‹ Le livre (volume 4)Chapitre 40 sur 129 · D(J MOIS · texte numérisé non relu

D(J MOIS

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Les gTEtndeH écoles et le collège d'Abbeville, 1384-1888, par E. Prahond, correspondant du Ministère pour les travaux historiques. Paris, 1S8S. Alphonse Picard,

Le goût des monographies se répand de plus en plus, la curiosité insatiable des chercheurs fouille le passé même des modestes bourgades, et l'histoire générale bénéficie parfois de l'eshumation des particularités locales. Une semblable inspiration a poussé M. Ernest Prarond, dont on connaît plusieurs recueils de vers très estimables, à constituer l'historique du collège d'Abheville : il a raison de qualifier sa compilation laborieuse de Contribution à l'h'stoire de i Enseignement, Le collège d'Abheville, sans jouir d'une illustre renommée, fut cependant toujours compté parmi les bons établissements d'instruction de la région picarde. Tous ceux qui, de la plus lointaine génération survivante à la plus récente, ont passé par cette maison, sauront gré sans doute à M. Ernest Prarond de s'être imposé la tache de la vie du vieux collège provincial.

Variétés littéraires,

mie française. Un vol chette et C, éditeurs.

r E. CARo.de l'Acadén-i5. Paris, 1889. Ha- - Prix : 3 fr, 5o.

la mémoire de M. Caro isformation définitive, i^ ^nommée : le philos rvit et grandit, m plus comme un

lophe

Est-ce faire tort J que de constater la tr notre jugement, de sa 1 s'efface, le littérateur s Il apparaît de plus maîtres de ce genre si fort en faveur dans le monde qui gravite autour des académies et des revues influentes, le genre des variétés littéraires et morales. L'abondance de l'érudition, la rapidité du coup d'i-til plus encore que sa sûreté, l'élégance sobre et soutenue d'un style qui ne s'interdit pas d'être brillant à condition de rester toujours clair, l'adresse de la composition, l'art discret d'assaisonner d'ironie les compliments et d'atténuer les opinions extrêmes pour ne froisser personne ; être enfin capable de parler avec agrément et sans erreur d'histoire, de poésie, de théâtre, de morale, de philosophie, de politique même, sans être spécialement historien, ni poète, ni dramaturge, ni philosophe, ni moraraliste, ni homme d'État, n'est-ce point là un ensemble de qualités rarement réunies en un même homme? Elles sont nécessaires à qui veut se mêler d'écrire des variétés capables d'attirer et de fixer l'attention. Au fond c'est un critique qu'un pareil homme. M. E. Caro possédait ces qualités, il écrivit ces articles de revue, il captiva

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en et- qui concerne M. de Bro^lie et M. Thureau DiitiKÎn que cette obsenaiion e$i piquame: eU« nimciie ù la politique miliiame.

[.0 volume entin. dont î'jî pl-jtôt à faire, n niisiin lifs questions qu'il traiîe.risveDuireq'je lu criliqiie, contient une ict^r^saste i:^u su.- William Hamiliim. « à '.'niipie iiiCï-v^ • a 'j I.i'ffique pjrlemeKUirf, ;: s» Ternir,: T-i.- ;;s mues sur CmmW-tu o^^hht ti It rt^.i it a ie:iiiûro miUiidie. M, Josirh P. f'-.f.:T t j rt^irniiissunce tidèle et cul:,-e '. t=tl: p3f;::zi; -Z; n'est pus sou\en( T-.^r^ti c': -.■::^=it t'iz^:^. tiiuiimrs qualité .iho^^,'-:* insian..

Th« Couttting-<Mt KItsms ti OnAn Uibution : A gl^Jj in Fntt-Sdsc :-

CRITIQUE LITTERAIRE DU MOiS

quand tous les autres sont retirés, on dit : n 11 l'cit. a C'est lui qui a le mauvais rôle. C'est lui qui cherche les autres à cjcke-cacke, lui qui est Je pol aujt quatre coins, lui qui a les yeuK bandes à Coliii-MaiiUird. Je cite tout de suiie, à liire d'exemple, une des plus connues parmi ces isécesrimées, en la scandant suivant le rythme

Qui pi — cote ^ du pain — dur.

Pieo — li — Pico — ta I.cï' ts — queue, et — puis l'en ~ va.

On retrouve ce mode de se comptée dans les )£ux d'enfants chez tous les peuples. Bien plus, quelques-unes de ces pièces sont, sinon identiques, tellement semblables par le sens, par l'ailure et le caractère, quelquefois mime par la suite d'assonances, que l'on sérail curieux d'en connaître l'origine commune et de savoir quels rapports elles ont entre elles.

Cette question a fixé Taltention de M. H.Carfington Bolton. Il a étudié en de très nombreux paysks formes diverses de ces pièces qui ne sont point de la poésie, que ]e ne puis appeler des couplets, des strophes ni des stances, et que désormais, à l'imitation de l'anglais ; jingles ou àoggereis, je nommerai des rimailles. — Ajoutant à son enquête personnnelle — sur le vîf, si je puis dire ainsi — le résultat de ses recherches eu quantité d'ouvrages de toute langue, ei les communications de correspondants sans nombre, parmi lesquels beaucoup d'enfants qui ont répondu à son appel, l'auteur a pu réunir et classer près de neuf cents exemples. De ses notes et de ses commentaires il concltit à la plus lointaine antiquité do ces rimailles ainii que de l'usage qu'elles perpétuent et dont il attribue l'origine suï pratiques — qui sont aussi vieilles que le monde — de la sorcellerie, des sortilèges, des modes de divination par le sort et de leurs formules mystérieuses. Très souvent ces formules des rituels de magie se composaient d'un assemblage de syllabes dépourvues de sens, mais d'une «n figuration et do consonance bizarres. Elles ont engendré de nombreuses analogies dans les rimailles enfantines, mais surtout à l'étranger. En France, je n'en connais qu'une, et elle ne ligure pas dans le livre de M. Carrington Bollon ; c'est pourquoi je la cite. La voici :

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La partie consacrée à la "t relativement pauvre. D'

à l'exception du Folk-lore du pays basque de M. J, Vinson — n'a consulté en français que des ouvrages sur L's sciences occultes ■ il s'est fié à un ou deux livres de source allemande en outre et à deux ou trois correspondants, dont l'un, Suisse, lui a communiqué des pièces n'ayant avec la langue française que des rapports de parenté des plus éloignés. Telle est celle-ci qui n'est pas la seule et qui a un faux air de parler nègre plutôt encore que d'un patois de la S'jisse française ;

Va, deux, trois, quatre.

Marna laissez wuli waïur ; Un, deux, changez-vous, Marna lessi vutivu.

Suivent diverses variantes. Mais quel est le mauvais plaisant qui s'est permis d'adresser à M. Bolton, comme étant une pièce alsacienne, le refrain d'une chanson idiote échappée des tréteaux d'un café-concert pour se répandre dans Paris et dans toute la France l'an dernier ?

Quand on n'a pas de parapluie,

Ça va bien quand i] fait beau;

Mais quand il tombe de la pluie,

On est trempé jusqu'aux os.

Cette ineptie doit disparaître impitoyablement des éditions ultérieures de llie Couting-out Rhymes.

Il nous serait facile d'ajouter une assez copieuse suite de rimailles françaises à celles qu'a publiées M. Bolton ; mais la place me faisant défaut ici, je me réserve de les lui communiquer directement. Malgré ses lacunes inévitables, ce livre, étant l'œuvre d'un érudit de bon aloi, suggère les rapprochements les plus intéressants et ouvre à la pensée de nouveaux horizons sur la permanence ou tout au moins la longue durée et la similitude des coutumes dans l'humanité, malgré la disparité et l'anéantissement des civilisations à la surface du globe.

Le même éditeur, M. Elliot Stock, vient de publier une nouvelle édition revue et augmentée par l'auteur d'un livre charmant dont nous avons à plusieurs reprises entretenu nos lecteurs ; a The Enemies of Books » par M. William Blades. M. Henry B. Wheatley l'a admis à figurer dans la Bibliothèque de l'ami du livre, t The Book-Lover's Library . qu'il dirige. Malgré les additions dont il a été l'objet, ce petit volume n'est pas encore complet, car il ne cite pas l'un des pires ennemis du livre, s'il faut en croire un spirituel article du numéro d'avril de The Bookworm, c'est-à-dire « presque toutes tes femmes ». L'auteur ne nomme pas non plus nos chats domestiques, qui n'ont pas de plus grand plaisir que de faire leurs ongles sur une pleine reliure, e. c.

Parn

Sonnets insolents, par L.-P. de Bruin-Gau- MAST. Pciii iii-R" à la Librairie illustrée, i388. — Prix : :i frLiiiL-S.

Ce qu'il y a de plus insolent c'est la préface où l'autL-ur se pose en maître novateur. II doit être très jeune pour étaler une telle outrecuidance, qui n'est sans doute au fond qu'une forte naïveté : la jeunesse est la plus belle et la plus courte des excuses.

Quant aux sonnets, ils sont vingt-quatre, deux douzaines, sans treizième, — et quelconques.

Petite Bibliothèque littéraire d'Alph. Lemeire. \'c.il. in-12 elzévirs. Térence, Regnarii, G. Lafi-'nestre, Mistral. Paris, 1889.

Cette collection si estimée des lettrés et des bibliophiles s'est enrichie récemment de plusieurs volumes : d'abord c'est le tome II de l'édition de Regnard, dont le soin était confié à un t-rudit distingué, M. Al. Piedagnel ; i>uis le tome m de Térence, recensé, traduit et annoté par M. llinstin, qui a su conserver la physiono-, mie et les nuances de son modèle, en homme aussi parfaiiement maître de toutes les délicatesses du latin que du français.

Ces deux ouvrages sont terminés ; le frontispice qui devait accompagner le tome III de Térence, nous ne l'avons pas vu encore; sans doute il ne lardera pas il être livré aux acheteurs des volumes.

contemporaines, deux autres volumes sont venus aussi s'ajouter a la Bibliothèque Lemerre. Les Poésies de Georges Lafenestre comprennent les vers qu'il écrivit de 1864 à 1874 ; Les Espérances, — Pasquetta, - Idylles et Chansons.

La place de M. G. Lafenestre dans la poésie contemporaine est une des plus honorables du second rang ; son talent est surtout analytique et descriptif, partant un peu froid; mais il suggère des pensées s'il ne remue profondément les sentiments, et dans toute son œuvre circule ungrand amour de l'art qui la recommande aux amanis du Beau dans toutes ses expressions.

Le volume de Frédéric Mistral publié aujourd'hui dans la Petite Bibliothèque littéraire, c'est les Iles d'or (Texte et traduction). Précédemment a paru Calendal, ce poème mi-idyllique, mi-héroïque, si chaudement coloré que l'on n'en aperçoit plus les défauts de composition.

Les poèmes des Iles d'or sont de plus courte mais non de moins brillante inspiration. Il s'y trouve des contes, des légendes, des idylles et des chansons.

Toute la grûce de Provence, tout le soleil et l'azur du midi se reflètent dans ces petits poèmes. Il en est dans le nombre qui franchiront le siècle dans la mémoire des hommes, tels : le Tambour d'Ârcole, la Fin du moissonneur et le joli conte de la Ratissure du pétrin.

Avec ces poèmes, le même volume renferme les Chansons, les Romances, les Rêves, les Sirventes, les Plaintes, la Pluie, les Sonnets, les Chants nuptiaux, le Laileron, les Saluts, le Pouilleux.

Nous croyons cette indication simplement bibliographique plus utile aux admirateurs de F. Mistral qu'une appréciation littéraire, qui serait forcément écourtée ; ce qui importe, c'est de noter le caractère et la compréhension de l'édition nouvelle. pz.

La France du Centenaire, par ÉDouARti GouMv. Un vol. in-16. Paris, Hachette et C", éditeurs, 18S9.— Prix : 3 fr. 5o.

Reproduire l'avant-propos de M. Edouard tloumy suiHemii pour en marquer l'objet, l'éten-

due et le but; l'auteur n'y promet rien qu'il ne donne, et il promet d'exposer dans la première partie l'enchaînement de toutes les phases de notre récente histoire, depuis 89 jusqu'à l'avènement de notre troisième République; et dans la deuxiénie d'étudier la France actuelle telle que

CKITIQUE LlTTEtt.UFir.

l'oin faite les dix dernières années de gouvernemEiil de celle troisième Republique. Ce qui jmine nécessairemeni M. Edouard Goumy à des considûrations sur le dénouement possible de la siiMiion présente.

