MÉLANGES LITTÉRAIRES
— Critique, — Philologie. — Linguistique, —
L'Orient, journal d'un Peintre y par George RoDiER. Paris, 18S9, Victor Havard. Un vol. in- 18 illustré. — Prix : 3 fr. 5o.
La vision toute spéciale d'un artiste, d'un peintre, n'est pas du tout celle d'un homme de lettres, d'un écrivain de profession, habitué à enfermer sa pensée, ses réflexions, dans un moule convenu, dans un procédé préféré, et c'est pourquoi nous avons trouvé un rare et singulier régal
dans la lecture de ce livre très séduisant : l'Orient, journal d'un Peint re^ que vient de faire paraître un artiste de talent, tout jeune encore, M.- George Rodier.
Il s'est plu à illustrer lui-même ces notes de voyage, soulii^nant du pinceau, du crayon, les impressions qu'il traçait au jour le jour sur son album; il en est résulté un ouvrage fort original, où nous rencontrons des réflexions très neuves, des peintures très hardies, toute une littérature
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abrupte, ne ressemblant à rien de ce qui a été fait,
L'Orient est une chose connue, maintes fois peinie, écrite, racontée, et cependant dans ce journal nous trouvons encore du nouveau, encore de l'inconnu. Le Caire, les pyramides, les danseuses, les magies arabes, ou les féeries pharaonesques ; le ril-ve des Mille et une nuits, avec les minarets, les mosquées, les tombeaux des sultans, les bazars, les moucharabieh ou le Nil des anciens, les pyramides, Karnak, le désert : — tout cela revêt une physionomie ignorée sous la plume inhabile et naïve de ce peintre, qui n'a pas l'habitude d'écrire, qui ignore la ciselure des phrases, et qui dit tout ce qui lui passe par le cerveau, à travers un véritable simoun d'enthou-
Ensuite, il pe'nétre en Palestine, s'enivre du charme triste des Lieux Saints, jette au courant de la plume, dans une fébrilité admirative, tout ce qu'il voit, tout ce qu'il ressent, de la mer Morte à Jérusalem, de Bethléem au mont Car-
C'est très jeune, très chaud et très attrayant ce récit, non destiné d'abord à la publicité, et il apporte véritablement au milieu de nous le souffle ênigmatique et séduisant de l'Orient,
La Guerre, par Vsbvolod Garchine, adapté du russe par Hai.i'Érine-Kaminsky. Paris, Victor Havard, 1889. Un vol, tn-18 Jésus. — Prix : 'i fr. 5o.
Tout le mondi; connaît l'admirable œuvre de Tolstoï sur Napoléon I" et la campagne de Russie ; la Guerre et la Paix. Vsevolod Garchine, à son tour, raconie sesimpressions sur/a Guerre, plus récente, entre les Russes et les Turcs, et nous retrouverons dans son livre la même vision curieuse, la même forme d'esprit, qui sont comme la caractéristique de l'âme russe. Il y a des chapitres très empoignants dans cette étude, qui eût eu plus de saveur encore si le grandiose souvenir de Tolstoï ne gênait pas un peu !e lecteur et n'entravait parfois son admiration pour Garchine. Malgré cette réserve le livre mérite d'être lu et figurera avec honneur parmi les belles choses de la ïi
La Confession d'un Jeune Anglais, par
George Moore. Paris, A. Savine, 1889. Un vol. in-18 Jésus,— Prix : 3 fr. 5o.
Œuvre très originale, d'une curieuse couleur britannique, tout insufflée du mouvement littéraire moderae avec ses tendances vers les déca-
dents et les symbolistes, le livre de M. George Moore marque une transformation sensible dans l'état d'esprit de son auteur. Jusqu'à présent celui-ci avait été surtout le représentant de l'École naturaliste en Angleterre, ses œuvres leclassaient parmi les apôtres et les disciples de Zola. 11 semble qu'il ait voulu, par cette publication, se dégager du naturalisme. Sa Confession d'un jeune Anglais est du plus vif et du plus instructif intérêt; mais ses jugements littéraires et artistiques, qu'on retrouve en beaucoup de pages, nous paraissent le reflet un peu heurté, un peu incohérent et sans trop de liaison entre eux, de conversations entendues dans certaines brasseries, où s'agitent, entre les bocks, à travers la fumée des pipes, les questions les plus graves de l'esthétique et de la littérature, où, surtout, sont cavalièrement exécutées en quelques mots les gloires les moins contestables.
Quoi qu'il en soit et bien qu'on puisse s'étonner parfois de la partialité de l'écrivain, de ses préférences, de ses étranges arrêts, son volume autobiographique est certainement un des plus attirants, et il a une saveur originale de haut goût. c. T.
Le Chemin du Crime, par Hugues Le Roux. Paris, Victor Havard, 1889. Un vol. in-18 Jésus. — Prix ; 3 fr. 5o.
