‹ Le livre (volume 4)Chapitre 42 sur 129 · LIVRES DE BIBLIOPHILES · texte numérisé non relu

LIVRES DE BIBLIOPHILES

A franczia kon3rvdisz a renaissance korban. — Harminczegy abraval. L'ornementation des livres en France à Tépoque de la Renaissance. Avec 3i gravures^ par Joseph Danko. Buda-Pesth, 1886. In-8®, xii-194 p.

C'est toujours avec une vive satisfaction qu*on accueille les travaux des amateurs passionnés du livre. On est sûr d'avance d'y trouver de quoi s'instruire, se récréer, se retremper, leurs œuvres étant le fruit des réflexions et de longues recherches. M. Joseph Danko, chanoine de l'église métropolitaine de Gran, appartient, tans contredit, au nombre des bibliographes du premier ordre* En 1882, lors de l'Exposition bibliographique à Buda-Pesth, à laquelle il a pris une part très active, il publia un petit chefd'œuvre typographique intitulé : Exposition d'ornements de livres appartenant à sa bibliothèque choisie qu'il possède à Graux et que j'eus Voccaûon d'examiner et d'admirer. Cette Exposition ne contient que trois cents numéros, distribués d'après les pays de leur provenance et pl;jcc« en ordre chronologique. La même année, U: \y Uanko a publié une remarquable étude sur V Homme de douleur^ d'Albert Durer. (Albrecht htirer's Schmer^mann.) — Le nouveau travail du ti»vi$nt bibliographe hongrois est exclusivement ' ohtucré k \a. France. Bien que le choix du su- /J Umotf^nc déjà de la passion qu'il a pour tout c'; 'jui eu beau, de son goût exquis; aussi il s'est 4V{^ittcde sa tâche avec un véritable amour, CM arfi^te consommé et profondément instruit iur les matières qu'il traite. Ce qui ajoute à la valeur du livre, c'est la bibliographie respective dont le D' Danko a fait précéder chaque chapitre et où il renvoie le lecteur désireux de s'instruire davantage. Le corps du texte est suivi de pièces justificatives (p. 165-179), ^^ muni d'un index des noms propres qui n'occupe pas moins de 1 5 pages à 2 colonnes. En outre, il est orné de 3i gravures sur bois, représentant les monogrammes des éditeurs, les frontispices des livres les plus remarquables, etc., et exécutées d'après

les originaux que possède l'éminent auteur dans sa riche collection.

Voici le contenu de cette monographie embrassant l'intervalle d'environ cent trente ans, c'est-à-dire l'époque comprise entre l'introduction de l'imprimerie* en France et la fin du XVI* siècle.

L Après avoir déterminé la place qui revient à la France comparativement à l'Italie, à l'Allemagne et aux Pays-Bas en ce qui concerne l'imprimerie et particulièrement à l'ornementation des livres, l'auteur passe en revue les écrivains français et étrangers qui ont traité d'histoire de l'ornementation française. Nous y voyons figurer les noms justement estimés de Papillon, Van Praet,Dibdin,Brunet, Silvestre, Léopold Delisle, Didot, Mlintz, Laborde, Lacroix, Lecoy de la Marche (3-7).

IL Parallèlement avec la peinture al fresco^suT verre et les tapisseries, on cultivait la calligraphie et la miniature, art célébré par Dante dans sa Divine Comédie : Quelarte ch'alluminare è chiamata in Parigi. (Purgat, xi, 73-80.)

A la fin du xiii* siècle, nous trouvons déjà à Paris des miniaturistes payant un impôt. La décoration des livres eut en France deux phases de développement ayant chacune son caractère particulier ; la première, qui se ressentait encore de la tradition byzantine, dura jusqu'à la fin du XIII* siècle ; avec le siècle suivant commença la seconde phase, empreinte de réalisme. A juger d'après la multitude des ouvrages français illus* très, en prose et en vers, une direction intelligente présidait à la division du travail des artistes. Chose digne surtout d'être remarquée, ce sont les œuvres de Villard de Honnecourt et l'influence exercée par lui sur TAUemagne. Les mois illustrés des calendriers et l'ornementation des lettres initiales témoignent des frappants progrès qu'a faits la miniature française ; c'est dans les livres d'heures surtout qu'elle paraît dans tout

Gazette bibliographique

son éclat. Aussi confiait-on Texécution de ces superbes dessins aux artistes les plus renommés de France et des Pays-Bas qui travaillaient souvent en commun. Les Heures du duc de Berry, d'Anne de Bretagne, de Jeanne de Navarre, sont une preuve de l'état florissant de Tart d'illustrer les livres ainsi que des préférences du goût national.

