Alb
Savi
i, édit
-Prix
Le point de départ de ce roman c'est la viol d'une jeune hlle par son père. Après ce crime, quien d'autres pays n'ett qu'un privilège consacré, M. de Kermar te tuicide, ta fille tombe sousta domination ilupotique d'une tante, d'un esprit étroit et rnécbani; elle a pour maltraiter Ediih de Kermar une double raison, la crainte que son (ils ne l'épouse malgré ton accident, et le désir aeul qu'elle rte fasse pas la vie longue a&n qu'il soit plulât l'héritier de sa cousise plutôt que son mari.
Edith de Kermaone manque pas de fermeté, elle accepte bravement la lutte, rendue plus facile un peu par ta richesse qu'elle possède. Mais son itne a'en est pas moins dévârée de chagrin. Elle se réfugie ■ Paris sous le nom de M™' d'Halnat, et de nouveiu malade à voir la mort de près elle est sauvée par on de ces anges aux ailes repliées comme on n'en trouft • que pnrmi les demoiselles de bonne famille qui ont eu des malheurs, et qui donnent des leçons de piatw. Mais au moins M— Cardozzi a-t-elle eu la satîsbctlon de donner à un amant aimé ce que W" de Kermar a perdu bous la violence de son père. Ces deoi débris de virginité se consolent entre eux. Quelles filles aimées ! à penser que si elles avaient tout prosaïquement sauvé leur rose, elles ne se seraient ptl élevées i ce haut point de perfection morale] C'est
CRITIQUE LITTÉRAIRE OU MOIS
à voter la suppression immédiate des encouragements aux rosières.
Toutes deux sont du reste récompensées. Et notamment Edith de Kermar, qui semblait condamnée à ne jamais trouver un mari, en conquiert deux l'un après l'autre, d'abord un noble lord richissisme, qui a même le bon goût de lui laisser tous ses biens, puis un artiste sans fortune qui a un cœur d'or et un talent!!! Et pour qu'Edith soit un type complet de vertu Tauteur nous apprend que son affreuse tante de La Martinière ayant été ruinée, la nièSe exempte de rancune, restaure son castel et lui fait des rentes. C'est « sans doute le Tréfonds de son caractère ?» p. z.
Une Idyle aa Gaohemire, par Carl\-Maria. Illustration de Genilloud. Paris, A. Picard et Kaan; Maurice Dreyfus. Un vol. in-8**.
f Cette histoire, pure et touchante, d*un amour ré*
ciproque entre deux jeunes gens de nationalités européennes différentes, au milieu de races étrangères et au sein d'une nature exotique, a un charme étrange et pénétrant. Tout concourt, du reste, à l'augmenter: lé mystère, les intrigues et les passions du monde oriental aux prises avec les intérêts de TOccident, la beauté plastique recouvrant une impitoyable duplicité 'comme un vase étrusque qui renfermerait du poison, la grâce souveraine de la vierge héroïne du livre devant laquelle tout cède excepté la mort, et qui meurt à son tour en s'efforçant de sauver un enfant que l'enlacement des nénuphars retient comme une proie assurée pour Pondine d'un lac cachemirien.
Mais tout l'intérêt du livre n*est pas là. En faisant œuvre de poète et d'écrivain, Carla-Maria a aussi fait preuve de savant. Partout on sent, dans ce récit, l'homme qui, non seulement a vu ce dont il parle, mais le comprend, en sait les origines, les transformations et le sens actuel. Les questions ethniques, les caractères des races et les différenciations des caractères suivant les races, n'ont point de secrets pour lui. Ajoutez à cela la connaissance parfaite des lieux et la puissance de reproduction des choses vues, et vous comprendrez que cette idyle au Cachemire offre au lecteur la peinture du cœur humain toujours la même en ses aspects les plus divers, dans le cadre d'une nature neuve et toute vibrante de vraie vie.
Leurs Mensonges, par Ange Bbnigne, Paris, Albert Savine, 1888. Un vol. in- 18*. — Prix : 3 fr. 5o.
Le lecteur de ce recueil de courtes chroniques, anecdotes et historiettes, ayant toutes trait à la perfidie instinctive et innocente de la femme, est divertissante et ne laisse après tout que peu de fiel aux lèvres et peu de noir dans l'esprit. C'est un avantage par le temps pessimiste, qui court. Tout cela est lestement troussé, conté avec une verve, et, très plaisamment, écouté vers la 6n, de sorte que le lecteur doit tirer lui-même, d'une idée sommaire, la morale et le dénouement. Le plaisir qu'on prend à parcourir ces pages lestes et pétillantes, mais toujours de bonne |
compagnie, est augmenté peut-être par l'impression peu agréable de la couverture en couleur, qui me semble, non seulement bien réaliste, comme c'est son droit, mais bien grossièrement dessinée et fâcheusement laide, — ce qui est un abus. Mais bah ! ça tire l'œil, et attire l'acheteur. Rien à dire, d'ailleurs, puis qu'ici la marchandise vaut infiniment mieux que l'enseigne. B.-H. G.