Le nouveau volume de Hugues Le Roux, le Chemin du Crime est l'indispensable complément et la suite tout indiquée de ce curieux et précieux ouvrage l'Enfer parisien qu'il a fait paraître l'an dernier.
Ce livre, qui a l'intérêt du roman le plus palpitant et le plus émouvant, comporte, en outre, quelque chose de plus élevé, c'est son côté philosophique et social, et, comme son aîné, il deviendra nécessairement l'un des plus complets qu'on ait pu recueillir sur la société contempo-
Tour à tour l'écrivain nous montre l'enfant malheureux, orphelin, disgracié, ou même criminel ; ensuite il étudie la femme, mais cette créature spéciale qui touche à la loi, celle qui relève de Saint-Lazare; quand il arrive aux hommes, ce sont les faussaires, les bonneteurs, les individus de métiers suspects qui défilent sous nos yeux, précédant de peu les sombres habitants des prisons cellulaires, voleurs et assassins. Tout cela est vu dans son milieu, dans son atmosphère et peint avec une rare habileté ; une foule d'anecdotes ignorées, de détails inconnus donnent un arôme étrange, bien particulier, à ces études prises sur le vif. Dans certains cas même
l'écrivain n'a pas hésité à se soumettre à des
expériences pénibles ou dangereuses, perce
qu'elles pouvaient le conduire à la révélation
d'une vérité, à
pour son volume, l'attrai
soufferte et vécue. C'est
mentaire et documenlét
tive; elle sera, dans no
consultée, la meilleure.
irrésistible de la chose là de l'histoire docu- , amusante et instrucbiblioihéques, la plus
Parla-Secret, par Ignotus (Félix Platel). Paris, Victor Havard, 1889. Un vol. in-18 Jésus. — Prix : 3 fr. 5o.
Si quelqu'un devait entrer de droit dans la série des journalistes parisiens dont l'éditeur Victor Havard a entrepris la si curieuse collection, et prendre rang à côte d'Albert Wolff, d'Henri Rochefon, d'Aurélien Scholl, d'Henry Fouquier, etc., etc., c'était certes le grand chroniqueur littéraire qui a rendu fameux son pseudonyme d'Ignotus, tant par des portraits de l'ordre le plus élevé que par ses études spéciales sur Paris et sur la mer.
En dépit d'un style parfois ampoulé, de métaphores exagérées, on trouve en effet dans son œuvre des pages absolument remarquables; ce sont celles-là qui composent cevolume 'ieParis- Scc!'ct,oix sont rassemblées les meilleures observations de l'écrivain, celles qui conduisent le lecteur à travers les mystères et les dessous de l'existence parisienne. Dans toutes on retrouve sa pitié attendrie pour l'enfant, son penchant ému pour la femme malheureuse ou souffrante. Les lecteurs du Figaro se souviennent encore de ces visites aux carmélites, aux repenties, au Conservatoire, à la Bourbe, au Dépôt des femmes; ils n'ont pas oublié comment l'auteur les a introduits ù Mazas, h la Petite-Roquette, à la Morgue, au Père-l.achaise ; avec lui ils ont vu les Jeunes- Aveugles, les pensions île jeunes filles, les grands bazars, le bal de l'Opéra, la Comédie-Française, la Salpètrière, les Knfants-Trouvés. Ils reconnaîtront avec plaisir, réunis dans ce volume, tous ces articles qui méritaient d'être conservés pour la mémoire d'Ignoius, pour l'intérêt des grandes questions sociales et humaines, et qu'on relit avec une véritable passion.
Paris qui roule, par George Bastard. Paris,
Georges Chamerot, 18S9. Un vol. illustré, in- 18 Jésus. — Prix : 3 fr. 5o.
Il est bien amusant, coquet, pomponné et affriolant ce livre que George Bastard fait paraître sous le litre Paris qui roule; nulle préten-
tion, mais de la bonne humeur à foison, d'indispensables renseignements, une foule d'anecdotes, de bons mots, de gauloiseries, c'est le livre du
L'auteur y étudie, en effet, tous les moyens de locomotion usités depuis la plus haute antiquité jusqu'à nos jours : mythologie païenne. Grecs, Romains, barbares, civilisés, tous passent, roulent devant nous sur le véhicule qui leur est propre, et, à travers les âges, roulant toujours, nous arrivons ainsi jusqu'au jour néfaste de 1889 oii la grève des cochers menaça d'arrêter ce perpétuel roulement.
Une quantité d'illustrations, croquis, ombres chinoises, pages historiques, donnent une gaieté de l'œil bien vivante à ce livre qui possède déjà la gaieté de la langue et du récit. George Bastard, avec un sujet en réalité très sérieux, très instructif, avec des documents que tout le monde voudra connaître et conserver, a trouvé le moyen de faire une œuvre qui se lit couramment, avec la facilité et l'attrait d'un roraan; son Parts qui roule n'aura pas de peine à devenir un livre qui roule vers le succès.
