‹ Le livreChapitre 145 sur 163 · LE COMTE DE KŒNIG · texte numérisé non relu

LE COMTE DE KŒNIG

oos continuons ta publication des lettres du comte de Kœnîg à Casanova qui prendra tin dans cette livraison, Nous conservons ainsi que dans la précédente livraison notre respect pour l'orthographe fantaisiste de ce bizarre correspondant.

Bayreuth, ce ï5 octobre 1796.

u Mon cher ami,

« J'ai compté aujourd'hui de vous annoncer la paix, mais malheureusement mon attente fut trompée. Un Courrier expédié du Directoire à Paris à Buonaparte en Italie, arriva à Vienne le 7, et partit le 1 1* sans avoir pu pénétré l'objet de sa mission. En même tems plusieurs autres, allèrent à Copenhagen, Stockholm, Petersbourg et à Berlin. Le sieur Jackson de Londres arriva à Paris, pour négocier la paix. II y eut question après, de deux autres membres du Parlement, qui doivent passer en Angleterre. Le discours, que Vous aurez lu, du Roi, aussi beau que celui de Fox et Pitt en son genre, donne à connoître, combien on est disposé de faire la paix. Les brillans succès de l'Arciduc Charles, l'armée de Moreau, pressée de plus en plus, et le nombreux renfort arrivé à Quosdanovich et Davidwich en Italie, tout contribuera de mettre fin à cette malheureuse guerre.

« Je voudrois bien, pouvoir être le premier, à Vous apprendre une

si bonne nouvelle. Comme les Lettres restent si long tems en chemin Vous adresse celle-ci a Dux, au lieu de Dresde, crainte de ne Vou trouver plus. J'ai appris avec plaisir ces jours ici, que le chevalier Quinônes est revenu de sa maladie. Cela auroit été une grande pe pour ceux qui aiment faire la bonne Chère. Il est bon, honnête, mai; mariage du prince de Radziwill avec une princesse Royale, l'a ren malheureux, car sa santé a souffert par là notablement : • punto d « Contrasto di vari Affetti, aht che dolore! «

• Avez-vous vu M™* de Munster ? Comment se porte Elle?

« Qu'avez-vous entendu parler de M"' de Bernstorff? Je m'interes comme de raison, pour les femmes aimables, mais je voudrois en mé tems leur pouvoir être utile, d'une manière ou l'autre. Voilà les corv aux quelles je m'assujetis volontairement. Nous avons eu ici une fo d'Etrangers, qui se sont réfugiés, pendant que Jourdan étoit encore di la franconie. La pluspart sont partis, presque tous, des gens fort aimab et comme îl faut. Il ne nous reste, entre les princes, que toute famille de Nassau-Weilburg, celle de Isenbourg, et puis une Cb mante Socieié, de tous les Barons et Baronesses de Wambolt, d< le plus vieux, et le grand Chambellan de l'Electeur de Mayence. Ni avons le prince de Stollberg aussi, qui n'est pas plus sobre qi étoit ci devant. Il m'a fait rire, par sa naïveté. II dit, qu'il aimei pouvoir se louer, des effets des Eaux de Carlsbad, comme la plûp d'ici, qui en ont fait usage cette année, en même tems que 1 mais qu'il n'en pouvoit dire autant, quoiqu'il trouve que cette Ci seroit pour tout le monde très efficace, si Elle ne demandât pas un régi des plus sévères. Apparrament que ce régime ne s'accorde pas ave* sien. C'est un Etre singulier, « un Contrasto délia natura ». Je pardoi à M"* de Reck, ses principes incohérents, en faveur de son sexe, et d' leurs de son talent. On pardonne tout d'une femme, aussitôt qu'elle apercevoir de l'Esprit et des Connoissances, mais on n'est pas si ind gent, vis-à-vis des hommes. J'aime à croire tout ce que vous dites, rap au gênerai de Sprengporten, cependant vous auriez du entendre pai M. de Vreden, Major Suédois, sur son compte, à Carlsbad, son ré étoit bien différent du Vôtres. Le gênerai ne peut pas ignorer les pro que ce major a tenu contre lui, puisque celui-ci les a débités publiq ment, et qui pis est, ayant été invité un jour a diner chez lui, il doit a^ repondu au domestique, qu'il n'iroit jamais dinner chez un J.„. f..... chose n'eut pas de suite, et elle est restée-là. Je ne vous garantis pa fait, mais tout ce beau monde que je fréquentai journellement le di: pour sûr. Je vous prie, de garder cela pour vous, et de jamais me a promettre. A Venise on est dans une position fort critique, l'armem coûte des sommes immenses, et les dégâts des françois sont fort coi .derables, si cela dure encore long tems ainsi, je prévois une fin de;

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treuse, le Sénat est entre l'enclume et le marteau, menacé par les fran-

çois, et les Autrichiens. Qu'est-ce que Zaguri Vous mande là-dessus?

Mes correspondents sont trop circonspects.

« Ecrivez-moi le plus souvent que possible, je suis

« Tout à vous,

a Kœnig. »

Bayreuth, ce 6 décembre 1796.