Foucart et Clouet doivent être placés en première ligne parmi les représentants de cette branche artistique (8-a3).

III. Xylographie et incunables. — Tandis qu'en Allemagne et dans les Pays-Bas la xylographie était généralement employée comme le procédé habituel d'ornementation, la France en ignorait presque entièrement l'usage, et même longtemps après ne s'en servait que modérément. Nous ne connaissons qu'un seul livre xylographique publié en France au xv* siècle, c'est VArt au marier (Ars moriendi), orné d'images et muni d'explications habituelles du texte primitif. M. Dankô retrace ici l'historique de l'introduction de l'imprimerie à Paris, k Lyon, et dans d'autres villes de province, ainsi que les particularités du livre français et de ses premières illustrations. Au commencement la coupe des formes se faisait par des gens peu habiles ; mais ensuite ce travail passa aux mains plus adroites, et fut cultivé avec succès. — C'est à Lyon que revient l'honneur d'avoir produit en 1476 le premier livre illustré ; toutefois l'illustration vraiment artistique ne parut que plus tard, dans les éditions de Vérard, dans sa Mer des hystoires ou ses Chroniques de France. L'auteur compare ici la rarissime édition de Térence qu'accompagne le commentaire de Guy de Juanneau, faite en 1493 à Lyon par Jean Frechsel et ornée de cent cinquante-neuf remarquables gravures sur bois, avec celles deGrilninger (Strasbourg, 1496) et de Vérard (Paris, i5oo), où les mêmes compositions sont moins bien exécutées (p. 24-39).

IV. Le génie créateur de la France s'est manifesté dans l'ornementation de ses livres. Que celle-ci a droit de figurer à côté de semblables productions d'Italie et d'Allemagne, les Heures en donnent une preuve évidente. Depuis 1487 jusqu'à la fin du xvi^ siècle, il en a paru en France un demi-million, de ces livres de prières, dont la période la plus florissante tombe dans la première moitié du même siècle* La disposition des matières y est toujours, la même. Leurs calendriers illustrés contiennent de précieuses données sur les mœurs et la civilisation de l'époque. Les artistes exerçaient leur talent à raviver

BIBL. MOD. — XI

les sujets empruntés aux vies des saints, mais surtout à en soigner l'élément décoratif, qui oflre, en eflet, une charmante variété, oii la mythologie et l'allégorie se mélangent avec le genre comique. Sur le chiflre total des Heures qu'on connaît jusqu'à présent, la cinquième partie contient la fameuse Danse macabre^ qui variait de dimension suivant le format du livre, et dont les dessins sont souvent de véritables chefsd'œuvre d^art. Toutes ces images ont pour but de montrer le triomphe de la Mort sur les mortels. Celles d'Holbein, que l'auteur prend pour terme de comparaison, sont particulièrement célèbres. Paris était le dépôt central des livres liturgiques de cette espèce ; il en imprimait non seulement pour la France, mais aussi pour Tétranger. Les éditions de Vostre, de Vérard,. Dupré, Pigduchet, Hardouyn, Keryer et surtout de Tory figurent au premier rang. L'auteur s'étend avec complaisance sur les travaux de Vostre, qui a ouvert la marche (1487) ; il fait valoir le merveilleux art avec lequel Tory, dont on connaît les ravissantes éditions, appropriait le charme des modèles italiens au goût national, et jusqu'où allait chez lui la perfection de l'art graphique. Il met Regnault au nombre des meilleurs représentants de ces publications, et au-dessus d'Eus* tace, Rembolt, Jehannot, Vidauve, Brie, Remade Vivian, chez lesquels il aperçoijt déjà des signes de décadence. Le chapitre se termine par d'intéressantes remarques sur les prix des Heures d'autrefois et d'aujourd'hui (p. 40-52).