Mais l'on aurait grand tort de s'en tenir a la sommaire inspection de ce plan. L'auteur, esprit d'une finesse pénétrante et d'une érudition proloiiie, possède une cxirellenie manière d'écrire. Tout est dit et pas un mot n'est de trop; je parle au point de vue de l'art du style, et nul ne saurai! être d'un avis différent; peut être n'en serait'il jrasdemèmeau sujet des idées. M.Edouard Goumy^ comme beaucoup d'esprits distinfîués, épris d'un iJéal de gouvernement tel que seuls en conçoivent les lettrés supérieurs,attendait de grandes «bonnes cho.sos d'une nouvelle République : il supposait tout au moins que les politiciens à ijui b forme républicaine ouvrait l'accès du pouvoir n'en étaient plus il demander à la façon de Robespierre en 1792 ; ' Une République? qu'est-ce que ^'est qu'une République";" Mais il a été déçu. El le coupable, qu'il charge, avec une ironie terrible, de tous les péchés de la politique, c'est le suffrage universel. En quoi M. Goumy se trouve d'accord avec tous les gens Je bon sens et tous les Français dénués d'ambitions illégitimes. Du procès qu'il fait, en un style savnureiiï et piquant, i la troisième république, il rùsulie qu'elle n'a su mettre à sa place et traiter j son rang aucune des questions essentielles k la vie d'un gouvernement ; ni l'armée, ni la magistrature, ni l'instruction publique, ni la religion, ni la liberté même, n'ont été considérées sous leur vrai jour. M. Goumy dévoile, sans re-

les vices profonds de notre état politique. Et sa conclusion est que, pendant ces dix années, la République n'a fait autre chose que de consommer un lent suicide. M Goumy ne peut prédire sûrement ce qui lui succédera. Il admet que ce puisse i-tre une république, mais toute différente ée celle-ci, et le salut national il le voit dans une î-igui; du Bien public, qui a bien l'air de ressembler au parti centre gauche de renaissance récente ; les Girondins de la future Convention. Le malheur est que les modérés, par leur tempérament même, sont destinés à être victimes des violents, et qu'ils ne savent échapper il ceux-ci qu'en se mettant dans les mains d'un homme qui d pour eux plus d'audace et moins de scrupules.

Le livre de M. Edouard Goumy n'est pas de ccm qu'on feuillette, mais de ceux qu'on médite. Ce n'est ni un livre d'histoire, ni un pamphlet politique; c'est un livre de morale politique

écrit avec les informations do l'historien et In verve caustique du pamphlétaire. !1 a tout le charme des choses bien faites.

Nos Zouaves, par Paiti. Laurencin. avec cent

illustrations. Un vol. petit in-8". Paris, t888.

Rothschild, éditeur.

Ouvrage aussi intéressant par k texte que charmant par les dessins, œuvre d'un patriotisme pratique : on apprend tout simplement à aimer son pays et l'armée en passant en revue l'histoire de ces braves, officiers et soldats.

M. Laurencin a retracé sans longueurs l'historique complet des zouaves : organisation, faits d'armes, monographie des régiments, vie intime,' etc. Un glossaire reprend les noms les plus dignes de mémoire, eités.dans le récit, et consacre une succincte notice aux gens de cœur qui les ont rendus glorieux. Pour les illustrations l'éditeur a mis i contribution des talents divers, tous hautement estimés ; Bcaucé, les deux Bellangé. Berne-Bellecour, Bocourt, Charrier, Détaille, Protais, Horace Vernet, Yvon, etc.

Ce livre, élégamment édité, mérite d'être introduit dans les bibliothèques d'éducation et de

Le divorce de Napoléon, pnr Hknui \\'ei.scHiNGER. Un vol. in-i8, de 33i pages. Librairie Pion, Paris, iR8i|.

Le résultat certain de Ij campagne entreprise, il y a tantôt vingt ans |ti la suite de l'année terrible, et sous l'inspiration d'une politique niaiseï, contre le génie et la gloire de Napoléon I", aura été une recrudescence d'études et de publications fort intéressantes sur cet homme unique. Nous disons unique, parce que Napoléon est le seul humain, parmi les plus grands, qu'on ait vu réunir dans sa personne la légende la plus magique, et l'histoire la plus nette, la plus connue, la plus éclatante de clarté. En outre. Napoléon, ayant, par un privilège également rare, réuni dans le culte de son nom les plus fameux poètes de son siècle (les Byron, les Gcethe, les Victor Hugo) et aussi le peuple, se trouve à jamais invulnérable au liel des avocats, dont il ne devait guère se soucier, à voir comme il les regardait. Ils devaient finir cependant par nous commander, pour notre ruine et notre honte, ces funestes bavards. Dans bavards il y a bave, aurait dit en son vieil âge le poète des Châtiments. Nous ne résistons pas au plaisir de citer à ce sujet le mot délicieux d'un avocat de Bruxelles, qui, plus ombrageux que ses confrères de France, relevait dernièrement un propos du

LE tlVHE

^\*Vt\\ Imwww «iiiirc U hnsoi:he, en y ajoutani ,'V ^^»kHHWlttMlr>: •■ d'I" prouve que Napoléon •«« \»\ (ttivwKT pcrsonnu^i;. « Interrogeons les )Mu«t<V^> VI K" iHOiïJc itts lisours. Qu'est-ce qui a »wh>*l 1» *?liç(HiliS et pnssionné les entretiens tWt^Mt* ^unitifiMi niinfei, diins l'ordre des livres: i;»*l lo • N*i*olcoii 1 de Didot; c'est le - Napo- |<\W « Jo Taille, Qu'tsi-cc qui a fait hausser les y't^uW ' l"«t ie « Napokon . de certain mili- W'V *Im'>* vaut mieux ne pas nommer. Ce ^iit- 4^«a n'.ï (**s gngTié son énorme ridicule pour n'*\i>« l'a» nime Napoléon, ce qui serait bien |icrnvit cl Icgiitime, mais pour être resté plus ou moins ïo1«nt*ircment aveugle à des talents miraculeux, CI pour avoir parle d'imbécilltiv et de voujirdbc 4 propos de l'incomparable personnn^v d» SL-unces du Conseil d'Etal, du pont d'Arcole et de b campagne de France. Luil Uiujours Lui! Pourquoi? Parce qu'il fut un penteur admirable, notre plus grand éctivaio et le seul entin qui 4it semc de lidéal et de Tenihousiatmc dan» le ctiamp morn.- et positif de nos BHidcniei jtL-nération». Nous redirons que son charme est dans ce mélange d'un prestige fabuleux et de eunnjiissance familière de ses moindres (Ktes dans lou* nos foyers- Quoi de plus franc tjtto le di^n de l'opinion sur son compte ? L'Italie. l'Kj^ypte le ConsuUn, Austerlitz, nous font piincr d'adroinHion... tandis que le divorce HOU» aïrv'te. Le» bonnes fiuns ont dît : « C'est à IwrHr du diïorcu *}hc tout n mal tourné pour lui . Kl U- bimHtf» (jeu!. oui bien dit. Les mau- ^■lU li.iitv'raflnlt envers l'i^- VII et les conflits r»%ti'.iv ttii OHI fttit sriind tort aussi. Ce sont brulrtlitv* »l pi'rs^culion» ilii'un homme d'État tloU liiUwi' uux hiimmc» de parti. C'est justemwttl ilu dhiifvu que noii^i vous voulons dire deux ,iiHu»l'0"lnil. h l'oecmion d'un livre dont ,\ Il pu ivm.iiiiuor l'il-propos curieux quand il iiiit a riii'iii*' uii?nio de» bruits de divorce d'un Il «l'tuiii)!'

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Il rciienniri; dans l'imitation des iiiiennui un ^rand crédit auprès

t. [Ji'llH iilinrre do iliiorce de Napoléon

W ,inl 10 Ji iliiu» «'u. pliivicurï aspects : l'as-

HHi'l iiiilllli(iio, P'if le fait du choix, qui s'offrait, ■ iHuii, nu «tHllf» do l'Kuropf, entré une prin-

, , ,1»».. Hi i,ny autrichienne ; l'aspect religieux,

A t un*» 'I" '" «iluaifon créée à l'empereur par la ,iiin»iJmi""" ''" f"»"»!?" "'='^ Joséphine, antérl»»ri.tiii(nt u" «"i^" ; l'»»pcct psychologique, en ,,l|«.tit il»i vanité» dynailiqueA éveillées et sur- .(t'Ilrfii* \mi .«lia n<.uïclle alliance chez le héros , •lutimiti d« !• (tivlul'on ; <.-nlïn. l'aspect sentimO'Iol "• voluptueut, p«r le fait de la rupture ,.... J., .ifihlne rHl«» désir» Je l'impatient qua- ,j,,.,,r iiiir» «nv«rt U beauté frskiic et docile

d'une Allemande de dix-neuf ans. Rappelons aussi que Joséphine fut, pendant la campagne de Napoléon en Italie, l'objet de terribles médisances, alors que le jeune général, rongé de mille soucis, lui écrivait des pages de flamme. Quand la passion est éteinte, ces lettres brûlantes semblent avoir déposé leurs cendres sur nos livres. Au surplus. Napoléon reçut de Marie- Louise, dont il vantait indiscrètement les grâces au lendemain de sa nuit de noces, de Marie- Louise à lui livrée par les astucieuses combinaisons de Metternich et par l'épouvante inouïe des Viennois, la preuve que les jeunes Autrichiennes sont encore plus légères que les créoles mûres. Le grand, le très grand vaincu de la coalition n'était pas plutôt à bord du Bellérophon, que le borgne général de Neipperg entrait au lit de Marie-Louise, dont il eut plusieurs enfants, avec le consentement du brave François II et de l'honnête Metternich. Dans de précédents ouvrages, M. Welschinger, qui vient de nous rendre avec force détails ce divorce de Napoléon, a témoigné d'un parfait sang-froid devant l'hôte formidable des Invalides, et il ne se fait pas faute de le blâmer parfois sans réserve; mais du moins a-t-il le sentiment de ce génie, de ce prestige, de ce rôle et de cette figure dans l'histoire. Il termine son livre bourré de documents sur cette réflexion ; « Napoléon a répudié Joséphine pour avoir un fils héritier de son œuvre et de son nom, et c'est le petit-fils de cette même Joséphine qui est devenu le continuateur direct de l'Empire, sous le nom de Napoléon III. n Je ne ferai qu'un reproche à l'auteur, c'est d'avoir, à propos de divorce, risqué une sorte de parallèle entre Napoléon l" et le triste roitelet Milan. Il y a des gens et des choses dont on ne parle pas le même jour.

Renonciation dea Boorbons d'Espagne an trône de France, par M. le marquis de CouRCY, ancien diplomate. Un vol. in-i8 de 3ï4 pages. Librairie Pion et C", 1889, Paris,

Nous avons rendu compte ici même, à son heure, d'un remarquable ouvrage du même auteur : la Coalition de lyoi contre la France. Ce beau travail, salué par la critique d'une louange unanime et couronné par l'Académie française d'un de ses prix les plus disputés, nous annonçait un nouvel historien digne d'entrer dans le groupe de nos meilleurs d'à présent, et dont les futures publications s'imposaient à notre sollicitude. Le récent livre de M. de Courcy justifie ces préventions favorables et ne manquera pas d'ajouter encore à l'excellente position conquise

CRITIQUE LITTERAIRE DU MO

par son premier effort. Avec celui-ci, l'auteur s'atuque h l'un des points les plus délicats et les plus graves do nos annales La délicatesse du sujet repose sur un fond de latente politique, lequel menaçait de donner au volume un air de manifeste ou de déclaration que pouvait souligner la lettre placée en tête de ces pages, d'ailleurs tout à fait dignes d'être retenues dans le Jiibordement d'imprimés qui s'écoule sous nos regards confondus. La gravité du sujet, c'est Icïocaiion d'une des crises les plus effroyables qu'ait traversées notre France. Le premier de ces écueils, M. de Courcy le surmonte avec infiniment d'art et de tact ; et, si la netteté de ses conclusions ne laisse aucun doute sur ses sympathies et ses espérances, il a du moins mis de son côté le témoignage absolu de signatures iniiiscutables. Quant au récit de notre péril de mort dans les fatales années de la fin de Louis XIV, il mérite mieux que des éloges, il mérite d'être relu et médité, même après les mémorables dépositions des contemporains. L'analyse de cette substantielle étude part de l'accep- Ution du testament de Charles II et des imprudentes provocations de Louis XIV; elle comprend nos désastres de la guerre de succession, 1« offres désespérées de la France, les infortunes domestiques de Louis XIV, l'altitude pacilique mais résolue de l'Angleterre devenue notre suprême chance de salut dans cet abîme]de ruines; elle s'achève enfin, cette analyse, par la renonciation de Philippe V, et la ratification en France par les pouvoirs du royaume de ces renonciations définitives, sur lesquelles se plaisent à équiïoquer de très honorables personnes que le malheur des temps a réduites à ce vain emploi de leur activité, à cette exclusive gymnastique de leurs âmes un peu contrariantes. Encore bien que le livre de M. de Courcy nous tienne principalement sous l'étreinte d'une angoisse où nous ne voyons plus que la face livide et agonisante de la Pairie, cependant notre esprit s'arrête aussi sur la double image de Louis XIV et de son petit-fils, dans les scènes que nous suggère une correspondance sans pareille dans l'histoire. On ne disait pas encore dans ce temps-là : • C'est shakespearien, » mais les faits et les choses étaient du plus réel Shakespeare, tout de même.

