‹ Le livre (volume 4)Chapitre 53 sur 129 · TT · texte numérisé non relu

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CRITIQUE LITTÉRAIRE DU MOIS

Une table, très complète, des noms de lieux et de personnes, facilite grandement les recherches et supple'ent, avec les sommaires assez détaillés des chapitres, à Tindex analytique, si utile dans des œuvres de ce genre, et qui a tant de peine à se ré-acclimater chez nous. Cette table forme à elle seule le troisième volume, auquel est joint

une carte bien faite et facile à lire du théâtre des opérations. Deux portraits finement gravés par Hillemacher de Louis de Frotté et du colonel Moulin, adjudant-major des Royalistes de Basse- Normandie, ornent les deux gros volumes où cette belle et utile restitution historique se déroule en un intéressant récit. b.-h. g.

A. L. Barye, par Arsène Alexandre. Un vol.

de la collection des Auteurs célèbres^ Paris

1889. Librairie de TArt.

Barye, de Taveu unanime aujourd'hui, est considéré comme un des plus grands statuaires, non-seulement de son temps, mais de toute l'école de sculpture française, pourtant si féconde en maîtres, non-seulement de l'école française, mais de toutes les écoles et de tous les temps. Aussi, rien ne serait plus comique si la chose n'était si tragique que de voir à quels rivaux obscurs le pauvre grand artiste fut sacrifié dès les premières luttes de sa vie d'art. Jamais le destin n'a pris plaisir à pousser l'ironie si loin. Au concours du prix de Rome, il se voit préférer, en 1879, un nommé Vatinelle; en 1820, un nommé Jacquot; en i82i,M. Lemaire, moins inconnu, mais dont le talent, si talent il y a, est le type du convenu et du passif académiques de l'époque ; en 1822, Seurre jeune; en 1823, le concours est jugé indigne du prix; en 1824, Barye n'est même pas admis en loge. Et l'Académie lui a tenu rigueur jusqu'à la fin. Elle a ouvert ses portes à Delacroix, dentibus infrendens^ il est vrai; à Barye, jamais. Quand on plaça sur la terrasse du bord de l'eau, aux Tuileries, l'admirable fonte à à cire perdue de i833, Lion écrasant un serpent, un sculpteur s'écria, dit-on : « Est-ce qu'on va prendre les Tuileries pour une ménagerie? » Soyez sûr que le mot partit de l'Institut. C'est dans l'étude consacrée à Barye, dont M. Arsène Alexandre vient d'enrichir la collection des Artistes célèbres^ que je relève ces détails. Elle est excellente, cette étude, très complète, très juste, fait connaître également bien et l'artiste et l'homme; et les dessins de M. Lançon, ainsi que les photographies qui les accompagnent, font de même connaître les principaux morceaux de son œuvre* Je ne voudrais pas laisser le lecteur sur cette impression que Barye, à la honte de sa génération, fut universellement méconnu. Loin de

là ; non-seulement il fut soutenu par la critique romantique, en particulier par Th. Gautier, mais c'est l'honneur de Gustave Planche, le critique redouté du moment, qui ne jurait que par les dieux de l'art grec, d'avoir, à plusieurs reprises, publié dans la Revue des Deux^Mondes de grands articles d'apologie motivée sur les œuvres de Barye. e. g.

Catalogue illustré de rexposition de portraits d'auteurs et acteurs au Théâtre d'application. Un vol. in-8® d'environ 1 5o pages. Aron frères, éditeurs, 3o, rue Lebrun. En vente à la maison Quantin,7, rue Saint-Benoît, Paris. — Prix : 3 fr. 5o.

M. Bodinier, dont le nom restera attaché au « Théâtre d'Application 0, avait déjà complété son œuvre, en groupant, dans les galeries qui précèdent le Théâtre, une certaine quantité de portraits d'auteurs et d'acteurs, et en improvisant ainsi, seulement pour une durée passagère, une sorte de musée d'art dramatique, dans le genre du Garrick Club de Londres.

Cette exposition si curieuse laisse vraiment sous le charme les nombreux visiteurs qu'elle attire ; l'on regrettait de ne pas en remporter un souvenir plus durable, permettant de remettre sous les yeux, à la volonté de chacun, un tableau si vivant et trop tôt disparu. C'est cette pensée qui a donné naissance à ce catalogue et aux illustrations qui l'accompagnent.