V. Le chapitre suivant traite d'imprimeurs et d'éditeurs artistes de Paris (p. 53-8o), de l'influence que les principaux d'entre eux exerçaient tant sur les contemporains que sur les générations à venir. Quoique les éditions parisiennes embrassassent plus ou moins toutes les branches des connaissances humaines, toutefois la capitale de la France avait la palme surtout dans l'exécution des livres liturgiques qu'elle fournissait en grand nombre aux églises d'Allemagne, des Pays-Bas, d'Angleterre et de Suède.

M. Danko donne ici une analyse détaillée de leur contenu, leurs ornements et leur disposition. Le plus ancien missel de Paris sortit des presses de Dupré en 1481. A sa suite parut une masse de livres liturgiques qui jouissent d'une réputation méritée à cause de leur excellente exécution typographique. C'est nommer Kerver^ Higman, Hopyl, Estienne, Kerbriant, Maheu,Marnef, etc., dont l'auteur apprécie les œuvres. Dupré a d'ailleurs publié beaucoup d'ouvrages illustrés, écrits en langue nationale. Les éditions d'Estienne, dont on connaît dix-sept, se distinguent bien

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moins par rornementation que par la beauté typographique et la correction du texte, ainsi que celles d'Aide; — cependant on ne saurait méconnaître le mérite artistique de l'ouvrage archéologique de Bayfin, et de la Bible de Vâtable. Les ornements de Badé sont d'une qualité inférieure. Wechel a utilisé les productions de Baie. Les meilleures choses ont été exécutées par Colinès, Janos, Groulleau et les Marnef, grâce au concours d'artistes distingués. Le Polyphile de Kerver, édité en français en i554, est une preuve frappante de la valeur de l'ornementation française des livres, que Gryphe, Le Royer, Regnault, Rosset, Morel et Vascosan ont aussi cultivée.avec succès.

VL Nulle part les éditions de la Bible, presque toutes illustrées, n'ont été aussi nombreuses qu'à Lyon, excepté Venise seule. D'abord, on y suivait la coutume vénitienne d'orner le texte sacré de nombreux dessins sur bois, souvent très petits de dimension; plus tard, l'illustration a subi l'influence allemande ; mais, vers le milieu du xvi* siècle, l'art français domina exclusivement. Parmi les nombreux imprimeurs de Lyon, le Piémontais Sacconi occupe la première place; mais la maison Frechsel a joui d'une renommée européenne grâce à l'édition de la Danse macabre d'Holbein, et de ses figures du Vieux Testament. Les éditions de la Vulgate faites par Tournes et Ro ville étaient aussi fort estimées ; la première a été illustrée par Bernard, la deuxième par Moni ; elles surpassent de beaucoup les éditions analogues d'Honorati, de Payen et de Giunta. Outre la Bible, Tournes et Roville ont fait d'excellentes éditions illustrées des auteurs profanes. A leur côté, méritent d'être placés Baland, Blanchard, Gryphe, de la Porte et Bonhomme. Au reste, l'imprimerie lyonnaise ne restera pas longtemps sur le pinacle.

VIL La province ne fut pas inactive. L'imprimerie et l'ornementation s'introduisirent bientôt à Abbeville, Albi, Saint-Dié, Nantes, Poitiers, Saint- Nicolas du Port, Sens, Toul, Toulouse, Troyes, Vienne. On comprend qu'aucun centre n*ait pu s'y former ; la reproduction des originaux dominait; rarement on dépassait le médiocre. Rouen se fit pourtant remarquer par ses éditions de livres liturgiques (p. 97-103).

