‹ Le livre (volume 4)Chapitre 99 sur 129 · livre trouoù l'ironie · texte numérisé non relu

livre trouoù l'ironie

Heureusement pour M. Couturier, préface ne détourne pas d'ouvrir u vent dans le sien des poèmes alerte tempère la sentimentalité, comme dans te Camelot, marchand de cœurs au rabais, on aiguise la satire, comme dans la Ballade des gens de tous métiers, dont I'envoi est joliment jeté :

S'il e

M. Claude Couturier possède l'art de peindre,

à preuve la pièce qui débute ainsi :

Près de l'étang qui dort au milieu des roseaux. Dans l'immobilité des mornes lassitudes.

Les grands boeufs somnolents aux calmes altitudes Sont couchés; on ne voit bouger que leurs naseaux.

Bouger n'est pas un terme heureux, et les épithètes s'accumulent, mais le tableau existe.

Lucrèce, traduction complète en vers, par Edouard Miélet. Un vol. in-i8 jésus. Paris, Perrin et 0% éditeurs; 1889. — Prix : 3 fr. 5o.

Traduire Lucrèce en vers français, rude entreprise; Sully Prudhomme lui-même, qui la tenta, se lassa bientôt et ne dépassa point le second livre du poète-philosophe latin.

M. Edouard Miélet, en consacrant à cette œuvre unique toute sa force littéraire et tous ses loisirs, Ta pu mener à bonne fin.

Bonne fin n'a pas ici le sens étroit de termi^ naison; il y a dans ces vers la preuve non seulement d'une intelligence sagace qui a pénétré les intentions du poète de la Nature du monde, mais aussi d'un talent poétique fort au-dessus du commun niveau.

La traduction de M. Miélet est présentée au public lettré par M. Georges Renard, professeur à l'Université de Lausanne; il nous apprend que cette publication est posthume. Le traducteur n'a pas eu la consolation de voir son œuvre éditée. Tout jeune encore, il est mort épuisé par les fatigues de l'enseignement. Ce qui reste de lui suffit à le faire regretter des esprits d'élite. pz.

Sigilla, par le comte Abel de Montferrier. Un vol. in-8*. Paris, Paul Ollendorf ; 1 889.

Pourquoi, de préférence aux deux autres, le titre de la seconde partie de ce livre, qui en a trois, a-t-il pris place sur la couverture et baptisé l'œuvre ? Il n'y a pas de motif. Le hasard peutêtre ou la fantaisie en auront décidé; car il n'y a pas moins de talent dans le Sentier que dans Sigilla, ni plus de talent dans Sigilla que dans

Petits drames et tableaux. Voici, à titre d'exemple, un de ces tableaux :

Le soir, Ben-Taleb, le vieux nègre, Ayant fait son salamalec.

S'asseyait, pliant son corpi maigre, Raccorni comme du cuir sec.

Il grattait de son ongle allègre Sur une sorte de rebec, Et chantait un petit air aigre Qui sortait de son nez en bec.

Les astres clairs, harmonieux, Se balançaient au fond des cieux; Mais Taleb, en chanteur intègre,

Dans Tapaisement vespéral, Poussait son refrain guttural Qui mordait comme du vinaigre.

Ce sonnet donne la mesure, sinon complète, au moins suffisante, de la facture point du tout pédante ni laborieuse, facile au contraire et bon enfant de M. le comte Abel de Montferrier. Que nous restera-t-il, à nous, gens de roture, si la noblesse se met à écarteler ses blasons avec la lyre? Il est vrai que M. A. de Montferrier peut invoquer d'illustres précédents, l'un des plus grands poètes de ce siècle étant le comte Alfred de Vigny. — Gambetta, en ses bons jours, rêvait d'une « république ouverte » qui fût une « république athénienne ». En politique, il s'en faut du tout au tout que son rêve se soit réalisé; autrement, c'était depuis longtemps chose faite en la République des lettres, b. g.

Le Bréviaire d'amour. Poésies par Henry Rey. Un vol. in- 18. Paris, Alphonse Lemerre;

Vers faciles, jeunes, amoureux, lestes et lestement tournés, le volume que tout lettré a fait à vingt ans et ne refera plus.

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HISTOIRE

--> Chronologie — Documents — Mémoires —

Une Colonie féodale en Améri(|ue, par

Rameau de Saint-Père. Paris, Pion et Montréal, Granger 1889. Deux vol. in- 18. — Prix : 7 francs.

Sous ce titre un peu lotig, M. Rameau de Saint- Père publie en réalité l'histioire très com-

plètê de cette colonie française, l'Acadie, découverte en 1497 par Sébastien Cabot, où nous nous établîmes dès 1598, que nous perdîmes à la pai^ d'Utrecht en 171 3, et qui changea alors son nom en celui de Nouvelle-Ecosse. Mais ni les mœurs, ni le sang français n'en ont disparu ; et le grand poète américain, Longfellow, en a immortalisé le

CRITIQUE LITTÉRAIKE DU

souvenir dans les vers d'Évcingeline. C'est donc bien une contribution à l'histoire de la France, à son expansion coloniale, quQ nous donne l'auleur dans une nouvelle édition fort augmentée et fort améliorée. La première, parue en 1877 (Paris, Didier), ne formait qu'un volume de 36? pages, celle d'aujourd'hui en comprend deux de 365-425 pages. Dans le premier volume, nous remarquons deu\chapitresentièrementnouveau!f, l'un sur les colonies féodales en Amérique, l'autre sur les colonies françaises et les colonies anglaises comparées entre elles, et étudiées dans leurs diversités mêmes. Ce dernier tableau est plein d'enseignement et fort honorable pour le génie français. Si, en effet, M. Rameau de Saint-Père constate que la France a moins fourni à la colonisation que l'Angleterre, il montre aussique les colons français ont toujours été de qualité supérieure comme individus. Plus vigoureux de corps, plus énergiques d'esprit, souvent plus industrieux, et toujours plus débrouillards, comme on dit à présent, que les colons anglais, ils tinrent ceux-ci en échec pendant i5o ans et furent bien près même de conquérir la Nouvelle- Angleterre. Et cependant, en 1706, les colons français de l'Amérique du Nord étaient au plus 19.000 contre 2()0.ooo colons anglais. Quant à l'ancien caractère féodal des établisse méats français de l'Acadie, c'est un des traits les plus curieux à étudier de leur histoire. On se l'explique du reste facilement en se rappelant que les Français qui, à la fin du ïvi* siècle, émigrèrent sur les côtes de l'Acadie, y apportèrent avec eux les institutions de la mère patrie, en particulier la constitution de la propriété telle qu'elle existait alors en France, et les y conservèrent pures d'autant plus de tout mélange, qu'ils vécurent plus isolés. Restés longtemps abandonnésà eux-mêmes, leur établissement fournit un type complet et bien défini du systèm.e et des procédés de colonisation suivis alors par les Français et connus par les Anglais et les Hollandais. Or ce système était celui même de la division du sol, delà propriété du foyer domestique, qui s'était de plus en plus répandu en France depuis l'affranchissement des serfs du xi' au xiv* siècle ; système qui se rapprochait beaucoup de ce qui a été l'idée américaine du home-stead. Avant M. Rameau de Saint-Père, qui en apporte ici de nouvelles preuves, M. Léopold Delisle avait déjà établi, dans son Histoire des classes agricoles, que c'est cette situation des esprits et des choses qui servit de point tie départ aux fondateurs de colonies dans l'Amérique du Nord. , Dans les premières colonies françaises, comme dans les colonies anglaises et hollandaises, on retrouve partout le même système : un homme

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