Tïn Chancelier d'ancien régim», le règne diplomatique de M. de Metternioh, par

Ch. HE Mazaue, de l'Académie française. Un vol. in-i8 de 420 pages. Paris, Librairie Pion etC", 188g.

Dans les nombreuses fables que suscita dernièrement le mystère d'un drame princier, le pu-

blic, qui, dans son plaisir à tout entendre et à tout croire, a perdu le droit de s' étonner de rien, sembla pourtant recevoir avec surprise la version d'un duel entre l'héritier d'un trône impérial et certain grand seigneur de sa cour, pour des motifs d'ordre privé. Les doutes de l'opinion reposaient à la fois sur je ne sais quelle exception tirée du rang, et sur une tradition plus établie peut-être que véridique, touchant les privilèges souverains et la longanimité conjugale ou fraternelle des aristocraties. Cependant en l'année 181 5, la même capitale qui vient d'être si fort remuée par la mort violente d'un archiduc, a vu quelque chose de plus étonnant que ce duel, d'ailleurs tout à fait imaginaire. Elle a vu le czar de toutes les Russies, d'abord l'ami révérencieux et pluf tard le vainqueur de Napoléon, tout près d'appeler en combat singulier Metternich. Celuici, pour prince et chancelier qu'il fût, ne devait pas compter aux yeux du potentat moscovite, de l'empereur-pape des steppes, pour un égal ni même pour un semblable... le sultan dirait : un chien. Cependant, le fait est démontré dans le remarquable et intéressant ouvrage que nous annonçons, et dont la lecture nous a paru des meilleures que l'on puisse recommander. M. de Mazade peut être en public un diseur à la voix sans grand effet, et, j'en conviens, inexperi aux artifices oratoires, aux irucs d'avocat. Mais il se

nous le trouvons alors ce qu'il est véritablement : un maître accompli dans l'art d'écrire l'histoire contemporaine, 11 nous a déjà donne dans cet ordre des livres qui resteront, lelsquc: le Comte de Cavour, le Comte de Serre, la Guerre de France {1870-71U Monsieur Thiers. etc., etc.

L'auteur joint à la vaste information, au parler net et substantiel, un incorruptible bon sens, et cette intelligence que, justement, M. Thiers appelle la qualité maîtresse de l'historien. La réunion de ces mérites ne saurait mieux noua apparaître que dans ce récent et parfait travail sur le prince de Metternich. L'illustre propriétaire du clos de Johannisberg est une figure doublement fameuse par son association avec celle do Napoléon, et par la lutte du chancelier d'Autriche contre tous les tenants, chez les diverses nations, de l'esprit révolutionnaire. Ce nom déjà traditionnel de Metternich a depuis été rajeuni par les vibrantes fantaisies d'une régente de la mode; mais le fondateur lui-même de ce nom, l'un des noms représentatifs, en somme, de notre siècle, peu confiant dans la durée du prestige et de l'oeuvre des diplomates, s'est assuré de son mieux contre les négligences ou l'oubli total de l'avenir, par huit fons volumes in-8' de Mémoires. Us

viennent dêirc très habilement, et surtout très utilement (pouf l'original), contrôlés, condensés et commentes dans l'unique volume de M. de Maïadc. Dans l'une des pages les plus curieuses de ce legs ônorme de pages, Metternich a la naïve hardiesse d'avouer que dans telle conférence qu'il eut avec Napoléon l'empereur lui parut ffiti/- La vérité, c'est qu'à cette heure Napoléon était le vaincu certain de l'Europe coalisée. C'est bien là sans doute une vue de diplomate; mais quelque chose excuse la frivolité du mot, c'est la frivolité morale de son auteur ; quelque chose aussi la répare, c'est la conscience absolue — et très louable — qui éclate dans tous les aveus de Metternich, que lui-même n'a dû sa grandeur qu'à son voisinage avec ce pettl;que Napoléon est le soleil de sa vie politique, et que lorsque ce soleil fut descendu derrière l'horizon Metternich ne devait plus trouver d'antagoniste à sa taille dans ce vaste monde. Il ne devait même plus trouver d'adversaire digne de ses coups, sauf la Révolution, .. n cette Révolution qu'un seul homme s'entendit à dompter, et cet homme était Bonaparte. » Il dit ailleurs: » J'ai passé avec Napoléon, ou prés de lui, les plus belles années de mon existence. » A chaque page de ses Mémoires éclate un mot d'enthousiasme et de regret incurable... « S'il était encore sur le trône, et s'il n'y avait que lui au monde, je serais très heureux v ... « le seul géant que le siècle ail produit n'est plus de ce monde. » C'est le même lyrisme de sentiment, sinon de langage, que dans les lord Byron, les Victor Hugo, les Déranger... et tous les nobles esprits venus au monde depuis cent ans. Les nigauds de nos jours qui ont prétendu tuer la légende, ont soulevé la réaction protestatrice de tout ce qui pense. Chez Metternich, cet hommage à la vérité sort des lèvres d'un homme qui se dévoua tout entier à la chute du grand empereur, et même le mariage qu'il favorisa de Napoléon avec l'archiduchesse d'Autriche n'aurait pas été la moins préméditée de ses embûches. L'homme du siècle y tomba doublement, si l'on peut dire comme chefd'Etat et comme épouï. Dans son vieil âge, une brutale émeute abreuva de terreurs et d'affronts l'infatué marieur de Marie-Louise; mais, malgré cette épreuve finale, on peut annexer au nom de Metternich l'ingénieuse définition de M. de Mazade,qui l'appelle" l'homme abonnes fortunes de la politique».

La France ea 1788, par le comte [je ChaoiioHiiV. Un vol. in-i8 de 284 pages. Paris, Librairie l'Ion et C'% 1889.

ànsi que l'on devait l'attendre, l'anniversaire riquo de première grandeur que nous ra-

mène avec le prestige de la « centième », pour parler on ne peut plus moderne, la présente année de 1889, a mis aui champs bien des plumes diflérentes. Cependant, avec un plaisir égal à notre surprise, nous constatons que les tristes bipèdes à phrases et les rhéteurs ont cédé le pas aujourd'hui aux hommes raisonnables, et que, dans ces publications variées et nombreuses, l'apologie n'est nulle part exempte — tout au moins de la part de ceux dont on Ut les imprimés — de réserves aussi franches que des aveux de déceptions. A cette franchise, nous aurons gagné, nous, des pages de penseurs et de philosophes, des travaux de conscience et d'intelligence, et non d'instinct, de parade ou de commande. Nous y aurons'gagnc de bons livres tels que la France du centenaire, par Edouard Goumy, un des professeurs les plus distingués de la Faculté des lettres, et que nous avons eu l'honneur de connaître à la tète d'un recueil littéraire analogue à celui-ci, — la Revue de l'instruction publique, — dirigé avec beaucoup d'honneur, de talent et de succès, ce qui complète l'anologie, à travers un intervalle de vingt années, entre ces deux recueils voués à la gloire du Livre. Nous y aurons encore gagné le volume de M. le comte de Chaudordy, qui s'abandonne, comme plusieurs autres, armés d'une autorité respectable et trésdignes de nos sympathies, à l'expression de vifs regrets sur la déviation du grand mouvement. Le respect que je viens d'affirmer très sincèrement, me permettra, je l'espère, d'avouer que je ne suis pas non plus insensible au comique qui se dégage pour moi du témoignage trop candide de ces regrets. Un politicien, surtout de ceux que l'on trouve si rigoureux contre les princes, doit être un satisfait et un optimiste quand même. Lorsqu'on a vu tel et tel, et tant d'autres que l'on ne nomme pas, courir sus à la démolition d'un ou de plusieurs trônes, on a pu comprendre, en approuvant plus ou moins. Mais lorsque plus tard on a vu les mêmes hommes s'étonner de la diminution de la croyance aux 1 chefs d'Etat n, on a pu sourire non moins justement. Admettons qu'une séculaire dynastie prétende faire un pacte avec la docilité révérencieuse du peuple qu'elle croit avoir enlacé à ses propres racines,.., la même prétention devient ridicule chez les démocrates envers le même peuple qu'ils se targuent d'avoir affranchi de ces honteux liens. En outre, nos politiciens oublient trop encore un point que nous nous permettions l'autre jour de signaler dans un groupe de sénateurs trop excités et de députés irop indécis, à propos du nouveau courant d'opinions qui les met tous en si grand désarroi : à

CRITIQUE LITTI

saïoir que s'il y a une beauté d'art itnmoneile et presque immuable, l'objectif politique, éphémère par définition, meuri avec chaque décade et varie aïccchaquenoiivelle levée d'hommes. Pour le plus grand nombre, la politique est un concept de la satisfaction en ce monde, et ce concept, les j^néraiions successives le logent différemment. D« là le plaisant disgracieux des récriminations vieilhrdes, auxquelles on retire la parole. Nous ïoici pem-ètre un peu loin, mais pas trop, du nouveau livre de M. de Chaudordy. Nous avons déjà parlé de cet honorable écrivain, qui a tenu de hauts emplois diplomatiques dans de graves heures de notre histoire. Son ouvrage très subsianriel examine tour à tour la France à l'intérieur et la France à l'extérieur, l'état politique de la nation française, son état social, son état économique et financier, la situation actuelle de la France à l'étranger, etc. Le cadre est vaste ; il a été dignement rempli par l'auteur de la France àkiuite de la guerre de i8yo-ji. u. o,

fiecherchee sur l'administration municipale de Renpes au temps de Henri IV,

par Henri Carré, ex-maître de conférences à la Faculté des lettres de Rennes, professeur d'histoire à la Faculté des lettres de Poitiers, Un vol. in-S" d'une centaine de pages. Pari^, Maison Quaniin, 7, rue Saint-Benoîr. — Prix, broché ; 3 francs.

Voici un très curieux mémoire, que l'auteur, grdce à ses fonctions universitaires dans la ville de Rennes, devait certainement mènera bonne fin. L'objet de ce travail est de faire connaître ce qu'était un corps municipal, au début du "«"siècle, dans une des principales villes de l^rance, dans la capitale de la Bretagne. M. Henri Carré, déjà connu par un savant ouvrage sur le. Parlement de Bretagne après la Ligue, montre d'une façon très précise, et d'après des documents tout à fait inédits, quels étaient, au temps de Henri IV, les officiers municipaux de la grande ville bretonne, comment fonctionnait leur administration, et sur quelles matières elle i'eïerçaii. Les chapitres relatifs aux dépenses delà ville, aux travaux publics, aux entrées solennelles des grands personnages, à l'organisation militaire et à l'assistance publique sont particulièrement intéressants. Ce volume contient enfin un très curieux plan de Rennes au début du 'Vil' siècle et la reproduction d'une belle médaille de 1612. Sur une des faces de la médailL-, on voit Louis Xlll et Marie de Médicis, en costume royal ; sur l'autre sont gravées les armes Jl- Rennes.

lAIRE DU MOIS 230

Cet opuscule, malgré son peu d'étendue, est digne, par sa valeur intrinsèque, de figurer à côté des autres éditions de la Maison Quantin.

Assyrîa from the Rlse ot the Empire to tlie Fall ol Nineveh, by Zknaii.k A. Ra.^ozin. L'Assyrie depuis l'origine de l'Empire jusqu'à la chute de Ninive. Un vol. de la collection The Story oflhe Nations. London, 1888. T. Fisher Utiwin.