Vin. Le huitième chapitre est consacré aux artistes qui illustraient les livres (p. 104-124). Dans la première période de l'imprimerie, c'étaient des tailleurs d'histoires^ dominotiers (imagiers de Notre-Seigneur, Dominus), qui découpaient les

formes d'après les miniatures ou leurs propres dessins, à quoi s'exerçaient parfois les imprimeurs eux-mêmes, par exemple, Vérard, qui l'avoue formellement. — Chesneau, Gourmont, Gryphe, Merlin, Royer, Vostre,. devaient les illustrations à leur propre génie, et ils n'ont pas été sans exercer, suivant les circonstances, une certaine influence sur l'exécution technique. Nous sommes ici réduits à interroger les monogrammes et les signatures, généralement plus rares en France qu'en Allemagne. On en rencontre très peu dans les éditions liturgiques, dont l'ornementation portait un cachet pour ainsi dire officiel. Parmi les marques françaises se trouve la fameuse croix lorraine, si controversée, qui s'employait durant un siècle entier et dont l'énigme reste encore à résoudre ; de même qu'on ne sait pas au juste qui était ce Reperdius, si pompeusement chanté par Bourbon. — Tory, Cousin et Bernard, dont le D' Danko donne une appréciation savamment motivée, sont assurément les plus brillants représentants de l'ornementation française à l'époque de la Renaissance. Dans la même voie qu'eux ont marché les artistes Jollat, Goujon, Lorme, Laune, Mallart, Woeiriot et, parmi les savants, le médecin Rivière et Fine Oronce, mathématicien.

IX. Il est question aussi des marques des imprimeurs (p. 1 25-1 52). Elles avaient pour but d'indiquer l'atelier d'où sortaient les livres, de remplacer ainsi l'adresse qu'on omettait souvent, et de distinguer l'édition originale de sa reproduction. De facultatives, elles devinrent obligatoires en vertu des ordonnances royales. Simples à leur origine, les marques se transformèrent ensuite en figures historiées ou en blasons; si bien que des artistes de renom, tels que Tory ou Cousin^ ne dédaignaient point de mettre leur crayon au service des amis ou des protégés. Par malheur, nous ne connaissons pas d'autres artistes, qui, à l'exemple de ces deux-là, aient orné les livres de leurs propres compositions. Vers la fin du xvi* siècle, ce genre d'ornemeûtation commença à déchoir.

X. Les livres ne restaient pas sans reliure, leur vêtement. Louis XIII, les Valois, Diane de Poitiers, Catherine de Médicis,Grollier, le Cardinal du Bellay, Ramus, Amyot, d'Urfé, de Thou aimaient passionnément les reliures de luxe; et on doit rendre cette j ustice au sentiment esthétique des Français que, nonobstant la versatilité de la mode, il persévère encore, ainsi que le témoigne leur prédilection pour les reliures travaillées avec art (p. 1 53- 161). Il convenait d'ailleurs que

CRITIQUE LITTÉRAIRE DU MOIS

i'eiterieur s'harmonisât avec t'imérieur, que les Muses, ayant orné avec tant de grâce le dedans des livres, en fissent autant pour le dehors. La page i59 offre un spécîmea de reliure artistique qui ornait un des livres de Grollier et portail au

ovale l'inscription suivante : Portio

s, sit in terra viventium; c'est la trente

: ta dernière gravui:e.

résumé fidèle de l'excellente étude du docce bibliophile de Cran. Les lecteurs du liyre en excuseront la longueur, en considérant que M. Dankô a écrit en hongrois, langue peu

milieu d'u mea, Domi

Voilà i

accessible au psblie français et dont il s'est servi, sans doute, aiîn de vulgariser parmi ses compatriotes les notions exactes sur les productions d'art où la France a excellé et qui resteront tonjours des modèles de grâce et de goût. De part et d'autre, on doit en savoir grand gré à l'auteur, bien que pour des motifs différents. Quant aux lecteurs français, ils regretteront avec moi que le livre d'un si fin connaisseur, et qui les intéresse directement, ne soit. pas encore traduit en leur langue.

T'«tro^y'w>s(pn?T''!f?'ç^y?i°«^;<wîl| -

Sommaira. — Cmhoniqoe CMalogues. — Pubmcat; Publications annoncées ou en préparais DIVERSES : Miscellanées. — A tbaiehs Joi de science récemment décèdes.