Si l'on n'a pu, dans un si petit volume, absolument tout représenter, peintures, dessins et pastels, l'on s'est du moins attaché à y mettre tout ce qui, dans cette splendide collection faite de collections particulières, a été et est encore la glorification du théâtre contemporain. Cela forme en tout ii5 compositions d'après les originaux. Auteurs et interprètes, jeunes ou vieux, morts ou vivants, masques comiques ou masques tra-

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yuju;.^., n\vùiruii ou valets, grands seigneurs ou buutlou^, 2îoubrctteii ou grandes dames, artistes vie genre ou artistes de haut style, tout ce monde bigarré, chatoyant» aux mille saillies, aux innombrables facettes, se réllète dans cet opuscule avec su vie mouvemcntce et grouillante. Sardou et Trutfier y coudoient Croizette et Noblet: Fechter et F. P'ebvre s'y rencontrent avec Gondinet

et M"* Mars, sans compter la reproduction des deux célèbres toiles de Gefifroy et de Lazerges.

Ajoutons, comme dernier attrait, une spirituelle et savoureuse préface que, en dépit d'absorbantes fonctions, M. Jules Claretie a trouvé le temps d'écrire pour le curieux volume de M. Bodinier. Voilà un catalogue qui ne restera pas longtemps entre les mains des éditeurs.

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QUESTIONS POLITIQUES ET SOCIALES

La Revision, par M. Andrieux, député. Un vol. in-i6. Paris, librairie de la Nouvelle Revue, 1889. — Prix: 3 fr. 5o.

Nous laissons de côté ce qui faitTobjet de ce travail ; nous regardons seulement à la forme, àlacomposition,aux arguments présentés, et nous ne sommes pas sans éprouver une certaine tristesse.

A rétranger, on sait, ceux qui lisent, que M. Andrieux a été préfet de police, qu'il a été ambassadeur; on sait encore, par les comptes rendus de nos débats parlementaires, qu'il a pris la parole dans certaines circonstances graves, et qu'il a recueilli de nombreux suffrages lorsque, par deux fois, il s'est agi pour la Chambre des députés d'élire son président : M. Andrieux fait, peut-être bien, à l'étranger, figure d'homme d'État. Voici qu'un volume de lui paraît, un volume portant pour titre : la Revision, et, à Londres, à Berlin, à Vienne, à Saint-Pétersbourg, il se trouvera sûrement des lecteurs, sachant lire, sachant aussi penser, pour avoir, — on s'intéresse, même alors qu'on s'en défend, aux choses de France^ — la curiosité de rechercher comment a pu être posée et résolue par le député, ancien fonctionnaire, ancien diplomate, cette question hur laquelle lont tombés, à une année d'intervalle» deux cabinets, l'un opposé, l'autre favovabU. 1-e jugement qu'ils porteront, nous ne di^rni^ pa» iur un tel écrit, peu nous en chaut, uu\U mir nriu»» li qui l'on ose l'offrir, voilà ce qui Moiw MKjMKfo ei nou.H attriste.

Il iM ih )\% f<Kf<llable qu'ils aient à constater ,j,„ HMM <!'' »wi^ journalistes qui rédigent des f^MiiIln. yupuUirvu n'ht^itent pas à piper les gens ,|ui o- il/wiiaiHlrn! (|ii*à etrc pipés : nous vouiUu^u^ d/"* jwipiilMlionî» moins naïves, moins |^r,^rrir.r'^ (i^ii.^J voiMJtions des écrivains plus

éclairés, moins disposés à admettre qu'il leur est loisible de pétrir la masse humaine au gré de leurs caprices ou pour leur plus grande ambition personnelle ; n'insistons pas, en d'autres pays, au surplus, se voient d'autres manquements au respect de soimême et d'autrui. Mais, on n'achète pas un livre comme on achète chaque matin son journal d'un sou ; mais, il semble que le livre soit pour un autre public. Eh! quoi! penseront les étrangers, la classe moyenne, en France, est capable de se laisser payer de pareille monnaie! Il suffit de lui dire que la Chambre des députés renverse les ministères pour la lui faire condamner, de lui dire que le Sénat, issu du suffrage restreint, — on écrit bien : restreint, et non : à deux degrés, — ne renverse pas les ministères pour lui faire abhorrer la chambre haute. Cette classe moyenne se contentera de formules, de mots: le régime parlementaire est incompatible avec la République ; seul le régime représentatif convient à une démocratie. Un chef d'Etat responsable, des ministres irresponsables, voilà ce qui lui est proposé, et Ton peut lui invoquer l'exemple des Etats-Unis d'Amérique, celui de la confédération Suisse ; pourquoi pas celui des premier et second empires français ? celui de l'empire d'Allemagne?