Holiëre (Œuvres de). Illustrations par Jacques LÉMAN ; Notices, par Anatole de Montaiclon, XIV' livraison : Don Juan ou le Festin de Pierre. — i vol. in-4".
La librairie Emile Testard vient de faire paraître la 14' livraison des Œuvres de Molière : Don Juan fait suite aux Plaisirs de liste enchan~ te'e. et nous est offert avec le même luxe d'illustrations à la fois ingénieuses et savantes.
Aucun artiste n'était mieux préparé que Jacques Léman à l'interprétation, par le crayon, du texte écrit, parce qu'aucun ne s'est pénétré plus profondément de la pensée de Molière et ne s'est mieux assimilé le dix-septième siècle. Depuis son tableau célèbre, unn Matinée à l'Hôtel de Rambouillet, depuis cette restitution si habile de la fameuse Chambre bleue d'Arthénice, Jacques Léman a toujours vécu de la vie de Molière et de ses contemporains.
Quand on a vu et étudié les quatorze pièces déjà publiées, quand on songe à celles qui doivent paraître encore, on est effrayé du travail matériel dans lequel s'est engagé l'artiste, mais bien plus émerveillé encore de l'incroyable fécondité de son esprit, de la variété sans cesse renouvelée de ses ornements, de la justesse de son interprétation, de son ingéniosité et de son goiîi
La grande planche hors texte où M. Jacques Léman nous montre Don Juan entre Charlotte et
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Mathurine est un pur chef-d'œuvre. Que dire de toutes les ravissantes vignettes qui accompagnent le texte, en-têtes, lettres ornées, culs-de-lampe? Le juge le plus difficile les trouvera irréprochables, comme composition et comme exécution.
La ^o/iVe placée en tète du volume par M.Anatole de Montaiglon nous offre des recherches fort intéressantes sur tous les Don Juan qui ont précédé ou suivi celui de Molière, tant en France qu'en Espagne et en Italie, en Angleterre et en Allemagne. L'auteur place-t-il la pièce de Molière aussi haut que le désirerait noire admiration ? Non, et je crois qu'il la rapetisse un peu, loin de la grandir ou de lui reconnaître son vrai rang parmi les chefs-d'œuvre. Parlant des Observations pubUées sous le nom de B.-A. sœur de Rochemont, contre le Don Juan, il ne sait à qui les attribuer: il est hors de doute pour nous qu'elles sont de Barbier d'Aucour, dont il est aisé d'y reconnaître le style.
Le teste suivi est celui de l'édition de 1682,011 le Don Juan parut pour la première fois; il est très exact, aux accents près, qu'on trouve plus les e dans l'édition originale.
Correspondance Intime du comte de Vandreuil etdu comte d'Artois, pendantl'émigratlon (1780-1815), publiée avec introduction, notes et appendices, par M. Léonce Pjn- CAUD. Ouvrage accompagné de quatre portraits en héliogravure — un portrait du comte de Vaudreuil, d'après M°" Vigêe-Lebrun, en 1784; la duchesse de Polignac, d'après In même, et Charles-Philippe de France, frère du roi. Doux vol. in-18, formant ensemble 800 pages. Paris, librairie Pion, 1889.
Ce Vaudreuil était une des figures en vue et foncièrement Versailles, sol correspondan de générosité, esprit. Écarti Vaudreui
! de la chronique de Louis XVI; la publication de cette , nous révèle en outre un homme u cœur fidèle, et de remarquable s tout d'abord la légende d'un s écouté de la reine, entre les Lauzun, les Coigny et les Fersen. Si les autres, comme il convient de l'admettre, n'ont pas été plus favorisés que Vaudreuil, les prétendus amants de Marie-Antoinette ne furent presque pas même des amis. Nous remercierons sans réserve M. Léonce Pingaud de nous avoir restitué ces deux cent trente-quatre lettres, précédées d'une substantielle introduction de cinqu;mto pages, sur l'auteur du plus grand nombre, de presque toutes d'entre ces pages extrêi Tout au plus, demanderions-nous
teur, si le terme de courtisan, jus
d'acception très simple et d'objet constant rend bien la physionomie diverse, les talents multiples et le cœur noble comme le nom du comte de Vaudreuil. Tout en nous défendant de jouer sur les mots, il nous semble que l'appellation d'homme de cour, laquelle désigne un état, un rang, une éducation, et non un métier et un caractère, s'appliquerait mieux à cet homme si bien de son temps... Alors que le courtisan est de tous les temps, à preuve que Gambetta, Thiers et M. Grévy (pour ne point parler de Raoul Rigaud), en ont connu d'aussi vils et d'aussi quémandeurs, que Louis XIV et les deux Napoléons. Notre Vaudreuil, né en 1740, mort en 1817, occupait dans le monde de Louis XVI et de Marie-Antoinette, une place excellente pour sa vanité, ses plaisirs et ses intérêts. Très bien doué du côté de l'eilérieur, du visage, du tour d'esprit ; n un des deux seuls hommes de l'époque, sachant parler aux femmes, > disait la princesse d'Hénin ; virtuose de salon, proclamé par Grîmm 0 le meilleur acteur de société qu'il y eût à Paris r; d'une politesse et d'une bienveillance impeccables, cousin et favori de la favorite de la reine, M™* de Polignac, protecteur des arts et des lettres, support