{Bibliographie du >

THKyUEs : Ventes. — Bibliographies. - — Ouvrages signalés de rélranger. - 1 Europe). — Nouvelles ottébaibM ; des hommes de lettres ei

CHRONIQUE BIBLIOGRAPHIQUE

-Le duc d'Aum , politiqui

M. MeLlhac — M. Clovis Hugues, lauréat. — Prii aL-aJémiques. — Mr. John Francis et. V Aihenœum :

icraiure des proverbes : un recueil eênéral en anglais, par Mr. Robert Ghristy. — Les proverbes rclaiifs à Rome, recueillis par M. Marco Besso. — — Une êdiiion iialienne du Voyage de Moniaigne

Di.*piiis que le duc J'Aumiile l'SI revenu en Frnnce, l'Institut s'est attache encore plus ùtroitemcnt, s'il se peut, le noble bibliophile académicien. L'AcadJmie Ues sciences morules et politiques l'a appelé, en sa qualité d'historien des princes de Gondé, à la place bissée vacante par

mort de M. Rosseuw S^int-Hilai 1 d'histoire.

edi.4

I, lAcadJi

dans

e française

Dans

a reçu M. Mcilhac, nommé, comme par un droit de succession naturelle, au fauteuil de M. Labiche. Le récipiendiaire a prononcé le discours spirituel etamusant qu'on attendait de lui, et M. Jules Simon, qui parlait au nom de l'Académie, a mis beaucoup de bonne !;r3ce et toute la souplesse de son grand talent à n'avoir l'air ni étonne ni emprunte en parlant du vaude\ille et des vaudevillistes.

Quelque temps nuparavi naît une récompi

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de deux lie vers portant le n" l'ji vaille;, prenez de la pein

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vis Hugues. Le mouvement lyrique, qui y est fort remarquable, a emporté les scrupules que beaucoup d'académiciens pouvaient avoir au sujet des idées socialistes qui ont inspiré l'auteur dans la composition de ce dithyrambe au Travail.

L'Académie a, depuis, terminé ses travaux d'examen sur les deux cent soixante-dix ouvrages qui ont été présentés cette année à ses concours. Nous aurons à enregistrer son verdict, offrant aux méditations des élus comme des rejetés ce vers de Corneille ;

La laveur l'a pu faire autant que le mérite,

source de consolation pour les uns et de satisfaction pour tous.

On connaît ses décisions pour le concours des volumes de VL-rs (fondation Archon-DespérousCs). Sur le rapport de M. Sully-Prudhomme, les 4,ooo francs de la fondation ont été répartis <le la manière suivante : deux prix de i,5oo francs chacun, l'un à M. Léon Dierx, pour ses Poésies complètes; l'autre, à M. Jean Lahor, pour un recueil de vers intitulé l'Illusion: et un prix de i,ooo francs ii M"° Hélène Vacaresco, auteurd'un volume intitulé : Chants d'aurore.

Le prix Langlois (rapporteur : M. Taine) ne sera pas décerné cette année. Le montant de ce pri.K sera partagé h titre de récompense et d'encouragement entre les traductions des quatre ouvrages suivants :

I.'Allemagni.' et l.i Réforme, de M. J. Janssen, par M"--- E. Paris ;

GAZETTE IIBLIOGRAPHIQUE

Histoire du peuple anglais, de M. Richard Green, par M. Gabriel Monod ;

Voyage de lu « Véga o autour de VAsie et de ^Europe, de M. Nordenskiôld.par MM. Charles Rabot et Ch. Lallemand ;

Vie et correspondance de Ch. Darwin, par M. H. de Varigoy.

Les académies ne sont pas les seuls pouvoirs qui distribuent, en litléraiure ou ea art, l'éloge ûu'le blâme. Ce ne sont même pas les plus grands. Les jugements de la critique, tels qu'ils se formulent dans les journam et les revues, sont autrement redoutables ou redoutés. On a hcau dire que la critique n'existe plus, qu'elle a fait place à l'industrialisme, à la camaraderie, et — ce qui est pire que tout — à l'indifTérence, il n'en reste pas moins des esprits indépendants et sincétei, capables de se faire une opinion et de l'exprimer ; de même qu'il y a encore des publications dont la force, comme l'honneur, est de n'être au service de rien que de la vérité.

