‹ Le livre (volume 4)Chapitre 41 sur 129 · SOCIALE · texte numérisé non relu

SOCIALE

« Il restait à trouver!.. » Voilà, certes, qui contentera ceux qui s'arrêtent aux mots et se plaisent aux analogies. On parle de l'individu et l'on étu* die le corps de l'être vivant ; on parle de la société, il doit y avoir, il y a un corps social, et il

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CRITIQUE LITTÉRAIRE DU MOIS

doit y avoir, il y a, une anatomie, une physiologie, une psychologie du corps social l

La science « trouvée », il convenait de la caractériser. L'auteur écrit : « Les trois sciences qui s'occupent de Têtre social ont entre elles des rapports que l'on reconnaîtra bien étroits si l'on se rappelle leur assimilation aux sciences qui étudient l'être humain. De même qu'une révolution dans l'anatomie amènerait probablement une révolution dans la physiologie, l'immense développement pris par l'économie, les modifications profondes subies par la politique, ont amené l'accroissement de leur troisième sœur, la science sociale. Jusqu'à un temps bien rapproché de nous, celle-ci n'existait que comme science d'observation. Aujourd'hui elle devient une science de prévisions. » Cette autre anatomie, qui, faut-il croire, n'est pas d'invention absolument récente, regarde donc, aujourd'hui, aux organes qui pourront, ou devront, par la suite, permettre au corps social de continuer d'exister. Nous ne savons pas, en efiet, s'il s'agit de futurs nécessaires, ou de simples possibles de futurs contingents ; nous savons seulement que M. de Lestrade n'est pas évolutionniste. Mais peu importe.

Nous allons à la table des matières, curieux d'apprendre quels sont ces organes sociaux à étudier a non pas dans leurs fonctions, mais dans leur nature », ces organes qui seront autres demain qu'ils ne sont aujourd'hui, et nous voyons qu'au livre premier il est traité des origines soâaleSj au livre deuxième, de la Famille et dans tous les autres de la Liberté^ de la Morale^ de la Patrie^ des Gouvernements^ des Religions^ de YInstinct social^ de la Propriété, de certaines Idées héréditaires, enfin de l'Économie et de la Sociologie, Quoi 1 la liberté, la patrie, certaines idées héréditaires sont données comme des organes?

Mais il faut parcourir l'ouvrage ; bien vite on s'aperçoit que la sociologie de M. de Lestrade n'est pas plus une anatomie qu'une physiologie ou une philosophie. Des considérations touchant les conditions d'existence des individus à travers le temps et l'espace; différents groupes, montre-t-il, et pour chacun des besoins, des idées morales, des aspirations religieuses ; des sociétés différentes et différents gouvernements, entre ces sociétés et entre ces gouvernements des rapports; ces considérations n'ont rien d'original, les observations manquent de finesse autant que de profondeur.

L'ouvrage se lit néanmoins avec plaisir. Sans doute, les pages qui ont trait à la morale et à la moralité feront sourire un philosophe, et bien insuffisantes celles où il est parlé de la reli-

gion et des religions ; mais l'auteur est un esprit très libéral qui s'est appliqué à tout comprendre, sinon à tout admettre. Il prouve une certaine indépendance, il appelle la tolérance. On sent qu'il vaut mieux que son livre ; son livre, pour ce sentiment auquel il force, en devient presque estimable. f. g.

La Croix rouge de France, société de seéours aux blessés militaires de terre et de mer, par M. Maxime du Camp. Un vol. in-i2. Paris, 1889. Librairie Hachette.

C'est dans le sang des blessés de Solferino que germa l'idée première de la Croix rouge; c'est le docteur Palasciano, membre correspondant de l'Institut de France, qui aura l'éternel honneur d'avoir fait à Naples, le 28 avril 1861, la première motion en faveur de la neutralité des blessés; son nom doit être à jamais béni par les mères. L'homme, après le docteur Palasciano, qui travailla le plus activement peut-être à la réalisation pratique de l'idée, est M. Henry Dunant, médecin militaire de l'armée suisse, qui, ayant fait la campagne d'Italie en amateur, écrivit un petit volume. Souvenir de Solferino, qu'on ne peut lire sans un frisson d'horreur. M. Dunant provoqua la création des sociétés de secours aux blessés militaires, et posa les vrais principes de la neutralisation. La Société genevoise, reconnue d'utilité publique, obtint la convocation d'une conférence internationale, fit adopter le signe distinctif de la neutralité des blessés, de gueules à la croix d'argent, d'argent à la croix de gueules. La guerre était désormais civilisée.