et ami desChamfort, des Beaumarchais, des Vigéc-Lebrun, intime du comte d'Artois, qu'il avait accompagné en 1783 au siège de Gibraltar, tel était Vaudreuil. Il pouvait passer pour le modèle de l'homme heureux, dans cette existence de succès et de plaisirs, coupée d'embarras d'argent, bientôt dénoués par des interventions secourables, qu'il n'était pas homme à laisser se négliger. On aime a voir quelqu'un que l'on trouve homme d'esprit n'être pas la dupe de certains milieux, surtout de ce milieu de dégoût et d'ennui qui s'appelle l'entourage des rois ; aussi Vaudreuil nous en est-il plus agréable pour avoir dit un jour r « La rareté d'un sentiment vrai est si grande, que lorsque je reviens de Versailles, je m'arrête dans les rues à regarder un chien ronger un os. » Au lendemain même de la prise de la Bastille, la fureur populaire était fort excitée contre le comte d'Artois, les Polignac et leurs .Tmis. Ils s'enfuirent tous de concert, les derniers dans la direction de la Suisse, d'où ils repartirent pour Rome et Venise, le premier à Turin, chez son beau-père, le roi de Sardaigne. Dans cet exil, Vaudreuil vivait on peut dire en famille, et les lettres fréquentes qu'il adresse au comte d'Artois — (la première datée de Berne, 8 septembre 17811) — renferment de minutieux détails sur les Polignac, oii Vaudreuil était chez lui, et sur la belle-sœur des Polignac, M"" de Polastron, qui était chez elle, chez le comte
d*Artois. Le rôle un peu équivoque de Vaudreuil, dans cette affaire (qui le touchait de fort près, du côté gauche) y est relevé par les fermes et sages conseils qu'il prodigue à son preux. C'est le nom dont on gratifiait alors entre amis, le comte d'Artois. Les Vendéens devaient lui en donner d'autres. Vaudreuil conjure son prince de ne pas faire venir auprès de lui son amie, par égard pour sa réputation à elle et par égard pour les graves intérêts que lui représente. Il y a aussi le beaupère de Turin, que le moindre tact nous aviserait de ménager un peu. Dans la plupart de ces lettres (qui roulent, durant leur phase la plus intéressante, sur trois thèmes presque invariables : la prudence au sujet de M"" de Polastron, l'orientation de la politique du prince vers Talliance espagnole, la méfiance envers l'Angleterre dont Vaudreuil voit directement la main, Tor et les intrigues, dans les troubles et les misères de la France, à l'origine de la Révolution), Vaudreuil parle au comte d'Artois — avec les protestations du dévouement le plus sincère et le plus fidèle — un langage d'une franchise parfois plus que sévère. Il le gourmande sur ses devoirs d'un ton que courtisan ne connut jamais, et que même l'amitié la plus loyale ne pouvait adoucir. Il ne nous étonnerait pas que le comte d'Artois, personnage douteux en somme, ne l'ait point oublié, lorsque, plus tard, Vaudreuil au retour de l'exil et jusque dans ses dernières heures, le supplia vainement de lui faire obtenir d'abord pour lui... plus tard pour son fils aîné, un titre de duc héréditaire. Car Vaudreuil, s'était marié, à l'âge de cinquante-cinq ans, avec sa cousine Joséphine-Victoria qui n'avait que vingt ans. Au surplus, la Restauration l'avait fait membre de l'Institut, membre de la Chambre des pairs, où il vota pour l'exécution du maréchal Ney. Peut-être, dans ce voisinage de ducs, comptait-il sur cette initiation pour devenir tout à fait leur égal. C'était trop attendre de la sensibilité du comte d'Artois. Il pouvait dédaigner l'appel d'une ancienne amitié, celui qui écrivait à Vaudreuil, le î«4 octobre 1793 : « Ce courrier n'est que pour notifier le cruel événement du meurtre de la reine. Tu sais les torts que je pouvais avoir à reprocher à cette trop malheureuse femme ; mais dans ce momentci, fai tout oublié, » La phrase est vraiment extraordinaire et le paraîtrait bien davantage, si l'on se rappelait l'attitude inouïe de la cour d'Autriche, durant les cruelles épreuves — supplice compris — de la fille de Marie-Thérèse. Nous remplirions aisément plusieurs de nos colonnes, avec les traits caractéristiques de ces lettres de Vaudreuil : conseils de morale, vues politiques, portraits de hauts personnages (entre autres celui de
Bernis à Rome) invectives contre les traîtres et les brigands; il épargne moins encore le duc d'Orléans, Breteuil, Liancourt et autres, que La Fayette et Mirabeau. Décidément, pour ce qui regarde la vie et la documentation (pour parler moderne), nous préférons les Lettres aux Mémoires. Style à part — lorsqu'il s'agit d'un Retz, d'un Saint-Simon, d'un Chateaubriand, — la plupart des Mémoires sont œuvre d'artifice, d'orgueil ou de lâches rancunes s'exerçant d'un tombeau sur d'autres morts et sur les vivants. Au contraire les Lettres même avec élagage, même avec l'ambition avouée de devenir un monument historique, qu'on découvre en celles-ci, gardent toujours l'animation et l'accent de causerie entre personnes réelles, où se retrouve, à défaut d'autre vérité, celle des humeurs et des situations.
