé, avec lacs de soie; elles- commencent ainsi :
« François, par la grâce de Dieu, roi de France, savoir faisons à tous présents et avenir que, pour subvenir, satisfaire et fournir aux grands et pressants besoins des affaires que nous avons à conduire par le fait de nos guerres et pour sécurité et défense de notre royaume, peuples et sujets, que nos ennemis se sont efforces, s'efforcent et s'efforceront de. vouloir envahir, piller et ruiner, nous avons mis et fait mettre en délibération... Entre les autres expédients et *moycns qui nous ont été trouves, il nous a été conseillé... »
François I", en donnant un titre de noblesse au marchand de Caen, déclare que a par le même fait il donnera autant à tous ceux qui voudront nous bailler quelque somme et donner resonnablement, selon leurs facultés, pour fournir et subvenir à nos affaires... » Ce document, absolument authentique et si intéressant pour l'histoire de
nos origines nobiliaires, a été vendu 3i francs.
On a vendu également, dans la vente des autographes qui formaient la collection de feu M. Lefebvre, 46 francs de? lettres patentes signées, sur vélin, par Henri lU, roi de France, et datées de Lyon, 7 septembre 1 574 : dans cette pièce historique, Henri III promet pardon à tous ceux qui ont pris les armes contre le défunt roi et qui se soumettront, notamment aux huguenots ; 10 francs une curieuse lettre de Victor Hugo, où il s'excuse de ne pouvoir lire les vers qu'on lui a adressés, vu les circonstances politiques. Quand la France sera sauvée, il redeviendra poète. « En ce moment, je ne suis que matelot, et l'on me crie de toutes parts : A la manœuvre 1 »
Les prix obtenus dans la derniérô vente ont été excessivement bas, on va en juger: 200 lettres de généraux ont été adjugées 20 francs, yS lettres d'académiciens, 40 francs ; 35 lettres d'artistes dramatiques, 7 fr. 5o. Les hommes politiques ont été encore moins appréciés. Deux dossiers ont été vendus : le premier, qui comprenait 235 lettres, 18 francs; le second, de i5o lettres, parmi lesquelles un écrit de Talleyrand et une lettre de Carnot, ro francs; 41. lettres de maréchaux de France ont été payées 19 francs, et 24 missives des maréchaux de l'empire, 1 1 francs. Enfin, 3oo manuscrits et lettres autographes adressées à l'architecte Palloy, fameux par la démolition de la Bastille, formant un important dossier pour l'histoire de la Révolution, ont été adjugés 199 francs.
Les autographes de Charles Monselet ont produit au total 4,5 1 3 fr. 5o. Les prix les plus élevés ont été atteints par une lettre de bonne année adressée à sa belle-mère, le 10 décembre i8o3, parla duchesse d'Angoulême : i5o francs; une lettre de Cromwell aux commissaires de l'Amirauté, 128 francs; une lettre de François lia son oncle le duc de Savoie, contenant des protestations d'amitié pour lui et le roi catholique, i56 francs; une pièce de vers autographe par Alfred de Vigny^ les Amans de Montmorency, écrite à Montmorency le 27 avril 1 83o, 255 francs ; 2 5 lettres intimes de Victor Hugo à Charles Monselet, invitations à dîner, billets, vers, etc., 2 3o francs. Une curieuse lettre de la Du Barry à l'abbé Delille, a été payée 72 francs ; en voici un passage : « Vous connoissés parfaitement, spirituel abbé, les tableaux de l'Albane, puisque vous employés ses couleurs dans vos charmans ouvrages, mais M. le duc prétend que votre riante imagination a appliqué le nom du Poussin sur le tableau que vous étiés tout fier d'avoir eu à si bon marché... comme on auroit inscrit le nom de Lile sur les jardins de Le Nôtre pour en doubler le prix.