C'est l'histoire d'une de ces publications que nous donne M. John C. Francis dans le pieux monument qu'il a élevé à ta mémoire de son père, John Francis, éditeur du journal The Athemeuni'. La chronique littéraire d'un demi-siècle est bien lâ tout entière, comme le dit le soustitre de l'ouvrage, et non pas seulement la chronique littéraire du Royaume-Uni, ni même des pays de langue anglaise, mais — dans des proportions moindres, sans doute — celle de tout le monde civilisé, car TheAthenceum embrasse dans son cadre \9- mouvement intellectuel du genre humain.

En ces deux premiers volumes, l'auteur, entraîné par la grandeur et l'intérêt de la partie la plus générale de son sujet, fait surtout l'histoire àa journal avec lequel son père identifia, si l'on peut dire, la meilleure portion de sa vie. 11 nous promet un troisième volume, formant un tout à part ec plus spécialement consacré aux faits personnels et intimes, auv événements de famille, dont le souvenir vaut d'être conservé. Toutefois, il a cru bon, et tout le monde sera de son avis, d'imprimer, dès le début de l'ouvrage, une concise et modeste autobiographie adressée par John Francis à son lils, et dans laquelle, après quelques indications sur les humbles et honnêtes origines de sa famille, l'éditeur de The Athenaum passe

I. John Francis, publisher of Ihe Athenaum : a hlerary Ckronicle of lia!/ a ceatury. Compited by John C. Francis. Wiih an Inlroduelory Noie by H. fi- Fox Buurne. In two volumes. London, Richard Bentley and son, 1888; z vol. pel. În-S*.

rapidement en revue les principales phases de sa carrière jusqu'en 1877, insistant tout particulièrement sur le côté religieux et sur son rôle dans la petite église non conformiste dont il fut un des membres les plus simplement convaincus et les plus activement dévoués.

Certaines lignes de cette autobiographie, si brève et même si sèche pour un lecteur inaitentif jettent une lueur d'éclair dans les recoins les plus profonds et les plus obscurs de l'âme anglaise, et sont comme une révélation de mœurs incomprises ou ignorées. C'est ainsi qu'il dît, sans autrement s'y arrêter : « Je me rappelle aussi l'indignation exprimée à Londres comme ailleurs lorsque fut adopté le nouveau Marriage Act. Les denrées de première nécessité étaient en ce temps-là rare» et chères, et la loi avait pour but de prévenir l'accroissement de la population et d'empêcher les mariages trop précoces. Cette loi ne put pas être maintenue en vigueur longtemps. Elle voulait que les noms de ceux qui désiraient se marier fussent affichés à l'extérieur de l'église. Ce fut fait, mais les listes furent aussitôt déchirées. On recommença la tentative, et un grillage en Kl de fer fut mis, pour le protéger, par-dessus le placard contenant les noms; mats il y eut une telle quantité de boue coulée entre les mailles que tous les noms furent effacés, et comme, sans aucun doute, le même fait se reproduisit dans tout le royaume, l'ancienne loi concernant les mariages fut rétablie. »

The Athenaum fut fondé le 2 janvier i8î8, par James Silk Buckingham, sorte d'entrepreneur de publicité du temps, qui possédait déjà trois journaux ' un journal politique, The Sphinx, un journal colonial, Tke Oriental Herald, et un journal scientifique, The Verulam. Le nouveau journal littéraire et artistique complétait la série. Quelque aventureux et changeant que fût le caractère de James Silk Buckingham, il poursuivait un but honnête, et il traça dès le premier jour la ligne d'où le journal qu'il fondait ne devait pas dévier. « Ce serait, dit-il dans son premier numéro, une insulte à l'intelUgeçce de la classe des lecteurs à qui VAthenaum s'adresse surtout, que de supposer qu'ils puissent croire un moment qu'un fantôme aussi méprisable que la crainte de mécontenter un auteur ou un éditeur quelconque soit capable de me faire reculer devant l'honnête et rigoureux accomplissement de mon devoir. Mon cœur répond : Jamais! ■ Et en effet le journal ne craignit pas de s'attaquer, pour son début, à la puissante Stationers' Company, qui comprenait les plus riches libraires de Londres, et à leur reprocher, en termes sévères et indignés, de gagner de grosses sommes en répandant an-

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