Bella matribus horrenda. Le livre de M. Maxime du Camp, livre d'humanité, de charité, de pitié, débute par un exposé terrifiant de l'insuffisance des secours aux blessés des guerres antérieures, de la sérieuse administration du service sanitaire et hospitalier soumis à l'intendance. Il montre ensuite par des faits, par des chiffres, les progrès considérables accomplis à cet égard par la Croix rouge^ et signale enfin les améliorations dont l'institution est susceptible, les nouveaux bienfaits que l'on demande encore à son initiative. J'en citerai un exemple. Tous les objets que notre Croix rouge expédie à nos soldats en campagne sont forcément extra réglementaires. Elle n'a pas le droit de distribuer d'effets d'ordonnance, donc pas de chaussure. Or, il n'est personne qui ne sache aujourd'hui que la chaussure du soldat est détestable. L'auteur demandait un jour à un vieux général quelle est l'arme la plus meurtrière : le fusil ou le canon ? a Pour le fantassin, répondit le vieux brave, l'arme la plus meurtrière, c'est le

soulier. » Et ce n'est pas un paradoxe. Il n'y a pas d'officiers et surtout pas d'hommes de troupe qui ne soit d'accord avec M. du Camp disant : « Le fond du soldat, c'est la soupe et le soulier. La faim l'affaiblit, la blessure aux pieds le neutralise. » Il demande à la Croix rouge de mettre à l'étude, au concours, la chaussure du fantassin. Que de faits touchants, qiie d'actes de dévoue- ment^ je /oudrais pouvoir citer! Au moins me ferai-je l'échç, trop faible, hélas l de l'appel que M. Maxime du Camp adresse à la charité militaire. La fortune la plus sérieuse de notre Croix rouge consiste dans les cotisations annuelles. Or, sait-on combien elle compte de souscripteurs? On est confus de l'écrire : 22,000! — Et sait-on ce que coûte la souscription? Trente francs par any pour être membre fondateur, six francs

par an pour les simples membres ; pour les premiers, trois sous tous les deux jours; pour les seconds, un sou tous les trois jours.

Maintenant, à titre de comparaison, veut-on savoir ce que la Commission sanitaire des États- Unis recueillit en dons de charité pendant la guerre de sécession ? — f/n milliard cent quarante-quatre millions.

L'Académie française, assurément par quelque haute récompense, signalera le généreux et beau livre de M. Maxime du Camp à l'attention des femmes. Il n'en est pas une aujourd'hui qui n'ait ou qui n'aura au premier jour un fils, un frère, un jeune parent, un fiancé sous les drapeaux. Qu'elles lisent toutes la Croix rouge de France et le million de souscripteurs ambitionné (nous en sommes à 22,000] sera bientôt atteint, e.c.

SCIENCES DIVERSES

Physique — Mathématiques — Sciences occultes

Sciences appliquées à l'industrie — Technologie

Dictionnaire abrégé des sciences physiques et naturelles, par Évariste Thé venin, revu par Henry de Varigny, docteur es sciences. Un vol. in- 18, Paris, Félix Alcan, 1889. — Prix : 5 francs.

L'auteur, disons mieux, les auteurs, — aussi bien M. Thévenin n'avait pas complètement achevé son manuscrit quand la mort est venu le surprendre, et M. de Varigny n'a pas borné sa tâche à corriger les épreuves — ne nous ont pas offert, au vrai, un dictionnaire des sciences physiques et naturelles, mais un dictionnaire des termes scientifiques se rapportant à la physique, à la chimie, à l'agriculture, à la géologie, à la minéralogie, à la botanique, à la zoologie, à la biologie, à la physiologie, à la médecine, à la chirurgie, à la pharmacie, voire aux mathématiques et à l'astronomie. Le titre donné au travail est quelque peu mensonger; mais le travail, qui n'était pas, au reste, sans difficultés, sera bien accueilli.

ISIous avons des dictionnaires de médecine, des dictionnaires de chimie, des dictionnaires pour d'autres sciences encore, avec l'histoire des théories et des applications : il nous manquait un dictionnaire ne comportant que des définitions

de mots et comprenant tous ces mots qui arrêtent parfois au cours d'une lecture, un dictionnaire abrégé qui dispensât de recourir à l'un de ces dictionnaires généraux de notre langue en plusieurs volumes in-quarto. f. g.

L'année scientifique et industrielle, par

Louis Figuier, trente- deuxième année (i888î. Un vol. in- 16. Paris, Hachette et C», 1889. — Prix : 3 fr. 5o.

Aux pages 319-324 se trouvent rapportées quelques-unes des données publiées par le bureau de la statistique générale de la France touchant le mouvement de la population pendant Tannée 1887, et à la suite sont reproduits les résultats du recensement opéré en Allemagne le i«' décembre i885; données et résultats figurent sous la rubrique : Histoire naturelle^ entre* deux courts exposés, celui des moyens proposés pour la destruction des criquets en Algérie et celui des modes de préparation du yaraque, la boisson fermentée des Indiens du haut Orénoquc.

Il est bien permis de s'étonner quelque peu en voyant M. Figuier faire comme font les évolutionnistes et tenir ce qu'ils appellent la sociologie pour un simple chapitre des études de zoologie;

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mais, puisqu'il ne distingue pas entre les faits qui conditionnent nécessairement l'existence et les faits qui, pour nous, étaient seulement des possibles contingents avant d'être réalisés et de devenir de nouvelles conditions ajoutées à toutes les autres, il ne faut plus marquer d'étonnement à le voir intercaler, dans son inventaire des dernières découvertes scientifiques et des plus récentes applications des découvertes anciennes ou nouvelles, les chiffres se rapportant au « croît » de l'espèce humaine en telle ou telle région.