MM.Goumy, Ferneuil, Paul Laffîlte, qui ne sont pas des hommes politiques, s'appliquent à examiner, comparer; ils jugent les doctrines et leurs applications réalisées ou possibles ; ils tiennent compte des circonstances, des traditions, des mœurs, des caractères. Mais M. Andrieux fiiit preuve d'esprit critique 1 Et discuter! A quoi bon ? Affirmer V unité de sa vie politique et injurier ses adversaires, voilà pour satisfaire les naïfs, très dignes, au reste, d'être méprisés. M. Ferry la lui baille belle, lui qui souhaiterait à la démocratie une autre éducation politique l

CRITIQUE LITTÉRAIRE DU MOIS

M. Andrîeux, pour composer son livre, ne s*est pas donné grande peine. Une première partie : La révision ; quatre-vingt-dix pages, vingt chapitres, ou plus exactement, vingt articles écrits au courant de la plume. Une seconde partie: Explications personnelles ; des lettres à MM. Magnier, Madier de Montjau, Léon Say; une cinquantaine de pages. Et dans la troisième, qui comprend cent cinquante pages, des rapports, ^es discours, découpés de VOfficiel, C'est tout.

Nous exagérons, il y a cette trouvaille, la qualification de représentatif donnée au régime préconisé : parlementaire, va te faire lanlaire, mais représentatif, cela sonne bien.

Et penser que des étrangers, fermant le volume, nous prendront en pitié! et qu'ils n'auront pas tort, puisque des gens, en notre pays, tiendront en effet pour des raisons les affirmations et les injures de notre auteur l

PETITE GAZETTE DU BIBLIOPHILE

Sous ce titre : Le trésor du Bibliophile Lorrain, MM. Sidot frères, éditeurs à Nancy, viennent de publier, dans le format grand in-4°, sous la direction de M. J. Favier, une série en fac-simite de cent vingt-cinq titres ou frontispices d'ouvrages lorrains rares et précieux, qui forme un album de loi planches très curieuses à consulter, avec les notices bibliographiques qui y sont jointes. Celte publication, admirablement exécutée, n'a été tirée qu'à cent trente exemplaires numérotés, sur papier vergé (prix : 3o fr.), et on annonce qu'il ne sera point réimprimé.

Les éditeurs ont fait figurer dans ce livre-album tous les titres et frontispices des ouvrages qui sont considérés comme les raretés bibliographiques de la Lorraine : livres de liturgie, livres d'heures, coutumes, pièces de théâtre, chroniques locales, produits de la typographie lorraine, et chaque volume signalé dans le Trésor du Bibliophile Lorrain est introuvable et on n'en connaît qu'un ou deux exemplaires.

Il a été accordé la plus large place aux ouvrages dont l'origine se rapproche le plus du berceau de l'imprimerie dans cette province — les titres reproduits sont ceux des premiers livres connus à Saint-Nicolas-du-Port, à Toul, à Saint-Dié, à Verdun, à Nancy, à Pont-à-Mousson et à Saint- Mihiel.

Ce superbe recueil s'adresse en résume aussi bien aux vétérans bibliophiles de l'est de France qu'aux débutants bibliognostes ; il intéresse les collectionneurs, les artistes et les graveurs qui y trouveront des reproductions deCallot,d'Appier- Anzelet, de Sébastien Leclerc et autres, enfin il est d'une incontestable utilité pour les libraires qui auront, grâce à cette publication, un guide sûr pour rechercher les raretés sur la piste desquelles les auront mis leurs clients.

Les reproductions photographiques sont à louer sans réserve pour leur netteté et leur perfection.

Conquet a mis en vente, il y a quelques semaines, le fameux Ruy-Blas qui était en préparation depuis près d'un an, avec quinze compositions d'Adrien M oreau, gravées à l'eau-forte par Champollion, tirage à 5oo exemplaires numérotés (les papiers de luxe souscrits ; les exemplaires sur vélin au marais, 40 fr.).

A vrai dire le livre est superbe, d'une impression typographique éclatante par Chamerot et d'une excellente division de gravures dans le livre — chacun des cinq actes du drame comprend une tête de chapitre et un cul-de-lampe tirés sur papier du texte ainsi qu'une grande composition hors texte.

Adrien Moreau a tiré tout le parti possible de l'illustration, cependant je ne cacherai pas que son talent se prête mieux à la vignette qu'à la grande composition. Il apporte dans le dessin de ses compositions hors texte trop de raideur et de cérémonial et ses personnages sentent trop le mannequin qui les a posées. Ses vignettes, plus légères, plus délicates, traitées avec plus de sansfaçon sont délicieuses en tous points et se marient au texte très heureusement.

Champollion a, du reste, apporté un soin minutieux dans la gravure des quinze compositions d'Adrien Moreau et il n'y a que de sincères éloges à lui adresser ; sa pointe fine et amusante a très ingénieusement interprété les dessins du peintre. Le portrait de Victor Hugo, qu'il a gravé d'après Alophe,est également une œuvre délicate et remarquable.