Voltaire. Œuvres choisies (prose et vers), par M. F. Lhomme, agrégé de l'Université. Paris, libraire de l'Art. Un vol. grand in-8®. — Prix : 6 francs.
La librairie de l'Art, qui s'est fait une si belle place par son amour des belles choses et son soin de les rendre accessibles au plus grand nombre, entreprend une « Bibliothèque littéraire de la famille », dont le premier volume, contenant les œuvres choisies de Voltaire, a récemment paru. M. F. Lhomme, l'auteur érudit et fin qui signait naguère du pseudonyme de Lefranc des Études sur le théâtre contemporain sur lesquelles nous avons appelé l'attention de nos lecteurs, dirige, avec une compétence et une autorité absolument incontestables, cette nouvelle collection. Il en expose le but avec autant de précision que d'élégance dans l'introduction. « La Bibliothèque littéraire de la famille, dit-il, comprendra ce qui a été écrit de meilleur en France depuis trois siècles. Elle fera connaître les grands auteurs, non point par de courts extraits, mais par des ouvrages entiers ou par des fragments qui présenteront un tout complet. On trouvera dans un seul volume tout ce qu'il n'est point permis d'ignorer de chacun de nos grands écrivains. Si Ton veut instruire d'abord, on se propose aussi d'intéresser. Les poètes, les orateurs, les moralistes, les romanciers auront leur place dans cette collection. Nos livres s'adressent aux gens du monde qui ne se contentent pas de lectures frivoles. Ils s'adressent aussi aux jeunes filles et aux jeunes gens qui viennent d'achever leurs études et qui n'ont point hâte de les oublier... Chacun de ces volumes contiendra une biographie de l'auteur dont il offrira des extraits,
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et une appréciation générale de son talent. Le texte sera suivi de notes très sobres mais suffisantes pour qu'on puisse l'entendre sans peine. On aura, à la fois, Tœuvre elle-même et Topinion de la critique sur cette œuvre. »
Le programme est alléchant, et ce présent travail sur Voltaire, qui est le début de la collection, est une preuve qu'il sera rempli. M. Lhomme a fait un choix judicieux de tous les morceaux qui peuvent le mieux caractériser Voltaire sous les multiples faces de son talent d'historien, de conteur, de poète et d'épistolier. Une vie de Voltaire, suivie d'une courte étude sur « Voltaire écrivain », apprend tout ce qu'il est nécessaire de savoir sur cet homme, dont le nom et l'influence ont tellement rempli son siècle qu'ils ont débordé sur le nôtre On y retrouve les qualités de goût et de mesure, la rectitude de jugement, la pureté et la netteté d'un style formé par l'étude et l'admiration des modèles-classiques, qui donnent à l'auteur une valeur propre au milieu des critiques contemporains. Il y ajoute ici une sobriété et une discrétion que nous serions tenté de trouver excessives, si nous ne nous rappelions que le public auquel il s'adresse l'oblige à la plus grande réserve, comme il en avertit dans son introduction.
Ce beau et bon volume est en outre orné de 37 gravures, toutes intéressantes, mais dont les plus nombreuses et les mieux venues sont des portraits. Ceux de Voltaire sont au nombre de vingt, et forment une véritable iconographie de ce grand homme. Beaucoup des pièces ainsi reproduites ne se trouvent nulle part ailleurs, ayant été tirées de collections particulières exclusivement pour cette publication.
Nous attendons avec impatience les prochains volumes qui continueront cette 0 Bibliothèque de la famille » si brillamment commencée.
L'année littéraire, par Paul Ginisty. Avec une préface de Jules Claretie. Quatrième année, 1888. Paris, G. Charpentier. Un vol. in- 12. — Prix : 3 fr. 5o.