La librairie T, Fisher Unwin, de Londres, a eu l'heureuse idée de publier une vaste Histoire des nations sous la forme d'une collection de volumes du même format in-octavo, illustras et cartonnés, de 430 pages environ. Il a déjà paru quinze de ces volumes, indépendants les uns des autres. Chacun d'eux étant consacré à l'histoire d'un seul peuple, et aucune régie ne présidant à l'ordre successif de la publication, anciens et modernes s'y coudoient fraternellement, sans autre principe que le hasard de leur naissance, au fur et à mesure de l'achèvement de chaque manuscrit par son auteur. C'est ainsi que l'Allemagne succède à Rome et aux Hébreux, les Maures d'Espagne il Carthage et à l'Empire d'Alexandre, la Hongrie à l'Ancienne Egypte, l'Irlande aux Sarrasins, les Goths à la Chaldée, les Turcs et la Hollande enfin à l'Assyrie. Considérant ce dernier ouvrage comme type de la publication, — car nous ne saurions ici entrer dans le détail analytique de chacun, — - nous devons féliciter la jeunesse anglaise pose de tels livres d'étude et l'éditi met à sa disposition. Ce n'est pas qu' toriens n'aient écrit des ouvrages d'u

)s hisvaleor

historique et littéraire au moins égale; mais quelque progrès que nos yrands éditeurs aient, depuis un certain nombre d'années, réalisé dans la fabrication du livre classique, nous sommes fort éloignés encore d'avoir atteint au même degré pour la beauté de l'impression et du tirage des gravures, qui dépend uniquement de la qualité supérieure du papier. Le principe de l'illustration, en effet, en cette sorte de volumes, est le même des deux côtés du détroit. C'est le report direct de photographies exécutées d'après les monuments antiques conservés dans les musées de l'Europe. C'est ainsi que dans V Assyrie. par exemple, nous comptons plus de quatrevingts gravures de cette nature, parmi lesquelles nous reconnaissons bon nombre de monuments assyriens appartenant au musée du Louvre, Tout volume, en outre, est relié et frappé sur le plat d'un fer commun à toutL' la série, servant de pnsse-partout il un fer central l-ii or cl couleur,

spécial pour chaque ouvrage. Il est juste d'ajouter que l'éditeur, en Angleterre, peut compter sur un public nombreux en dehors des universités et collèges; en France, non.

Histoire de l'Autriche-Hongrie, depuis les originestuBqu'à l'année 1889, par M. Louis

Léger. Un vol. de C82 pages in-i6, contenant six L-artts, et de la collection de l'Histoire universelle, publiée sous la direction de M. V. Duruy. Paris, 1889. Librairie Hachette.

[,a collection de YHisioire universelle publiée par une Société de professeurs et de savants, »ous la direction de M, V. Duruy, a rapidement acqui» une réputation également universelle, que confirme et justifie chaque volume nouveau dont elle s'enrichit. Celui que M. Louis Léger vient de consacrer h l'Autriche-Hongrie n'est pas î'un de» moins précieux de la collection. L'éminent himorien qui professe au Collège de France, à l'ivcolu supérieure de guerre et à l'École des ticienccN politiques, était, d'avance, panses nomhruux et savants travaux sur le monde slave, dé- %\^ni Hu choix de M. Duruy pour écrire VHisloire d'Autfiche'Hongrie. L'état actuel de l'Europe politique, les événements dont la péninsule du» KalkHns est le théâtre, les compétitions dont >;lle est robjct, et d'où jaillira peut-être, au premier jour, l'étincelle qui mettra l'Ancien Monde un feu, le signal sauvage que trente millions d'hommt-s attendent, en le redoutant, pour s'en tr'égorj<er. auquel ils obéiront avec horreur muis nvec une égale fureur, cette situation donne au travail de M. Louis Léger un intérêt d'ii-propos tout particulier. On a dit: • L'Histoire ne recommence pas, n c'est une grande erreur; le mouvement pohtique intérieur dont nous \r)mmes témoins en France présentement prouve hit-n le contraire. C'est par conséquent à l'histoire ijiiu non» devons demander l'enseignement du ji.iir, sur l'histoire que nous devons fonder notre iji1l*u1 de probabilités en vue de l'avenir. L'Hisluire d' Autriche-Hongrie, si riche de détails et si tuncise en même temps, paraissant à cette heure, niiu!» est donc deux fois précieuse. En outre le luxe dos résumés, des index, des tableaux et des liibles font de ce livre un instrument de travail dcN plus faciles à manier. Quant à l'utilité des iiirles dans un ouvrrage de cette nature, elle est ifllement évidente qu'il serait superflu d'y insis- Icr' il suffit de dire que, dans leurs petites dimensions, elles sont d'une clarté parfaite. Il y en a six :

i« Ciirte ethnographique et politique de l'Au- (iichc-Hongrie;

2° Carte de la Bohème et de la Moravie, au xii" siècle;

3° Carte de l'Etat autrichien, au commencement du xvn" siècle;

4» Carte de l'Autriche-Hongrie, de 1740 à 1801;

5' Carte de la Bosnie, de l'Herzégovine et de la Péninsule balkanique, en 188S;

G° Carte de l'Europe centrale, indiquant les lieux historiques et les champs de bataille, de 1792 à 181 3, avec une petite enclave de la campiigne de Russieen 1812. e. c.

Histoire réstunée de l'AlIeioagne et de l'Empire germanique, par Julks Zelleb, de l'Institut. Perrin et C".

Depuis longtemps déjà M. Zeiler a entrepris la publication d'une grande histoire d'Allemagne aujourd'hui arrivée au cinquième volume. En attendant son achèvement, l'éminent écrivain a eu l'idée de résumer les cinq volumes in-8' en un volume in-18. Ce nouveau volume, résumé incomplet pour un savant comme M. Zeiler, est déjà un ouvrage très suffisamment nourri de faits pour le public. Il est d'autant plus assuré du recevoir un bon accueil que nous manquons d'histoire d'Allemagne. L'Italie, l'Angleterre, l'Espagne, ont inspiré, même dans ces derniers temps, des auteurs brillants ou sérieux : l'Allemagne les a sans doute effrayés. Cette crainte, car on ne peut s'en prendre à l'ignorance, s'est même étendue jusqu'à la littérature. Alors que nous possédons des histoires littéraires très suffisantes de tous les peuples modernes, nous sommes encore à attendre une bonne histoire de la littérature allemande.

L'histoire de la Germanie se perd, c'est le cas ou jamais d'employer cette expression, dans la nuit des temps. Avant qu'elles ne fussent connues par leur contact avec la Gaule ou avec Rome, dt'S populations sauvages et nombreuses peuplaicni cette immense forêt hercynienne. M. Zeiler apporte la lumière dans cette obscurité, et comme il est homme à ne rien dire qui ne puisse être prouvé, on est effrayé de la somme et de l'aridité des éludes que réclame un pareil travail. Nous ne pouvons analyser cet ouvrage trop nourri de faits, trop plein pour être réduit. Nous ne parlerons que de deux passages.

Et d'abord se posait la question de Charlemagne que revendiquent aujourd'hui les All.emands et qui est compté comme un des leurs dans toutes leurs histoires classiques. M. Zeiler, en quelques pages dont chaque phrase est une preuve, établit avec une certitude de logique qui

CRITIQUE LITTERAIRE OU MOIS

n'a d'égale que la modération de Texpression, qu'il faut laisser à chacun ce qui lui appartient, mais que cette gloire est bien nôtre. S'il fut de race teutonique, Charlemagne avait essentiellement la tradition gallo-franque. Son père, Pépin séjourna et vécut surtout dans l'ancienne Neusirie; il mourut à Tours et fut enterré à Saint- Denis. Sa mère, Berthe, était une Gauloise de Laon. 11 fit d'Aix-la-Chapelle sa capitale, sur les frontières de l'Allemagne, car il possédait l'Allémagne. Sans doute les deux pays étaient réunis sous sa puissance, mais l'Allemagne était le pays conquis.

Le volume se termine à la mort de Conradin (1254), et pendant vingt ans TAllemagne est sans empereur. Elle en profite pour voir se développer des petits États indépendants, pour le mieux de l'intérêt général. Opprimée par la forme impériale, l'initiative de chaque contrée se révèle : les mœurs et les arts s'en ressentent heureusement, et M. Zeller termine par cette pensée, d'une haute philosophie d'historien : c ... La forme unitaire de l'Empire a été autrefois bien dangereuse pour l'Europe et elle en est encore à prouver le bien qu'elle a procuré à la commune patrie et l'heureuse contribution qu'elle a apportée à la civilisation européenne. »

Il est impossible de parler avec plus de tact et de modération. Aussi, au récent anniversaire de l'Université de Heidelberg, M. Zeller représentait rinstitut et le monde savant français. Nul représentant ne pouvait être mieux autorisé et l'accueil que lui fit la jeunesse allemande dut le toucher profondément. C'était un rare hommage à sa science et à son caractère, honneur mérité et dont nous devons tous prendre une part de fierté.

Que M. Zeller termine son œuvre ; nul autre que lui ne saurait l'achever. Ce serait un véritable malheur si les nombreux travaux qui re-. tiennent ailleurs son activité l'empêchaient d'y mettre la dernière main.

Voyage archéologique de Philippe Le Bas en Grèce et en Asie Mineure. Maison Didot.

Nous hésitons à parler de ce volume au moment des étrennes et nous déplorons l'habitude que prennent de plus en plus les éditeurs français d'encombrer, à l'occasion du jour de l'an, les vitrines des libraires et les tables des critiques. Le moins qui puisse arriver, pour des ouvrages comme celui-ci, serait de passer inaperçus : je sais bien que l'on y reviendrait, mais leur fleur de nouveauté n'en serait pas moins perdue. M. Salomon Reinach, qui préfère les joies de

BIBL. UOD. «^ XI»

la scien(îe aux vains plaisirs que sa fortune pour* rait lui donner — (Drumont ! cet Israélite est un sage) — inaugure ici une Bibliothèque des m'onu" ments figurés dont il expose le plan dans une claire préface que nous regrettons de ne pouvoir, citer en entier. En un mot, de très importants travaux de recherches et de gravure ont déjà été exécutés. Beaucoup sont inédits ou restés comme tels, enfermés qu'ils sont dans quelques cartons officiels. Ceux que l'on pourrait à grand'peine réunir représenteraient une dépense que M. Reinach chiffre à 20,000 francs, et il est de beaucoup au-dessous de la vérité. De plus, ils ont le plus souvent un format excessif.

Il s'agit donc de les reproduire en les mettant à la portée de tous. On conservera Tordre de leurs éditions primitives ; l'auteur donne à cela d'excellentes raisons et, la publication terminée, des tables d'ensemble permettront toute recherche et toute classification.

L'idée est simple. Mais où elle se complique, c'est qu'il faut accompagner ces planches de notices nouvelles. Prenons la première après la carte, par exemple. C'est une vue d'Athènes. « Elle n'a plus qu'un intérêt rétrospectif : une partie du stade a été déblayée par l'architecte Ziller en 1869- 1870. » Voici le commencement du commentaire de M. Reinach, et il en est ainsi pour toutes les -planches, qui sont légion. Ne perçoit-on pas immédiatement quel service prodigieux, quelle connaissance extraordinaire des innombrables travaux de l'archéologie contemporaine se cachent sous ces apparences de simplicité. En archéologie, dit l'auteur, rien n'est plus funeste que des phrases. Il les remplace par des faits. C'est autre chose l M. Salomon Reinach vient d'ailleurs de recevoir une éclatante consécration de sa science. A la fin de son HiS" toire des GrecSy M. Victor Duruy le remercie d'avoir bien voulu revoir une dernière fois ses épr euvesl

Cet ouvrage recevra du monde savant le plus flatteur accueil. Il convient que le gouvernement l'encourage aussi. La matière est riche, et elle ne sera livrée complète au public que si le public se montre reconnaissant. Nous ne doutons pas qu'il en sera ainsi, car il voudra posséder, non seulement les monuments grecs et romains indiqués, mais aussi ceux de l'Egypte, de l'Orient, du Mexique, pour lesquels il existe aussi d'anciens travaux dignes d'être rajeunis.

Nous n'avons pu reconnaître exactement le procédé employé pour la reproduction des planches ; nous pensons qu'il s'agit de reports sur zinc. Dans tous les cas, cette reproduction est parfaite et la finesse des tailles des planches-

mères est respectée, affinée même par là réduction. Les éditeurs auront hésité devant un format in-4», au lieu de cet in-8®. 11 semble toutefois qu'ils auraient dû s*y résoudre, puisqu'ils ont été obligés, inconvénient plus grave, de plier en deux la majeure partie des planches de ce volume.

Memoir of Peter de Wint, by Walter

Amstrong.

MM. Macmillan and C®, dont les publications se signalent toujours par un grand cachet de fabrication soignée, nous font parvenir ce bel album qui vient de paraître. Peler de Wint, que les Anglais comparent à Constable et à David Cox, est un des chefs de l'école moderne du paysage. Son talent, pour prendre chez nous des termes de rapprochement, ne procède point de celui de Millet, mais plutôt d'une manière qui serait comme une réunion des effets de Corot^ de Rousseau et de Troyon. Dans les grands horizons, qu'il aimait à reproduire, il rappelle Chintreuil, Chintreuil dont le nom n'est pas assez souvent cité et qui n'en demeure pas moins, dans le domaine du plein air, un des plus grands de

tous.

Peter de Wint était d'origine hollandaise, et il a visiblement gardé la tradition de ses ancêtres artistiques; certains de ses paysages sont des Hobbema modernisés.

Le savant historien et critique, M. Amstrong, suit la vie du peintre jusqu'à sa mort en 1849 et ce récit, plein d'intérêt et d'émotion, est rempli d'anecdotes touchantes. La méthode du peintre, ses procédés de coloration sont étudiés avec soin. Ces cinquante pages sont un modèle de biographie critique.