Somme toute un livre de très belle allure à l'actif de l'éditeur Conquet, mais un livre qui en

appelle d'autres : Marion Ddorme, le Roi muse, Lucrèce Borgia.

La Librairie des Bibliophiles a entrepris la publication d'une Bibliothèque des Mémoires relatifs à l'histoire de France, qui est destinée h cire le complément de sa Nouvelle Bibliothèque classique des grands écrivains français. Laissant h ses devanciers le mérite des collections complètes, trop volumineuses et trop coûteuses pour le grand public, le nouvel éditeur, M. Jouaust, ne prendra, parmi les Mémoires du xvi' et surtout des XVII* et xvui' siècles, que des œuvres vraiment intéressâmes au double point de vue de l'importance historique et du mérite littéraire. Tous les ouvrages qui entreront dans cette collection, confiés aux soins des érudits les plus compétents, seront accompagnés de préfaces, notes, index et tables analytiques. — Après les Mémoires de l'abbé de Choisy sur le règne de Louis XIV, publiés par M. de Lescure, paraissent aujourd'hui les Hémoires d'Agrippa d'Aublgné, publiés par Ludovic Lalanne. Ils forment un charmant volume, format in-i6,elzévirien, du prix de 3 francs. Il y a aussi des exemplaires sur papier de Hollande, à 6 francs, et sur papier de Chine ou papier Whatman, à lo francs.

Le tome V du Répertoire de la Comédie- Française vient de paraître en son joli format in-i6 à la Librairie des Bibliophiles, avec une

préface de Henri de Bornier et un très joli portrait de M"* Muller, gravé par Abot.

M. Charles Gueulette, en poursuivant régulièrement depuis iS83 la publication annuelle du répertoire de la Comédie-Française, rend un signalé service à tous les amateurs d'art théâtral et aux bibliophiles. Il a droit à toutes nos félicitations, car ses petits annuaires resteront comme des bijoux bibliographiques.

Launette et G" ont publié le tome X des Confessions de J.-J. Rousseau, avec ^illustrations de Maurice Leloir. Je ne reviendrai pas sur l'éloge de ce livre en cours qui se poursuit avec régularité et avec une perfection presqu'absolue.

A la librairie Launette on a exposé dernièrement toutes les aquarelles de M. Maurice Leloir pour cet ouvrage. Je regrette que tous les lecteurs du Livre n'aient pu défiler dans la galerie du boulevard Saint-Germain. Cette exposition des originaux de Leloir démontrait avec quel souci du détail et de la couleur le jeune maître aquarelliste a achevé les innombrables compositions de cet ouvrage si éminemment élégant et artistique,

A la librairie Testard, la première livraison de Notre-Dame de Paris, de Victor Hugo, avec illustrations de Luc Olivier Merson gravées par Géry Richard vient d'être mise en vente. Dix fascicules sont à paraître pour compléter l'ouvrage dont je parlerai par la suite-

— Chronique BiBuoait*pHiouE. — Bullïtim des Bidliothèqoes : Ventes. — Bibliographies. — Catalogues. — Publications houvellis {Bibliographie du mois. — Ouvrages signalés de tétranger. — Publicalioni annoncées ou en préparation, tant en France qu'en Europe). — Nouvelle» littéraires : Misceilanées. — A travers Journaux et Périodiques. — Nécrologib des hommes de lettrés et e récemment décidéi.

CHRONIQUE BIBLIOGRAPHIQUE

SoHHiiiiE. — Les acadcinies et leurs distributions de prii. — Un lauréat posthume. — Les voyageurs récompensés. — Le congrès international des gens de lettres. — Le dictionnaire d'argot de M. Albert Barrére, — Un étymologiste italien : M. Francesco Zambsidi et son Vocabulario.

La saison des prix est close à l'Académie française. Outre les proclamations déjà faites dans nos précédents numéros, nous pouvons, pour compléter notre palmarès à bâtons rompus, ajouter aujourd'hui : Prix Thérouanne, M. Germain Bapsi, pour son Histoire des joyaux de la Couronne de France; prin Thiers, M, Abel Lefranc, pour son Histoire de la jeunesie de Calvin; grand prix Robert, M. le vicomte d'Avenel, pour ses quatre volumes sur Richelieu et la monarchie absolue; second prix Gobert, M. Edouard Biré, pour Paris en l'^p^; prix Bordin, M. Ravaisson- Mollier pour ses trois volumes in-folio sur LéO' nard de Vinci; prix Marcelin Guérîn, partagé entre : M. Léon Balastré, pour son ouvrage sur h Renaissance l:i,ooo (t.), M. Gabriel Bonvaloi, pour sa relation Du Caucase aux Indes (3,000 fr.); H, Paul Deschanel, pour ses deux livres Orateurs et hommes d'Étal et Figures de femmes (1,000 fr.), et M. Lentillac, pour son Étude sur Beaumarchais (1,000 fr.) ; prix Jean Reynaud, H.V. Duruy, pour son Histoire des Grecs; prix Vitet, partagé entre MM. Anatole France et Charles Yriarte.