La Raoe future, par Edward Bulwer, lord Lytton. Préface par Raoul Frary. Un vol. in-i8, traduit de l'anglais. Paris, 1888. E. Oentu.
Avant d'ouvrir le volume, rectifions pour nos lecteurs du Livre l'erreur commise par un certain nombre de critiques au sujet de l'auteur de la Race future. L'erreur s'explique par le prénom d'Edward que portent les deux lords Lytton, dont l'un est le célèbre romancier anglais premier du nom. L^attribiition de la Race future à l'ambassadeur actuel d*Angleterre en France est le résultat de cette confusion entre le très éminent romancier et poète diplomate, Robert-Edward, lord Lytton Bulwer et son père, poète aussi égaleme.-)t romancier, Edward-George, lord Lytton-Bulwer auteur de la Race future qui est son avant-dernier ouvrage. Edward-George Bulwer, en effet, est mort en 1873 laissant inachevé un livre, Les Parisiens^ dont le dernier volume (il y en a quatre dans l'édition anglaise) fut écrit par Robert* Edward Bulwer, l'homme d'État, qui pieusement reprit et termina l'œuvre de son illustre père.
En écrivant la Race future, Edward Bulwer a renouvelé une tentative qui a souvent sollicité l'imagination des prosateurs et des poètes ; il a voulu tracer le tableau de ce que dans un avenir plus ou moins éloigné, sera l'humanité, ou plutôt la race qui alors, aura remplacé l'espèce humaine sur la terre. Obéissant à ses penchants optimistes, l'auteur s'est plu à concevoir une race supérieure, perfectionnée dans le sens du courrant puissant qui, depuis un siècle, pousse l'esprit humain au développement des sciences, à la connaissance et à la domination' de toutes les propriétés de la matière dont l'ensemble peut recevoir le nom collectif de force. Cette foYce, la race future s'en est rendue maîtresse, et, en lui donnant le nom de vri7, les habitants de la terre ont aussi pris ce' nom pour eux-mêmes : ils s'appellent Vril^Ya, hommes du Vril.
Dans la fiction d'Edward Bulwer, les Vril-Ya coexistent dès maintenant avec Thumaine espèce qu'ils laissent subsister à la suface du globe, préfé- 'rant sans doute habiter les continents souterrains, les immenses cavernes, les palais somptueux et commodes où ils ont soumis tous les éléments à leur service. Ce n'est de leur part qu'une simple question de préférence ou de de pure condescendance. En effet, si la mise en action du vril est un moyen thérapeu« ' tique efficace entre tous, elle est en même temps un moyen de destruction tel qu'en un instant il réduirait à néant la plus vaste des métropoles. La posses* sion du vril a supprimé chez les Viil-Ya la guerre, la
pauvreté, le crimes Tadultère, la maladie, la domesticité remplacée par le fonctionnement de merveilleux automates; mais elle a supprimé aussi Tamour maternel.
Avec leur beauté, leurs longues ailes, leur science et leurs grands talents d'ingénieurs, avec leur sagesse leur morale et leur bonheur négatif, les Vril-Ya nous inspirent une grande pitié. Est-ce à cette triste conclusion que tendait Edward Buliver ? Je le croîs. N'est-ce pas celle du Bonheur de Sully-Prudhomme? Ils ignorent les douleurs de la passion, ils en ignorent aussi les illusions. Or, il y a plus de joie pour l'humanité dans la plus petite illusion que dans la découverte de la plus grande vérité scientifique.
Amour d'automne, par André Theuriet. Un vol. in-i8 Jésus; Paris, A. Lemerre, 1888. — Prix : 3 fr. 5o.
D*une simplicité délicate dUdylle, mais d^idylle toute neuve et bien originale, le dernier roman d^André Theuriet est assurément l'un des plus poignants quMl ait écrits. Peu de faits, une action qui se déroule sans complications voulues, et cependant, par la fraîcheur tendre de Mariannette, par Pardeur de passion de Camille Archambault, par les cruels débats de cœur de Philippe Desgranges, mordu à Pautomne de sa vie d'un amour sincère pour une fille trop jeune, on se sent pri§, conquis, séduit sans résistance, et Ton cède avec plaisir au charme grandissant qui émane de ce joli récit. En plaçant cette douce aventure d'amour au milieu de la Savoie^ sur les bords du lac d'Annecy, André Theuriet a pu diployer à Taise toutes ses qualités d'artiste, animer les montagnes, les fleurs, les paysages, et jeter à pleines pages les descriptions poétiques qui naissent sous sa plume, comme les violette^ sous la rosée et le soleil du printemps. Il y a quantité de scènes exquises ou touchantes, d'aixoces déchirements de passion, de fines peintures d'aveux, dans ce roman qu'enveloppe une certaine mélancolie, allant parfois presque jusqu'à l'amertume. C'est une œuvre d'ar- 'tiste et de lettré, toute empreinte d'une philosophie attendrie, qui ira frapper au cœur, car elle résume admirablement ce trop tard, punition des viveurs égoïstes, ne s'apercevant qu'à l'automne qu'ils ont follement, sottement, inutilement gaspillé leur jeunesse^ et dévorés de regrets, à l'heure désolante où il est impossible de revenir en arrière.