Vingt-quatre planches, gravées avec le plus grand soin par le procédé Goupil, donnent une reproduction presque parfaite des principales œuvres du maître. De Wint ne fut point un génie, mais ce fut un des premiers parmi les artistes de second rang. Pour ceux-là on a souvent remarqué que l'exposition réunie de leurs œuvres les diminuait. L'ouvrage de MM. Amstrong et Macmillan aboutit heureusement à l'effet contraire.

Le Centenaire de 1789, par Georges Gué- ROULT. Alcan. — Prix : 3 fr. 5o.

Dans son discours de réception de Claretie, M. Renan, tout en louant le principe de la Révolution, s'efforçait de diminuer ses acteurs, soutenant Tassez étrange théorie de la grandeur de l'œuvre et de la petitesse des ouvriers. Dans sa

France du centenaire^ M. Edouard Goumy trouve, à l'inverse de Candide, que tout est au plus mal dans le plus mauvais des mondes.

Aujourd'hui il faut du courage pour être optimiste, le pessimisme étant de mode, et de l'élévation d'esprit pour dédaigner les personnalités. M. Guéroult a ce double mérite. Son ouvrage n'est ni une apologie, ni un réquisitoire : c'est un exposé. Ancien élève de l'École polytechnique, philosophe, artiste, musicien, lettré délicat, M. Guéroult aborde toutes les questions et se trouve dans son domaine sur chacune d'elles. Peut-être trouvera-t-on, par son élévation même, que son esprit plane dans des sphères trop supérieures au niveau moyen des lecteurs : ceux qui le comprendront seront une aristocratie, la meilleure de toutes.

On ne peut ramener une synthèse à une analyse et cet ouvrage est une théorie synthétique dans toute Tacception du terme. Nous en conseillons la lecture. Elle est saine, vivifiante, subjective au plus haut point. Quant au siècle dont s'agit, il n'est pas seulement le meilleur a parce qu'il est le nôtre » il est tel que, méprisant toute critique, on peut dire de lui avec l'auteur qu'il est « à tous égards hors de toute proportion et de toute comparaison avec les précédents 9 .

Quinquagenaiia sacerdotii Emin. ac RR. D. Joannis Simor cardinalis, tituli St^ Bartholomœi in insula, Hungariœ prlmatis, etc. (Cinquantième anniversaire du sacerdoce de S. Em. le card. Simor), par Joseph Dan&o, chanoine de l'église métropolitaine de Gran, Vienne, 1887.

On ne saurait assez louer le charmant opuscule composé par le savant chanoine de Gran et exécuté avec tant de goût par l'imprimerie viennoise de Holzhausen. La piété et la science, le sentiment esthétique et l'érudition s'y allient avec une rare harmonie et en font un véritable bijou littéraire, digne de l'éminent prélat auquel il est dédié en mémoire de ses noces d'or du sacerdoce.

Écrit dans un style simple, clair et Correct, le travail du D' Danko se compose de deux parties : dans la première, l'auteur expose ce que Son Éminence a fait pour l'embellissement de la cathédrale métropolitaine et pour son achèvement définitif; dans la seconde partie, il fait connaître le trésor intellectuel, je veux dire la bibliothèque privée du cardinal-primat, distincte de celle de la

métropole.

Comme l'historique de la cathédrale de Gran a été déjà l'objet d'une splendide monographie,

CRITIQUE LITTÉRAIRE DU MOIS

publiée par M. Danko en 1880 % il se contente d'y renvoyer le lecteur. Il suffira de rappeler que c'est à Son Éminence que revient l'honneur insigne d'avoir mis la dernière main au grandiose monument dont la ville de Gran est justement lière et qui, sous sa forme actuelle, date de 1822. Ses destinées passées depuis la fondation de la première église bâtie par saint Etienne, premier roi de Hongrie, tombée en ruine, deux fois relevée, puis démolie par les Turcs en i543, ont été retracées par Son Eminence elle-même dans un document offFciel en date de 1869, deux ans après son élévation à la dignité primatiale ; il y ordonnait la reprise des travaux qui reçurent en effet leur couronnement en i885, juste à la veille de son jubilé sacerdotal de cinquante ans.

L'inscription suivante en consacre la mémoire :

Templr tholum* et' laguear' refectunf ornaviV

Joannes' cardinalis" Simor' ingenio' Josephv equitis' Lipperf Aradiensis' • Opéra' Antonii' Dethoma* drtificis' Annis' j885' eV sequentv sacerdotiv sur jubilœo-

C'est encore au cardinal Simor que nous devons l'érection de la statue monumentale du cardinal Pazmany, décédé en 1637, à Presbourg. « Pazmany est une des gloires les plus pures de l'Église hongroise ; apôtre éloquent et zélé, il y a maintenu la religion catholique menacée par les hérésies. Son Guide dwCiel ébranla le protestantisme plus que ne l'auraient pu faire cent mille soldats espagnols. Il laissa une foule d'autres écrits qui lui ont valu le surnom de Bossuet madgyar et de créateur de la nouvelle prose hongroise. En entrant dans la carrière, Pazmany trouva la Hongrie protestante; à sa mort il la laissait catholique. Ainsi parle le comte Mailath dans son histoire des Madgyars (t. IV, p. 259). — Ne pas reconnaître la grandeur de Pazmany, c'est n'avoir pas le sens du vrai mérite ou être aveuglé par l'esprit de parti. — M. Danko retrace le portrait du grand cardinal avec amour, en regrettant de ne pas pouvoir ajouter à sa parole très sympathique l'éloquence plus persuasive de la peinture, suivant le mot du poète :

Segnius irritant animos demissa per aurem Quant quœ sunt oculis submissa fidelibus, et quœ Ipse sibi tradit spectator.

(Horace, Ars poet. i, 2.)-

Ce chef-d'œuvre de sculpture est dû au ciseau de Pierre délia Vedova, originaire de Turin. Audessus de l'écusson portant ^rois plumes d'autruche, on lit l'inscription : D. O. Af. Pétri card.

1. Nous en avons donné, en son temps, une analyse détaillée dans la Revue de l'art chrétien, du regretté chanoine Corblet (1882).

Pazmany immortali memorice posuit Joannes Card. Simor. M.D.CCC.LXXXVI.

La tête du cardinal a été sculptée à l'aide d'une gravure contemporaine (1624), faite à Rome par François Corbelle et placée au frontispice de l'opuscule ayant pour titre : Thèses de théologie, défendues par Georges Szelepchenyi, élève du collège Germanique et Hongrois, sous les auspices du cardinal Pazmany et la présidence de Jean de Lugo, de la compagnie de Jésus, devenu plus tard cardinal.

Si la place le permettait, il y aurait bien des choses à dire sur le nouveau local où se conserve le trésor de l'église métropolitaine et le trésor lui-même, enrichi par les libéralités du cardinal Simor, amateur passionné des œuvres d'art. Qu'il nous soit permis de mentionner ici seulement quelques-unes des acquisitions postérieures à la monographie illustrée, mentionnée plus haut. C'est d'abord un riche calice en or émaillé, admirablement travaillé et portant la légende : Ca/icem salutaris accipiam et nomen Domini invocabo. C'est encore la relique en argent contenant le cilice de la bienheureuse Marguerite, fille du roi de^Hongrie, — acquisition d'autant plus précieuse qu'aucun inventaire de Gran n'en fait mention. Cette relique se conservait auparavant dans un monastère des Clarisses de Presbourg. Il faut y ajouter un magnifique christ en ivoire, de dimension peu commune, qui a été cédé à Son Éminence en i8/5parrévêque de Hildesheim, George Sommerwerk, au prix de 1000 pièces d'or, ainsi que le formalium contenant une relique de saint Adalbert martyr, patron de l'Eglise hongroise. On désigne sous le nom de formalium le fermoir servant à rattacher sur la poitrine les deux extrémités du pluvial ou de la chape (cap* pa quce gemmis ambitum pectus honestat).

Je ne saurais passer sous silence deux monuments religieux dont le nom de Son Éminence est désormais inséparable et que tous les visiteurs de la cathédrale s'empressent de contempler. C'est d'abord le tombeau de Notre-Seigneur, imitation libre du saint sépulcre de Jérusalem et un des plus rares souvenirs de l'art médiéval, restauré en 1872, et que M. Danko a décrit dans l'opuscule intitulé : Die Feier des Osterfestes nach der alten romisch-ungarischen Liturgie (La solennité de Pâques d'après l'ancienne liturgie romano-hongroise), Vienne, 1872.

Du côté opposé du tombeau, à gauche en entrant dans l'église, on trouve la chapelle de la sainte Vierge, bâtie par le cardinal Bakocz au XVI® siècle et incorporée dans la cathédrale. Ce sanctuaire, miraculeusement conservé durant les 140 années de la domination turque, est devenu

un lieu de pèlerinage très fréquenté. L'image de la Mère de Dieu, revêtue de plaques métalliques, à l'instar des madones byzantines et russes, est fixée au sommet du tabernacle et richement ornée. Le 22 mars 1872, le cardinal Simor échappait à un extrême danger dont ses jours étaient menacés : il venait de subir une douloureuse opération. Plein de reconnaissance envers Marie à qui il s'était recommandé et avait attribué l'heureuse issue de-l'opération, il ordonna la restauration du sanctuaire, en la confiant au talent éprouvé de M. Lippert, son architecte. A cette occasion, M. le chanoine Danko, mis à contribution, publia une notice historique sur l'origine et les destinées de la chapelle Backatchienne (De ortu etprogressu capellœ Bakacpance commentariolum^ Gran, 1875), qui est en même temps un témoignage de sa tendre piété envers la Mère de Dieu.

Dans la seconde partie de son écrit jubilaire, il retrace brièvement l'histoire de la bibliothèque métropolitaine, ses commencements, ses vicissitudes, sa réinstallation à Gran après la délivrance du pays du joug ottoman, ses accroissements. Il s'étend davantage sur la bibliothèque privée du cardinal-primat, distincte de la précédente. Je crois être agréable aux lecteurs du Livre en signalant, d'après les indications de M. Danko, les manuscrits les plus remarquables de cette riche collection.

En premier lieu vient ici, à titre d'ancienneté, Ip manuscrit latin sur parchemin, du xu* siècle, contenant une partie du bréviaire romain;. il paraît avoir appartenu à quelque couvent des Cisterciens, à en juger par l'office de saint Bernard (f en 1 153) qu'on y lit. Un autre manuscrit (n** 4), du xiv* siècle, également sur parchemin, d'une écriture élégante, et richement ornementé, est un recueil de prières, de provenance française, ainsi que le font penser les noms des saints mentionnées dans le calendrier et qui sont vénérée en France. Ce beau volume avait appartenu à la bibliothèque des princes Biron, à Wartenberg en Silésie. Une inscription placée au pénultième feuillet porte que le 7 septembre 18 17 le prince Biron de Courlande en a fait hommage à la princesse Berthe de Rohan, à Prague. Sur les fermoirs on voit gravée la date de 1 5o4 avec les initiales F. L. J.

Un des plus précieux volumes de la collection est, sans contredit, le Pontifical romain du xv« siècle, chef-d'œuvre de calligraphie relevée par l'illustration italienne. Il suit l'ordre introduit par le pape Jean XXII (i3i6-i334), et au feuillet 53 il fait mention de Charles IV, roi de Bohême et futur empereur (1347-1378) : Ego Carolus^ rex Romanorum futurus imperaton A la feuille 1 53

on lit une exhortation de Jean, évêque de Varadin, aux ordînands de son diocèse. Ce nom avait donné lieu à la controverse. Jusqu'ici les savants hongrois ont pensé qu'il s'agissait ici de Jean Vitez, archevêque (1465-1472), connu par son goût pour les beaux-arts et les lettres; le chanoine Danko lui-même partageait la même opinion dans sa magnifique monographie sur le trésor de Gran; mais aujourd'hui il croit être dans le vrai en disant que l'évêque de Varadin dont il s'agit n'est autre 'que Jean de Pruisz qui a effectivement gouverné l'Église de ce nom de 1476 à 1490, et fut transféré delà au siège d'OlmUtz par le roi Mathias Corvin. Plus tard, il se démit de sa charge et revêtit l'habit de saint François. Or, sur sa pierre tombale qui s'est conservée dans l'église franciscaine de Stradisch en Moravie où il avait été enterré en i5o9, on voit le même écusson que sur la première page du manuscrit : trois fièches sur un champ bleu. On sait d'ailleurs que Jean de Pruisz avait enrichi la cathédrale de Varadin de plusieurs livres liturgiques exécutés avec un luxe royal et qu'en 1498 il a copié de sa propre main la règle et le testament de saint François,

Il faut citer encore le manuscrit (n^ 9), du XVI* siècle, remarquable par des différences d'avec les rituels plus récents. Ainsi, par exemple, il y est prescrit de baptiser par triple immersion (Ego te bapttso (merget primo) in nomine Patris; merget secundo : et Filii; merget tertio : et Spiritus sancti). La bénédiction de l'eau, la veille de l'Epiphanie, celle des cierges, des cendres et des rameaux diffère également des cérémonies romaines, en rappelant les rites de l'Eglise grecque. Les saints. Vit, Wenceslas, Adalbert, Stanislas, Procope, Ludmile, indiquent assez la provenance tchèque du manuscrit.