Nous ne mentionnons pas un lot de romans et essais moraux sur lesquels est tombée la manne du prix Monthyon et de quelques autres fondations analogues. Les titres n'apprendraient rien au lecteur sur la nature des ouvrages couronnés. C'est là un secret entre l'Académie et les auteurs.

A l'Académie des inscriptions et belles-lettres, le prix Loubat a été décerné â M. Léon de Rosny, pour son Codex pef-esianus. Une autre somme de 1,000 francs, qui s'est trouvée, par exception cette année, à la disposition de l'Académie, a récompensé M. Rémi Siméon, pour sa traduction des Annales de Chimalpahin,

L'Académie des sciences morales et politiques a décerné son grand prix triennal de 2,000 francs à l'œuvre de M. Caro, C'est un supplément d'héritage pour sa veuve. Celte décision, fort équitable sans doute, ne laisse pas que de sembler bizarre. On pouvait croire toute gloire posthume superflue pour un homme si glorieux de son vi-

Le prix Odilon Barrot échoit à M. Marcel Fournier, sur la question : Histoire de l'Enseignement du droit en France avant ijSg.

Continuons notre distribution, La Société de Géographie, dans sa première assemblée générale de celte année, a décidé les récompenses suivantes :

Médaille d'or : M. te lieutenant Caron, pour sa reconnaissance du Niger et son voyage par le fleuve jusqu'à Tombouctou,

Médaille d'argent : M. H. Malaigne, pour son ouvrage intitulé : Nouvelle géographie de la France.

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Vf' ••

bV/

Prix La Roquette : M. Charles Rabot, pour ses diverses missions dans les hautes régions septentrionales de TEurope.

Prix Erhard : M, Fernand Foureau, pour sa carte du Sahara.

Prix Fomard : M. Pierre Margry, ancien archiviste du ministère de la marine, pour ses mémoires et documents pour servir à Thistoire des origines françaises des pays d*outre-mer. Découvertes et établissement des Français dans l'ouest et dans le sud de l'Amérique septentrionale.

Le deuxième congrès international de la Société des Gens de lettres se réunira le 20 du présent mois. On sait qu'il s'est assuré le concours de l'Association littéraire internationale. Les séances se tiendront au Trocadéro. Voici le programme des travaux, tel qu'il a été arrêté par le comité d'organisation, dont M. Jules Simon est le président.

Section de Législation

Première Question

L'auteur d'une œuvre littéraire a-t-il le droit exclusif d'en faire ou d'en autoriser la traduction ?

Y a-t-il lieu d'obliger l'auteur à indiquer, par une mention quelconque sur l'œuvre originale, qu'il se réserve le droit de la traduire?

Y a-t-il lieu d'impartir à l'auteur ou à ses ayants cause un délai, quel qu'il soit, pour faire la traduction ?

Deuxième Question

Les articles de journaux et de recueils périodiques peuvent-ils être reproduits ou traduits sans l'autorisation de l'auteur ?

Celui-ci doit-il être astreint à une mention spéciale de réserve ou d'interdiction ?

Faut-il excepter les articles de discussion politique, les faits divers, les nouvelles du jour et les télégrammes ?

Que faut-il décider pour les romans-feuilletons?

Troisième Question

La reproduction d'une œuvre littéraire dans une chrestomathie, une anthologie ou recueil de morceaux choisis, doit-elle être subordonnée h l'autorisation préalable de l'auteur ?

Quatrième Question

Doit-on exprimer le vœu que la convention de Berne soit modifiée sur les trois points ci-dessus?

Cinquième Question La transformation d'un roman en pièce de |

théâtre ou vice versa, sans le consentement de l'auteur, constitue-t-elle une reproduction illicite ?

Sixième Question

La reproduction d'une œuvre littéraire au moyen de lectures publiques peut-elle avoir lieu sans le consentement de l'auteur ?

Septième Question

Une loi spéciale est-elle nécessaire pour régler les rapports des auteurs et des éditeurs ?

Section de littérature

I® La science dans la littérature contemporaine.

2® La littérature russe en France.