Hans Wyll, par Virgile Josz. Un vol. in- 18 Jésus; Paris, Dentu, 1888. — Prix : 3 fr. 5o.
Le roman curieux et extraordinairement coloré de M. Virgile Josz est une habile reconstitution du XV* siècle, à Constance. La fabulation, semi-mystique * • comme pour mieux peindre les férocités et les passions religieuses de ces temps troublés, a la séduction particulière de ces vieux vitraux d'église que traverse un rayon de soleil ou de lunc^ et qui jettent sur les dalles glacées, sûr les tombes à chevaliers de
pierre, des lueurs d'escarbouclcs ou des traînées de poussière fantomatique. Beaucoup de recherches, de fouilles historiques, un soin intéressant de la langue de l'époque, un luxe étonnant de costumes, d'étoffes, de bijoux, d'œuvres d'art, voilà l'impression un peu brouillée et confuse, que produit ce livre artiste, d'une mâle et vigoureuse allure. Nous voudrions voir l'auteur déployer ses qualités dans une œuvre moderne, qui nous permît la comparaison et pût faire porter la critique sur la façon dont il sait voir et observer autouP de lui, ce qui nous touche et nous émeut : il a fait œuvre d'artiste, d'archéologue habile, qu'il fasse maintenant œuvre d'observateur.
Liaison de cœur, par P. Pbllegrik-Carcassonne. Un vol. in-i8 jésus; Paris, A. Lemerre, 18S8. — Prix : 3 fr. 5o.
La Liaison de cœur, dont il s'agit dans le roman de M. P. Pellegrin-Carcassonne, fait indubitablement partie des fameuses Liaisons dangereuses, et nous paraît bien plutôt une folie des sens et de la chair qu'une pure exaltation du cœur. Il y est question en effet d'un bon petit jeune homme du Midi, envoyé à Paris par son tuteur. M* Castadot, notaire, à condition de revenir, une fois licencié, pour épouser M"* Castadot et reprendre l'étude du notaire. Mais à Paris il retrouve certaine compatriote, élève du Conservatoire, du nom de Gabrielle Fleuriot, qui se laisse courtiser par lui, le repousse d'abord à cause de son manque de fortune, pour se faire plus tard épouser, quand elle-même sera devenue riche, grâce au banquier millionnaire dont elle aura été la maîtresse. Toute cette boue, dans laquelle plonge le malheureux, finit par lui monter à la gorge; brouillé avec les siens, mari d'une gredine qui le trompe,, ayant causé la mort de sa fiancée, il se brûle la cervelle devant la porte de son indigne femme. L'étude est chaude, mouvementée et semée de vues colorées du Midi.
Le Comédien, par Albert Le Roy. Un vol. in-iS Jésus; Paris, A. Lemerre, 1888. — Prix : 3 fr. 5o.
M. Albert Le Roy étudie avec talent Le Comédien dans la situation, pour ainsi dire classique, où il se trouve presque toujours placé, par le fait même de son art, par les exigences et les faiblesses de son métier, par le danger permanent de son talent, de sa double séduction d'homme et d'acteur, entre l'amour passionné, profond, vivace, d'une camarade de théâtre, et l'amour, plutôt composé de curiosité et de dépravation passagère, d'une grande dame. Ici *la lutte a lieu entre Séverine Feyda, une admirable Tchèque blonde, et la princesse russe Aune Eylof; l'écrivain nous peint avec avec un vif relief les jalousies emportées de l'actrice, son intuition de la trahison de Maxime Fortier, l'irrésistible jeune premier Max, son amant, et l'amour fugitif avec la princesse, pour arriver à la catastrophe qui tue le prince I Eylof dans les bras d'une fille de théâtre, rejetant
CRITIQVE LITT
«insi la princesse du rêve amoureux aux brutales réalités ie la vie, de son rang à tenir. Du coup sa passion éphémère rneurt, en présence de l'union dégradante avec un cabotin, et Max, désespéré, repoussé, est bien heureux de trouver un refuge liupres de Séverine qui n'a pas cessé de l'aimer. M. Albert Le Roy a écrit li une fort intéressante élude, qui mérite l'attention des li
DERNIÈRES PUBLICATIONS
Uademoiselle Lotlloa, par Gyp. Paria, Calmann liiy. Un ïoî. in-iB. — Prix : j fr. jo.
Chez ISB âlleB, par Huguis Le Roux. Paria, Viflor Havard. Un vol. in-iB. — Prix ; j fr, (o,
La Patlioienne, par Léonce de Larmandie. C. Dalou,
f. Un'