Voilà quatre ans passés depuis que M. Paul Ginisty présentait au public, avec une lettre d'introduction de notre rédacteur en chef, la première collection des comptes rendus qu'il donne périodiquement à un journal du matin. L'utilité de cette publication s'affirme dans chaque volume avec plus d'autorité, et le succès en va très justement croissant. Il y a plus : ces feuilles volantes, rédigées au fur et à mesure des lectures quotidiennes, ne périront • pas. Bien des ouvrages qu'elles enregistrent seront oubliés et perdus,
qu'on les consultera encore avec curiosité et profit. En effet, comme le dit fort justement M. Jules Claretie dans la préface qu'il a écrite pour l'année 1888. a l'œuvre de M. Ginisty, si vivante à présent, aura un jour, un piquant intérêt historique et rétrospectif. Les petits Mémoires de Bayle, les volumes de ce sec et ingrat Fréron sont plus curieux, certes, à lire que nos journaux du matin. L'éloignement donne aux jugements humains une valeur particulière. Et l'avenir ne dira pas que l'auteur de V Année littéraire a la colère et les injustices d'un Fréron... L'équité d'esprit est un don de nature, et celui-là, M. Ginisty le possède à un haut degré. »
Qu'ajouter à cet éloge? On ne peut méconnaître l'autorité de celui qui le donne. D'ailleurs il faudrait n'avoir pas lu un article de M. Ginisty pour n'en pas reconnaître du premier coup le bien-fondé. Ajoutons que le critique sait donner à ses analyses le charme du style et plus d'une fois, les rehausse d'esprit artistique et d'humour.
Des tables bien faites, mais où je cherche en vain les anonymes, complètent la valeur pratique de cette histoire littéraire au jour le jour.
Profils étrangers, par Cherbuliez (Victor), de l'Académie française. — Hegel et sa corres-
. pondance; le prince de Bismarck et M. Moritz Busch; lord Beaconsfield ; Guillaume de Humboldt et Charlotte Diede; un bourgmestre de Straslund au xvi' siècle j M. de Beust et ses mémoires; le roi Louis II de Bavière; Charles Gordon; Léopold Ranke; M. Geffcken et le Journal de l'empereur Frédéric; M. Francesco Crispi et sa politique; un missionnaire écossais; le poète don Sérafin Estebanez ; l'Esprit chinois; la Famille Buchholz. Un vol. in-16, broché, 3 fr. 5o. (Librairie Hachette et C", 79,. boulevard Saint-Germain, Paris.)
Ce volume est une galerie de portraits de politiques et d'écrivains étrangers, nos contemporains pour la plupart et dont quelques-uns vivent encore. On trouvera dans le nombre quelques amis de la France; d'autres comptent parmi nos ennemis les plus redoutables. Qu'il fasse poser devant lui le prince de Bismarck ou lord Beaconsfield, l'héroïque Gordon, le romantique roi de Bavière Louis II, le grave historien Léopold Ranke, ou le poète andalou don Sérafin Estebanez, le peintre a toujours le don de la ressemblance et il en pousse la recherche jusqu'au scrupule. C'est une justice qui lui a été souvent rendue. Tel homme d'Etat allemand, anglais ou italien s'est étonné ou s'est plaint, selon les cas, d'être si bien compris et jugé par l'écrivain de
lii Revue des Deux Mondes qui signe d'habitude G. V.nlbert et qui, cette fois, a signé de son vrai
Contes Espagnols. Traduction de E. Conta- MJM. iiE Latoub et de R. Foulché-Delbosc. Di;ssins hors texte, par C. Ogier. Paris, Sociiit^ de publications internationales, 1889. Un vol. grand in-S". — Prix : 3 fr. 5o.
Des légendes basques et catalanes recueillies par quatre auteurs contemporains, Vîcente de Arana, Victor Balaguer, Arturo Campîon et
Vicents de Febrer, forment cette collection, qui sera bien accueillie de ceux qui s'intéressent à li littérature populaire sous ses diverses formes et dans les différents pays. Les traducteurs se moatrent à la hauteur de leur tâche et conserveai, dans leur version française, la saveur agreste ou les grâces mièvres des originaux.
Les illustrations ont un caractère artistique dans le choix des sujets plutôt que dans l'exécution; mais le livre est bien édité ; c'est un beau volume qui fait honneur à la Société de publications internationales delà rue Servandoni.
Histoire de Florence, par F. -T. Perrens, de rinstitut tome H. Un vol. in-8°. Paris, iS^^I. Librairie Quantin.
Le second tome de l'ouvrage, considérable à tous égards, de M. F.-T, Perrens, s'ouvre avec les préliminaires et les préparatifs de l'expédition de ChLirles VlIIen Italie.
La tîgure qui domine dans la période principale qu'embrasse ce volume, c'est l'étrange et dramatique Savonarole. Avant lui et après lui, les Médicis donnent assez d'occupation au consciencieux historien.
Ce n'est point petite affaire, en effet, que de sonder les secrètes intentions et de démêler les intrijjues compliquées de ces astucieux Italiens.