Lorsque toutes les questions de la première session auront été résolues — si elles le sont — il s^agira de faire passer ces solutions dans la loi. Les congrès littéraires internationaux ont encore devant eux de beaux jours.

Nous aimons, dans ces chroniques bibliographiques, à nous occuper des livres publiés à l'étranger, surtout lorsqu'ils touchent par quelque point notre histoire littéraire, ou qu'ils présentent un côté singulier ou curieux. A ce double titre, l'édition nouvelle et corrigée que M. Albert Barrère, jeune et brillant diplomate doublé d'un linguiste fort érudit,a récemment donnée de son livre Argot and Slang, a le droit de nous arrêter*.

Comme l'indique le titre, que nous transcrivons en note, l'auteur se propose de donner l'équivalent ou, à défaut, l'explication en anglais des mots d'argot et expressions argotiques usités dans les basses classes et dans la haute société de Paris. Et il ne se borne pas à l'argot contemporain; il embrasse, dans son plan, l'ancien et le moderne. Sa préface nous avertit qu'il a surtout emprunté aux dictionnaires argotiques de Francisque Michel, de Delvau, de Rigaud et de Lorédan Larchey, au Parisismen de Vilatte, aux mémoires de Vidocq et de Claude, aux œuvres de Balzac, et aux journaux quotidiens. Pour l'anglais, le Slang Dictionary publié chez Chatto et Winders, recueil bien imparfait, disonsle en passant, et un volume intitulé History and

I Argot and Slang. A new French and English Dictionary of the cant words, quaint expressions, slang terms and flast phrases used in the high and low life of old and new Paris, by Albert Barrère, officier de Pinstruction publique. New and revised édition. London, Whitlaker and C, 1889; i vol. in-8*. Ex-483 p.

GAZETTE BIBLIOGRAPHIQUE

Curions Adventures of Bampjyide-'Moore Carew^ King of the Mendicants, lui ont été particulièrement utiles. Il donne d'autre part une liste des « autorités consultées et citées », qui ne compte pas moins de cent quarante auteurs ou publications. On y pourrait ajouter. Ainsi, puisque M. Barrére a trouvé profitable de consulter /Vwtermédiaire des Chercheurs et Curieux^ on s'étonne qu'il ait négligé le journal anglais qui a servi de modèle à l'Intermédiaire, Notes and Queries, Le journal le Chat noir^ les chansons de Bruant, seraient consultés avec fruit. Nous ne voyons point mention du Dictionnaire éty^ mologique et explicatif de la langue populaire par Charles Toubin (1886), ni le Dictionnaire historique et pittoresque du théâtre par Arthur Pougin (i885). Puisque c'est Targot français de tous les temps que M, Barrère étudie, les recherches de M. Auguste Vitu sur le jargon du XV* siècle lui auraient été d'un grand secours.

Le dictionnaire argot-français, qui fait suite au poème de Grandval Le Vice puni ou Cartouche^ n'a pas été dépouillé bien exactement. Je ne vois, en effet, figurer dans le recueil de M. Barrère, ni l'expression monter un ver, mentir pour découvrir la vérité; ni les mots Tunbaye, Bicetre, quelque chose comme le Bedlham anglais, ni toccange^ coquille de noix. Le mot réme, qui ne se trouve pas dans F. Michel, non plus que dans Lorédan Larchey, est donné dans Grandval avec la signification « fromage », et non pour désigner quelqu'un qui gronde, comme l'explique M. Barrère.

Dans l'argot contemporain les omissions sont nombreuses. Je citerai en courant : Saint-Lago, Saint-Lazare (M. Barrère donne Saint-La^)'^ secoué, emprisonné; être en claque, faire partie du personnel d'une maison publique (M. Barrére donne claquebosse et claquedents); être à la belle, n'avoir pas de domicile, abréviation d'être logé à la belle étoile; être fait ^ être arrêté; chocotte xiu choquoite (M. Barrère ne donne que les sens de dent ou d'os à moelle), il se prend aussi, par une métaphore assez naturelle, au sens de profit, bénéfice, argent gagné ; ramastiquage^ voyez ramastiquer et ramastiqueur ; fignon, probablement le même que ^5/o« avec un sens ironique; bastaud (peau de bastaud) ; voir une récente chronique de Jean Richepin intitulée Truan- (faille, 7 mai 1 889) ; donner le coup de la fourchette, faire sauter les deux yeux en y plongeant deux doigts d'une même main. On remarque encore Tabsence de mots ou d'expressions comme ^iim^zkucheur, cultiver la veuve Poignet^ se faire sauter la cervelle^ et bien d'autres dont le sens obscène n'était pas de nature à les faire exclure de l'ou-

vrage, car M. Barrère a accueilli quantité de synonymes, et déclare qu'il a suivi, sans fausse pudeur, le conseil de Victor Hugo : « Quand la chose est, dites le mot. »