M. Danko donne aussi d'intéressants détails sur les volumes imprimés (dont le total monte à quarante mille)) parmi lesquels quantité d'éditions illustrées. En terminant, il mentionne les écrits de Son Eminence qui forment cinq volumes et contiennent ses mandements, instructions et circulaires, témoignage éclatant de son érudition religieuse, de son zèle ardent pour le salut des âmes, et de son dévouement illimité envers la sainte Église et son chef visible.

Un portrait du cardinal-primat, gravé d'après une photagraphie d'Alessandri, célèbre artiste romain, une gravure représentant la coupe transversale de la coupole de la cathédrale et un reliquaire de saint Addlbert (en chromo) ornent cette publication exquise que les amateurs de belles choses trouveront certainement à leur goût. C'est assez dire qu'elle ne doit pas rester ignorée des lecteurs du Livre, j. m. •

La Renaissance en France, par LéoN Palustre, Quinzième livraison : Poitou et Angoumois, Aunis et Saintonge. Paris, .Maison Quantin, 7, rue Saint-Benoît. — Prix, broché : 25 francs.

M. Palustre poursuit avec succès le cours de sa grande et magnifique publication. La nouvelle livraison qui vient d'être mise en vente complète le troisième volume. Nous avons désormais en son entier le tableau de la Renaissance dans deux des plus importantes régions de la France : le Nord et l'Ouest.

De même que les pages consacrées à la Bretagne, celles où M. Palustre parle du Poitou ne manqueront pas d'exciter une certaine surprise. Pour la première fois il est question dans un ou- >Tage des châteaux de la Roche-du-Maine, Coussay, Bois-Roques, la Chapelle-Bellouin, Apremont et Coulonges-les-Royaux, Les Gouffierqui, dès le commencement du règne de François !«', bâtissaient Oiron et Bonnivet, ont eu des émules un peu partout. Jusque dans les parties les plus reculées de la province on trouve souvent, comme au Puy-du-Fou, par exemple, des constniaîons remarquables.

UAngoumois ne peut guère montrer que le château de la Rochefoucauld; mais cet édifice présente un tel intérêt que M, Palustre, avec raison, a réclamé pour lui deux planches hors texte et cinq dans le texte. C'est, croyons-nous, sous ce rapport, le monument le ràieux traité jusqu'ici.

Enfin la livraison se termine par une promenade à travers TAunîs et la Saintonge; du château de Dampierre-sur-Boutonne on passe à celui d'Usson, puis à l'église de Louzac, au puits de Saint-Jean-d'Angély, à l'hosannaire de Mocze, aux vieilles maisons de la Rochelle. Tout cela est très varié, très curieux, et dans la plupart des cas absolument nouveau. M. Palustre, qui ne se lasse jamais, a multiplié ses découvertes. La région de rOuest, que Ton croyait demeurée en dehors du mouvement de la Renaissance, devient une quantité très appréciable pour les futurs historiens de l'art.

A peine est-il besoin d'ajouter que M. Sadoux, dans l'exécution des planches, montre un talent de plus en plus développé. Particulièrement on admirera, nous en sommes certain, la belle eau-

forte où il a en quelque sorte restitué la physionomie de la célèbre maison dite de Henri II, à la Rochelle. Ce n'est pas là une simple reproduction, mais une étude d'architecte en même temps que de dessinateur.

La Société des concerts, 1860 à 1885 (Conservatoire national de musique), par E.-M.-E. Deldevez. In-8% librairie Firmin-Didot, 1887. — Prix : 8 francs.

Ce nouveau volume de M. Deldevez, professeur au Conservatoire, continue VHistoire de la Société des concerts^ d'Antoine Elwart C'est son but, sa raison d'être. Aussi le plan des deux ouvrages est-il similaire.

Divisé en quatre chapitres, cet ouvrage nous donne dans le premier un aperçu des trois éléments de la musique de concert : élément instru* mental, élément choral, solistes virtuoses. Puis M. Delvedez jette un coup d'oeil sur l'histoire de la symphonie, décrivant en praticien et en esthéticien l'ossature simple, régulière, ferme de la symphonie classique, quoique pleine d'élégance et de beautés imprévues, regrettant de voir cette fière et noble facture remplacée par un genre nébuleux plus ou moins descriptif, dramatique et pittoresque.

Suit un curieux passage sur la mort de l'amateur exécutant, si rare aujourd'hui. Encore un regret pour M. Deldevez qui juge ainsi cet ancien exécutant :

« L'amateur exécutant avait une somme de jouissances plus grande; il pouvait apprécier une foule de détails susceptibles d'augmenter l'intérêt qu'il prenait soit comme exécutant, soit comme auditeur. Il n'était point étranger à ces beautés que nous avons signalées plus haut en les classant en autant de points remarquables, contenus dans les chefs-d'œuvre classiques. La facture de l'œuvre, il la voyait, pour ainsi dire, en l'entendant ; les développements, il les suivait sans fatigue : il savait distinguer l'endroit où l'on en était ; enfin, l'amateur exécutant passait par la filière des notions dans la pratique, qui, à quelque degré qu'on l'exerçât, l'initiait naturellement aux études que le public non musicien ne peut faire, et qui cependant sont nécessaires (que ce soit par intuition ou autrement) pour comprendre un genre de composition aussi élevé, aussi noble que

celui de la symphonie. Le plaisir, le charme, l'intérêt qu'éprouvait l'amateur exécutant à l'audition d'une symphonie, ces impressions étaient en partit rapport avec les beautés' renfermées dans l'œuvre elle-même, s

Pourquoi est-il disparu, cet amateur exécutant? Nous le demandons à l'historien, au moraliste, au philosophe.

Après le Chapitre deuxième qui nous renseigne sur le personnel de la Société, les conditions de l'orchestre et de la salle du Conservatoire, nous trouvons dans le troisième la suite des programmes des concerts de 1860 à i885.

Un catalogue de programmes! Quel intérSt, direz-vous ? Cependant, pour l'historien de la musique, c'est une source précieuse. Mais, mSme pour les auditeurs de ces concerts qui sont devenus une nécessité de la vie parisienne, chacun, en parcourant cette longue liste, peut se dire :

s là, telk chose m'advi

I ressenties à tel

. A tel n

une amitié, une a

; la révélation d'une voca-

tion artistique ; c'est toute une multitude de sentiments qui renaissent et font vibrer notre cœur.

Mais encore si, comme pour l'année i86r, les programmes se trouvent originalement annotés par un dilettante, savant appréciateur bien qu'un peu rigoriste, double profit, double intérêt. Entendez ce jugement sur Mendelssohn : 0 Mendelssohn est, généralement parlant, un très savant homme assommant, n'en doutez pas. Tout ce qu'il' fait a de l'intérêt toujours pour les savants, rarement pour le bon public. La science ne doit être que l'aide, l'accompagnement, l'enveloppe de l'inspiration qui vient du cceur et de Dieu... fl

Ajoutez à cela qu'un résumé succinct des travaux de la Société et de précieux renseignements sur une symphonie inédite de J, Haydn forment le quatrième chapitre; que l'oeuvre de M. Deldevez est éditée par la librairie Firmin- Didot avec le goût, le luxe typographique qui caractérisent cette illustre maison ; et dites si ce n'est pas là un ouvrage utile, intéressant.

L'Histoire de la Société des concerts d'Antoine Elwart est épuisée. Le volume de .M. Deldevez aura bientôt le même sort. j. deb.

lia France dans l'Afrique du Nord, par

Lours ViGNON, chez Guillaumin. [Prix 1 7 francsi. — La Conquête pacifique de l'intérieur africain, par le colonel Philkbert, chez Leroux. (Prix : 8 francs.)

Les questions africaines sont à l'ordre du jour, car la France, il ne faut pas l'oublier, est une puissance musulmane. Abd-el-Kader disait à M. de Falloux que chrétiens et musulmans, s'ils n'ont pas le même père, sont fils de ta même mère. Si l'Islam est leur seule el vraie toi, parce qu'elle est venue la dernière et qu'elle n'a point été altérée par les hommes, les Arabes n'en ont pas moins un certain respect pour la Bible et considèrent Jésus comme un prophète. Ce serait plus qu'une folie, ce serait un crime, comme l'a dit M»' Lavigerie, de vouloir les convertir par la violence : ils seraient les plus forts qu'ils n'en

agiraient paS ainsi vis-à-vis do nous. Le mélange complet ne se fera jamais ; mais un certain rapprochement peut se produire. Dans tous les cas,

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cession morale réciproqui la politique moderne.

Écrits sans doute loin l'un de l'autre, par des auteurs qui doivent s'ignorer réciproquement, qui n'ont ni le même âge, ni les mêmes fonctions, ni les mêmes tendances, ces deux ouvrages se rencontrent dans le même esprit et, par des voies différentes, arrivent à la môme doctrine. Sans doute, M. le général Philebert est plus militaire et il pratique avec raison la doctrine si vis pjcem para beltum; mais, s'il demande une défensive puissante, il n'est pasplus partisan que M. Vignon de l'action provocatrice.

M. Louis Vignon a divisé son ouvrage en trois parties : la première est consacrée à l'Algérie, U

CRITIQUE LITTÉRAIRE DU MOIS

deuxième à la Tunisie. Il y examine avec attention et compétence ces deux colonies, la doctrine qui doit dominer la colonisation, cette colonisation elle-même et les mesures à employer pour la développer. Sans qu'il le veuille peut-être, la Tunisie apparaît comme préférable à l'Algérie : il n'est pas douteux dans tous les cas qu'elle aura avant peu regagné les cinquante ans d'avance de son aînée. La troisième partie de l'ouvrage est en réalité remarquable. Les vues d'ensemble sur le monde musulman et sa puissance occulte capabie de se réveiller d'un moment à l'autre, les exposés de la propagande des associations religieuses et les conclusions qu'il en tire pour la politique pacifique et civilisatrice à suivre vis-à-vis des Arabes sont frappés au coin d'un esprit pondéré et mûr déjà, malgré la jeunesse de l'auteur.

M. le généralPhilebert, pour les avoir connues et pratiquées de plus prés sans doute, est encore plus convaincu et surtout plus effrayé que M. Vignon de l'importance des associations religieuses musulmanes, dont la principale a précisément pour siège la province de Tripoli, notre voisine. L'ordre des Senoussya a été fondé en i835 par Si-Mohamed-ben-Si-Ali-ben-Senoussi ; son fils Si-Mohamed -el-Mahdi porte entre les deux épaules le signe des prophètes. Il descend de Fatma, fille unique de Mahomet et sa mère porte le nom de l'ancêtre. Tout indique aux Arabes qu'il est prédestiné. Son père et lui ont fondé dans la Cyrenaïque, à Djerboub, à trente jours de marche de Tabroucq, qui leur sert de port, un royaume puissant. Est-ce avec la complicité du bey de Tripoli ou malgré lui ? Nous ne le savons, et cette contrée est absolument ignorée des Européens. Elle est cependant un centre capital pour le monde musulman, à l'entre-croisement des routes qui mènent à La Mecque et tenant la grande porte du Soudan. Le mahdi adoré dans Djerboub, en sortira-t-il pour une croisade sainte ? C'est l'inconnu et le danger.

Cet inconnu et ce danger se prolongent dans l'immensité peuplée du Soudan, où l'Islam fait des pas de géant. Il faut aller jusque-là. Le Sahara n'est point le désert de la légende. Se rencontrant avec M. Duponchel et appuyant ses opinions de tracés mathématiques, le général Philibert démontre la possibilité, la facilité relative de la pénétration du Soudan. L'eau est partout sous la terre ; presque partout il est facile de la ramener à la surface et, avec elle, la richesse et la vie. La voie de pénétration du Soudan serait une voie agricole. La France a mené à fin des entreprises autrement difficiles : il y a urgence à ce qu'elle termine celle-là. L'autorité de l'auteur s'affirme à chaque ligne de cet ouvrage substan-

tiel sur un sujet qui nous intéresse autant que s'il était question de la mère patrie elle-même.

Aux États-Unis, par FnéDéRic Moreau, avec un croquis de l'auteur. Un vol. in-i8 jésus. Paris, 1888. E. Pion, Nourrit et 0% éditeurs.

Pour répondre aux détracteurs de notre race qui accusent les Français de n'être pas voyageurs et de ne pas connaître les pays étrangers, il suffirait de réciter le catalogue.de la Bibliothèque de voyages de la seule librairie Pion.