M. Perrens y apporte une patience et une sagacité merveilleuses, et la longueur des détails qu'il expose est largement compensée par l'intérêt singulier qui s'attache à chacune des démarches CI d(.'s contre-démarches de ces personnages qui, à travers les siècles, empruntent du relief Jl- l'histoire une physionomie quasi fabuleuse.
L^ diplomatie astucieuse de tous ces petits princes ambitieux et déloyaux, M. Perrens la décompose pièce à pièce, jusqu'au moindre ressort, iippuyant chacune de ses assertions sur un documi;nt ou sur un témoignage probant.
De 149a à 1498, la grosse question pc rence c'est de se décider pour ou coi Français, selon les avantages qu'elle pou 1
rFlo-
de l'une ou l'autre attitude. Piero des Medicia joue un double jeu, que contrecarre la seigneurie et finalement les Florentins irrités chassent les Médicis, pillent les palais. Cette dissension intestine en face de l'envahisseur est un tableau très suggestif, — le mot est a la mode, — M. Perrens l'a tracé d'une main prudente et sûre.
Après la chute du gouvernement théocratique et de Savonarole, qui coïncide à peu près avec la fin de Charles VIII, en 1498, l'histoire de Flo. rence n'offre ni moins d'intérêt ni moins de troubles. La lutte contre Pise, l'échec de Vitelli devant cette ville, sa décapitation, châtiment de son échec, les désordres de Pistoie, le soulèvement d'Arezzo, l'agitation politique de César Borgia qui réclame un changement de gouvernement, la protection accordée à Florence par Louis X!I, tels sont les événements qui déterminent la création d'un gonfalonier à vie ; c'est Pier Poderini qui est élu, et c'est le pouvoir personnel qui s'empare de la cité florentine. La décadence est proche.
Les difficultés qui ont surgi entre le pape et le roi de France, Louis XII, la convocation d'un concile à Pise, puis son transfert à Milan, ne contribuent guère à alléger le poids dos embarras du gonfalonier : il a beau s'obstiner dans la neutralité entre Jules II et Louis XII, les intrigues du pape dans Florence lui rendent la position intenable. Il finit par se retirer, ayant échappe i un complot contre sa vie. La seigneurie le dé-
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pose. Aussitôt, rentrée des Médicis, et soumission de Florence à Milan.
C'est à ces événements de l'année t5i3 que j'arrête le présent volume. Les vingt années de la vie de Florence qu'il comprend offrent un terrible exemple des déchirements d'une République oii les intérêts des coteries, Us ambitions de quelques-uns et les vices de tous ont énervé la puissance gouvernementale, et les antagojiismes de religion et de politique usé le ressort du patriotisme.
i L'âme de tout gouvernement est ce qui y conscitue une tradition », dit quelque part dans son livre M. Perrens ; le résultat des efforts contraires, des partis rivaux dans la Florence du ïV et du XVI" siècle, c'est la destruction de la tradition.
La même cause d'abaissement et de faiblesse agit eu d'autres temps sur des États plus étendus.
Et ce qui est effrayant et navrant, c'est en des époques lointaines, comme en des jours plus voisias, le rôle prépondérant de l'argent dans toutes les entreprises, dans toutes les défections et dans tous les dévouements.
L'ouvrage de M. Perrens, qu'il l'ait ou non voulu, prend dans l'esprit du lecteur attentif un redoublement d'intérSt ; de la connaissance du passé qu'il enseigne, se dégage aussitôt une moralité applicable au présent. pz.
Lea Représentants du peuple en mission et la Justice révolutionnaire dans les départements en l'an II, par Henri Wallon, tome III. Paris, Hachette, 1889. Un vol, in.8°. — Prix : 7 fr. 5o.
Lime du nouvel ouvrage entrepris par M. Wallon sur la Révolution française et qui est comme un complément de ceux qu'il a précédemment publiés sur la Terreur, sur le Tribunal révolutionnaire et sur le Fédéralisme en 1793, comprend les missions dont le sud-est de la France et la région de Paris ont été l'objet. Nous y voyons ce qu'on appelait la justice révolutionnaire en pleine activité à Marseille et à Toulon, à Lyon, à Orange, à Avignon, dans l'Auvergne, la Bresse et la Franche-Comté, dans te Nivernais, la Bourgogne, la Champagne et les départements voisins de la capitale, Seine-et- Oise, Seine-et-Marne, Eure-et-Loir.
Aux travaux de Berriat Saint-Prix, et à ceux en si grand nombre qui ont paru en province sur ce sujet, M. Wallon a ajouté les siens, toujours si approfondis et si consciencieux. L'on pourra difGcilement augmenter après lui la somme d'in-
formations dont cette partie de notre histoi était si pauvre encore il y a une vingtaine d'ai nées.