Ces critiques de détail, qu'il serait facile de multiplier, et auxquelles un livre de cette nature ne peut guère ne pas prêter, n'empêchent pas que le travail de M. Barrère ne soit, dans l'ensemble, admirablement exécuté. Il sera d'une utilité très grande aux Anglais pour la lecture de nos romans et de nos journaux; l'érudit y aura sous la main une collection toute faite de ren* seignements et d'expressions comparées bien difficiles à rencontrer ailleurs et y découvrira des filons inattendus; enfin, pour le bibliophile et le curieux, c'est un beau livre de haulte gresse et de verte saveur. Nous souhaitons que M. Barrère nous en donne la contre-partie en publiant bientôt un dictionnaire d'argot anglais-français. Ce ne serait, à coup sûr, ni moins utile ni moins piquant.

Un autre dictionnaire remarquable, mais consacré à la langue classique et nullement à l'argot, c'est le Vocabolario etimologico italiano de M. Francesco Zambaldi*. L'auteur est déjà très honorablement connu par de nombreux et remarquables travaux de linguistique et de métrique. Sa grammaire latine a eu deux éditions et sa grammaire italienne est à sa septième. On peut donc, à priort\ affirmer que l'œuvre nouvelle est faite de main d'ouvrier. Plus on l'examine ensuite, et plus on reconnaît que cette confiance était bien placée. Après avoir rappelé que les langues sont des organismes vivants, en état d'évolution constante, lente ou rapide, suivant la condition sociale et politique des peuples et leur activité intellectuelle, M. Francesco Zambaldi ajoute très justement : « Un livre qui se propose de donner la notion vraie et complète d'une langue ne peut se borner à donner la suite des vocables dont elle se compose avec leur étymologie, comme la plupart des dictionnaires étymologiques le font. Une langue est quelque chose de plus qu'une suite de vocables; et de même que les pierres d'une mosaïque disposées par couleurs et par formes ne sont point l'œuvre d'art qu'elles doivent former, de même les éléments d'une langue, disposés dans un ordre purement conventionnel, ne donnent aucune idée de cet organisme vivant avec ses caractères et sa succession de phénomènes propres, qui s'appelle une langue. Les vocabulaires alphabétiques d'une

I Citià di Castello, S. [.api,i889; ' ^^^' ^""8°» ^C- 720 p, prix ; 7 fr. 5q.

langue, de mSme que ceux de l'histoire, de la géographie, de la botanique, ou de tout autre , sont très utiles à beaucoup d'égards, maU non pour des éludes coordonnées. L'ordre d'un vocabulaire étymologique doit être conforme à la nature et ù l'histoire de la langue elle-même, c'est-à-dire qu'il doit réunir les mots qui dérivent d'une même source, de façon que chacun tienne sa place comme les noms de personnes dans un grand arbre généalogique, et qu'on voie les familles grandes et petites, les parentés étroites ou éloignées, les origines nationales ou éti nngéres. t

C'est en appliquant ces règles et en travaillant sur ce plan, sans entrer dans les discussions des points controversés ni dans des recherches trop

subtiles, que M. Francesco Zambaldi a pu faire un livre neuf avec des matériaux aussi vieux que les vocables italiens, d'une utilité pratique incontestable, et où l'on suit, depuis ses premiers germes jusqu'à son développement contemporain, les vicissitudes de la langue de Dante ei de Manzoni.

Un index alphabétique d'une exactitude scrupuleuse permet, grâce à un très simple et ingénieux système de référence, de trouver du premier coup, dans le corps de l'ouvrage, le mot ou le renseignement dont on peut avoir besoin. Nous ne connaissons aucun travail analogue, sérieux et complet, pour la langue française. C'est une lacune qu'il serait important de combler. B.-H. G.

FRANCiB

— Nos colonies de l'Inde sont bien peu de chose auprès de l'immense empire anglais. Elles valent cependant la peine qu'on ne les oublie pas. Elles se sont chargées de rappeler au monde leur existence en envoyant de beaux spécimens de leur industrie îi l'Exposition universelle. 11 est bon en même temps démettre en relief leur activité intetiectuelle. Un petit journal hebdomadaire qui s'imprime en anglais, à Pondichéry, et dont le titre The Indiati Republic est précédé de ces mots : « République française. Liberté, Égalité, Fraternité, » nous apprend que la bibliothèque de Pondichéry est une des institutions les plus importantes de notre capitale hindoue. Elle a été fondée par le gouvernement français, en 1827, et inaugurée sous l'administration du vicomte Desbassayn du Richmont. EUe est riche d'environ ïo.ooo volumes, sans compter une collection de 3o,ooo publications officielles. C'est le gouvernement qui fait tous les frais de son entretien.