« Votre Lettre, mon Cher Ami, du 24 du passé, m'a fait, comme à l'ordinaire un des plus grands plaisirs, jugez par cette consolation, quel est mon chagrin, quand je dois en être privé. N'allez jamais douter de ma sincérité, je suis trop fidèlement attaché à mes principes, et je Vous dirai tout franchement par là, si Votre réponse au Livre en question m'a fait rire ou non. Pour donner au juste mon suffrage, il faudroit avoir auparavant lu ce Livre, qui Vous a déterminé d'y faire réponse. Si vous le jugez à propos, envoyez moi, l'un aussi bien que l'autre. Je Vous promets qu'il sera lu, de tout ce peu de monde que je fréquents le plus, et soyez sur, que je ne le donnerai point, à aucune personne, qui ne soit pas en état, de le goûter, et de discerner.

« Chaque fois que vous irez à Dresde, n'oubliez pas je Vous prie, de me rappeller au bon souvenir du baron de Racknitz. Comment se trouve-t-il dans le Lien matrimonial? Est ce que son épouse est aimable? J'espère que le chevalier Quinones me donnera encore a manger, s'il n'est pas mort ?

a M Ue de Schuckmann Vous donnera des détails, concernant la Baronne de Krtidner, étant en correspondance avec Elle.

a II n'y a pas long tems qu'Elle étoit à Lausanne, elle passera l'hyver en Suisse, je crois, mais il seroit en vain de demander, où Elle compte d'aller après, car il est à parier qu'Elle ne le sache pas non plus.

« J'envoie au comte de Munster le bonheur d'être aimé par sa femme, etM m6 de Bernfctorffen même tems; il faut avoir un grand mérite, et beaucoup de talent, pour savoir maintenir une telle harmonie. Si M me de Munster n'aimoit pas son mari, ou qu'Elle ne fût pas aimée de Lui, je pense qu'Elle seroit restée chez Elle, et n'auroitpas accompagné le Comte à Copenhague. Qu'en dites Vous?

« J'ai trop peu connu les dames Irlandoises Birmingham à Carisbad, pour Vous parler d'Elles.

a Quant au titre de Grands et chers Amis, dont le nouveau Roi de Sardaigne honora les membres du directoire de la Republique de France, c'etoit d'usage, et l'Etiquette dont les souverains se servent vis-à-vis des Republiques, mais je fus bien étonné qu'on se permit de reproché; jamais une Republique se crut en droit de s'addresser comme cela à des Rois. C'est pour cela, qu'ils veulent Les extirper, et qu'ils ont commencé

CASANOVA INÉDIT i%y V

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par les tuer. Une chose très humiliante pour la famille Royale du Piemont Fut, en cédant des principautés aux françois, d'être en nécessité de changer leur titres, et de duc et prince, devenu des marquis et. comtes. Nous sommes bien heureux, de ne savoir pas ce que c'est que régner.

« Les choses en Italie sont allés bien jusqu'au 17 du. mois passé mais le jour après Davidovich et Alvinzi, furent obligés de faire un mouvement rétrograde, près de Vérone; cependant on assure aujourd'hui, que ces deux Corps ont avancés de nouveau. Ce seroit bien dommage, si Vérone dût être bombardée.

« Jevoùdroîs que Buonapartefùttué, ou pris, car c'est un. Insolent, un vrai Jacobin; il exagère toujours ses victoires, d'une manière fort rebutante. Je trouve que le roi de Naples agît très noblement, il parroit qu'il veut sacrifier ses propres intérêts, pour l'amour de son Allié et Voisin, le Pape.

« La paix a été signée a Paris par son ministre, mais pas ratifiée encore par Lui, quoique fort avantageuse. Je persiste dans mon avis, que quand on est dans la dure nécessité, en quelque manière de faire la paix, il faut s'y prendre comme le Roi de Naples, et l'Electeur de Saxe, ramasser touttes ses forces et jamais s'abaisser.

<t Kehl n'est pas encore pris, et dieu sait combien de Monde il en coûtera. Un nouveau phénomène pour la paix, c'est l'envoy du gênerai Clarke, un Irlandois, chef du bureau typografique à Paris, par le directoire, à Vienne.

« Il est intimement lié avec Carnot.

« M Uo de Schucktnann vient de m 'envoyer la Lettre ci-jointe pour Vous. Onm'aprenne à l'instant, que le Directoire a notifié par un messager au Conseil des Anciens, la ratification de paix avec le Roi de Naples : j'aime à croire, que cela ne soit pas vrai. L'envoy fait à Vienne d'un négociateur militaire, a.été, dit-on, pour proposer à l'Empereur et traiter d'un armistice gênerai entre ses armées, et celles de la Republique. La première fois, que je Vous écrirai de nouvaau, nous verrons tous les deux plus clairs. En attendant, je Vous embrasse mon Cher ami, avec le même Cœur, que j'espère et désire trouver en Vous,

« Kœmg. »

a La Tête de pont près de Neuvied doit être prise, par les Autrichiens le 29.

Bareilh, ce 4 février 1797-

a J'ai. bien reçu, mon cher ami, Votre Lettre du 21 du mois passé, mats rien de' plus. J'ignore ce qu'il Vous a fait garder pour long tems le silence, et par quel Canal, que je recevrai le petit ouvrage en question.

« M" de Schuckmann parroit être dans le même cas.

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