Jusque-li, on s'était trop exclusivement occu| de la Révolution h Paris : les départements, sa pour certains événements terribles, reprise de Toulon, le siège de Lyon , lus eséeutions à Nantes, avaient été à peu près laissés dans Tombre, L'on n'avait ainsi qu'une faible partie du tableau. L'aura-t-on jamais complètement? Il ne convient pas de désespérer; mais l'œuvre sera longue, et il ne faut pas l'attendre de sitôt. Car, après les missions des conventionnels, après les tribunaux révolutionnaires en province, qu'étudie si fructueusement aujourd'hui M. Wallon, il faudra aussi étudier les clubs et leur personnel, les administrations civiles et militaires, les finances, la grande affaire si peu connue des biens nationaux, le commerce, l'industrie ; entrer enfin dans les mille détails de la vie publique et privée, sans lesquels on risque de répéter plutôt une légende que de présenter une véritable histoire, M. Henri Wallon aura été un des ouvriers, et un des plus actifs, des plus persévérants, des plus habiles, de ce monument qui n'est pas encore élevé, mais qui le sera un jour, surtout s'il a beaucoup d'imitateurs. Nos érudits des départements pourront beaucoup à cet égard : d'abord parce qu'ils ont le temps, qui manque trop souvent aux citadins, disons aux Parisiens, pour ces longues et patientes recherches et aussi parce qu'ils possèdent les docu-
Recueillir les témoignages oraux qui peuvent subsister encore à la seconde généraiioo, serait peut-être l'œuvre la plus urgente aujourd'hui, car bientôt il sera impossible de le faire ; et combien l'on regrettera alors de n'avoir pus consigné par écrit ces témoignages quand on le pouvait encore !
En lisant le livre de M. Henri Wallon l'on comprend, plus que dans tout autre, combien il serait précieux d'avoir des nomenclatures exactes, complètes, des personnages qui représentaient les partis dans ciiaque localité, des biographies ccpieuses, bourrées des documents les plus importants d'entre eux.
Sur ce dernier point le travail est commeni.'é, et M. Wal'on lui-même a beaucoup fait. Indépendamment des figures principales ite Bernard de Saintes et de Fouché, de Javoguet et de Gouly, de MeauHeetd'Albitte, de Leji;unc, Boisset, Laplanche, Lefiot, Noél Pointe, qu'il a tracées avec beaucoup de précision et de relief, il a mis aussi en lumière beaucoup de personnages, secondaires sans doute, mais sans lesqui.-is son
rcdt n'aurait pas cette puissance de réalite et de vie qu'on )■ sent partout. Voilà un exemple qui
Tant qu'on n';iura pas le personnel complet de U Rv'voluiion, tant qu'on ne le connaîtra pas 1 de la vie politique, et même par le i de la vie privée, bien des choses resteront seulement dans notre histoire de 17811 à 1800, mais dans notre histoire d'à présent. Le principe d'hérédité est applicable en politique aussi bien qu'ailleurs, et les grands-pères expliquent les petits-fils. En examinant les résultats positifs de la Révolution, il est impossible aujourd'hui de ne pas croire que ces résult nullement en proportion de l'effort.
Laissé k lui-même le mouvement réformateur de Turgot et de Necker aurait très probablement abouti à une somme de progrès plus grande que celle que la Révolution a donnée. La vente des surtout eu des résultats fu- ;antissant la fortune, alors très considérable, de l'assistance publique et de l'inslruction publique. Ce ne furent pas seulement les nobles qui furent dépouillés ce furent aussi les L'olléges, les universités, les hôpitaux, les simples écoles, qui possédaient des rentes, des terres. L'Institut lui-même, installé au palais Mazarin, ne nous fjii pas oublier que ce palais s'appelait
autrefois ■ les Quatre-Nations i, et qu'il était un riche et florissant collège destiné à élever des en&nts nés dans les quatre provinces réunies à la France sous le ministère de l'habile cardinal.
Combien d'autres institutions ont ainsi péri ou ont été absolument ruinées, qui auraient pu être simplement réformées 1
Le collège Louis-le-Grand, avant 1789, possé< dait 600,000 livres de rente, qui profitaient à ses boursiers, à sa bibliothèque, à ses collections. Que possède-t-il aujourd'hui ? Quel enseignement tirerait-on de l'histoire de la vente des biens nationaux si cette histoire était faite? Mais comment peut-elle être faite ? autrement que par un patient travail entrepris pour ainsi dire dans chaque localité, ou tout au moins dans chaque centre d'action de nos Sociétés savantes? C'est là une Œuvre capitale qui devrait tenter l'activité dt leurs membres plus qu'elle ne l'a fait. Nous n'ignorons pas que quelques études ont paru déjà sur ce sujet, mais elles sont encore trop rares.
Bientôt le sujet traité par M. Wallon n'aura
plus, lui du moins, grâce à l'habile et infatigable
I historien, de desiderata. Mais son livre reporte
j naturellement la pensée du lecteur vers ceux qui
i subsistent encore ailleurs. Et c'est ce sentiment
que nous avons exprimé ici.