— Les petits-enfants de M. Chevreul se sont

rendus dernièrement auprès du directeur du Muséum d'histoire naturelle pour l'avertir officiellement qu'ils faisaient don au Muséum de la bibliothèque de chimie et d'alchimie et des nombreux manuscrits de leur grand-père.

— Le gouvernement français est en pourparlers avec les héritiers d'un collectionneur anglais, sir Thomas Philipps, pour acheter des documents intéressant notre histoire.

La façon dont cet amateur avait composé sa collection est assez originale. En i8i5, il suivait les armées alliées et se procurait à vil prix tous les livres, manuscrits ou pièces quelconques qu'il supposait susceptibles d'acquérir plus tard une certaine valeur.

— On lit dans le Potybiblion (mai) : t La bibliothèque du grand séminaire de Limoges renferme de précieux manuscrits, collection unique de documents anciens qu'il n'est plus possible de retrouver ailleurs et qu'ont ainsi sauvé de l'oubli les abbés Nadaud et Legros. On y trouve, entre

GAZETTE BIBLIOGRAPHIQUE

autres, plusieurs chroniques se rapportant aux ivîi« et xviii» siècles. Sous les auspices des socie'tés archéologiques de Limoges et de Tulle, ces chroniques vont être publiées par M. Tabbé Leclerc, qui y joindra d'autres pièces importantes pour rhistoire de la province aux derniers siècles. »

— On a récemment vendu à Thôtel Drouot, une fort belle suite à toutes marges, épreuves avant la lettre, des vingt-cinq figures dessinées par Moreau pour le Choix de chansons mises en musique par M. de la Borde, Cette suite, qui provenait de la collection Feuillet de Conches, a été achetée 5, 020 francs.

— On a fini de vendre, le mois dernier, à Thôtel Drouot, la bibliothèque particulière de feu Léon Techener,

Pour cette adjudication, composée d'éditions rares et de précieuses reliures, les commissionnaires présentaient les livres au public avec des gants blancs.

Voici quelques prix : Missale Ecclesice Pari- BÎensiSy petit in-folio, 4, 5 00 fr. Aquarelles de Jules Jacquemart, pour l'histoire artistique de la porcelaine, précieuse suite de 26 aquarelles sur vélin, ir,ooo fr. Joanis Joviani Pontani Opéra y joli volume aux armes de François I% 4,010 fr. Joanis Joviani Pontani Opéra , de i5i8, reliure du quinzième siècle, exemplaire de Grolier avec son nom et sa devise, 5, 000 fr. Les Œuvres de maistre François Villon, i532, reliure de Joly, 1,800 fr. Rymes de gentille et vertueuse dame D, Pernette du Guillety 3,75o fr. Œuvres de Louise Labéf exemplaire de l'édition originale dans sa première reliure du quinzième siècle, 3,i3o fr. // Decamerone, Londra, 1 757-1761, reliure ancienne, 7,000 fr. Œuvres diverses de Fontenelle^ exemplaire de grand papier (1728), 6,100 fr.

Cette vente, qui ne comprenait que 200 volumes, a produit 160,579 francs.

Ce sont là des prix qui font paraître assez singulière l'affirmation d'un rédacteur de la New York Tribune, M. G. W. Smalley, qui, dans un article intitulé : En Bouquinant, nous affirme que, depuis deux ou trois ans, le goût de collectionner des livres présente, chez les Français, des signes d'une décadence morbide. M. Rouquette lui a offert, pour 5oo francs, un Molière qui en aurait valu 2,000 il y a cinq ans. M. Monjaud, ancien commis de M. Fontaine, a supplanté la boutique de son ancien patron en faisant de la sienne le principal rendez-vous des collectionneurs ; les Marpon ont inauguré tout dernièrement leur

maison du boulevard pour y vendre plus à l'aise 2 fr. 75 les volumes à 3 fr, 5o, ce qui oblige Calmann-Lévy (le nez lui en saigne !) à en faire autant ; on ne fait plus de reliures en maroquin du Levant; le maroquin de Strasbourg, lequel n'est que du chagrin à gros grains, le remplace, avec avantage pour le relieur. — Et c'est ainsi que les relations internationales font que les peuples n'ont, les uns pour les autres, plus rien de caché !

— A propos des ventes publiques, le Temps (23 avril) publie la pièce suivante, qui donne des détails curieux et inédits sur la façon dont se faisait, pendant la Révolution, la vente aux enchères des biens d'émigrés et des couvents.

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