Cela nous choque, et cela pourtant ne nous fâche pas outre mesure de rencontrer ces chiffres à cette place.

Ils sont, ce nous semble, pour déconcerter nombre d'esprits.

Parmi les scientistes, quelques-uns, nous le savons, ne sont pas effrayés constatant un affaiblissement de plus en plus grand de la natalité en France ; la France, prétendent-ils, n'en est que plus riche et que plus prospère. Les autres sont d'un avis tout contraire, et c'est à eux que nous nous en prenons. Quoi 1 leur dirons-nous, en un temps où notre intelligence s'exerce avec une telle ardeur et dans tant de directions différentes, où notre industrie se prouve si ingénieuse, notre moralité apparaît moins grande ? Moins de mariages et moins de naissances? Vous donnez cette raison : on se marie moins parce que l'existence est moins facile. Allez-vous déclarer, comme nous l'avons fait quelquefois, que le développemtnf de l'industrie n'assure pas toujours et contrarie quelquefois la généralisation du bien-être ? Admettons que les difficultés de l'existence soient aujourd'hui plus grandes qu'il y a un siècle : allezvous déclarer encore que ces difficultés expliquent également la rareté des naissances pour chaque famille ? Vous n'oseriez ajouter, en tout cas : et légitimement. Avouez donc que le progrès scientifique et industriel est une chose ; que la civilisation, la moralité, sont une autre chose. Votre morale est utilitaire et connaître Tutile particulier et l'utile général suffit, selon vous, pour agir moralement. L'expérience elle-même vous contredit : la moralité ne dépend pas de l'activité intéressée ou désintéressée de l'esprit, et raisonner sur l'utile, comprendre l'utilité, tout cela ne' sert de rien ; il s'agit de se savoir obligé, il s'agit de vouloir.

Nous estimons autant qu'homme du monde et autant que Français toutes ces recherches, ces inventions, toutes ces applications dont nous parle M. Figuier, les classant sous les chapitres : Astronomie, Météorologie, Physique, Mécanique ^ Chimie, Art des constructions, Histoire naturelle, Voyage, Hygiène^ Médecine ^ Agriculture, Arts

industriels. Elles sont d'importance, mais plus importantes les vertus domestiques, le courage civique, le sentiment du respect dé soi-même et d'autrui avec celui du dévouement à la patrie.

M. Louis Figuier a tous les mérites qu'on est en droit d'exiger d'un vulgarisateur et, dans son trente-deuxième inventaire, il expose, avec la même clarté que toujours, les derniers travaux de nos savants, les procédés de fabrication et de culture le plus récemment préconisés ; il dit les matières qui, longtemps sans emploi ou utilisées incomplètement, sont mises à la disposition des industriels, les végétaux que les voyageurs ont fait connaître à nos agriculteurs et qu'ils tentent d'acclimater.

Bibliothèque des professions industrielles, commerciales et agricoles. Un vol. in-i8. Hetzel et C'% édit. Paris.

Nous avons déjà examiné et signalé aux lecteurs du Livre plusieurs ouvrages très bien faits de cette bibliothèque technique, qui comprend déjà cent vingt et un ouvrages, dont le prix varie de 3 francs à 6 francs.

Le caractère propre de cette importante collection est d'être essentiellement pratique ; chaque ouvrage a été demandé à l'un des hommes les plus compétents en la matière, capables de donner des notions succinctes et claires en même temps. Ainsi, c'est un homme d'expérience comme M. Courtois Gérard, qui rédige un Manuel pratique de jardinage et un Manuel pratique de culture maraîchère couronné par la Société centrale d'agriculture et par la Société centrale d'horticulture ; le Guide pratique des ponts et chaussées et de V agent voyer (en deux volumes, l'un pour les routes, l'autre pour les ponts) est Tœuvre de M. Birot, un des rares ingénieurs sortis des rangs des conducteurs des ponts et chaussées ; ce qui est une double garantie de science technique et d'expérience pratique; le guide pratique du constructeur comprend la maçonnerie^ par Demanet, lieutenant -colonel honoraire du génie belge ; ce manuel est fort bien conçu et donne toutes les indications indispensables pour l'élaboration d'un calcul de construction et pour l'évaluation et la vérification d'un devis de maçonnerie ; il faut toutefois tenir compte pour l'appréciation du coût présumé que M. Demanet prend pour base la série belge, bien inférieure aux séries françaises.

Les ouvrages que nous venons de citer sont accompagnés de dessins dans le texte ou de plan-

ches hors texte qui facilitent l'intelligence des démonstrations.

La plupart des volumes de cette collection

seraient fort utiles dans les bibliothèques scolaires, surtout dans celles des écoles normales d'instituteurs. p, i^

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