M. Frédéric Moreau y ajoute un volume sur les Etats-Unis : l'Amérique — surtout l'Amérique du Nord — est fort à la mode; les grands paquebots transatlantiques vous y portent si rapidement, si agréablement, que l'on s'en va passer un mois de vacances au Niagara comme à Vichy, à Luchon ou à Trouville.

Le volume de M. Frédéric Moreau renferme nombre de notes intéressantes parce qu'elles traduisent l'impression très personnelle d'un homme jeune, instruit, accoutumé à raisonner avec luimême et. dégagé des opinions préconçues qu'emportent la plupart des touristes. Ses descriptions sont précises et l'on sent que l'on peut s'y fier : elles ont, si j'ose dire, le sérieux scientifique, sans cependant être froides ni ennuyeuses.

M. Moreau a vu et observé New-York et ses environs, puis Boston, les lacs entre Boston et Montréal, le Saint-Laurent, Chicago, le Washout, le Colorado (et à propos de cette dernière contrée, il fournit de très curieux renseignements sur l'exploitation des mines de métaux précieux), Santa-Fé et le Nouveau .Mexique, le grand Canon, San- Francisco, la Californie, la région du Yellowstone, où abondent les geysers ; il a pénétré aussi chez les Mormons; puis, traversant le continent, il est revenu à Washington. M. Frédéric Moreau a recueilli autant de piquants traits d'observation sur les moeurs et le caractère des gens que de notes pittoresques sur les aspects de la nature. Son livre est plein, instructif et même amusant, plus que ne le sont le plus grand nombre des récits de voyages. pz.

La Brèche au± buffles, un ranch français dans le Dakota^ par le baron E. de Mandat-Grancky. Dessins de R.-J. de Boisvray. Un vol. in- 18, 292 pages. Librairie Pion et C**, Paris, 1889.

Sans doute, il serait vain de prétendre expliquer l'esprit, chose indéfinissable par définition, et qui ne varie pas seulement avec chaque individu, mais avec tout âge, toute circonstance et même ne se goûte qu'à certaine température ;

on peut cependant établir que telle réunion de la belle humeur et du bon sens donne une heureuse et juste idée de l'esprit français, représenté dans la vie sociale et dans la vie littéraire par des mortels privilégiés, entre lesquels une place est due à Tauteur de Tamusant volume que nous annonçons. M, le baron de Mandat-Grancey est déjà bien connu, grâce à plusieurs ouvrages appréciés pour les mêmes qualités que l'on retrouve dans celui-ci. Oh ! les puissants du jour ne sont pour rien dans son succès. Le spirituel écrivain ne leur épargne pas ses moqueries; il juge qu'ils exploitent à qui mieux mieux le client qu'ils ont juré de défendre. Que dira-t-il en voyant ces produits de l'élection populaire, désormais occupés à étouffer la voix du peuple? 11 est vrai que cette voix est appelée en latin celle de Dieu et que Dieu n'est pas une bonne recommandation dans certains estaminets. Mais, au lieu de gémir ou de ricaner trop amèrement, le baron de Grancey a pris le bon parti. C'est par le tonique incomparable de l'activité, du travail, qu'il entretient l'excellente santé physique et morale dont le Ciel Ta favorisé. Il a visité le monde entier, soit comme officier de marine, soit en curieux des choses de l'agriculture. C'est un grand avantage d'avoir vu beaucoup de pays. « Voyager, c'est accomplir sa destinée », a dît Confucius. M. de Grancey ne voyage pas seulement pour des raisons aussi générales et vagues. Il s'intéresse fortement aux questions de la vie pratique; il aime la terre, ses produits et ses travailleurs ; aussi de nombreux états l'ont vu questionnant sur place leurs fermiers et propriétaires. Les considérations économiques sont coupées dans ses charmants récits par d'humouristiques tableaux de scènes locales et de vives silhouettes d'hommes et de femmes. Cette fois, il nous rapporte ses impressions d'éleveur de chevaux, durant une course lointaine, vers un ranch français du Dakota. A ce seul nom, un vieux souvenir nous murmure de doux vers de Longfellow sur « le pays des Jibways^ le pays des Dacotahs ». Presque à chaque page du livre, on sourit à un trait bien venu ; on recueille une note instructive. On y apprend, par exemple, que les étalons transportés dans la prairie et redevenus sauvages deviennent absolument féroces. Ils finissent même par attaquer les passants, et il y a eu tant d'accidents que, dans le Dakota notamment, il est défendu de les laisser en liberté. Ailleurs, il remet les choses au point, à propos des cow-bqys si diffamés, en disant « qu'ils ressemblent beaucoup aux matelots. Ils ont leurs qualités et leurs défauts ». Plus loin, parlant des femmes outrageusement maigres qui font métier en Amérique de

glapir ou de brailler en faveur des droits de la femme, il dira : « Avant de réclamer une aussi grande place dans la société, elles devraient bien tâcher d'en occuper une plus large dans leur fauteuil. » On sait que l'Amérique hurle de fureur à la moindre critique européenne, ce qui ne l'empSche pas, d'ailleurs, de piller honteusement les écrivains du vieux monde. On peut, au surplus, grandement estimer frère Jonathan, tout en lui disant de dures vérités. Dickens, pour citer l'un des plus glorieux romanciers de ce siècle, l'a supérieurement prouvé» l. d.

Siam et les Siaxnois, par l'abbé Similien CheviLLARD, ancien missionnaire apostolique, membre de la Société archéologique de la Loire- Inférieure. Un vol. in-i8. Paris, 1889. Librairie Pion.

Le royaume de Siam, limitrophe dans toute l'étendue de sa frontière orientale des pays placés sous le protectorat de la France en Indo-Chine : Cambodge, Annam et Tonkin, est une des contrées de l'extrême Orient que nous avons le plus d'intérêt à connaître. Nous avons également tout intérêt à entretenir avec Siam les relations excellentes que ses souverains ont établies avec le gouvernement français depuis deux siècles et demi. Elles remontent à Louis XIV, en dépit des amusantes dénégations de cette bonne pièce et mauvaise langue de Saint-Simon. Quoi qu'en ait écrit le noble pair, — qui ne regardait pas à un mensonge près, — quoiqu'il affirme que le grand Roi fut dupe d'une supercherie (on dit aujourd'hui/«misterie) organisée par quelques courtisans, il est parfaitement avéré que Louis XIV reçut dans la grande galerie de Versailles une ambassade sia-

moise avec le cérémonial usité en ces cours d'Orient, où s'est conservé le culte de l'idole monarchique. Ce cérémonial, nous l'avons revu aux Tuileries sous Napoléon III, et le souvenir en a été fixé par M. Gérôme en un de ses tableaux qui, pour être officiel, n'en est pas plus mauvais. Nous y retrouvonsles mêmes prosternations etgénuflexions, ces lais dont notre résident général en Indo-Chine était témoin, il y a quelques semaines, quand le jeune empereur d' Annam, Thanh TaV, reçut toute sa cour pour la première fois le jour de son intronisation. Le livre de M, l'abbé Similien Chevillard a le mérite rare — quand il s'agit de ces contrées lointaines et d'accès difficile — de n'être pas simplement un recueil d'impressions notées sur l'heure, sans moyens de contrôle, en un voyage sans retour plus ou moins rapide. Son séjour dans le pays comme missionnaire apostolique ajoute une autorité particulière à ses eu-

CKITIQUE LITTERAIRE DU MOIS

rieuses descriptions de Siam et des mœurs sia* moises et aux considérations que lui dicte sa com^^ète expérience des intérêts communs à la France et à l'empire de Siam.

Exeorsioiui en Turkestan et sut* la frontière rasso-afghane, par le comte de Cho- LBT, lieutenant au 76* régiment d'infanterie. Un vol. in-i 8, accompagné de gravures et d'une carte du Turkestan. Paris, 1889. Librairie Pion.

L'Angleterre et la Russie, ces deux grands peuples d'essence et de mœurs si dissemblables, possesseurs tous deux d'un immense empire colonial et séparés par une étroite bande de terrain sur laquelle ils cherchent l'un l'autre à maintenir leur influence, vont-ils se heurter un jour? Continueront-ils au contraire à se développer en paix l'un au nord, l'autre au sud de l'Himalaya, serésen^ant une sphère d'action toute différente? Qui saurait le prévoir? Les forces en présence sont également puissantes et le danger de conflagration vient de la proximité des deux armées. Mais les deux gouvernements ont aussi un égal intérêt à une solution pacifique et y travaillent de bonne foi. Si jamais le choc doit avoir lieu, nous trouverons dans V Excursion en Turkestan de M. le lieutenant de Cholet une excellente description du terrain de la lutte complétée par des gravures qui ont l'exactitude de reports photographiques et par une carte très claire, quoique fort détaillée, du Turkestan. e. c.

Sketches irom a Tour through HoUand and Germany, by J. P. Mahaffv, and J. E. RoGERS. London, Macmillan et C'% 1889. Un vol. petit in-8% i-xv, 271 pages.

Ces esquisses^ prises dans un voyage à travers la Hollande et l'Allemagne, se recommandent par la franchise, la bonne humeur et aussi la touche 'd'Awmowr, par le sens critique et un peu narquois qui ne cesse pas d'être du bon sens, par legoût archéologique et artistique dont les auteurs témoignent dans le texte de leurs relations comme dans les dessins fort nombreux, toujours intéressants et souvent spirituels, dont ils l'illustrent. Leur itinéraire, pour n'être pas très étendu, D'est pas non plus ti*op restreint et me paraît intelligemment tracé. Ils descendent la Tamise et, après une station à Dordrecht, visitent le Zuyderzée en traversant Leyde et Haarlem, s'enfoncent dans le Brunswick, s'arrêtent successivement i Helmstedt, à Hildesheim, à Marburget à Fulda,

jettent un coup d'œil sur la campagne et la vie qu'on y mène, suivent les côtes de la Baltique jusqu'à Lubeck et reviennent par Luneberg et Hambourg. Tout le long du chemin, ils recueillent des observations, des impressions, des croquis, des vues et des anecdotes, qu'ils sèment à pleines mains dans le joli livre luxueusement édité par MM. Macmillan et 0% que je suis heureux de pouvoir signaler à Inattention des voyageurs rafHnés qui vont partout sans quitter le coin de leur feu.

Bealistic Idealism in Philosophy itself^ by

Nathaniel Holmes. Boston and New York ; Houghton, Mifïlin and C», 1888. Deux vol. petit in-8<>. — Prix : 25 francs.

Les progrès toujours croissants des sciences d'observation, les vues hardies, et en bien des cas assurées, que les darwinistes et évolutionnistes nous ouvrent sur l'origine et le développement des êtres et de la nature terraquée, obligent un grand nombre d'esprits de bonne foi, que les problèmes de l'au-delà tourmentent, à chercher une conciliation, un compromis, un modus vivendi entre la réalité physiologique et le besoin psychique d'un idéal dont la source et la fin seraient hors la vie présente — providence et immortalité.

Le cerveau anglo-saxon, très pratique et très mystique à la fois, était le moule le plus propre à donner une forme à cette vague aspiration d'une grande partie de la philosophie contemporaine, à se saisir de l'antinomie et à en.opérer la synthèse. Le livre de M. Nathaniel Holmes est un énorme effort dans cette direction. L'idéalisme réaliste, telle est la formule qu'il dégage de la science psychologique moderne. Ce n'est pas qu'il prétende avoir fait de toutes pièces une découverte inattendue. Il se reconnaît des ancêtres et des précurseurs, entre autres Spinoza. Et de fait sa doctrine — xal f<rn tcO ^iXcog^cu Trepi itavTuv 5uvao6ai Oiwptiv, comme Ta dit Aristote, — ipse dixit, — frise fort le panthéisme, lequel n'est pas une nouveauté. '

La Nature naturante de Spinoza est une explication par une hypothèse. U Universelle Essence et Puissance (Universal Essence and Power) de Mr. N. Holmes ne me semble pas être autre chose, et, n'était qu'en la présentant il tient compte des découvertes scientifiques récentes, — ce que Spinoza ne pouvait évidemment pas faire, — je ne vois pas bien, pour ma part, en quoi celle-ci diffère, au fond, de celle-là.

Quoi qu'il en soit, les deux volumes où Mr. N. Holmes expose les résultats de ses études et de

ses méditations, témoignent d'une connaissance approfondie des faits physiologiques comme des phénomènes psychiques, et ils méritent de fixer

l'attention de tous ceux qui ne rangent pas, par définition, la métaphysique en dehors du cercle des recherches raisonnables de l'homme, b.-h. g.

SCIENCES Philosophie — Morale

ffv-

Questions de morale pratique, par Francisque BouiLLiER, membre de l'Institut. Un vol. in- 16. Paris, 1889. Hachette et G*®, éditeurs. — Prix : 3 fr. 5o.

Si ce qu'on appelle « les mauvais livres », c'est-à-dire les livres démoralisateurs, cause tant de ravages dans les esprits, ce n'est pas faute de « bons livres » ; il en sort par demi-douzaines des librairies. On aurait même peine à croire, si Ton ne les voyait, qu'il y a encore tant d'honnêtes écrivains en France. Seulement on ne les lit pas tandis qu'on dévore les autres.

Le volume que publie M. Francisque Bouillier est d'une moralité sagace, d'un esprit amoureux de vérité et de vertu, qui pense même que ce n*est pas trop menue besogne de couper un cheveu en quatre quand ce cheveu fait une ombre sur une idée morale. De là ces causeries pleines de finesse — oserai-je dire empreintes de subtilité ? — sur des questions particulières de morale pratique. 11 faut bien le dire, quand on en est à élucider si soigneusement ces particulâlités de la conscience, c'est que le niveau commun de la moralité est bien bas. M. Francisque Bouillier se défend de tomber dans la casuistique. Mais, dans un temps où les vérités simples restent obscures pour tant d'esprits volontairement aveugles, la casuistique redevient de saison. M. F. Bouillier sait mieux que personne à quel point nous sommes distants de la véritable et complète intelligence du Bien ; son étude sur les Altérations du sens moral et la fausse conscience en est l'indice : il a fait de la façon la plus ingénieuse et la plus spirituelle l'analyse de cet état d'immoralité ou de sophisme moral. On ne lira pas sans un vif plaisir de curiosité et de réflexion l'étude sur les Petits plaisirs et les petits déplaisirs, M. Bouillier croit à la prépondérance des premiers, et il y trouve une raison suffisante d'aimer la vie, ne fût-ce que par habitude. C'est un optimisme bénin et terre à terre, et par cela même fort difficile à combattre : il semble trop

voisin de la sagesse. De même son étude sur le Mensonge est très piquante, très fouillée ; elle comprend trois parties : 1® La règle de dire la vérité est-elle absolue? — 2* Doit-on la dire? — 3® De la bonne foi dans les affaires et dans la presse.

Toutes ces questions ne sont pas précisément nouvelles, elles reparaissent dans les écoles de philosophie et dans les académies aux périodes de décadence. Il était tout naturel que M. Bouillier, académicien et philosophe, les ranimât de nos jours. pz.

La Morale, TArt et la Religion, d'après M. Gu3rau, par Alfred Fouillée. Un vol. in-8« de la Bibliothèque de philosophie contemporaine, Paris, Félix Alcan, 1889. — Prix : 3 fr. p.

Une année s'est déjà écoulée. C'est le 3i mars 1888 que des mains pieuses ont ferme' les yeux du cher mort, un fils, un mari. M. Fouillée, qui a pris sa part de la grande douleur éprouvée autour de lui, qui garde ce deuil encore, lui aussi, dans son cœur, célèbre aujourd'hui, pieusement, la mémoire du poète, du penseur.

Pour la célébrer, il a ^dégagé les hautes pensées que nourrissait l'adolescent, transcrivant, selon les lois du rythme et du nombre, à l'aide de belles images, ses rêves, ses angoisses, — le poète était déjà un philosophe, — et il a illustré cette conception de la vie tout originale qui domine les ouvrages didactiques du jeune et hardi penseur, — le philosophe était resté poète.

Ne discutons pas les doctrines qu'a professées Guyau ; ce n'est pas l'heure de les analyser, ni de les combattre, à propos de la publication d'un livre tel que celui qui nous est • donné. Le critique de la Morale d'hpicure en était venu à considérer la vie elle-même comme le principe de l'art, de la morale, de la religion. « A ses yeux, — nous citons son biographe, — le beau était la vie supérieure immédiatement 5en//edans

CRITIQUE LITTÉRAIRE DU MOIS

son intensité expansive, dans son activité à la fois individuelle et sociale ; la na orale était la rie supérieure voulue et cherchée ; la religion était cette vie supérieure rêvée, imaginée^ et imaginée sous les formes mêmes d'une société universelle de consciences. » Le principe, l'expansion de la vie, devait rester et reste, en effet, une notion très vague,et les manifestations possibles,désirables de cette expansion, sont systématisées quelque peu aventureusement, selon nous. L'art n'est plus le libre jeu ; Fart rapproche, s'il ne les confond, le beau et l'agréable, l'agréable et l'utile ; car le caractère du beau est essentiellement vital, car il s'agit, si Ton crée, de vivre, de vivre plus largement, non pas en soi et pour soi, mais avec et en autrui ; voilà pour l'esthétique. Rien davantage de personnnel en éthique ; c'est la vie universelle qui est à considérer, la vie — devenir ; la moralité consiste à vouloir vivre de cette vie ; et « la vie se fait son obligation d'agir par sa puissance même d'agir, elle se fait aussi sa sanction par son action même... Même en se donnant, la vie se retrouve; » ni autonomie, ni hétéronomie; mais, tout étant relatif, variable, Vanomie.

La suggestion est un moyen d^éducation, puisqu'il n'est pas de personnes, de personnes obligées de se respecter comme disait Kant, comme dit M. Renouvier. A la religion, en voie d'évanouissement, doit succéder ïa-religion, la vie ellemême devant, en s'épandant, satisfaire aux deux besoins de compréhension et de sociabilité d'où procédait et procède encore toute religion. Cette philosophie évolutionniste ne manque certes pas d'originalité ; et, si Virréligion de l'avertir est de valeur médiocre, dans ses Problèmes de Vesthétique contemporaine, dans son Esquisse d^une moraie sans obligation ni sanction^ Guyau ayait assurément prouvé une puissance de pensée peu commune.

Un long chapitre de l'étude analytique plutôt que critique de M. Fouillée est consacré aux Vers du philosophe. Le commentaire est précieux. A la fia de ce chapitre, une pièce qui ne figure pas dans le recueil. En voici les deux dernières strophes :

L^art est trop vain, et solitaire; Rêver est doux, agir meilleur; En ce monde j*ai mieux à faire Que d'écouter battre mon cœur.

Que Tamour aux autres me lie !...

Dans le cœur d'autrui je me perds.

— Rires ou larmes de ma vie, Valiez-vous seulement un vers i

Le poète sentait déjà sa mort venir alors qu'il écrivait cette pièce, a Même en se donnant, la vie se retrouve. » Surtout en se donnant, et la vie universelle, pensait-il, n'a pas de terme, f. g.

1 sur la méthode en métaphysique,

par Paul Dubuc, ancien élève de l'Ecole normale supérieure, agrégé de philosophie, docteur es lettres. Un vol. in-8®. Paris, Félix Alcan. — Prix : 5 francs.

La métaphysique, affirme l'auteur, est toute la philosophie ; plusieurs écoles, — il les nomme les écoles positiviste, écossaise, criticiste, — ont vainement prétendu écarter les problèmes de l'ontologie ; de fait, si elles ne les ont abordés, elles les ont supposés résolus ; elles ont fait de la métaphysique, mais, et c'est la pire façon d'en faire, sans le savoir, sans le vouloir.

La philosophie d'Auguste Comte et de M. Herbert Spencer, a quelque indifférence qu'elle affecte pour toutes les questions d'origine et d'e5sence^ qu'est-elle autre chose qu'un matérialisme phénoméniste ? Ce parti pris de n'admettre comme légitime qu'une seule expérience, l'expérience sensible, n'implique-il pas au fond une solution très radicale du problème "métaphysique touchant la nature essentielle de l'être? » Voilà pour le positivisme.

0 Sans aller jusqu'à prétendre que l'étude toute subjective du moi conduise en sens inverse à un idéalisme empirique^ comme celui que professe Stuart Mill, il est permis de penser qu'une analyse des facultés de l'âme, faite à la seule lumière de la conscience, n'a de sens et de valeur que dans l'hypothèse d'un moi distinct de l'organisme... » Et voilà pour l'école écossaise.

M. Dubuc est moins bien venu à dire que d expliquer comme le fait Kant, les lois du monde par la seule intervention de la raison humaine, qui, pareille au dieu d'Anaxagore, vient mettre l'ordre dans le chaos des phénomènes », c'est ne point « se garder de toute conception touchant l'essence des choses ». Il pose cette question : « N'est-ce pas aussi se prononcer sur le fond même de la réalité que de nier tout ordre objectif, pour dériver de la seule pensée l'intelligibilité du monde? » Nous y répondrons, pour notre part, autrement qu'il ne fait.

Passons. Puisqu'on ne peut pas ne pas être métaphysicien, il s'agit de l'être à bon escient. A quelle méthode alors devra-t-on recourir ? M. Dubuc, qui, dans un premier chapitre, a défini l'objet de la métaphysique, et a distingué plusieurs parties de l'étude à poursuivre, analyse dans les chapitres suivants les différentes méthodes : objective, subjective, spéculative. Les deux méthodes objectives : la méthode expérimentale et la méthode mathématique, il les rejette : les sciences inductives qui ne sortent jamais du monde sensible, du monde des phé'

mèneSj ne sauraient s'ériger en philosophie, et ies sciences déducttves^ enfermées dans le monde des idéeSy ne le sauraient davantage. La méthode subjective, Fauteur la rejette également, comme n'ayant aucune compétence hors du monde sensible. A la méthode dogmatique qui suppose une intuition propre à l'esprit, il préfère une autre méthode spéculative : la méthode critique. Avec Kant, il tient les idées rationnelles comme dépourvues de toute matièrey et ne leur assigne qu'une valeur formelle; après Kant, il renverse

la formule péripatéticienne : le sujet est mis en mouvement par Vohjet^ et fait graviter l'objet autour du sujet, attribuant à celui-ci le premier rôle dans la production des idées ; criticiste il est, et la méthode kantienne est la seule qui puisse permettre d'aborder et de poursuivre l'étude des problèmes métaphysiques. Cela est-il si sûr, et le tenter par cette voie n'est-ce pas. fausser le criticisme? Nous ne voulons pas trop le rechercher. Ce discours sur les méthodes a une grande valeur, la première moitié surtout.

QUESTIONS POLITIQUES ET SOCIALES

Dictionnaire usuel de Législation, par

Ernest Cadet. Librairie Eugène Belin.

Il est difficile d'imaginer un livre plus utile. A juste titre les questions de droit effrayent le public ; elles sont cependant indispensables, obligatoires même, car nul ne doit ignorer la loi.

Où l'apprendre cependant ? Un code est chose effroyable. Il sort même facilement de la mémoire à en juger par bon nombre de jeunes hommes qui ont suivi les cours de la place du Panthéon — en passant par le boulevard Saint-Michel — et à qui, semble-t-il souvent, il n'en est pas resté grand'chose.

On a bien essayé de divers dictionnaires ; mais aucun, à notre connaissance, n'est pratique comme celui-ci que nous recommandons aux gens du monde. Lei codes sont comme la Bible non expurgée : on peut les laisser traîner partout. Ici cependant cette crainte n'existe pas. Sans être pour cela moins complet, ce livre est dans la note de la sérieuse maison qui l'a édité et la mère peut en permettre la lecture à sa fille... si le cœur lui en dit.

Pourquoi ne lui en dirait-il pas? Tous les problèmes de la vie dépendent plus ou moins de nos lois et de notre organisation sociale, et cette lecture est aussi attachante que bien d'autres.

Les questions d'économie politique y sont abordées à leur place. A l'occasion du mot douanes, M. Ernest Cadet fait un petit cours de libre échange. Il ne dédaigne même pas les considérations philosophiques. A l'article succession, le rôle sacrifié du conjoint y est déploré et expliqué d'une amusante façon. Cette injustice de la loi est le résultat d'une erreur matérielle... et ce résul-

tat dure toujours. De nombreux tableaux statistiques illustrent le livre. On y voit les cours du blé. Que n'y trouve-t-on pas ?

Mais alors il s'agit d'un énorme et massif infolio. Pas du tout; et les habiles imprimeurséditeurs en ont réussi l'exécution matérielle d'une façon aussi complète qu'elle était importante.

Ce volume est de bonnes proportions et bien dans la main. Ses caractères sont juste ce qu'il faut comme lisibilité. C'est un dictionnaire essentiellement pratique et d'aspect avenant : parfaitement compris.

Éléments de Sociologie, par Combes de Les- TRADE. Un vol. in-8« de la Bibliothèque historique et politiqiie. — Paris, Félix Alcan, 1889. — Prix : 5 fr.

La sociologie — c'est pour notre auteur, une façon de définition — est « l'anatomie du corps social ». Grâce à cette science nouvelle, se trouve complétée l'analogie entre le cercle des sciences qui s'occupent du corps humain et celui des sciences qui étudient la société. M. Combes de Lestrade dit proprement : « La politique a des rapports évidents avec la philosophie. U économie politique est la physiologie de la société. Il restait à trouver, à constituer une science qui s'occupât des organes sociaux, non pas dans leurs fonctions, mais dans leur nature. C'est la Science

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